Message au PCF et à ceux et celles qui se revendiquent de l’anti-capitalisme

Fin mai, le PCF isérois déclarait dans les pages du Dauphiné Libéré « ne pas craindre de parler de microélectronique » . Sur ce point, le PCF ne diffère pas beaucoup des autres partis… De Renaissance au RN, en passant par Les écologistes, le PCF ou la FI, ce sont bien tous les Partis qui peinent à s’opposer au déferlement numérique et technologique, et qui, tout en prônant la réindustrialisation, mettent sous le tapis toutes ses conséquences néfastes.
Dans ce tract « Se battre contre le capitalisme, c’est s’opposer à l’industrie électronique » (en PDF), nous répondons au PCF et à toutes celles et ceux qui se revendiquent de l’anti-capitalisme. Texte ci-dessous :

Se battre contre le capitalisme, c’est s’opposer à l’industrie électronique !

Imaginez ! Imaginez des usines polluantes travaillant en partenariat avec l’armée pour la dissuasion nucléaire, reposant sur l’exploitation des ressources des pays du Sud et fabriquant des gadgets électroniques. Imaginez maintenant que ces usines veuillent s’agrandir, et réclament à l’Etat un soutien massif qui se compte en milliards d’euros. Et maintenant, cherchez quelles forces politiques apporteraient leur soutien à un tel projet. L’extrême-droite bien sûr, qui adore l’armée et les usines. Les macronistes, évidemment, qui adorent les usines et l’armée. Mais aussi… le Parti Communiste Français, au nom de la “souveraineté” et des emplois ! (Le Dauphiné, 28 mai 2024).


E
st-il possible de séparer l’industrie de l’électronique de ses désastres écologiques, de ses destinées répressives et aliénantes, de l’exploitation internationalisée qu’elle génère ? Est-il possible d’imaginer une industrie numérique “propre”, “durable”, “éthique”, voire “anticapitaliste”? Le collectif STopMicro, qui se mobilise contre les extensions des usines STMicroelectronics et Soitec, pense que non, et que cet élan industrialiste est une impasse pour nos conditions de vie et notre autonomie.

Semi-conducteurs, double pollution

Les semi-conducteurs sont à la base de tout composant informatique. Et bien loin du fantasme du numérique “dématérialisé”, leur fabrication a des impacts matériels très concrets sur toute la planète. Près de chez nous à Crolles, les entreprises Soitec et STMicroelectronics, toutes deux en pleine expansion, sont à la fois responsables de l’accaparement de notre eau potable et de sa pollution. Les entreprises projettent de doubler leur consommation d’eau d’ici 2028 pour atteindre 38 000 m³ par jour, dont 26 000 m³ provenant du réseau d’eau potable, soit plus que la ville de Grenoble. Aucune restriction d’eau n’est envisagée pour ces entreprises lors des sécheresses, de plus en plus nombreuses, au contraire des habitant-es et agriculteur-rices. Cette eau est ensuite rejetée polluée dans la rivière Isère, avec des concentrations hallucinantes de phosphore, d’azote et de cuivre. Plus récemment, STMicroelectronics a été classé comme l’un des principaux émetteurs de la région en PFAS, ces fameux polluants éternels.

Life.augmented, Death.augmented

Dans leurs publicités, ces entreprises masquent leurs nuisances en avançant que leurs produits sont au service de l’écologie et de la santé. En réalité, ce sont d’abord des gadgets superficiels, voir carrément nuisibles qui justifient leurs extensions. Voitures électriques, reconnaissance faciale pour smartphones et robots industriels sont leurs principaux débouchés. Ces entreprises misent sur la prolifération des objets connectés pour écouler leur marchandise et travaillent sur la 6G, l’IA … Est-ce vraiment cette société numérisée, déshumanisée que nous souhaitons ?
Plus grave, leurs puces sont au service de la guerre. L’industrie militaire absorbe plus de 20% du marché des puces électroniques européennes. Plus de 90 millions d’euros de puces de STMicroelectronics ont été retrouvés sur les champs de bataille en Ukraine, dans les missiles autoguidés russes par exemple. D’autre part, les entreprises STMicroelectronics et Soitec sont issues de recherches initialement destinées à l’armement nucléaire, et continuent aujourd’hui d’y contribuer.

 

Micro-électronique, méga exploitation

Extractions désastreuses des minérais et métaux dans des pays en guerre, procédés industriels inévitablement polluants, assemblage dans des villes-usines d’Asie de l’Est : la chaîne de production de la quincaillerie électronique est un ravage pour les personnes qu’elle exploite aux quatre coins du monde, souvent dans des conditions dramatiques (1).
Plutôt que de défendre coûte que coûte les emplois des filières électroniques, nous gagnerions à réaliser que c’est d’abord les travailleurs et travailleuseuses qui subissent les conséquences de cette prolifération du numérique. On pense d’abord à la robotique et à l’IA, qui participent à la domination du capital sur des employé-es rendus remplaçables ou délocalisables. On pense aussi à la pullulation de dispositifs numériques qui dégradent les conditions de nombreux emplois en accroissant la surveillance des salarié-es (badgeage, caméras, concurrence chiffrée), la déshumanisation de leur activité (commande vocale dans les entrepôts) ou la perte de sens dans leur travail (école numérique). Le tout, en faisant progresser notre subordination aux objectifs de performance et de quantification, au détriment de la liberté et du lien humain.

Quel avenir pour une filière qui sape notre avenir ?

Nous soutenons la lutte des travailleurs et travailleuses pour de meilleures conditions de vie, mais nous pensons que défendre et développer la filière de la microélectronique est une impasse. Peut-on sincèrement imaginer une industrie des semi-conducteurs qui soit éthique et écologique ? Qui ne polluerait pas alors qu’elle ne peut se passer de produits chimiques ultra toxiques ? Qui serait à échelle humaine, et ne dépendrait pas de l’exploitation issue de la division internationale du travail, alors même que ses matières premières proviennent de sous-sols dispersés sur toute la planète ? Qui pourrait être raisonnée alors que ses usines ont besoin des machines les plus chères de l’histoire, qui doivent tourner sans répit afin d’être rentables ? Qui servirait une société égalitaire et juste, alors que les dispositifs numériques offrent les possibilités d’un contrôle total ? Nous pensons que non. “Planifiée” ou non, l’industrie du numérique nous enferme au
contraire dans une société d’aliénation et d’empoisonnement perpétuel, en sapant nos possibilités d’émancipation et de vie harmonieuse sur terre.

Se réapproprier collectivement nos conditions d’existence

Notre visée n’est pas de jeter une critique individuelle et moralisante aux travailleurs et travailleuses des usines, qui sont comme tout le monde contraint-es dans un marché du travail régi par le capitalisme et l’État. Nous voulons plutôt avancer une réflexion collective, qui critique la place de l’industrie de l’électronique et le monde qu’elle sert. Une réflexion de ce type a déjà été initiée par la CGT en ce qui concerne les activités de STMicroelectronics en Israël, et elle mérite d’être prolongée et affinée (2). Ce que nous voulons surtout, c’est participer à la réappropriation collective de nos conditions d’existence. Des conditions que nous voyons mises à mal par les nuisances écologiques et sociales de l’infrastructure du numérique et de son expansion. Nous pensons que cette lutte doit se mener contre ceux qui organisent le désastre, et en priorité ceux qui sont à notre portée. Nous pensons aussi qu’elle doit se mener avec celles et ceux qui subissent ce désastre, c’est à dire celles et ceux qui voient leur vie dégradée, exploitée ou dépendante des industries électroniques.

Travailleur-euses, habitant-es ou intéressé-es, nous vous invitons à nous rejoindre pour discuter ensemble
de la manière dont nous pourrions nous sortir collectivement de l’impasse qui nous est imposée. Nous nous
réunissons tous les 15 jours, et nous organisons des actions variées.

Collectif StopMicro, 14 juin 2024

(1) Celia Izoard, La Ruée minière au XXIe siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition, Seuil, 2024.
(2) https://cgtstcrolles.fr/lettre-ouverte-a-jean-marc-chery-ceo-de-stmicroelectronics-stop-arming-israel

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STMicro : La (P)face cachée de ses rejets dans l’Isère

STMICROLECTRONICS :

La (P)face cachée de ses rejets dans l’Isère

Un rapport de l’Agence Régionale de Santé (ARS) publié ce 22 avril révèle que l’usine STMicroelectronics de Crolles est un des plus gros émetteurs de PFAS de la région Auvergne Rhône Alpes1. Déjà responsable de l’accaparement de l’eau potable et du rejet d’une large gamme de produits chimiques dans l’Isère, cette usine contamine nos vies avec des polluants éternels.

[texte en PDF]

« Sans certains PFAS, la production de semi-conducteurs n’est tout simplement pas possible. Il n’y a pas encore d’alternatives dans les marchés2 »

Les substances per-et-polyfluoroalkylées (PFAS) sont indispensables à la production de semi-conducteurs, les composants de base de tout matériel informatique3. Pour plusieurs raisons. D’abord, les PFAS ne sont pas dégradés par les produits chimiques ; or, STMicroelectronics consomme environ 20 000 tonnes de produits chimiques par an pour graver ses circuits électroniques, et des dizaines de milliers de m³ d’eau par jour pour les rincer. Les PFAS sont donc utilisés dans les joints, tuyaux et valves, pour protéger les canalisations. Un désastre pour la rivière Isère qui accueille le tout à la sortie.

De plus, les industriels se servent de cette même résistance aux produits chimiques pour réaliser des couches photosensibles sur lesquelles s’impriment les plaques de silicium. Les PFAS sont également utiles pour la transparence et l’absence de reflet que demandent les gravures les plus fines.

Les conséquences dramatiques des rejets de PFAS

Dans la nature il n’existe aucun micro-organisme capable de les dégrader. Voilà pourquoi ils sont appelés « polluants éternels ». On les retrouve à la sortie de l’usine puis dans nos eaux et au final dans toute la chaîne alimentaire et donc dans nos corps. Problèmes de fertilité, troubles autistiques, problèmes cardio-vasculaires, maladies du foie et risques de cancer chez les humains4… Dans un article du journal Le Monde du 23/02/2023 on peut lire que « Seize millions d’Européens, dont deux millions de Français, seraient affectés par des pathologies dues à une exposition aux substances per- et polyfluoroalkylées. »5. La toxicité des PFAS et leur durée de vie illimitée en font une pollution particulièrement nuisible. Elle vient s’ajouter aux trop nombreuses pollutions des industries chimiques et de l’électronique.

La course à la croissance et à l’innovation du duo STMicroelectronics – Arkema

La course à la miniaturisation des semi-conducteurs a débouché sur une collaboration entre Arkema et STMicro. Arkema, plus gros pollueur en PFAS de la région, s’est déjà jointe au CEA de Grenoble en 2012 pour développer un procédé de fabrication de nano-composants électroniques, « la lithographie par assemblage dirigée »6. Arkema et STMicroelectronics se sont ensuite associés en 2014 dans un projet européen pour industrialiser ce nouveau procédé. La « Vallée de la Chimie » à Lyon et la « Sillicon Valley française » à Grenoble forment ainsi un « écosystème » interdépendant.

L’électronique pollue aussi l’Isère avec des eutrophisants et des métaux lourds

Outre les PFAS, les entreprises de l’électronique bénéficient d’autorisations préfectorales pour des rejets de divers produits chimiques dont les effets délétères sont bien connus : azote, phosphore, cuivre…  On ne parle pas de faibles quantités, mais de volumes industriels.

Par exemple, quand on cumule les quantités autorisées pour ST et celle de sa voisine Soitec, on obtient pour l’azote les rejets d’une ville de 53 000 habitants qui ne traiterait pas ses eaux usées, et pour le phosphore l’équivalent de 23 600 habitants. Or, l’azote et le phosphore eutrophisent les milieux aquatiques de surface. Ils entraînent une croissance excessive de plantes ou d’algues dans la rivière qui vont absorber de grandes quantités d’oxygène, provoquant l’asphyxie des écosystèmes aquatiques.

Pour ce qui est du cuivre, les services de l’Etat, de manière dérogatoire et sans aucune justification environnementale, permettent déjà à ST d’en rejeter près de 550 kilos par an. Dans le cadre de son agrandissement, l’industriel demande l’autorisation de doubler son taux de rejet, pour atteindre un taux 10 fois supérieur aux autorisations administratives standards (dites « NEA MTD applicables au IED ») ! Le cuivre est un micropolluant, persistant dans l’environnement, toxique à faible concentration et de ce fait responsable de dégradations majeures des milieux aquatiques. En 2016, l’autorisation avait été assortie d’une obligation de réaliser un plan de réduction des rejets… que l’industriel n’a pas réalisé.

En résumé, ST pollue l’Isère avec la bénédiction de la préfecture.

À quand une plainte contre STMicroelectronics ?

Récemment la métropole de Lyon a saisi la justice contre les rejets de PFAS par Arkema et Daikin (qui comparaissaient le 28 mai devant le tribunal correctionnel de Lyon7).

Puis la ville de Grenoble a annoncé le 22 mars dernier avoir lancé plusieurs procédures judiciaires visant à obtenir l’application du principe « pollueur-payeur ». On se souvient qu’ en 2021, un rapport commandé par la ville de Grenoble pour évaluer la qualité de l’eau de la nappe phréatique sous Grenoble, avait révélé que l’eau était impropre à toute utilisation : présence de COHV (hexachlorobutadiène), Phtalates, HAP (benzo(a)pyrène)…8 Une pollution imputable à l’industrie de la pétrochimie au sud de l’agglomération (Arkema, Vencorex). « Ce risque sur l’eau potable doit disparaître », a argué le maire, Éric Piolle. « Le principe du pollueur-payeur n’est pas appliqué. Les habitants sont dépossédés de leurs ressources et l’État demande aux collectivités de prendre à leur charge les conséquences négatives de ce qu’il a contribué à mettre en place », a-t-il déploré. « Nous demandons la réparation des atteintes à l’environnement et à la biodiversité. Ces pollutions commises dans la Romanche constituent un délit d’écocide ».

Eric Piolle et Les Écologistes (ex EELV) se sont toujours vantés de soutenir les agrandissements des usines de Crolles et Bernin, arguant qu’elles seraient indispensables à la transition énergétique. Ils semblent oublier un peu vite que la production de puces est extrêmement polluante et consommatrice de ressources : non contents de siphonner les nappes phréatiques, les fabricants de semi-conducteurs les empoisonnent, contaminant au passage la population et les écosystèmes.

Si les élus locaux prennent le problème des PFAS au sérieux, oseront ils s’attaquer au plus gros émetteur de polluants éternels de la cuvette : STMicroelectronics ?

Le collectif STopMicro continuera à lutter contre l’extension de l’usine de STMicro ainsi que celle de sa voisine SOITEC, dont on attend encore les mesures de rejets.

Contre le méga-pollueur STMicroelectronics et les pouvoirs publics complices de leur empoisonnement aux PFAS, rendez-vous le LUNDI 24 JUIN À 19H devant le conseil communautaire du Grésivaudan À L’AGORA DE ST-ISMIER !

NO PFASARAN, NO PUÇARAN !

Le collectif STopMicro

stopmicro@riseup.net https://stopmicro38.noblogs.org

1D’après un rapport de L’Autorité Régionale de Santé (ARS) du 22/04/2024: https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/xlsx/240419_resultats-pour-publication_vf.xlsx

2Un responsable anonyme d’entreprise cité dans The Financial Times, 22/05/23, The crackdown on risky chemicals that could derail the chip industry

3Ce paragraphe et le suivant sont tirés en partie de l’article du Postillon n°73: Pollution au PFAS : STMicro aussi.

4https://monographs.iarc.who.int/fr/news-events/volume-135-evaluation-des-effets-cancerogenes-de-lacide-perfluorooctanoique-et-lacide-perfluorooctanesulfonique/

5https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2023/02/23/polluants-eternels-quels-sont-les-effets-des-pfas-sur-la-sante_6162939_4355770.html

6La « lithographie par auto-assemblage dirigé ». Sur leur site: https://www.arkema.com/global/fr/arkema-group/innovation/electronics-solutions/

7https://reporterre.net/Polluants-eternels-dans-le-Rhone-Arkema-et-Daikin-en-proces-a-Lyon

8https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44071-qualite-eaux-souterraines-grenobloises-anteagroup.pdf

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ST alimente en puces les guerres en cours

[Texte en version pdf : ST et les guerres]

 

La CGT STMicroelectronics vient de publier une lettre ouverte à Jean-Marc Chéry1 , patron de STMicroelectronics pour que l’entreprise cesse tous liens avec des entreprises israéliennes du fait des massacres de l’armée israélienne en cours.
Nous saluons cet engagement syndical fort qui, de fait, ouvre courageusement la question cruciale des usages parfois abjects des puces d’ST, dont seule la valeur économique semblait jusque-là importer.
Ceci étant dit, nous souhaitons ici questionner le caractère éminemment contradictoire de continuer à « [être] fiers de produire des composants très avancés technologiquement »2 et de simultanément souhaiter défendre les peuples opprimés en étant « extrêmement inquiets de la montée généralisée de la militarisation et de la violence dans le monde ».

Rappelons tout d’abord qu’en amont la production-même de ces « technologies avancées », qu’il s’agisse de celles d’ST, Tesla ou autre Google, exerce d’extrêmes violences physiques par le pillage des ressources en eau potable, la destruction des habitats et de la biodiversité, l’extractivisme colonial et le lot de conflits et d’exploitations humaines qu’il impose et que la croissance numérique exacerbe au-delà de l’abject.

Mais surtout, en aval, ST participe aux guerres en cours en dispersant massivement ses puces produites entre autres en France pour les drones de combat et les missiles. Le marché européen des puces à usage militaire est de 13 milliards d’euros par an et, selon les prévisions, il attendra 24 milliards en 2030 3. STMicroelectronics, 8ème entreprise mondiale de semi-conducteurs et 1ère entreprise européenne devant NXP et Infineon, avec 17 milliards de revenus en 2023 4, alimente largement ce marché mortifère :
– Elle est par exemple la chef de file du projet européen EXCEED qui vise à produire une nouvelle puce militaire dite « System-on-Chip » (SoC), projet au budget de 12 millions d’euros 5.
– STMicroelectronics fournit également des puces pour les entreprises militaires françaises. La Direction générale de l’armement (DGA), l’organe d’État qui pilote tout le complexe militaro- industriel français, estime qu’une dizaine de produits ST sont essentiels pour la guerre « made in France »6 ; l’usine de Crolles est quant à elle qualifiée d’« extrêmement importante » pour l’armée7. De plus, les puces d’ST seraient, d’après un rapport parlementaire, « indispensables à la dissuasion nucléaire »8.
– Concernant les marchés extérieurs, nous avons déjà publié le texte du Groupe Grothendieck « De Grenoble à Tel Aviv »9 qui retrace les liens structurels entre la firme grenobloise et le tissu scientifique et industriel israélien, notamment avec des entreprises qui produisent des composants pour l’armement. STMicroelectronics a signé en 2021 des accords avec la fonderie israélienne Tower Semiconductor pour que celle-ci s’installe dans sa nouvelle extension à Agrate. Tower utilisera un tiers de l’espace de la nouvelle extension dite « Agrate R3 300 mm » en y installant ses machines et ses employés 10. Sachant que Tower Semiconductor fournit le complexe militaro-industriel israélien 11 et possède les accréditations « ITAR free » qui lui permettent d’accéder au marché de l’électronique militaire américain, il serait opportun que la CGT ST demande également le retrait de Tower Semiconductor de l’usine d’Agrate.

Mais cela n’est en réalité qu’une goutte d’eau dans l’océan de violence produit et propagé par ST.

L’entreprise n’a en effet nul besoin de firmes israéliennes pour nourrir de ses puces et composants high-tech les guerres du monde. Sur les champs de bataille ukrainiens aussi les semi-conducteurs ST pleuvent.
C’est ainsi qu’en dépit de l’engagement d’ST à ne plus fournir de composants à la Russie, les rapports et enquêtes incriminant la multinationale s’enchaînent. Le rapport 2024 « Challenges of Export controls Enforcement. How Russia Continues to Import Componentrs for its Military Production » de la Kyiv School of Economics (KSE)12 nous apprend par exemple qu’il a été retrouvé en 2023 sur le champs de bataille ukrainiens l’équivalent de 94 millions de dollars (!) de puces STMicroelectronics, dites « battlelfield goods » (biens de champs de bataille). Les entreprises françaises Safran et Thalès sont également épinglées mais dans des proportions bien moindres. ST entre ainsi dans le top-15 des exportateurs de composants électroniques pour les armes russes.

Le rapport 2023 de la même agence 13 nous donnait même les transits des cargaisons de puces ST. On y apprend que pour arriver en Russie celles-ci passent à 67 % par la Chine et à 26 % par Hong-Kong. Cette façon de procéder, en vendant à des entreprises intermédiaires basées en Extrême-Orient mais dont les patrons sont russes, divers collectifs l’avaient dénoncée comme étant la façon de faire habituelle pour contourner les embargos 14.

Les entreprises de semi-conducteurs savent que les pays en guerre sont très gourmands en puces pour leur production interne de drones, de missiles et autres barbaries technologiques. La Russie a importé en 2023 l’équivalent de 2,7 milliards de dollars de puces pour faire la guerre, un marché juteux que les plus grands groupes mondiaux (Intel, Infineon, Samsung, ST) ne veulent pas laisser aux entreprises chinoises. Ne soyons pas dupes : ce business des croque-morts 15 perdurera tant que la course au profit sera dans toutes les têtes.

Ainsi, dans l’élan impulsé par la CGT ST et par tant d’autres collectifs d’opposition à la collusion entre les intérêts économiques d’ST et le soutien à l’horreur, osons regarder le problème en face : ne réclamons pas d’ST une simple « moralisation » de façade mais un arrêt définitif de toute sa production de puces à usage militaire ou de double-usage. En tant que société civile, emparons-nous toutes et tous des choix économiques et politiques de notre région dont les répercussions portent bien au-delà de nos montagnes ! Désarmons ST !

STopMicro, le 17 juin 2024

 

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De Berlin à Bernin : techno locale, saccage global !

STMicroelectronics et Soitec, nos chantres locaux du ravage écologique clament à qui veut bien l’entendre qu’il faut produire plus et donc agrandir : pour les emplois, pour la transition, pour la souveraineté, en jouant parfois la carte de la petite entreprise locale. Tout un tas d’incantations propagandistes dont on a déjà parlé dans d’autres textes1. Quand ce n’est pas pour une brosse à dents connectée ou un missile russe, nos industriels ont un autre client connu pour ses méfaits: Tesla, dont une usine en cours d’extension autour de Berlin rencontre en ce moment même une opposition militante bien déterminée. Ce dernier est en effet le troisième plus gros client de STMicroelectronics (derrière Apple et Mobileye)2.

[Texte en PDF]

A quoi carbure la Tesla ?

Qu’est ce qui permet à nos industriels « locaux » de travailler avec le groupe d’Elon Musk ?

Une nouvelle technologie qui répond au doux nom de carbure de silicium (SiC), le nouveau substrat de prédilection pour la construction de composants électroniques de puissance (chargeurs, batteries, moteurs, convertisseurs…) plus performant par rapport au substrat traditionnel de silicium.

Pour les véhicules électriques il permet en effet de gagner 10 à 15 % d’autonomie, de recharger deux fois plus vite la batterie et d’optimiser le coût total de la chaîne de traction électrique. Tesla a été le premier à l’adopter en 2017, se fournissant en composants auprès de STMicroelectronics, projetant ce dernier au rang de numéro un mondial de ce type de composants. Tous les constructeurs du juteux marché de l’automobile l’inscrivent aujourd’hui dans leur feuille de route d’électrification.

Soitec n’est pas en reste dans l’affaire. Au cœur de sa dernière extension, Bernin 4, l’industriel a mis en place un nouveau procédé permettant de produire du carbure de silicium plus facilement, le « SmartSIC ». Son objectif est d’imposer le SmartSiC dans 30 % de véhicules électriques écoulés en 20303.

Cinq extensions pour une lune de miel

Qui va acheter cette nouvelle technologie issue de la dernière extension de Soitec ?

STMicroelectronics bien sûr ! Celle-ci compte mettre en production ce substrat de carbure de silicium made in Soitec, au second semestre 2024, à Catane, en Sicile, dans une nouvelle « Megafab » à 5 milliards d’euros4, ainsi qu’en Chine à Chongqing, dans une nouvelle usine de composants en carbure de silicium créée avec Sanan Optoelectronics5.

Mais STMicroelectronics est loin d’être le seul intéressé ! Infineon Technologies, son principal concurrent, est pressenti pour être le deuxième acheteur de Soitec6, et compte lui construire « la plus grande fab SiC de 200 mm au monde » en agrandissant son usine de Kulim en Malaisie7.

Et si tous les principaux fournisseurs de composants s’agrandissent, leur acheteur Tesla n’a pas de raison de ne pas le faire ! Ce dernier a récemment inauguré sa nouvelle « gigafactory » européenne proche de Berlin à Grünheide, puis a obtenu l’autorisation de l’agrandir et vise dans ses plus grands rêves la production de 1 million de SUV électriques par an et 100 gigawattheures de batteries8.

De l’eau, pas des SUV électriques

On le sait bien à Grenoble, une extension d’usine ne se fait pas sans casser des œufs. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a un air de déjà-vu du côté de nos voisins allemands.

La Gigafactory de Tesla s’est faite au prix de 92 hectares de forêt 9 auxquels viendront s’ajouter 50 nouveaux hectares avec l’extension10, pour un site d’une superficie totale d’environ 400 hectares11 (la taille d’Eybens…).

Avant son extension, sa consommation annuelle maximale est de 1,4 million de mètres cubes d’eau, ce qui correspond aux besoins d’une ville de 40 000 habitants, et risque de dépasser les capacités d’approvisionnement de la commune, dans une région qui souffre depuis plusieurs années de la sécheresse liée au réchauffement climatique. Face à ça, Elon Musk compte bien accaparer les ressources d’une autre nappe phréatique12.

Sont aussi pointés du doigt les produits chimiques et les nitrates qui resteront dans les sols, et les risques que fait peser l’usine sur la potabilité de l’eau.

En Allemagne aussi, tout ceci se fait via une parodie de démocratie : un référendum local s’est opposé à 65 % contre l’extension de l’usine13, mais ce dernier avait uniquement vocation consultative. Les syndicats non plus ne sont pas les bienvenus : l’entreprise adopte des politiques résolument antisyndicales, leur richissime patron étant « en désaccord avec l’idée de syndicats ».14 On se demande bien pourquoi.

Couper le robinet aux industries mortifères

Face à cet industriel, la contestation s’organise ! Les mobilisations locales prennent désormais différentes formes. Le syndicat IG Metall conduit une bataille depuis deux ans pour obtenir une convention collective et de meilleures conditions de travail (un peu de décence face aux 56 milliards de dollars demandé par Musk pour sa rémunération personnel15). Une occupation de forêt s’est installée dans les arbres menacéset résiste aux évacuations de la police.

En Mars l’incendie d’un pylône d’une ligne haute tension a mit a l’arrêt l’usine pendant plusieurs jours et causé des centaines de millions d’euros de pertes16. En mai, 800 personnes ont tenté d’envahir l’usine en participant à l’évènement Disrupt Tesla17.

Le faux dilemme de la production locale

Non, Soitec et STMicroelectronics ne sont donc pas de petits industriels locaux qui nous permettraient de produire localement des puces à la douce eau des montagnes pour décarboner le vélo électrique d’Eric Piolle. Les extensions des usines grenobloises servent des intérêts capitalistes mondiaux, et permettent d’approvisionner d’autres industriels aux quatre coins du globe avec leur lot de ravages écologiques et de mépris social et démocratique. La recherche grenobloise sert au développement de nouveaux procédés baissant les coûts de production d’autres industriels et permettant d’intensifier et de banaliser des technologies inutiles, extractivistes, polluantes et voraces en eau et en énergie, se cachant derrière des arguments techno-solutionnistes.

Luttons contre ces extensions.

De Bernin à Berlin, de Grenoble à Grünheide, coupons-leur le robinet !

Collectif STopMicro, 25 mai 2024

stopmicro@riseup.nethttps://stopmicro38.noblogs.org

tesla-de-grunheide_6232539_3210.html

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Quatre brochures du collectif

Le collectif STopMicro a produit ces derniers mois plusieurs brochures sur les entreprises STMicroelectronics et Soitec, sur les nuisances qu’elles occasionnent et sur les productions qui y sont réalisées.
Nous les distribuons en papier, et vous pouvez télécharger ces brochures ici :

« Pourquoi l’industrie de l’électronique prend l’eau ».
Informations générales sur les deux entreprises et sur la lutte de STopMicro
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« life.augmented / death.augmented ».
A quoi servent les puces fabriquées à ST et à Soitec ?
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« ST t’as tort! ». Argumentaire
Le pouvoir industriel et politique déverse dans l’espace médiatique de nombreux arguments fallacieux. Nous y répondons ici.
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« Soitec : 30 ans de nuisances ».
Créée en 1992 par le CEA pour développer une technologie militaire… partons à la découverte de l’entreprise Soitec.
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Au rendez-vous des croque-morts

Mercredi 15 mai 2024, GEM, l’école de management de Grenoble organise un colloque intitulé « Souveraineté technologique de la France : réalités locales et conséquences », avec la participation de militaires, d’universitaires et de chefs d’entreprises. Derrière une apologie de la « souveraineté technologique », ce colloque n’est qu’une manifestation du règne du cynisme : fabrication d’armement et de systèmes de surveillance, partenariats militaires, ventes d’armes à l’international.

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Marchands de canons

La « souveraineté technologique» avait été invoquée pour justifier l’extension des entreprises « stratégiques » STMicroelectronics à Crolles et Soitec à Bernin. Elle masquait en réalité un mercantilisme macabre, qui est aujourd’hui au coeur du colloque « Souveraineté technologique de la France : réalités locales et conséquences ». Si ST et Soitec n’y sont pas représentées, on y trouve par contre le CEA, maison-mère de ces deux start-up, ainsi qu’une bonne partie du complexe miltaro-industriel grenoblois1. Y participeront notamment les militaires du Bataillon d’Infanterie de Montagne et du Groupe militaire de Haute montagne, ainsi que des stratèges de l’Institut des hautes études de la défense nationale. L’IHEDN ayant, rappelons-le, pour mission « de promouvoir la culture de défense, de participer au renforcement de la cohésion nationale, et de contribuer au développement d’une réflexion stratégique portant sur les enjeux de défense et de sécurité ».2

Y sera également présent le directeur de la start-up grenobloise Squaredrone, partenaire de la Direction Générale de l’Armement3 à deux titres : dans le cadre du projet PST Furious qui a pour but de fabriquer des robots à usage militaire4, et dans le cadre d’un financement dit « Rapid » sur les applications duales des drones Swarn (des drones qui peuvent servir à la surveillance ou à des missions d’attaque5). Squaredrone est aussi membre du pôle de compétitivité Safe6 dédié aux filières aéronautique & spatial, sécurité & sûreté, défense et environnement. Notons que le siège de Squaredrone est en face de GEM, au 1 place Firmin Gautier.

Relevons enfin la présence de l’entreprise Serenicity, partenaire de la police nationale et de la gendarmerie, celle qui devait en 2019 installer à Saint-Etienne des capteurs sonores couplés à la vidéosurveillance et des drones automatisés dans le cadre d’un « démonstrateur technologique de tranquillité publique »7. Rappel : Serenicity est dirigée par Guillaume Verney-Caron, lui même directeur général de la société Verney-Caron, le gros fabriquant d’armes stéphanois.

Nos armes, leurs morts

Connaissez-vous Mourad Chabbi ? Cet enseignant-chercheur à GEM fera l’introduction du colloque en compagnie de la présidente de l’IHEDN 38-73-74. Il a tenu récemment des propos fort élogieux sur les exportations françaises d’armes8. De notre côté, nous trouvons honteux qu’on puisse se féliciter du fait que la France se classe systématiquement dans le top 5 des exportateurs d’armes ! Cependant, dans un article de 2022, M. Chabbi rappelait quelques utiles vérités qui éclairent le colloque d’aujourd’hui d’une lumière crue – et sale. Donnons-lui la parole :

Si notre pays veut maintenir son rôle au sein de l’Europe (puissance, influence), elle se doit de disposer d’une importante base industrielle et technologique de défense (BITD) indispensable à l’autonomie stratégique et à la souveraineté du pays. De fait, la production d’armements et leur exportation tiennent une place importante dans le tissu économique français. (…) Si l’on va un peu plus loin, on constate d’ailleurs que les exportations d’armements ne sont pas seulement autorisées, elles sont fermement soutenues. Le soutien aux exportations d’armements en France découle des orientations de politique étrangère et de défense nées sous la présidence de Charles de Gaulle. (…)

Il y a plus de quinze ans, le député Fromion résumait parfaitement la situation : « À la différence de leurs concurrents américains, pour qui exporter ne représente en fait qu’une activité à la marge, d’ailleurs largement prise en compte par l’administration fédérale pour accompagner sa politique d’hégémonisme planétaire, les industriels français et européens de la défense doivent, eux, exporter pour survivre ».

Voici révélée la réalité des « conséquences » de la « souveraineté technologique de la France » : l’État a de longue date décidé d’avoir une armée reposant sur la puissance technologique, (bombe atomique, sous-marins, portes-avions, équipements de pointe). Dans ce but, la France s’est dotée d’un réseau d’entreprises travaillant pour la défense, la base industrielle et technologique de défense (BITD), sous l’égide de la Direction Générale de l’Armement. Or, pour pour assurer la pérennité du modèle économique de ces entreprises, on estime qu’il faut exporter entre 40 et 60 % de la production9. Pour assurer notre « souveraineté technologique » il faut vendre la mort aux quatre coins du monde. C’est ainsi que la France est devenue en 2024 le deuxième exportateur mondial d’armement. Sous couvert de « souveraineté technologique », c’est de cela dont il sera question, lors de ce colloque. Le lien avec ST et Soitec, entreprises indispensables à la dissuasion nucléaire10 industrialisant des technologies initialement développées avec le concours de la DGA11, est évident : derrière le mode de vie « connecté » généralisé, les besoins militaires stratégiques.

Insoumission face à la militarisation généralisée

Nous autres, habitants des pays industrialisés, vivons sur l’exploitation des ressources et de la main d’œuvre du reste du monde. Cette exploitation – qu’elle soit directe via le colonialisme ou indirecte via la puissance économique acquise durant des siècles de domination coloniale – est profondément immorale. Pour dominer militairement le monde, on s’autorise à exporter des armes permettant aux autres peuples de s’entre-tuer.

Face à cette situation sordide, il nous faut agir. Nous devons refuser de jouer le jeu ignoble auquel on prétend nous associer, et être solidaires des autres peuples qui subissent les ravages du capitalisme à notre profit, qu’il s’agisse de ravages militaires, sociaux ou environnementaux.

Un colloque comme celui de GEM a le but inverse : renforcer le complexe militaro-industriel grenoblois, passer sous silence les atrocités qui se passent à l’autre bout du monde du fait des exportations d’armes et poursuivre la folle course en avant de l’accaparement des ressources naturelles… dans le but cynique de générer des profits en France. Les universitaires et enseignants qui se prêtent à ce jeu morbide sont des croque-morts au même titre que les marchands d’armes et les militaires, d’autant plus dans la période actuelle qui voit un triplement des budgets militaires.

De la même façon que nous avons bloqué les accès à la Presqu’île scientifique le mois dernier12 ou manifesté contre le cinquantenaire de STMicroelectronics en septembre, nous serons présents aux côtés de la Coordination Rhône-Alpes Anti Armement et Militarisme à GEM pour affirmer notre opposition à ces logiques mortifères.

Rendez-vous mercredi 15 mai à 8h45 devant GEM, 12 rue Pierre Semard à Grenoble.

Collectif STopMicro, 11 mai 2024

stopmicro@riseup.nethttps://stopmicro38.noblogs.org

1Lire Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l’envers, 2020.

9Lire Groupe Grothendieck. Des treillis dans les labos. La recherche scientifique au service de l’armée, Le monde à l’envers, 2024.

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L’industrie des puces est-elle en crise ?

Éléments de contexte économique pour la lutte contre la « vie connectée »

Extension de Soitec à Bernin suspendue, travaux d’agrandissement de STMicroelectronics à Crolles sur pause et désengagement de son partenaire étasunien GlobalFoundries, résultats économiques des deux multinationales en forte baisse au premier semestre 2024, tensions dans la gouvernance… Mais que se passe-t-il dans le marché prétendument florissant des semi-conducteurs ?

En lutte depuis un an et demi contre les agrandissements de ST et de Soitec, le collectif STopMicro propose ici une synthèse de l’état actuel du marché des semi-conducteurs et un état des lieux des situations propres à STMicroelectronics et Soitec. No puçaran !

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Contexte général :
le marché des puces dans le creux de la vague

Le marché des semi-conducteurs est cyclique, avec de fortes fluctuations d’une année à l’autre. Actuellement, il traverse un cycle dépressif après trois années consécutives de croissance.

Durant le Covid, il y a eu une explosion de la demande en semi-conducteurs (du fait du télétravail et de la hausse de la consommation de produits numériques pour le grand public) ce qui s’est traduit par une pénurie de puces et la flambée de leur prix de vente. La pénurie a rendu compte de la dépendance de nombreux secteurs industriels aux semi-conducteurs, poussant les entreprises à constituer d’importants stocks et donc à s’approvisionner de manière irrégulière.

Aujourd’hui : les stocks sont pleins et la demande baisse. 2024 sera donc l’année du déstockage et de la pause des commandes pour de nombreux clients et par conséquent, de la baisse des prix.
Pour ST et Soitec, le timing semble donc plutôt avantageux pour retarder les projets d’extension, l’offre des nouvelles extensions n’étant pas assurée de trouver des débouchés dans l’immédiat.

Néanmoins, comme le marché des semi-conducteurs est connu pour ses importantes variations, le creux actuel n’est pas « sanctionné par la bourse ». Autrement dit : les actions de ST et Soitec ne sont pas en train de chuter. Pour ST et Soitec, on estime que le retour des commandes devrait survenir fin 2024-début 2025 mais ce retour sera très dépendant du marché de l’automobile.1

Plus généralement, Jean-Marc Chéry, le PDG de ST, explique qu’actuellement la demande pour les produits grand public (voitures électriques, smartphones, etc.) est en baisse et que le marché des semi-conducteurs rentre dans un cycle où c’est l’intelligence artificielle et les infrastructures (bornes de recharge des voitures électriques, usines d’énergies renouvelables, serveurs, etc.) qui vont tirer le marché.

STMicroelectronics :
Rien ne va plus

1. Des résultats en baisse

ST connaît une importante baisse de la demande dans ses deux principaux secteurs : l’automobile2 et l’industrie. Cela se traduit par des bénéfices nets divisés par 2 au premier trimestre 2024 (-50,9 % de variation en un an). Le groupe a donc dû revoir à la baisse ses prévisions annuelles qui étaient très hautes, et anticipe un chiffre d’affaires d’environ 2 milliards de dollars de moins que ce qui avait été annoncé.

Sur l’ensemble de l’année 2024, la direction prévoit une baisse de chiffre d’affaires de 5 % dans l’automobile, de 10 % dans l’industrie, de 2 à 3 % dans l’électronique grand public (dominée par les smartphones) et d’environ 5 % dans les systèmes de communication et périphériques informatiques. Les microcontrôleurs sont les produits qui devraient être les plus concernés par le ralentissement économique, avec une baisse estimée à 30 % du chiffre d’affaires, alors même que ces trois dernières années, il s’agissait du plus gros moteur de croissance du groupe.3

L’automobile constitue le principal marché de STMicroelectronics4, notamment dans l’usine de Crolles. Or, on assiste actuellement à un ralentissement des demandes, notamment pour les voitures électriques. Tesla par exemple, qui est le troisième client de ST5, a vu ses ventes chuter considérablement6, ce qui se répercute également sur les ventes de STMicroelectronics. Les ventes (très stratégiques pour ST) de composants en carbure de silicium seront particulièrement impactées, Tesla étant de très loin le premier acheteur7. Cela devrait donc également impacter Soitec qui collabore avec ST sur la fabrication de plaques en carbure de silicium.

Malgré cette dégradation du marché, STMicroelectronics confirme son plan d’investissement de 2,5 milliards de dollars pour 2024, en particulier pour l’augmentation de ses capacités de production à long terme. Ce plan inclut notamment l’extension de l’usine de Crolles, une usine de substrat de carbure de silicium à Catane en Sicile, et une usine de composants en carbure de silicium à Chongqin, en Chine, en partenariat avec Sanan Optoelectronics.

2. Des travaux d’extension sur pause

Quant à l’extension de STMicroelectronics à Crolles, celle-ci est actuellement sur pause. Pour le moment, sur six gateways : un est déjà en production, trois sont construits mais pas équipés et deux autres ont uniquement leurs fondations. Plusieurs raisons expliquent cet arrêt soudain des travaux :

  1. La rapide dégradation des conditions du marché expliquée plus haut se traduit par une baisse des investissements. Selon l’Usine Nouvelle, ST « est contraint d’ajuster à la baisse son plan d’investissement, le ramenant à 2,5 milliards de dollars en 2024, contre 4,1 milliards de dollars en 2023 ».

  1. L’entreprise étasunienne de fonderie de semi-conducteurs, GlobalFoundries, avec lequelle STMicroelectronics réalise son extension à Crolles n’a pour le moment ni participé à la construction, ni à l’équipement de la nouvelle usine alors qu’elle doit partager les coûts avec ST. GlobalFoundries a vu son chiffre d’affaires baisser de 9 % en 2023, le groupe a donc décidé de réduire ses investissements à 700 millions de dollars en 2024, contre 1,8 milliard de dollars en 2023 et 3 milliards de dollars en 2022. Son patron Thomas Caulfield a affirmé ne pas pouvoir mener en même temps ses projets d’expansion de la production aux États-Unis, en France et en Allemagne et indique adapter « le rythme d’expansion des conditions du marché »8. GF semble prioriser son expansion aux États-Unis avec le projet d’investir 12 milliards de dollars en dix ans dans l’extension de ses capacités de production sur deux de ses sites (Burlington, dans le Vermont, et Malta, dans l’Etat de New York). Les syndicats de ST Crolles accusent GF de s’être servi du projet à Crolles comme un moyen de pression sur les autorités américaines pour obtenir le plus de subsides. De son côté, ST annonce que « le projet se poursuit ».

  1. ST n’aurait plus l’autorisation environnementale au titre ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement), celle-ci ayant été suspendue par le Préfet car ST n’a pas respecté la procédure qui impose l’organisation préalable d’une concertation publique sous l’égide de la CNDP sur les impacts environnementaux du projet.9 C’est en partie la mobilisation menée par STopMicro qui avait permis de visibiliser le non-respect des procédures « démocratiques », notamment l’absence de concertation publique préalable sur les risques environnementaux du projet d’extension à Crolles.

3. Un possible changement dans la gouvernance ?

À l’automne dernier, le conseil de surveillance de STMicroelectronics avait proposé de reconduire Jean-Marc Chéry (le PDG actuel) pour un troisième mandat de trois ans à la tête de l’entreprise. Mais le ministère italien des Finances, actionnaire à égalité avec la Banque publique d’investissement (BPI) française, aurait annoncé ne pas vouloir reconduire Chéry lors de la prochaine assemblée générale du groupe qui aura lieu au printemps.

Les médias italiens invoquent une « francisation » de la multinationale qui passe par 1) des acquisitions de startups françaises (BeSpoon, Somos, Cartesiam, Exagan) ; 2) un changement dans la composition du comité exécutif où, jusqu’en 2021, les italiens étaient majoritaires et 3) des investissements moindres pour les agrandissement en Italie 10.

Soitec :
Tout va très bien, madame la marquise

1. Des résultats également en baisse

Tout comme ST, Soitec traverse un creux dans ses ventes. Dans le cas de Soitec, il est principalement dû à une correction plus longue que prévue des niveaux de stocks dans la chaîne logistique de ses plaquettes de silicium sur isolant, dédiées aux composants radiofréquences des smartphones. Soitec fait également face au ralentissement de la vente de véhicules électriques qui représente une partie importante des débouchés de sa production. En 2022, ce secteur représentait 13 % de ses revenus et la nouvelle usine inaugurée à Bernin en 2023 porte spécifiquement sur les voitures électriques.

Cette dégradation du marché a amené Soitec à revoir à la baisse ses perspectives avec un chiffre d’affaires en baisse d’environ 10 % sur 2023/2024.11

2. Suspension de l’extension à Bernin

Soitec reporte d’un an son projet d’extension industrielle à Bernin12. La justification officielle donnée par l’entreprise est de « s’adapter à la dégradation des conditions du marché ».

Or, cette suspension pourrait également avoir un lien avec la mise sur pause des agrandissements de ST. Dans L’Usine Nouvelle13, un cadre interne de Soitec affirme que l’une des deux usines Bernin 5 et 614 aurait été imaginée pour accompagner la nouvelle mégafab de STMicroelectronics car l’un des axes forts de ce projet est de produire les prochaines générations de puces en technologie FD-SOI dont Soitec fournirait les substrats. Or, les travaux étant à l’arrêt, le besoin de créer une nouvelle capacité de production de plaquettes FD-SOI à Bernin devient moins urgent.

De plus, le délégué syndical et représentant du personnel au conseil d’administration de la CGT, Fabrice Lallement, évoque à L’Usine Nouvelle15 la montée de la contestation menée par STopMicro comme étant l’un des facteurs qui ont conduit la direction à suspendre le projet : « Je vois mal la direction relancer le projet dans un an. La contestation citoyenne reprendra de plus belle et ne fera que dégrader davantage l’image de la société. La direction n’a pas bien communiqué sur son projet et Soitec pâtit des problèmes rencontrés par STMicroelectronics dans la consultation publique sur son projet d’extension à Crolles. »

3. Et une usine Soitec aux États-Unis ?

Jusqu’à présent, Soitec aurait envisagé d’ouvrir une usine aux États-Unis et ce projet pourrait s’accélérer car GlobalFoundries et Samsung, deux des plus gros clients de Soitec, sont en train de relocaliser leur production de circuits en technologie FD-SOI aux États-Unis16. Or, pour aller au bout de cette relocalisation, Samsung et GF auraient besoin d’un approvisionnement local en plaquettes FD-SOI dont Soitec est justement l’un des fournisseurs, mais qui ne dispose pas d’usine aux États-Unis. De plus, en s’implantant là-bas, Soitec pourrait bénéficier des incitations financières du Chips and Science Act, un budget dédié à relocaliser l’industrie des semi-conducteurs aux États-Unis équivalent à 50 milliards d’euros. Soitec explique que cela lui permettrait également d’être plus proche de certains clients et de sécuriser une partie de son activité dans le contexte des restrictions imposées à la Chine.

Du côté de STopMicro

Le collectif a organisé quatre jours de mobilisation, les 5, 6, 7 et 8 avril 2024, contre les agrandissements de ces deux entreprises, l’accaparement des ressources par l’industrie de l’électronique et la vie connectée. Nous nous réjouissons de la suspension du projet d’agrandissement de Soitec, nous suggérons à l’entreprise de transformer cette suspension en annulation pure et simple et nous encourageons STMicroelectronics à s’inspirer de sa voisine.

Mais au-delà, il nous semble utile de rappeler que nous ne luttons pas seulement pour protéger 11 hectares de terres agricoles ou pour la qualité de l’eau de l’Isère. Notre combat n’a pas pour but de délocaliser ailleurs, au Texas, à Catane, à Agrate, à Singapour ou à Taïwan les nuisances inhérentes à la production de semi-conducteurs.

Nous contestons le monde connecté qui nous est imposé, dans lequel on doit utiliser toujours plus d’électronique, toujours plus de matières premières et d’énergie. Nous sommes donc solidaires de toutes les personnes qui subissent les ravages de ces industries, dans le Grésivaudan ou ailleurs. Nous ne comptons pas laisser ces entreprises délocaliser leur production dans des pays où la contestation serait moindre. Nous comptons faire émerger un vrai débat sur la nocivité de ces productions.

En un mot : notre détermination ne fait que s’accroître. Vous ne pucerez pas !

Collectif Stop Micro, 4 mai 2024

1 La Tribune « Fin de l’âge d’or pour les semi-conducteurs, la surproduction guette les géants européens du secteur (STMicroelectronics, Infineon, ASML) » (06/02/24)

2 ST fait partie des cinq plus gros fournisseurs mondiaux de semi-conducteurs pour l’automobile, avec Infineon, NXP, Texas Instruments et Renesas Electronics.

3L’Usine nouvelle, « L’automobile et l’industrie plongent STMicroelectronics dans la morosité » (25/04/24) https://www.usinenouvelle.com/article/l-automobile-et-l-industrie-plongent-stmicroelectronics-dans-la-morosite.N2212099

4Ce marché représentait 46 % du chiffre d’affaire du groupe au premier trimestre 2024.

5Selon la banque d’affaires Bryan Garnier

6– 8,5 % au premier semestre 2024, conduisant à l’annonce du licenciement de 10 % des salariés du groupe.

7L’Usine nouvelle, « L’automobile et l’industrie plongent STMicroelectronics dans la morosité » (25/04/24) https://www.usinenouvelle.com/article/l-automobile-et-l-industrie-plongent-stmicroelectronics-dans-la-morosite.N2212099

8Marianne, « Projet de « mégafab » en Isère : l’américain GlobalFoundries en passe de lâcher STMicroelectronics ? » (27/03/24)

9Selon les explications de Nadia Salhi, déléguée syndicale à la CGT, à L’Usine Nouvelle.

10 La Reppublica, « StMicroelectronics, perché oggi è un’azienda più francese di prima » (20/03/2024)

11L’Usine nouvelle, « Soitec abandonne-t-il son projet d’extension de son usine en France au profit des Etats-Unis ? » (17/04/24), https://www.usinenouvelle.com/article/soitec-abandonne-t-il-son-projet-d-extension-de-son-usine-en-france-au-profit-des-etats-unis.N2211612

13L’Usine nouvelle, « Soitec abandonne-t-il son projet d’extension de son usine en France au profit des Etats-Unis ? » (17/04/24), https://www.usinenouvelle.com/article/soitec-abandonne-t-il-son-projet-d-extension-de-son-usine-en-france-au-profit-des-etats-unis.N2211612

14L’autre usine en projet porterait sur les plaquettes de piezoélectrique sur isolant, dédiés aux filtres radiofréquences des smartphones, un marché a priori en extension (idem).

15idem

16 Afin de fournir ses clients locaux à partir de ses usines étasuniennes et non plus à partir de son usine en Allemagne, GlobalFoundries a pour projet la relocalisation aux USA de la fabrication de circuits en technologie FD-SOI. Samsung ouvre également une production de circuits FD-SOI dans son usine au Texas (jusqu’à présent Samsung ne produisait cette technologie qu’en Corée du Sud).

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De Grenoble à Tel-Aviv

L’innovation de défense au fondement de la start-up nation.

Alors que la guerre à Gaza bat son plein, nous relayons ce récent article du Groupe Gorthendieck (qui publie cet semaine une enquête sur le complexe militaro-industriel français).

L’article, à lire ci-dessous, fait le point sur les liens entre la recherche-industrie grenobloise (CEA et STMicroelectronics en tête) et le secteur israélien de la défense. Où comment, une fois de plus, les ingénieurs et scientifiques grenoblois-es sont mis à contribution pour produire les armes qui tuent des civil-es.

De Grenoble à Tel Aviv
L’innovation de défense au fondement de la start-up nation

paru dans lundimatin#422, le 1er avril 2024

Tout commence par une visite entre amis. En ce beau mois de mars, Daniel Halevy-Goetschel, ministre, conseiller aux affaires politiques intérieures, économiques et scientifiques à l’ambassade d’Israël était en visite dans les Alpes françaises. Dans Le Dauphiné Libéré, il lâchait le morceau :

« Grenoble est un exemple frappant de synergies entre le monde de la recherche (à l’image du CEA où je me suis rendu) les entreprises, les start-up, les universités. Cela me rappelle le modèle israélien dont l’écosystème s’est construit ainsi entre différents acteurs. […] Et j’espère qu’une nouvelle phase de relations économiques entre l’agglomération grenobloise et Israël va s’ouvrir » [1]

Les synergies grenobloises évoquant le « modèle israélien », il serait utile d’en savoir plus sur celui-ci. Cela tombe bien, Daniel Halevy-Goetschel le détaillait l’an dernier dans le magazine Servir :

« C’est d’un côté, l’implication des institutions publiques et notamment des armées, du gouvernement, sans oublier les universités et le Technion et l’Institut Weizman, et de l’autre côté, un système des start-up très dynamique avec des entrepreneurs qui prennent des risques et de multiples initiatives. En parallèle, il existe un mode de financement efficace, avec des fonds de capital-risque auquel s’ajoute la participation de grandes entreprises multinationales du domaine tech – environ 400 sociétés, connues mondialement et qui ont pour certaines d’entre elles construit des laboratoires de recherche en Israël, notamment EDF et Renault. » [2]

Voilà la définition du « modèle israélien » : des liens symbiotiques entre l’armée, le gouvernement, les universités, et des start-ups boostées au capital risque. Les lecteurs de notre livre L’Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel [3] reconnaîtront en effet là une forme de similarité avec le « modèle grenoblois ». Ainsi, la coopération de la « nation au 7000 start-up et 90 licornes » avec la « Silicon Valley grenobloise » paraît naturelle. Les liens sont symbiotiques entre les deux régions, qui parlent la même langue, celle de l’innovation.

On sait qu’Israël est le pays comptant le plus de start-up par habitant. On sait aussi que le « modèle grenoblois » est à la source de la politique nationale des « pôles de compétitivité » qui structurent la recherche scientifique française et la coopération public-privé dans ce domaine. Nous nous proposons donc ici de jeter d’abord un œil sur l’économie israélienne et à la place structurante qu’y occupe la Défense, avant d’étudier les organismes principaux de coopération économique franco-israéliens, et de nous attarder quelques instants sur les collaborations spécifiques entre Grenoble et Israël. On verra qu’au coeur même de la notion de « start-up nation » chère à Emmanuel Macron, on trouve l’innovation de défense et la production de mort. Nous en profiterons pour livrer quelques réflexions sur les luttes en cours contre le Moloch.

Zèbres, guépards et innovation

« Il existe une blague israélienne qui m’a été rapportée lors de mon dernier voyage : les Américains croient qu’une start-up se crée à trois dans un garage, mais en Israël on sait qu’une start-up se crée à trois dans un garage à l’intérieur du ministère de la Défense »
Stephane Chouchan, directeur israëlien de STMicroelectronics [4]

L’armée et l’industrie de l’armement structurent Israël depuis sa création en 1948. Depuis le début, Israël, avec l’aide des États-Unis, fabrique une bonne part de son armement, sa « base industrielle et technologique de défense » (le terme par lequel on désigne l’ensemble des entreprises du secteur privé travaillant pour la défense) étant maintenant très large et variée.

« Pays en guerre perpétuelle, l’avance technologique est une réelle question de survie pour Israël : l’armée est au cœur de son écosystème. » [5]

Le secteur de l’armement est le premier employeur public du pays. L’industrie technologique représente quant à elle 18% du PIB du pays [6]. En mettant de côté les crédits alloués à Tsahal, plus de 4,5% du PIB est consacré aux dépenses en R&D. Une part non négligeable de l’argent public va donc inévitablement dans l’innovation de défense. N’oublions pas qu’Israël est un pays extrêmement belliqueux depuis sa création et constitua progressivement dans les années 1970 avec l’aide des États-Unis [7], un complexe scientifico-militaro-industriel très puissant développant une maîtrise hors-pair dans les drones, la surveillance militaire, la cybersécurité, les systèmes anti-missiles et le maintien de l’ordre [8]. Cette maîtrise adaptée à sa guerre coloniale fait d’Israël un pays compétitif dans l’exportation d’armement (toujours dans le top 10 des ventes d’armes).

Comment cela fonctionne-t-il ? C’est l’Innovation Authority, sous mandat direct du Premier ministre qui finance aussi bien les start-up que les PME que les grands groupes, pour des projets intéressant en premier chef Tsahal (cyberdéfense, cybersécurité, nanotechnologies, IA, etc), mais aussi des domaines où la tech israélienne à déjà une longueur d’avance permettant de conforter son statut derrière les État-Unis, de « seconde Silicon Valley ».

« L’écosystème israélien doit énormément à l’intervention publique massive dès les phases d’amorçage. En France, on a mis du temps à le comprendre. Il faut des instruments publics efficaces pour faire germer des start-up » [9]

Ces financements sont aussi audacieux et fonctionnent selon le jeux « du zèbre et du guépard : l’État israélien produit en masse des start-up innovantes (les zèbres) qui se font racheter par les géants de la tech, la plupart du temps américain (les guépards). Ainsi les guépards s’implantent en Israël, créent des emplois, injectent des liquidités, confortent l’économie du pays et attirent de nouveaux groupes.

On sait que cette politique économique axée sur les start-ups avait inspiré Emmanuel Macron dans sa désormais fameuse déclaration de 2017 :

« I want France to be a start-up nation. A nation that thinks and moves like a start-up. »

Quand, il transpose à la France ce mot d’ordre de « start-up nation » jusque-là réservé à Israël, Emmanuel Macron choisit de le faire lors du salon Vivatech, lui même calqué sur les grands showroom israéliens comme le salon DLD de Tel Aviv.

Les liens France-Israël

Les liens économiques entre la France et Israël sont anciens et nombreux. Ils sont assurés par quatre organismes principaux. Passons-les rapidement en revue.

La Chambre de commerce et d’industrie France-Israël (CCIIF) est une structure créée en 1957 [10]. Elle laisse progressivement la place à La Chambre de commerce France-Israël (CCFI), et son site promotionnel Israel Valley [11] qui est surtout un relais médiatique en faveur de l’économie israélienne et des coopération avec la France. L’Observatoire de l’armement précise que la Chambre « organise nombre d’évènements dans lesquels il n’est pas rare de voir participer comme intervenants des chercheurs, des responsables français et israéliens, impliqués dans des domaines de cyberdéfense, du spatial et autres secteurs connexes à la défense et à la sécurité » [12].

Le Technion France est le relais français du Technion Israel Institute of Technology, une grande université et école d’ingénieurs israélienne, sorte de « MIT du Moyen-Orient ». Le Technion France fait connaître les réalisations et les projets du Technion en France dans les milieux scientifiques, académiques, industriels et économiques. L’institution cherche à développer des partenariats et des coopérations sur des sujets d’intérêt commun comme la e-santé et les nanotechnologies. Il multiplie les coopérations industrielles avec des entreprises françaises comme Véolia, Total, Havas, ou encore Servier, Arkema, SEB Alliance et Alstom. Enfin, le Technion France a mis en place de nombreux partenariats académiques (co-tutelles de thèses, mobilité des étudiants, doubles diplômes…) notamment avec l’École Polytechnique, l’Institut Mines Télécom, Université Paris Dauphine, Centrale Supélec, ou encore l’Université Paris Saclay [13].

La French Tech en Israël, déclinaison israélienne depuis 2016 de la French Tech. En Israël, « il s’agit d’un réseau assez actif d’investisseurs et d’entrepreneurs » explique Stéphane Chouchan, « ambassadeur French Tech Israël, Conseiller du commerce extérieur et directeur pays pour Israël de STMicroelectronics » [14], qui ajoute : « Le réseau fonctionne très bien aux États-Unis et en Israël, mais moins en France. »

Enfin, le Comité Israël des Conseillers Extérieurs de la France (Comité Israël des CCE), le lobby des sociétés françaises œuvrant en Israël. On trouve dans leur conseil d’administration, les plus importantes de ces entreprises. Ainsi, le vice-président et trésorier du CCE Israël est le directeur de Thales-Israël, un autre est le représentant en Israël de direction générale internationale de Dassault Aviation. Ce dernier « a débuté sa carrière chez Dassault Aviation en 1990 dans le domaine de la guerre électronique puis après un passage à la direction commerciale en 1996 où il a négocié la vente de produits militaires et spatiaux, a été appelé à la direction des achats en 2002 afin de s’occuper de grand compte tel que Thales, puis des partenaires israéliens jusqu’en 2017. » [15]. On retrouve encore Stephane Chouchan :

« En charge de la filiale du groupe depuis 2007. ST est implanté depuis plus de 18 ans en Israël avec un site de Vente et Marketing, un centre R&D et, depuis 2018, avec le ST-Up Accelerator : un accélérateur de startups hardware late-stage. Parmi les projets réalisés avec des composants ST : Mobileye EyeQ SoC ; Autotalks Craton SoC ; Adasky Ada SoC, des composants de puissance chez SolarEdge, le STM32 pour Strauss/Tami4 ainsi que l’implémentation de capteurs et micro-contrôleurs dans le robot de Temi. » [16]

Tous ces structures bi-nationales servent à nourrir des partenariats technoscientifiques dans les domaines qui intéressent les deux régions, c’est-à-dire la plupart du temps dans la nano et microélectroniques, les capteurs, l’internet des objets, les supra-conducteurs ou l’atome. Le CEA-Grenoble et le CNRS font régulièrement des échanges de leur chercheurs avec de grandes universités israéliennes [17] permettant de renforcer les liens militaro-civils qui ne date pas d’hier et a permit historiquement à Israël d’avoir la bombe atomique, et dont l’Observatoire des armements note que cette coopération atomique à été relancé en 2010 [18].

Les liens Grenoble-Israël

À Grenoble, on peut s’intéresser aux activités de l’un des plus gros instituts de l’université, l’IMAG, centre de recherche en logiciel, IA et internet des objets. En son sein, le laboratoire Verimag, laboratoire de recherche sur les logiciels embarqués, avait retenu en 2020 notre attention pour ses liens étroits avec le complexe français [19]. Mentionnons par exemple le projet CAPACITES [20] qui réunissait de 2014 à 2017 pratiquement tout le complexe militaro-industriel français (MBDA, ONERA, Safran, Dassault Aviation, Airbus Helicopter, etc) sous la houlette de Verimag et de la start-up de design de puce pour l’armement, la grenobloise Kalray.

Verimag s’est acoquiné plusieurs fois avec le mastodonte israélien de l’armement Israel Aerospace Industries (IAI) pour des projets des recherches en drones de combat : le projet COMBEST [21] (avec comme partenaire connexe EADS) ; le projet SafeAir II [22] (avec comme partenaire MBDA) ; les projet OMEGA [23] et SPEEDS (avec EADS). Précisons que l’actuel directeur de l’université, Yassine Lakhnech, figure comme chercheur de ces projets en lien avec le conglomérat israélien.

La start-up israélienne Weebit Nano, spécialiste du design et de la fabrication de puces nouvelle génération pour la mémoire RAM a, elle, un partenariat structurel avec le CEA-Leti. Elle teste dans les salles blanches du CEA ses dernières innovations et utilise du substrat semi-conducteurs préparé par le Leti (notament du FD-SOI).

On pourrait également citer la société Dolphin Design (ex Dolphin Integration), domiciliée à Meylan. Cette entreprise dessine des puces pour des applications civiles et militaires, notamment du SoC (System-on-Chip). Rachetée conjointement par la société iséroise Soitec et le géant français du missile MDBA, Dolphin Design est bien implantée en Israël depuis la moitié des années 90 [24]. Cette implantation lui permettant de ravir des marchés militaires au Proche-Orient et profiter des réseaux de la tech israélienne. Il est en effet très intéressant pour des sociétés qui font du design de puces et de la création de nouvelles fonctions électroniques de s’implanter en Israël. Non pas tant pour profiter d’un marché déjà bien saturé, mais plutôt pour se servir de son expertise en ce domaine [25].

On sait que Grenoble est jumelée avec la ville universitaire de Rehovot depuis 1984. Or, à Rehovot on trouve l’Institut Weizmann, une sorte d’équivalent de la branche recherche du CEA [26]. Le site de la mairie de Grenoble nous explique que ce jumelage est réalisé dans le cadre de coopération de l’Institut Weizmann avec l’Université Joseph Fourier (Grenoble 1) [27].

Comme au CEA, les chercheurs et doctorant bénéficient d’un cadre de travail relativement libre leur permettant de « buller » dans leur recherche pointilleuse en physique nucléaire ou biologie de synthèse [28]. Le directeur de l’institut l’explique à Bruno Lemaire lors de la visite de ce dernier.

« Ici la recherche scientifique pure et ses futures applications sont deux choses absolument séparées. Les scientifiques étudient ici par curiosité, avec une liberté de pensée complète. Une fois que vous avez trouvé quelqu’un avec du talent, il faut lui donner tous les moyens possibles. » [29]

Mais – car il y a toujours un « mais » à chaque fois que l’on parle de liberté dans le technocapitalisme – l’Institut Weizmann, via son bureau de transfert (Navor), touche des royalties sur les découvertes de ses blouses blanches, (comme le CEA dispose aussi de ses bureaux de transfert CEA-Investissement et sa société Supernova Invest [30]). Ce qui lui a rapporté en 2016… 3,5 milliards de dollars ! [31] La liberté est à ce prix.

Indiquons que l’institut Weizmann possède en France une fondation destinée à capter les deniers et les cerveaux français et à faire sa pub dans l’Hexagone, Weizmann France [32]. Le président de Weizmann France n’est autre que Maurice Levy, patron de Publicis – donc organisateur du salon des technologies israélienne Vivatech [33].

On ne peut pas conclure ce petit état de l’amitié entre les entreprises françaises et israéliennes sans parler du plus gros employeur grenoblois : STMicroelectronics. Écoutons encore une fois l’ambassadeur et blagueur Stéphane Chouchan :

« STMicroelectronics est un des leaders européens du semi-conducteur, avec un chiffre d’affaires de 8,35 milliards de dollars en 2017 et 120 millions de dollars domestiques en Israël, ce qui fait de STMicroeletronics l’un des plus grands acteurs du semi-conducteur en Israël. […] Nous menons depuis plus de quinze ans des partenariats avec Mobileye ou Valens, mais nous nous sommes également stratégiquement rapprochés de Cisco, Mellanox ou autres. Nous partageons également des projets avec des centres de design. Nous ne sommes en effet pas toujours facilement identifiables. Or les centres de design constituent parfois une aide précieuse dans ce domaine. Nous menons aussi des partenariats avec les universités, comme le Technion ou l’université de Tel-Aviv. [… ] Après avoir ouvert un centre de ventes en 2002 et un centre de recherche et développement en 2012, il nous est apparu logique d’ouvrir un centre d’innovation en 2018. Nous favorisons donc l’accès à la technologie, aux centres de recherche et développement, aux unités commerciales, aux manufactures, qui font défaut à la plupart des sociétés israéliennes. Dans le monde du semi-conducteur, cette expertise est d’une grande valeur. Nous jouons en quelque sorte le rôle de « grand frère technologique », qui rend possible des projets parfois assez ambitieux du point de vue industriel. » [34]

ST joue en Israël comme son homologue américain Intel Corp., le rôle de guépard, captant les cerveaux et les start-up à forte valeur ajoutée pour nouer des partenariats ou les intégrer au groupe franco-italien.

Il faut noter aussi que la fonderie israélienne Tower Semiconductor, spécialiste des circuits analogiques et capteurs thermiques a signé un accord avec ST pour s’implanter dans la nouvelle usine de ST d’Agrate en Italie [35]. L’activité de Tower ? Faire des circuits spéciaux notamment pour l’industrie de l’armement :

« Tower est le fournisseur unique proposant la plus large gamme de technologies pouvant être utilisées par les clients A&D [Aérospatial et Défense] pour les besoins gouvernementaux, militaires et de défense, notamment les ROIC à grande matrice [36], les imageurs, la photonique sur silicium, le CMOS sur SOI pour les applications RH, les MEMS et les dispositifs à ondes millimétriques, entre autres. » [37]

L’entreprise a reçu, sous la marque « Towerjazz », les qualification ITAR (International Trafic in Arms Regulations) pour ses puces 65nm lui permettant de s’ouvrir au marché américain de la Défense. Elle est classée par le DMEA (Defense Microelctroniocs Activity) du
ministère de la Défense américain (DoD) comme une boîte importante et sûre [38].

Puisqu’on parle de STMicroelectronics, il serait malvenu d’oublier sa voisine Soitec et comme elle, spin-off du CEA-Grenoble. Ainsi, les plaquettes SOI utilisées par Tower proviennent de Soitec, qui fournit à Tower des dizaines de milliers de plaquettes RF-SOI 300nm par an [39].

Comme Tower, ST a un certain savoir-faire dans les produits spécifiques à destination du militaire. L’entreprise grenobloise est le chef de file du projet militaire européen EXCEED notamment pour le design de « système sur puce » (’system-on-chip’ SoC [40]) avec la technologie développée par Soitec (FD-SOI 28 nm) dans son centre de recherche grenoblois sur le Polygone scientifique. Parmi les partenaires du projet, on trouve ArianeGroup (fabricant du missile atomique M51), Thales, MBDA, Safran Electronics and Defense et l’avionneur italien Leonardo. Le projet durera de 2020 à 2025 avec une enveloppe totale de 12 Millions d’euros dont 1,9 pour ST. Les puces issues du projet sont destinées à équiper, d’après la communication :

« les capteurs RF et réseaux de traitement du signal, radios flexibles, positionnement et navigation sécurisés, liaisons de données UAV [drone], réseaux militaires, des moteurs de cryptographie flexibles, soldat débarqué, contrôleurs de guidage et de mission critiques » [41].

Nos luttes sont matérielles et locales

En guise de conclusion nous tenons à dire que nous n’avons rien ni contre les Israéliens, ni contre les Palestiniens, ni contre les Juifs, les Arabes, ni contre les Slaves, les Russes, les Ukrainiens, ni contre n’importe quel peuple. Ce que nous combattons, c’est une logique à l’oeuvre et une façon dont notre monde est agencé : le technocapitalisme et sa course en avant mortifère et sanguinaire, aidé dans cette course par les structures étatiques et supra-étatiques. Qu’elles soit « made in France », « made in Israel » ou « made in Ukraine », les technologies continueront à nous tuer en tant qu’humains et en tant qu’êtres vivants. Elles continueront à nous écraser et à nous asservir comme des esclaves.

Nous ne disons pas que tout se vaut, mais, depuis notre position et avec les idées qui nous portent, nous ne pouvons nous contenter d’accepter benoîtement la guerre de « l’Axe du Bien » face à la « Barbarie ». A l’heure de la fusion intégrale entre le capital et la technologie, il n’y a plus à choisir. Il n’y a rien à regretter de notre monde absurde et sans consistance où la guerre industrielle est devenue une option de gouvernance parmi d’autres, où « tout change pour que rien ne change » dans un confort ouaté de consommateur-citoyen ou sous une maison en ruine. Notre exigence de liberté nous commande d’agir tout de suite et ici-même. La mobilisation totale pour la guerre nous guette, tâchons d’être plus rapide qu’elle avant que nous soyons tous pris dans son piège inextricable.

Le combat se situe donc bien au-delà des appels patriotiques, nationalistes, ethniques ou communautaires. La seule communauté auxquels nous accordons de l’importance et pour laquelle nous nous battrons sans relâche, c’est la communauté humaine. C’est dans cette optique que nous essayons d’aider nos congénères dans une pure localité de la lutte : solidarité avec nos congénères opprimés et combats sans relâche contre les ingénieurs, scientifiques, technologues et encravatés des instituts mortifères. Car le pouvoir aujourd’hui se situe là : dans la puissance liée à l’argent et à la technologie, liée aux machines, aux usines, aux laboratoires et à leurs directives. Dans cette démarche d’action réelle et endurante, intransigeante et stratégique, nous combattons donc les sbires grenoblois et leur modèle de développement car nous savons que les répercussions – on les vois déjà – dépassent de loin les frontières naturelles de nos montagnes.

Tout est à faire, les rapports de force se mettent en place pendant que les contradictions profondes réémergent. Tâchons de dépasser les fausses oppositions, précipitons les frictions et poussons les exigences de liberté à l’ensemble de la vie humaine pour qu’enfin, le mouvement de contestation émergeant embrasse dans la négation la totalité des existences.

Bella matribus detestata

Groupe Grothendieck,
Grenoble, Mars 2024.
groupe-grothendieck@riseup.net

Pour aller plus loin :

— La coopération militaire et sécuritaire France-Israël, Patrice Bouveret, préface de Taoufiq Tahani, Cahier de l’AFPS n° 28 • 2017, Observatoires des armements, associations France-Palestine Solidarité, commandable ici : https://www.obsarm.info/spip.php?article428
— Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l’envers, 2020.
— Fabrice Lamarck, Des treillis dans les labos. La recherche scientifique au service de l’armée, Le monde à l’envers, 2024.
— « Les liaisons dangereuses de l’industrie française de l’armement avec Israël » de l’Observatoire des multinationales, 20 /03/2024. https://multinationales.org/fr/actualites/les-liaisons-dangereuses-de-l-industrie-francaise-de-l-armement-avec-israel
— Stop Arming Israel France : https://padlet.com/stoparmingisraelfrance/ressources
— Coordination Régionale Anti-Armement et Militarisme (CRAAM) : https://craam.noblogs.org/

[1Le Daubé, 23/03/2024.

[2« La ’Start-Up nation’, Israël, un modèle à suivre pour la France ? », Daniel Halevy-Goetschel, Servir 2023/1 (N° 519), pages 111 à 115.

[3Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l’envers, 2020.

[7Encore en 2012, l’aide militaire américaine à Israël s’élevait à 3 milliards de dollars (20 % du budget de la défense Israélienne). C.f. « Du dirigisme militaro-industriel au libéralisme civil : l’économie israélienne dans tous ses états » de Jacques Bendelac, Politique étrangère, 2013/1.

[8Voir la brochure très complète de Patrice Bouveret (Obsarm), « La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », 2017.

[12Patrice Bouveret, « La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », 2017, p 147.

[14« Table ronde 2 – La start-up nation et la French Tech en action » dans « France-Israël : Regards croisés sur l’innovation technologique » du Groupe inter-parlementaire d’amitié France-Israël, N° 149, juin 2018. https://www.senat.fr/ga/ga149/ga1492.html

[18« La coopération militaire et sécuritaire France-Israël », op. cit., p 146.

[19Cf Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée, op. cit.

[26Nous avons déjà parlé de l’Institut Weizman dans l’épisode 4 de La Guerre généralisée au vivant, disponible sur https://lundi.am/Guerre-generalisee-au-vivant-et-biotechnologies-3-4

[28C.f Groupe Grothendieck, Guerre généralisée au vivant et biotechnologies, épisode 4/4, sur Lundi.am

[34« Table ronde 2 – La start-up nation et la French tech en action » dans « France-Israël : Regards croisés sur l’innovation technologique » du Groupe inter-parlementaire d’amitié France-Israël, N° 149, juin 2018. https://www.senat.fr/ga/ga149/ga1492.html

[36Les ROIC sont des micropuces utilisées pour lire les détecteurs infrarouges et ultraviolets dans la surveillance militaire et d’autres applications allant de l’astronomie aux rayons X à la sécurité et à l’inspection industrielle.

[40Les SoC sont des circuits intégrés embarqués ayant sur une même puce un dispositif complet pouvant comprendre de la mémoire, un ou plusieurs microprocesseurs, des périphériques d’interface, des dispositifs (capteurs) mécaniques, opto-électroniques, chimiques ou biologiques et des circuits radio. Il sont souvent très appréciés par les militaires pour leur faible consommation électrique, très pratique pour les drones et les missiles.

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Ils ne puceront pas !

ou comment faire tomber à l’eau un projet industriel à 600 millions d’euros

Depuis des mois, le collectif STopMicro enchaîne les actions et la préparation de ce week-end. Conférences, tracts, affiches, des dizaines de réunions publiques à travers toute la France, la publication d’enquêtes sur l’électronique locale, la perturbation de la pseudo-« concertation » organisée par ST sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP) alors que la moitié de sa nouvelle usine est déjà construite… Et, pour finir en beauté, la semaine dernière une manifestation de 2000 personnes jusqu’aux portes des centres de R&D de ST et de sa maison-mère, le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), des tables-ronde avec des organisations paysannes et enfin un blocage matinal de la Presqu’île scientifique de Grenoble (un récit plus complet est ici).

Deux jours après, mercredi 10, la CNDP rendait publique la décision prise par Soitec le 19 mars :

« Par courrier daté du 19 mars 2024, la société SOITEC nous a informé de la suspension de son projet d’extension sur la zone d’activité économique (ZAE) d’accueil à Bernin (Isère – 38). En conséquence, je vous informe que votre mission de garante et garant est également suspendue jusqu’à ce que le porteur de projet nous informe de la reprise de son projet. »

Avis

À toutes celles et tous ceux qui croient que coller des affiches, bloquer des axes de circulation, manifester, dérouler des banderoles, organiser des réunions publiques, distribuer des tracts, convaincre, diffuser l’information, bref, se mobiliser ne sert à rien : nous venons d’empêcher la construction de deux usines (Bernin 5 et Bernin 6) et la destruction de 11,2 hectares de terres agricoles.

Face à nous, pourtant : le « leader mondial du semi-conducteur innovant ». Soitec produit des semi-conducteurs spéciaux, constitués non de silicium pur mais de couches de matériaux superposés. Des semi-conducteurs très prisés par la dissuasion nucléaire, les « environnements critiques », les smartphones et les batteries de véhicules électriques. (lire à ce sujet notre enquête toute récente).
Ne croyons pas pour autant que notre mobilisation a été seule en cause dans le choix de Soitec : le marché des semi-conducteurs connaît une contraction conjoncturelle. Après deux années de croissance après le Covid, les stocks sont pleins. Ce n’est pas le meilleur moment pour investir. Et encore moins pour se retrouver sous les feux des médias, avec une bande d’excité-es qui livrent vos activités peu morales à la publicité, déroulent des banderoles devant vos bâtiments et manifestent avec des drapeaux et des masques de poissons géants. Cela pourrait incommoder les investisseurs.
Alors Soitec a préféré enterrer son projet préventivement, même si ce projet n’était prévu que pour dans cinq à dix ans, et même si pour l’instant c’étaient les pouvoirs publics (communauté de communes, Isère Aménagement) qui étaient à la manœuvre (nous avions détaillé le projet ici).
Nous vous livrons donc ici la formule mathématique imparable ayant servi à la prise de décision des dirigeants de l’entreprise :

(Grabuge STopMicro + mauvaise conjoncture économique) = opération trop risquée.

On ne gagne jamais seul-e. On gagne parce que nos luttes rencontrent des intérêts, dans des circonstances données. Les puissants modifient leurs projets en fonction de nos actions mais aussi, toujours, en fonction de leurs intérêts propres. Ce n’est jamais purement grâce à une lutte que les choses changent. Mais on gagne quand ce qui n’aurait pas eu lieu sans la lutte advient, car cet évènement advient grâce à la lutte.

Ainsi, ils ne puceront pas ! Pas ici, pas maintenant, pas dans ces champs de blé ! Alors, avis à toutes celles et ceux qui se mobilisent contre l’industrie du béton, contre les mégabassines, contre les mines de lithium, contre les OGM, les usines chimiques ou les autoroutes, pour la préservation des bocages, des terres maraîchères et des milieux de vie : nous sommes avec vous ! Cette victoire est aussi la vôtre, et nous espérons que vos victoires à venir seront aussi un peu les nôtres.

Qu’avons-nous gagné ?

Nous avons sauvé 11,2 hectares de terres agricoles. Des champs de blé, des noyers, une ferme en activité.
Nous avons empêché une augmentation drastique de la consommation d’eau potable. Actuellement, Soitec utilise près de 1,2 millions de mètres cubes d’eau par an, et l’agrandissement aurait probablement amené un doublement de la consommation.
Nous avons empêché que la pollution de l’Isère ne s’accroisse encore sous le coup des nombreux produits chimiques utilisés par la production de semi-conducteurs.
Nous avons fait reculer à une entreprise « stratégique ».
Nous avons pris conscience de notre force, de ce qui peut advenir quand nous sommes nombreux-ses, déterminés, sérieux-ses, de bonne humeur et que nous nous en prenons à la bonne cible.

Mais nous n’avons pas encore obtenu l’annulation du projet : il ne s’agit pour l’instant que d’une suspension.
Nous n’avons pas non plus obtenu l’annulation de l’agrandissement de l’usine voisine de STMicrolectronics, un projet autrement plus conséquent (7,5 milliards d’euros).
Nous n’avons pas obtenu la remise en cause politique de l’utilité de ces usines, qui fabriquent essentiellement de la quincaillerie destinée à booster les marchés (+15 % de puces électroniques par an au niveau mondial) (lire notre enquête à ce sujet)
Nous n’avons pas obtenu la fin de la pollution de l’Isère par les industries du semi-conducteur.
Nous n’avons pas obtenu l’annulation del’extension de l’autre usine de Soitec, à Singapour.
Nous n’avons pas obtenu que le rôle central du CEA de Grenoble dans le développement de ces entreprises soit mis en avant et bien compris par tous, pour que des luttes conséquentes contre le complexe militaro-industriel grenoblois se mettent en branle.

Tout cela, nous comptons bien l’obtenir.
Notre détermination ne fait que s’accroître. Les victoires sont possibles.

Prochaine date : on sabre le champagne de la suspension du projet d’extension de Soitec lundi 15 avril à 18h sur le parvis de Minatec à Grenoble.

Et pour la suite, ce n’est pas fini !

Rejoignez-nous !

Collectif STopMicro, 13 avril 2024

stopmicro@riseup.nethttps://stopmicro38.noblogs.org

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Bilan de la mobilisation d’avril 2024 : Soitec suspend son agrandissement !

Mercredi 10 avril 2024, la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) mettait en ligne sur son site un courrier adressé aux garant·es missionné·es sur le projet d’extension de Soitec1. On y apprend que :

« Par courrier daté du 19 mars 2024, la société SOITEC nous a informé de la suspension de son projet d’extension sur la zone d’activité économique (ZAE) d’accueil à Bernin (Isère – 38). En conséquence, je vous informe que votre mission de garante et garant est également suspendue jusqu’à ce que le porteur de projet nous informe de la reprise de son projet. »

L’extension en question est un projet à 600 millions d’euros pour la construction de deux usines (Bernin 5 et Bernin 62) en deux phases successives d’ici cinq à dix ans3, sur une surface de 8 hectares de terres agricoles (+3,2 autres hectares pour d’autres entreprises)4. L’entreprise avait informé la CNDP plus de trois semaines auparavant, le 19 mars.

Un projet industriel d’envergure suspendu dix jours avant une grande manifestation réclamant explicitement l’abandon des agrandissements de ST et Soitec ? Le doute n’est pas permis : c’est une victoire de STopMicro !

Nous vous invitons à venir la célébrer lundi 15 avril à 18h sur le parvis de Minatec à Grenoble !

ce texte en pdf

Retenons plusieurs points de cette suspension de projet :

1. Il est possible de se mobiliser contre le « leader mondial des matériaux semi-conducteurs innovants » et de le faire plier.

Si la lutte contre les méga-projets inutiles tourne souvent au défaitisme, et si se mobiliser contre des multinationales comme Soitec ou ST c’est souvent se sentir tel David contre Goliath, la lutte paye, et nous en avons aujourd’hui le témoignage avec l’aveu d’échec de Soitec.

La responsabilité de STopMicro et de la mobilisation menée depuis un an et demi dans cette suspension d’agrandissement est incontestable : la suspension annoncée par Soitec se fait deux semaines avant le grand week-end de mobilisation organisé contre les agrandissements de ST et Soitec, et l’annonce par la CNDP survient quant à elle au lendemain de notre communiqué public sur le projet d’agrandissement de Soitec5. La coïncidence est peu crédible.

Il semble notamment difficile, et par ailleurs naïf, d’imputer cette suspension d’extension à la simple conjoncture, à l’instabilité du marché, quand on sait que ce projet d’agrandissement s’inscrivait dans le temps long, d’ici 5 à 10 ans6. Si la conjoncture a assurément pu jouer un rôle, une annonce comme celle-ci répond évidemment à notre mobilisation.

Mettons-nous un instant à la place de la direction de Soitec : à quoi bon affronter une mise en lumière médiatique autour d’une concertation, d’une enquête publique et d’une mobilisation militante ? D’autant plus si on sait que niveau environnemental, l’entreprise n’est pas irréprochable… Quand ces préoccupations rencontrent une conjoncture économique peu favorable7, il paraît rationnel de se faire petit, et de suspendre le projet.

Réjouissons-nous donc ! Nous avons suspendu un projet mortifère à plus de 600 millions d’euros, nous avons sauvé 11 hectares de terres agricoles de la bétonisation, nous avons freiné la dépendance économique toujours plus accrue de nos territoires à ces industries.

2. La CNDP a fait de la rétention d’information pour nous priver de cette victoire.

La Commission nationale du débat public (CNDP) porte mal son nom : il lui aura fallu plus de tois semaines pour qu’elle se décide à rendre publique cette information et, ôhasard, seulement une fois notre mobilisation passée. On ne voudrait pas sembler paranoïaques mais on a du mal à ne pas y voir une intention délibérée de nous priver de cette victoire, de nous empêcher de communiquer dessus et de nous en réjouir au moment où, justement, près de 2000 personnes venues des quatre coins de la France se mobilisaient contre ces industries et leurs extensions.

Autre hasard, la publication du courrier de la CNDP intervient au lendemain de la publication sur notre blog (que nous savons très suivi par les garant·es de la CNDP) de notre article de synthèse « Le projet d’agrandissement de Soitec8 »…

Cette rétention d’information prouve une fois de plus le caractère antidémocratique de cette institution qui, pour ne pas donner raison à l’opposition, passe sous silence ces nouvelles déterminantes. Ce délai de communication de la CNDP réaffirme également de manière ostensible le lien entre STopMicro et cette suspension de projet.

3. À Singapour, Catane ou Crolles : de ces usines nous ne voulons pas !

Si nous nous félicitons de la suspension de ce projet ici, nous déplorons d’ores et déjà la probable externalisation de la production à Singapour où Soitec a également une usine, dont elle a annoncé en décembre dernier le doublement de la capacité de production d’ici à 20289. Tout comme nous déplorons la production de STMicroelectronics dans ses nombreuses usines à l’autre bout du monde (Malaisie, Maroc, Philippines, etc.) et son projet d’extension d’ampleur à Catane, en Sicile10.

Car nous savons que lorsque industriels et politicien·nes justifient les développements industriels à coups de « ici plutôt qu’ailleurs », c’est un mensonge. C’est en réalité « ici et ailleurs » que les industries du numérique se développent, et nous, leurs nuisances et leur accaparement des ressources, c’est ni ici, ni ailleurs que nous les voulons ! Et donc, « quand on ne veut de nuisances nulle part ; il faut bien commencer exemplairement par les contester là où l’on est11 ».

C’est particulièrement vrai dans le cas de Soitec, producteur de nuisances depuis 1992, et sur lequel nous publions aujourd’hui une enquête qui démontre :

– les origines militaires de l’entreprise
– l’implication actuelle de l’entreprise dans des projets d’armement
– le soutien sans faille des pouvoirs publics à l’entreprise, sur le refrain « des recherches publiques pour des profits privés »

4. Cette victoire accroît notre détermination

Passée l’heure des réjouissances, il nous faut penser l’après, et cette victoire ne signe aucunement la fin de la contestation que nous menons depuis maintenant un an et demi.

Si initialement notre mobilisation est née en opposition aux extensions de ST et Soitec, le travail réalisé depuis nous aura permis d’aiguiser notre critique et de pointer l’impasse dans laquelle nous mène cette production industrielle, absurdité redoublée par le contexte climatique. Car, des usages des semi-conducteurs que nous avons documentés jusqu’au panel de nuisances que génèrent actuellement ces industries, à leur consommation d’eau potable déjà délirante (près de 1,2 million de mètres cubes d’eau par an pour Soitec seule12), en passant par la numérisation du monde à laquelle elles œuvrent, c’est bien l’existence même de ces usines et leur production que nous questionnons aujourd’hui.

La mobilisation collective nous prouve que ces développements industriels ne sont pas inéluctables et que nous ne sommes pas impuissant·es.

Ces conséquences directes de la lutte que nous menons renforcent notre détermination. Nous continuerons à nous mobiliser contre tous les projets d’extension de ces usines (ici ou ailleurs), contre toutes leurs nuisances actuelles, mais aussi contre le projet éco(sui)cidaire de société dans lequel elles s’inscrivent.

Nous appelons donc Soitec à transformer sa « suspension » en annulation pure et simple.

Nous appelons également STMicroelectronics à prendre exemple sur sa voisine.

Nous vous invitons enfin à venir fêter avec nous le succès de ces quatre jours de mobilisation et l’importante victoire d’étape par laquelle ils se soldent.

STopMicro vous invite à venir sabrer le champagne et fêter la suspension du projet d’extension de Soitec lundi 15 avril à 18h devant Minatec (Grenoble).

Car la mobilisation collective paye ;

Car cette victoire accroît notre détermination à lutter toujours plus

fort contre l’emprise de ces industries et leurs nuisances ;

Et car il reste encore à construire la suite ensemble :

No puçaran !

Collectif STopMicro
12 avril 2024

Pour en savoir plus, lisez notre texte « Soitec : 30 ans de nuisances sans merci »

stopmicro@riseup.nethttps://stopmicro38.noblogs.org

4Lire notre synthèse sur le projet d’agrandissement : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/04/10/le-projet-dagrandissement-de-soitec/

6Voir la lettre de la CNDP de décembre 2022 à destination de ses garant·es : https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2024-01/LM_SOITEC_ZAE_BERNIN_2%20Sign%C3%A9.pdf

11Encyclopédie des nuisances, Adresse à tous ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer, Le monde à l’envers, 2021.

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Bilan de la mobilisation d’avril 2024 : Soitec suspend son agrandissement !

Soitec : 30 ans de nuisances sans merci

Alors que le collectif STopMicro vient de porter un coup d’arrêt aux projets d’agrandissements de l’entreprise Soitec Bernin 5 et Bernin 6 (pour un montant de 600 millions d’euros tout de même)1, nous vous invitons à partir à la découverte de des nuisances de cette entreprise. Créée en 1992 par le CEA pour développer une technologie militaire, celle-ci trouve le moteur de sa croissance dans les smartphones et le développement des voitures électriques. De 1992 à 2024 : 30 ans de nuisances sans merci.

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Une sucess story à la grenobloise

« Certaines révolutions sont silencieuses. Diplômé de l’École Centrale de Lyon à 21 ans, André-Jacques Auberton-Hervé réalise sa thèse de doctorat au sein du Leti, le laboratoire du CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) spécialisé dans les micro et les nanotechnologies. Le début d’une fabuleuse aventure qui le mènera, notamment alors qu’il a 30 ans, à la tête du leader mondial des semi-conducteurs. »2

C’est à partir de 1974 que le CEA-Leti développe en partenariat avec la Direction des applications militaires du CEA la technologie SOI pour répondre aux besoins de défense, en particulier de dissuasion nucléaire3. La technologie SOI ? Il s’agit du Silicium on insulators, une technique particulière de fabrication de puces électroniques. Dans l’industrie du semi-conducteur classique, les circuits imprimés sont gravés sur une fine couche de silicium. Avec le SOI, le substrat sur lequel on grave les puces est constitué d’un ensemble de très fines couches isolées les unes des autres (par du saphir, de l’air ou du dioxyde de silicium4. Si la fabrication de la puce est plus complexe, plus énergivore et plus coûteuse (de l’ordre de 10 %5), le produit fini est par contre plus performant (jusqu’à 15%), plus économe en énergie (20 % d’économie par rapport aux puces en silicium massif)6. Mais surtout, ses performances permettent de réagir à des environnements plus contraignants (radiations, haute altitude, températures extrêmes…). Ce sont ces qualités que les chercheurs du Leti recherchent, et pour lesquelles ils développent le SOI.

En 1991, les recherches du Leti permettent d’obtenir des coûts de fabrication concurrentiels grâce à la technologie Smart Cut™7. Il est temps de passer à l’industrialisation de la technologie. En 1992, les deux chercheurs à l’initiative des recherches, André-Jacques Auberton-Hervé et Jean-Michel Lamure, créent Soitec dans ce but.

Les centres de recherches publics sont coutumiers des transferts de technologie vers le privé, via la vente de brevets à des entreprises. Le « modèle grenoblois » ne fait pas exception à cet état d’esprit. Mais les institutions scientifiques grenobloises ont développé précocement une collaboration encore plus poussée entre le public et le privé. En 1999, le CEA créera même sa filiale CEA Investissement (appelée à l’époque CEA Valorisation) « ayant pour objet de prendre des participations directes dans des sociétés valorisant des technologies du CEA, avec pour cible la valorisation des brevets et les investissements dans les start-up »8. En effet,

la création d’entreprises est au cœur des activités du CEA depuis bientôt 50 ans, avec un bilan très positif : plus de 220 start-ups créées depuis 1972, dont 70 % sont encore en activité. Plusieurs de ces start-up sont désormais des entreprises au succès mondial (Soitec, Lynred…)9.

C’est ainsi qu’il faut comprendre les chants entonnés lundi 8 avril 2024, par les opposants aux agrandissements de ST et Soitec qui, après avoir bloqué une heure durant les accès à la Presqu’île scientifique, quittaient les lieux en scandant « CEA, recherches publiques, profits privés, nique le nucléaire et nique l’armée ». C’est un bon résumé10.

Revenons-en à Soitec. En 1999, l’entreprise s’implante à Bernin11 avec l’usine Bernin 1, « le plus grand centre de production de SOI au monde. Sa capacité de production montera par étapes à 800 000 plaques de diamètres 200 mm et inférieurs par an. La société emploie plus de 100 personnes »12. Le marché est prospère :

La filière se révéla très performante en termes de consommation d’énergie, un atout décisif pour les applications mobiles (téléphones portables, montres connectées), car une faible consommation permet d’augmenter l’autonomie. […] La multiplication des dispositifs électroniques à basse consommation, par exemple pour l’Internet des objets, et, plus généralement, la recherche de la performance énergétique ouvrent de vastes perspectives pour cette filière13 ».

Conséquemment, la même année, l’entreprise entre en bourse.

En 2002, l’usine Bernin 2 entre en production, destinée, elle, à la fabrication des plaques de diamètre 300 mm14. Le chiffre d’affaires franchit pour la première fois la barre des 100 millions d’euros.15

Entre 1999 et 2007, la société multiplie son chiffre d’affaires par plus de 50 dans les applications gourmandes en puissance de calcul, et sa capitalisation boursière par 16.16 En 2007, Soitec franchit pour la première fois la barre des 1 000 collaborateurs17.

En 2008, Soitec ouvre un site de production à Singapour pour fabriquer des plaques de SOI. En 2012, ce site accueille l’activité de recyclage de plaques SOI. En 2013, le site est préparé à la production des nouveaux produits, FD-SOI18.

Épargnons au lecteur peu familier des pages « Finance » les pérégrinations de Soitec sur le marché de l’énergie solaire de 2008 à 2016, qui a failli amener l’entreprise à la faillite. Signalons qu’à chaque fois que l’entreprise a eu des déboires financiers, c’est l’État est venu renflouerses caisses. Osons l’hypothèse que cette magnanimité est liée à l’importance de Soitec pour la dissuasion nucléaire – importance que nous détaillerons plus loin.

Arrivons-en au présent. Aujourd’hui, Soitec compte trois sites de production dans le monde, dont deux importants, Bernin et Singapour – le second étant en cours d’agrandissement19 ainsi qu’un petit site de production à Hasselt en Belgique pour un substrat spécifique non-silicium, le nitrure de gallium (GaN)20. L’entreprise a 2000 salariés dont 1600 à Bernin21. Son principal site de production se situe juste à côté du mastodonte européen, sur la commune de Bernin, dans la Zone d’activités économiques (ZAE) du parc des Fontaines : depuis ST, il n’y a qu’a enjamber le ruisseau du Craponoz pour y parvenir. L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaire de 1,1 milliard d’euros en 2022-202322 et ambitionne d’atteindre les 2,1 milliards d’ici 2026-202723. Son activité repose aujourd’hui sur trois divisions : communication mobile (64 % du chiffre d’affaires), automobile & industrie (19 %), objets intelligents (17 %)24. Les matériaux SOI

sont utilisés pour la fabrication des puces qui équipent les smartphones, les tablettes, les ordinateurs, les serveurs informatiques ou les centres de données. On les retrouve aussi dans les composants électroniques présents dans les automobiles, les objets connectés (internet des objets), les équipements industriels et médicaux25 ».

On trouve donc des produits Soitec dans « les composants radiofréquences de tous les smartphones de la planète »26. Une sucess story, donc. Mais certains marchés auxquels contribue l’entreprise seraient-ils moins médiatisés que d’autres ? C’est ce que nous allons maintenant étudier.

Une technologie militaire

« La nécessité de résister aux environnements radiatifs a lancé une belle aventure industrielle, dont nous ne voyons probablement que les prémices !»27

Une lecture attentive des rapports financiers de Soitec28 donne quantité d’informations sur l’entreprise et les marchés sur lesquels elle se positionne. Étonnement, les applications militaires n’y sont nulle part mentionnées. Pourtant, dans son rapport de 2006, le Département américain de la défense classe la technologie SOI parmi les « technologies militaires critiques »29. Quant on sait que Soitec est leader sur sont marché et « sa technologie Smart Cut™ [est] utilisée aujourd’hui pour la production de près de 100 % des plaques SOI vendues dans le monde »30, on peut facilement imaginer qu’une partie des productions berninoises sont à destination des marchés militaires.

Il ne s’agit pas de supputations. En 2014 par exemple, Soitec vendait une cargaison de plaques Silicium sur Saphir, technologie militaire par excellence, à l’entreprise russe Mikron31, un fabricant de circuits intégrés pour l’armée russe qui figure aujourd’hui dans la blacklist du département du Trésor Américain32.

Le responsable de la Direction des applications militaires du CEA (CEA-DAM) confirmait en 2018 l’implication de Soitec dans les activités militaires : « Les composants électroniques [de STMicroelectronics et Soitec] servent pour la dissuasion [nucléaire]33 ». Plus récemment, suite aux révélations de l’Observatoire des armements (Obsarm), une ONG qui documente les ventes d’armes de la France, la direction de Soitec rendait public son partenariat avec l’organe de l’armée française chargé de développer de nouvelles armes, la Direction générale de l’armement (DGA). Ce partenariat a pour but de fournir en substrat résistant et performant les puces des « systèmes embarqués critiques » des industries d’armement françaises. Ces substrats qui se retrouvent dans les micropuces dites « Rad-Hard » (Radiation Hardened, résistantes aux radiations de ST Microelectronics34 vont aussi alimenter les boîtiers électroniques de l’entreprise crolloise Ecrin Systems. Elles répondent aux normes militaires QML-V ou MIL-PRF-3853536.

En 2018, Soitec et le missilier français MBDA rachetaient l’entreprise meylanaise Dolphin Design, designeuse de puce pour des application militaires :

Alors que l’industrie française de l’armement cherche à limiter autant que possible le recours à des composantes relevant de la Réglementation américaine sur le trafic d’armes au niveau international [ITAR] afin d’éviter toute restriction à l’exportation, il aurait été dommage de voir l’entreprise iséroise Dolphin Integration, spécialisée, avec ses 130 ingénieurs, dans la conception de circuits intégrés et de composants dits virtuels analogiques et numériques, fermer ses portes. D’autant plus que cette PME, créée en 1985, avait été sélectionnée par l’Agence européenne de défense [AED] dans le cadre du programme SOC – System on Chip, visant à permettre aux industriels européens de l’armement d’accéder à des technologies « ITAR Free » pour « des petits et moyens volumes à des prix compétitifs. » En outre, elle a mené des projets pour le compte de la Direction générale de l’armement [DGA], via le dispositif RAPID37.

De plus, Soitec fabrique en petites quantités des plaques d’arséniure de gallium (GaAs) et de nitrure de gallium (GaN) destinées les appareils électroniques de radiofréquence (wifi) et haute fréquence comme les radars et les détecteurs infrarouges dont raffolent les entreprises d’armement38.

Ces péripéties récentes n’ont rien d’étonnant quant on connaît l’histoire de Soitec. Le SOI, la technologie développée par Soitec, est issue de recherches militaires de résistance des micropuces aux radiations ionisantes notamment pour les missiles balistiques. Elles sont menées à partir de 197439 à Grenoble dans le laboratoire du CEA-Leti conjointement par la Direction des applications militaires du CEA (CEA-DAM) et la Direction Générale de l’Armement (DGA)40. Le SOI a en effet le double avantage d’être plus performante que les puces classiques et respecter les normes militaires de résistance aux conditions extrêmes (puces dites « Rad-Hard » pour radiation hardened). En effet :

Le SOI fut initialement conçu par les équipes du CEA/DAM [Direction des applications militaires] et du CEA/LETI (Laboratoire d’Électronique et de Technologies de l’Information) pour répondre à des besoins très spécifiques des programmes de la dissuasion [nucléaire]. Comparé aux autres technologies des semi-conducteurs d’alors, le SOI permet de réduire très significativement les pertes électriques. Au-delà du concept, la technologie SOI s’est imposée parce qu’en 1991, le CEA/LETI, avec le soutien financier de la DAM a mis au point le procédé IMPROVE, permettant de produire le SOI à des conditions économiques intéressantes. Au-delà de la satisfaction du besoin « Défense », cette technologie a pu être valorisée en 1992 par la création d’une « spin-off » du CEA, la société Soitec41.

Récemment, en décembre 2022, la voisine de Soitec, STMicroelectronics, a signé avec Soitec un partenariat pour la production de puces FD-SOI42. On ne sera donc pas surpris d’apprendre que figure au catalogue de STMicroelectronics toute une gamme de puces « Hard-Rad » en SOI bénéficiant de certification militaire QML-V43. Cependant, seules 10 % des plaques préparées par Soitec vont à sa ST. « STMicroelectronics est important pour nous en tant que partenaire R&D, mais pas en tant que client », dit l’ancien directeur, Paul Boudre44. Le marché du traitement des wafers est très concurrentiel, puisque c’est le leader mondial des semi-conducteurs Intel avec sa technologie FinFet qui concurrence Soitec dans la réduction des courants de fuite et l’augmentation des performances du substrat de silicium45 et lui ravit des entreprises comme Apple, IBM ou Qualcomm.

À la pointe de l’innovation

Un peu plus concrètement, comment tout cela fonctionne-t-il ? Il est essentiel de comprendre que Soitec n’est pas une fonderie au sens propre, c’est à dire une usine qui grave des circuits imprimés sur des wafers. C’est une usine de traitement du substrat permettant d’améliorer les performances et de résister au radiation. Les puces SOI sont plus concurrentielles sur un marché déjà bien saturé.

Soitec achète des tranches de silicium aux fabricants de silicium qui ont fondu, façonné et découpé en tranches le silicium brut. Soitec utilise ses technologies de pointe (principalement la technologie Smart Cut™) pour intercaler une couche de matériau isolant entre chaque couche d’oxyde de silicium et fabriquer des plaques de silicium sur isolant (le SOI). Puis, elle revend ces tranches aux fabricants de circuits intégrés.
Au-delà des gains de performance et d’efficacité énergétique des composants électroniques, la gravure sur SOI permet de bénéficier de coûts de fabrication réduits, du fait d’une architecture simplifiée. (…) Soitec est ainsi le leader de la fabrication et de la fourniture de plaques de SOI. Elle a été le précurseur dans la fabrication de plaques SOI avec sa technologie Smart Cut™ utilisée aujourd’hui pour la production de près de 100 % des plaques SOI vendues dans le monde. Soitec a également conclu des accords de licences avec : Shin-Etsu Handotai en 1997 (société japonaise), SunEdison en 2013 (société américaine, récemment rachetée par GlobalWafers) et Simgui en 2014.46

La technologie principale développée par Soitec est le Smart Cut, une sorte de « scalpel électronique » qui permet de découper une couche nanométrique de silicium ultra pur et de la coller sur une plaque de silicium classique dont la surface de collage est transformée en isolant. Par rapport aux plaques traditionnelles de silicium massif, ce substrat en forme de sandwich a l’avantage de réduire les courants de fuite, et donc la consommation de courant, tout en améliorant la vitesse de traitement.

Le site de Bernin contient aujourd’hui quatre usines dont la dernière « Bernin 4 », un bâtiment de 2 500 m² inauguré le 28 septembre 2023. M. Barnabé annonce fièrement que « d’ici 2028, nous allons y produire 500 000 wafers Smart SiC, par an, en 150 et 200 mm.47 ». De cette nouvelle usine va sortir une nouvelle catégorie de wafers (SmartSiC) conçus en particulier pour améliorer l’autonomie des batteries des voitures électrique, de l’ordre de 15 %48.
Malgré les annonces de baisse de consommation électrique par plaque de SiC par rapport au SOI, cette technologie est beaucoup plus polluante. Pour bien fonctionner les plaquettes doivent être « dopées » à l’ammoniac (nitruration), à l’aluminium, au bore, au phosphore ou au gallium (depuis 200449), ce qui engendrera comme sa voisine ST, des rejets d’effluents contaminés dans l’Isère.

Le CEA en embuscade

Nous l’avions déjà expliqué dans une enquête précédente50 : ce qui se passe dans les labos de Soitec ne relève pas que d’une stratégie d’entreprise. Spin off du Commissariat à l’énergie atomique, Soitec est en partie soumise aux décisions du gouvernement, et ses évolutions se font en cohérence avec la stratégie du CEA. Ainsi, Soitec à la particularité d’être en partenariat avec le CEA depuis 25 ans51, un partenariat renouvelé tous les 5 ans.

La coopération s’effectue au sein d’un laboratoire commun organisé en thématique et qui s’appuie sur une équipe mixte : plus de 15 personnes de Soitec sont actuellement détachées sur le site de Grenoble. Le CEA-Leti met à disposition ses compétences et ses outils pour aider Soitec à progresser dans la connaissance fondamentale de la technologie Smart CutTM mais aussi pour développer des briques technologiques innovantes qui ouvriront de nouvelles opportunités de marchés à Soitec, par exemple dans les domaines des substrats pour les MEMS ou la photonique sur silicium52.

En 2018, Soitec et le CEA-Leti ont même annoncé la constitution d’une plateforme commune de développement, le « Substrate Innovation Center », « afin de créer de nouveaux matériaux pour les plaques de silicium, de piloter une ligne de production et de développer des applications pour les nouvelles plaques de silicium » sur le site Bernin53 et sur celui du Leti54. Cette plateforme permet de tester des nouvelles lignes de production. Quant au « Soitec Lab », cette « filiale à 100% de Soitec lancée en 2020 est une entité qui mène des activités de recherche et développement de Soitec installée sur le site du CEA-Leti, à Grenoble. »55 Le Soitec Lab gère une ligne de production expérimentale et est financée par l’Union européenne et la région Auvergne-Rhône-Alpes56.
On voit que le choix fait par le collectif STopMicro, qui conteste les agrandissements de STMicroelectronics et de Soitec d’aller manifester les 6 et 8 avril sur la Presqu’ile scientifique de Grenoble n’était pas sans fondement : c’est là que ST comme Soitec ont une partie non négligeable de leurs activités de R&D. Et c’est surtout là, dans les bureaux du CEA, que se décident les orientations et les projets techno-scientifiques de la région.

2022-2024 : les choses se corsent

Décembre 2022 a été un mois très chargé pour l’entreprise.

Le 1er décembre, STMicroelectronics et Soitec annonçaient « leur coopération dans la technologie de fabrication de substrats [plaques] en carbure de silicium57 » : concrètement, la production par ST de substrats FD-SOI et SmartSiC.

Le 16, la communauté de communes Le Grésivaudan votait une délibération concernant l’agrandissement de la zone d’activité économique du Parc des Fontaines. On apprendra ultérieurement que cette extension de 11,2 hectares est dédié pour 8 hectares aux extensions potentielles Bernin 5 et Bernin 6 de Soitec58 en deux phases successives d’ici cinq à dix ans59. Ce projet implique : une première enquête publique pour changer le statut des terres agricoles concernées dans le PLU ; un rachat des terres par Isère Aménagment, un organisme de droit privé utilisé par les collectivités territoriales ; une viabilisation des lots par Isère Aménagement ; une revente ou mise à disposition à Soitec ; la construction et l’équipement des usines.

Une semaine avant, le 9, Soitec avait communiqué sur l’agrandissement de son usine de Singapour dans le but « de doubler la production annuelle de son site […] pour atteindre environ deux millions de substrats SOI (Silicium sur Isolant) en 300 mm »60. D’ailleurs, là-bas, pas de soucis, Soitec fait partie de la Singapore Water Association61 (SWA) « une collaboration dynamique entre les acteurs du secteur privé dans le but d’apporter du dynamisme à la croissance de l’industrie de l’eau singapourienne »62. À Bernin, où à notre connaissance Soitec ne fait pas encore partie de l’Association Française de l’Eau, l’entreprise « utilise près de 1,2 millions de mètres cubes d’eau par an ».63

Et puis, coup de tonnerre. Alors que l’entreprise prévoyait il y a peu encore « d’investir 1 milliard d’euros d’avril 2023 à mars 2026, dont près de la moitié sur son site industriel à Bernin, en Isère. »64, tout en anticipant « une croissance significative pour chacun de ses trois marchés finaux, dans lesquels le Groupe renforce son leadership dans les produits SOI et progresse dans l’exécution de sa stratégie d’expansion vers de nouveaux produits, notamment le POI et le SmartSiC™ »65, la mobilisation de STopMicro qui dénonce l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique – principalement ST et Soitec – a semble-t-il obligé le colosse à montrer ses pieds d’argile. D’abord en communiquant en janvier 2024 sur une technologie de réutilisation de l’eau destinée à faire passer le réemploi de l’eau de 19 à 35 %66. Un contre-feu un peu grossier face à la contestation, et un aveu que de grandes quantités d’eau sont impunément gaspillées depuis des années67.

Puis ensuite le 19 mars, deux semaines avant la grande mobilisation de STopMicro « De l’eau, pas des puces », en annonçant discrètement à la Commission nationale du débat public la « suspension » de son projet d’agrandissement. Une suspension à mettre au crédit du collectif : en effet, ce projet à 600 millions d’euros devait avoir lieu d’ici cinq à dix ans, et d’ici là être portée par les collectivités publiques (Isère Aménagement et communauté de communes). Si la conjoncture financière est en ce moment défavorable à Soitec68, il n’y avait aucune urgence à suspendre le projet… si ce n’est pour esquiver les projecteurs médiatiques auxquels ce projet d’agrandissement et la concertation associée l’auraient confrontée. On ne peut donc comprendre la suspension du projet que comme une capitulation face à la mobilisation, un calcul bénéfices/risques pour Soitec et ses financeurs dont voici la formule :

Grabuge STopMicro + mauvaise conjoncture économique = opération trop risquée.

Mais évidemment, ni L’Usine Nouvelle, ni Emmanuel Macron ne viennent crier sous les toits que l’agrandissement est suspendu… car c’est une bataille de perdue pour les réindustrialisateurs de la France.

Nous nous en félicitons et espérons que STMicroelectronics s’inspire de son voisin !

Collectif STopMicro,
12 avril 2024

3François Geleznikoff (directeur du CEA/DAM), « Soixante ans d’innovations scientifiques et technologiques à la Direction des applications militaires du CEA », Hérodote n°170, 2018, https://www.cairn.info/revue-herodote-2018-3-page-37.htm

10Pour plus de détails, lireGroupe Grothendieck, L’Université désintégrée, Le monde à l’envers, 2020.

13François Geleznikoff (directeur du CEA/DAM), « Soixante ans d’innovations scientifiques et technologiques à la Direction des applications militaires du CEA », Hérodote n°170, 2018, https://www.cairn.info/revue-herodote-2018-3-page-37.htm

24Soitec, « Rapport financier semestriel 2023-2024, novembre 2023, https://d2za3aw7vtguly.cloudfront.net/production/images/Soitec_Rapport-semestriel_FR_FY24.06.pdf

27« 1958-2018, 60 ans de sciences à la Direction des Applications Militaires. Avancées récentes et défis de demain » disponible sur https://www-dam.cea.fr/dam/wp-content/uploads/2018/07/60-ans-dam.pdf

29Department of Defense (DoD),« Militarily Critical Technologies List », Section 8 : Electronics Technology, DoD, septembre 2006.

33« Supercalculateurs : l’atome trouve un nouveau souffle », Libération, 7/02/2018, https://www.liberation.fr/france/2018/02/07/supercalculateurs-l-atome-trouve-un-nouveau-souffle_1628227/

39François Geleznikoff (directeur du CEA/DAM), « Soixante ans d’innovations scientifiques et technologiques à la Direction des applications militaires du CEA », Hérodote n°170, 2018, https://www.cairn.info/revue-herodote-2018-3-page-37.htm

40« 1958-2018, 60 ans de sciences à la Direction des Applications Militaires. Avancées récentes et défis de demain » disponible sur https://www-dam.cea.fr/dam/wp-content/uploads/2018/07/60-ans-dam.pdf

41Commission sénatoriale des affaires étrangères et de la défense, « L’avenir des forces nucléaires françaises », rapport d’information n°668, 12/07/2012, https://www.senat.fr/rap/r11-668/r11-668_mono.html

48Idem.

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Le projet d’agrandissement de Soitec

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[Mise à jour du 12 avril 2024 : le projet d’agrandissement est suspendu]
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Le 16 décembre 2022, le conseil communautaire du Grésivaudan a approuvé un projet d’extension de la zone d’activités économiques (ZAE) du Parc des Fontaines à Bernin (voisine de STMicroelectronics à Crolles). Ce projet de 11,2 hectares est destiné principalement (8 hectares) à l’agrandissement du fabricant de semi-conducteurs Soitec d’ici 5 à 10 ans (source).

Le coût :
– 8 millions d’euros pour l’extension de la ZAE
– Pour les unités de production de Soitec : l’investissement total envisagé est de plus de 600 millions (source) soit presque deux fois plus que le dernier agrandissement (Bernin 4, 2023, 360M€).

Les terrains impactés :
– 11 hectares de terres agricoles utilisées majoritairement pour produire du blé, appartenant à différents propriétaires privés (source : mairie de Bernin)

Les acteurs :
– le projet est porté par Isère Aménagement (une société privée dont sont actionnaires 48 collectivités publiques dont la Communauté de communes Le Grésivaudan) et par Soitec (source).

Le contexte :
– Soitec est installée sur ce site depuis 1998 et n’a cessé depuis de s’agrandir
– le marché des semi-conducteurs FD-SOI (dans lesquels Soitec est spécialisée) est tiré vers le haut par le développement des voitures électriques (source : rapport financier semestriel 2023-2024 Soitec)

Les problèmes :
– ces semi-conducteurs sont dédiés au marché des voitures électriques, l’une des prochaines catastrophes écologiques
– cet agrandissement n’est pas conforme à la loi ZAN (zéro artificialisation nette)
– de moins en moins de terres agricoles dans le Grésivaudan, de plus en plus d’usines de puces…
Où sont les priorités ?

Les suites :
– la commune devra mettre son plan local d’urbanisme en compatibilité avec le SCOT (avec une concertation CNDP et une enquête publique) ;
– Isère Aménagement devra faire l’acquisition des terres ;
– une demande de permis de construire devra être déposée ;
– l’industriel devra mener une autre concertation via la CNDP ;
– les services de l’Etat devront mener une enquête publique ;
Et alors l’usine pourra entrer en service.

A moins que…?

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Rapide retour sur la mobilisation d’avril 2024

Depuis la création du collectif STopMicro, la contestation des usines de la microélectronique grenobloise s’intensifie et se diversifie. Ce week-end de mobilisation des 5, 6, 7 et 8 avril 2024 marque une nouvelle étape dans la lutte. Rapide retour sur quatre journées contre le « monde connecté » et l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique.

Vendredi

Le vendredi est riche en discussions et conférences, balayant différents sujets tel que les liens entre STMicroeletronics, Soitec et le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) ou avec l’industrie de l’armement (européenne, russe, israélienne…). La soirée avec l’historien François Jarrige sur l’accaparement de l’eau est pleine a craquer, les cantines assurant le repas sont mises a rude épreuve (la prochaine fois nous verrons plus grand) ! (le programme détaillé ici)

 

 

Samedi

2000 personnes répondent à l’appel pour la grande manifestation du samedi. Depuis la tour Perret, repensant aux Gilets jaunes avec qui nous prenions le même départ il y a quelques années, nous marchons en direction du centre de recherche et développement de ST, situé sur la presqu’île scientifique, l’épicentre des innovations et productions néfastes qui pullulent à Grenoble. C’est à notre connaissance la première fois qu’une manifestation s’aventure à porter la contestation au sein de ce désert de grilles métalliques, de béton et de verre (caractéristique fréquente des lieux de pouvoir et de nuisances). Un si gros cortège remontant cette interminable avenue, longeant les pires institutions grenobloise (Minatec, Clinatec, CEA…), cela nous fait chaud au coeur et rappelle aux plus ancien-nes la manifestation contre l’inauguration de Minatec en 2006.

 

 

Arrivé-es aux portes du centre de R&D de ST , une compagnie de CRS nous signale tout de même les lignes a ne pas franchir. Après quoi la manifestation se disperse dans le calme.

Dimanche

400 personnes se retrouvent à Crolles le dimanche pour des discussions avec les Faucheurs volontaires d’OGM, la Confédération Paysanne, l’Atelier Paysan, Nature & Progrès, le collectif Grignon…, une visite autours des usines et des ateliers pour les enfants. (le programme détaillé ici)

Lundi

Lundi matin, alors que les dernières banderoles accrochées le long du parcours de la manifestation du samedi flottent encore au vent, nous ressurgissons. Comme en écho à l’occupation des grues du chantier de Minatec en 2004, une centaine de membres de STopMicro, de l’Action autonome Isère et du comité grenoblois des Soulèvements de la Terre bloquent une heure durant les deux principaux accès routiers de la Presqu’ile scientifique de Grenoble (lire notre communiqué ici). Un joyeux bazar, qui conclut ce week-end de mobilisation.

 

 

 

 

Nous remercions chaleureusement toutes personnes et tous les collectifs qui sont venu-es participer et contribuer à la réussite de ces quatre jours!
Les réactions de la presse à cette mobilisation se trouve dans notre revue de presse (rubrique « avril 2024 »)

Contre les agrandissements de STMicroelectronics et de Soitec
Contre les nuisances des industries de l’électronique.
Contre le « monde connecté » et la dystopie qu’il nous promet.

De l’eau pas des puces !

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Blocage de la Presqu’ile scientifique : Le temps perdu pour la recherche, c’est du temps gagné pour le vivant

Lundi 8 avril 2024, les accès routiers à la Presqu’île scientifique de Grenoble ont été bloqués par une centaine de militant-es contre les agrandissements des usines STMicro et Soitec. Les blocage étaient situées place Nelson Mandela et au Pont d’Oxford.
Suite au week-end de mobilisation des précédents jours, avec comme point d’orgue la manifestation ayant réuni 2 000 personnes sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces » samedi, cette mobilisation pacifique a pour but de porter la contestation au coeur de l’épicentre des innovations et productions néfastes qui pullulent à Grenoble.
Après une heure de blocage et la distribution d’un millier de tracts, les manifestant-es ont quitté les lieux.

No puçaran !

Les collectifs : StopMicro, Action autonome Isère, comité grenoblois des soulèvements de la Terre


Le temps perdu pour la recherche, c’est du temps gagné pour le vivant

Le collectif Stop Micro dénonce les nuisances causées par les agrandissements de ST Micro et de Soitec : l’accaparement des ressources de la vallée, notamment la consommation d’eau et la pollution massive de l’Isère. Aujourd’hui, le collectif bloque la Presqu’île Scientifique : c’est là l’épicentre des innovations et productions néfastes qui pullulent à Grenoble.

La Presqu’île se structure à partir du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) « un des principaux centres de recherche appliquée en microélectronique et nanotechnologies dans le monde ». Depuis sa création en 1956, il est la matrice de toutes les entreprises privées qui appliquent et commercialisent les résultats de ses recherches. Il a ainsi mis au monde en 1972 ce qui deviendra STMicro et Soitec en 1992, ainsi que de nombreuses autres entreprises telle Lynred, ouvrant pour le militaires. En outre, le CEA a toujours exercé un pouvoir politique conséquent. Le polygone scientifique est le lieu de création d’une élite technocratique, où travaillent aujourd’hui plus de 10 000 ingénieurs, et où la recherche publique est au service des usages industriels et militaires. Travailler pour le CEA n’est donc jamais anodin : c’est donner les atours de la recherche publique aux industriels, notamment de l’armement, qui en naissent et qui profitent de chaque innovation.

C’est sur la Presqu’île que se trouve un des plus grands centres de recherche et développement de la multinationale STMicroelectronics, où travaillent plus d’un millier de cadres et d’ingénieurs. Non content de produire une quantité astronomique de puces, le géant innove perpétuellement, créant ainsi artificiellement de nouveaux besoins.

Au regard du rapport d’activité de STMicro, on constate que l’immense majorité des puces produites sont utilisées pour les voitures connectées, la reconnaissance faciale ou encore pour l’internet des objets (notamment la 5G, ST travaillant sur le développement de la 6G à l’heure actuelle). Dernière innovation en date : une bouteille d’eau connectée qui s’allume pour nous rappeler de boire régulièrement. Gonflé, pour une entreprise qui pompe toute l’eau du Grésivaudan… Quasiment aucune puce a destination du secteur médical : où sont passés tous les IRM vantés par la communication de l’entreprise et des pouvoirs publics locaux ?  Au-delà des gadgets, les puces servent le marché du smart farming. L’objectif : ne plus avoir besoin d’humains pour cultiver les terres, qui le seront grâce aux machines connectées. Ce qui signe la mort de l’agriculture paysanne et de tout rapports à la terre.

Le plus dérangeant reste cependant bien caché. Alors même que STMicro est à la tête du consortium Exceed, qui a pour but de développer des puces à usage exclusivement militaire (source), l’entreprise se garde bien de mentionner l’utilisation de ses puces dans les armes : drones, lunettes de visée, missiles connectés… La France étant le deuxième exportateur d’armes au monde, on retrouve des puces fabriquées dans le Grésivaudan sur la plupart des conflits mondiaux… notamment dans les armes russes utilisées en Ukraine. (lire notre enquête life.augmented/death.augmented)

Si la production de puces se fait à Crolles et à Bernin, c’est bien sur la Presqu’île qu’elles sont inventées et développées.

Le collectif continuera de se mobiliser pour de l’eau, pas des puces !

Argumentaire du collectif
Tract du week-end
Programme du week-end

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STMicroelectronics & Soitec : une sacrée tuyauterie !

Les vrais chiffres de l’accaparement de l’eau par le collectif STopMicro, Avril 2024.

Combien d’eau consomment ST et Soitec ? Et après leurs extensions ? Combien d’eau les usines rejetent-elles dans l’Isère ? Pour répondre à toutes ces questions, on vous propose un schéma récapitulatif des vrais chiffres de l’accaparement de l’eau obtenus par STopMicro jusqu’à présent.

Tous les chiffres sont sourcés, le schéma ci-dessous représente l’accaparement de l’eau par  STMicroelectronics et SOITEC, qui captent puis polluent l’eau potable du réseau de Grenoble. Les chiffres indiqués représentent des flux de quantités d’eau moyennes assez gigantesques, des milliers de mètres cubes par jour. Exceptions faites de quelques quantités comme des boues toxiques, qui sont comptées en Tonnes par jour, un volume certes considérablement moins élevé, mais considérablement plus toxique. Comme cet accaparement se renforce, avec l’extension des deux usines, nous avons représenté l’augmentation de leur consommation et de leurs rejets avec un »+ » qui précède le chiffre.

Version PDF avec le texte complet.

 


Qu’est ce qu’un millier de mètres cube d’eau ?

1 million de bouteilles d’eau de 1L ou 25 000 douches de 40L ou une demi piscine olympique… la consommation cumulée des deux usines en eau potable et non potable, prévue après l’extension, viderait une mégabassine de Sainte-Soline en 19 jours. 1

Explication des chiffres

Ici la liste des chiffres représentés sur le schéma, dans l’ordre croissant. Sauf exceptions portant une *, ils représentent des quantités en milliers de mètres cube par jour.

  • 1* Moins de 1%, pourcentage de l’eau du réseau potable utilisée pour l’agriculture dans les communes du Grésivaudan. L’eau agricole, non potable, provient surtout de la nappe de l’Isère (1).
  • 2,4 Consommation de l’usine SOITEC en 2018 (2).
  • 2,4 Augmentation de la consommation d’eau de SOITEC prévue pour l’extension, à 90% pour l’augmentation de la fabrication d’eau ultra-pure. Voir 4,8.
  • 4 Débit moyens quotidien d’eau polluée que SOITEC rejete dans l’Isère après son extension, soit 25% au dessus de l’arrêté préfectoral. Les rejets contiendront de l’acide fluoridrique, de l’azote amoniacal (3).
  • 4,8 Consommation de l’usine SOITEC après son extension, autour de 2023 (4).
  • 5 Consommation en 2022 du reste de la communauté de communes le Grésivaudan (5).
  • 9 Augmentation de la quantité d’eau qui transite de Grenoble au Grésivaudan après le doublement de certaines canalisations réalisés en 2023 (voir 29). Ces travaux ont été financés par la communauté de
    commune du grésivaudan, en prévision de l’extension des usines.
  • 10 Augmentation de la consommation en eau potable de ST. Voir 21,5.
  • 10 Rejets de ST dans l’Isère en 20216. Ils contiennent du phosphore, de
    l’azote ammoniacal, de l’aluminium, etc. (7)
  • 11,5 Consommation en 2021 de l’usine ST (8). Elle est en constante augmentation depuis quelques années.
  • 14,5 Quantité d’eau maximale que l’entreprise ST sera autorisée à pomper dans la nappe de l’Isère avec plusieurs forages sur son site (9). Cette eau n’est pas aussi pure que celle qui provient du réseau d’eau potable.
  • 12* Tonnes de boues hautement toxiques qui partent de ST tous les jours dans des dizaines de camions, en 2021 (10).
  • 13* Tonnes supplémentaires de boues toxiques que ST prévoit d’évacuer chaque jour après l’extension. Voir 25.
  • 15* Pourcentage d’eau consommée par ST qui part en fumées (11).
  • 18,5 Augmentation des rejets d’eau polluée dans l’Isère par ST pour son extension. La concentration des polluants est à peu près identique. Voir 28,5.
  • 19 Quantité d’eau potable que la régie des eaux de Grenoble fournit à la communauté de communes du Grésivaudan en 2022 (12).
  • 19 Quantité maximale d’eau potable que ST est autorisée à consommer quotidiennement en moyenne après l’extension(13).
  • 23 Consommation quotidienne moyenne de la ville entière de Grenoble (14).
  • 25* Tonnes de boues hautement toxiques qui partiront de ST tous les jours dans des dizaines de camions après l’extension (15).
  • 28,5 Rejets pollués de ST dans l’Isère après son extension (16).
  • 29 Quantité maximale d’eau que la ville de Grenoble peut vendre à la communauté de communes du Grésivaudan après l’agrandissement des canalisations (17).
  • 33,5 Quantité d’eau maximale que ST peut consommer après son extension, qui démarre petit à petit et sera complémentent opérationnelle à l’horizon 2027-2030 (18).
  • 42 Quantité d’eau potable pompée de la nappe alluviale de la rivière Romanche (19). Comme celle du Drac, cette eau est si pure qu’elle n’est pas traitée avant d’être distribuée dans le réseau d’eau potable.
  • 42 Quantité d’eau potable pompée de la nappe du Drac (20). Les deux réseaux sont aujourd’hui interconnectés.
  • 1000* Nombre de personnes présentes à la manifestation du 1er Avril 2023 devant les usines pour s’opposer aux extensions.
  • 2000* Nombre de personnes présentes à la manifestation du 6 Avril 2024 à Grenoble, avec le même mot d’ordre: « De l’eau, pas des puces ! »

Références


(1) Conseil de la communauté de Communes Le Grésivaudan du 30 janvier 2023.
(2) 903958 m³ dans l’année 2018 soit 2477 m³/jour en moyenne, Rapport d’enquête publique SOITEC, p30.
(3) Rapport d’enquête publique SOITEC, p32-33.
(4) 1 758 000 m³/an après projet soit 4816 m³/jour en moyenne, Rapport d’enquête publique SOITEC, p30 et p41 pour la date.
(5)  S’il y avait 18 804 fournis et que ST prenait 11 594 et soitec 2 477, le reste consomme donc 18 804 – 11594 – 2 477 = 4 733, habitant-es et industries comprises.
(6)
10 400 m³/jour en moyenne en 2022. Avis de la MRAE, p10.
(7) Déclaration environnementale 2021 de ST Crolles, p23-25
(8) 4 232 000 m³/an soit 11 594 m³/jour. Avis de la MRAE, p9.
(9) ST est déjà autorisée à pomper 300 m³/heure soit 7 200 m³/jour avec de nouveaux forages prévus pour l’extension, Arrêté préfectoral du 19 mars 2022, p3. À l’avenir, ce seront 4 forages qui fourniront jusqu’à 600 m³/heure soit 14 400 m³/jour, si le dispositif REUSE fonctionne. Avis de la Régie des Eaux de GAM, p5.
(10) 4 528 tonnes/an soit 12 508 tonnes/jour en 2021. Avis de la MRAE, p10.
(11) Avis de la régie des eaux de GAM, p2.
(12) 33 600 m³/jour exactement. Avis de la régie des eaux de GAM, p4.
(13) C’était 6863701 m³ en 2022 soit 18 800 m³/jour. Rapport eau 2022 CCLG, p39.
(14) 8 432 127 m³/an soit 23 102 m³/jour. Rapport d’activité de EGA, p47.
(15) 9 300 tonnes/an soit 25,5 tonnes/jour. Avis de la MRAE, p14.
(16) Si 85% de l’eau utilisée part dans les rejets aqueux, on obtient 33,6 * 0,85 = 28,56 milliers de m³/jour.
(17) Avis de la régie des eaux de GAM, p3.
(18) Exactement 33 600 m³/jour, Avis de la MRAE, p12.
(19) C’était 41 531 m³/jour en moyenne en 2022, Rapport d’activité 2022 de EGA, p62.
(20) C’était 44 047 m³/jour en moyenne en 2022, Rapport d’activité 2022 de EGA, p62.

Sources

Les noms complets des références utilisées dans les notes de fin sont les suivantes:

  • Avis de la régie des eaux de GAM : Avis du conseil d’exploitation des régies eaux potable et assainissement de Grenoble-Alpes Métropole du 06 Octobre 2023.
  • Rapport d’enquête publique SOITEC : Rapport d’enquete publique, demande d’extension et augmentation de capacité de production de la société SOITEC sur la commune de Bernin, 20 août 2020.
  • Conseil communautaire du 20 mars 2023: Séance du conseil communautaire du 20 Mars 2023 de la Communauté de communes le Grésivaudan.
  • Avis de la MRAE: Avis n° 2022-ARA-AP-1475 de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAE). Avis délibéré de la mission régionale d’autorité environnementale sur l’extension et l’augmentation d’activité d’un site de fabrication de circuits intégrés par la société STMicroelectronics sur la commune de Crolles (38).
  • Déclaration environnementale 2021 de ST Crolles: STMicroelectronics, Déclaration environnementale 2021 Site de Crolles.
  • Arrêté préfectoral du 19 mars 2022: Arrêté préfectoral complémentaire n°DDPP-DREAL UD38-2022-03-08 du 19 mars 2022. Mise en production de 2 forages (P1 & P2) dans la nappe souterraine située au droit du site.
  • Rapport d’activité 2022 de EGA: Eaux de Grenoble Alpes, Rapport d’activité 2022.
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Lettre ouverte aux garant.es de la concertation publique

Mesdames et Monsieur les garant·es de la CNDP,

Nous avons échangé de nombreuses fois avec vous autour de votre mission de « garant.es du processus de concertation préalable pour le projet d’agrandissement de l’entreprise ST Microelectronics sur le site de Crolles »1 et nous vous remercions de la sincérité de ces échanges.

Vous le savez, et nous l’avons largement détaillé dans notre papier intitulé « Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l’agrandissement de STMicro à Crolles »2 , STopMicro ne participera pas à ce processus qui relève d’un spectacle de légitimation de décisions (purement économicistes et sans égard pour la population) déjà prises par l’État. Comme nous l’avons longuement argumenté, les statuts mêmes de la CNDP pour ce type de concertation ne sont pas de nature à assurer un débat publique sincère.

Le spectacle de la concertation auquel nous assistons de l’extérieur, en plus de ne toucher qu’une partie infime de la population du territoire, est d’ores et déjà entaché de nombreuses irrégularités. Il suffit pour cela de comparer la lettre de mission au document décrivant les modalités de la concertation préalable en cours rédigé par… STMicroelectronics3. C’est, in fine, un déni évident de la démocratie que la CNDP prétend défendre. 

L’absence d’accès à de nombreux documents essentiels (à commencer par la convention liant l’État à ST) qui permettraient d’offrir un débat de fond, le refus de poser la question fondamentale de l’utilité d’une telle extension, l’opacité derrière le retrait probable de GlobalFoundries4 du consortium, mais plus encore l’insultante façon qu’à ST de vouloir se passer d’une nouvelle enquête publique comme M. Gérondeau vous l’a clairement fait savoir sur le marché de Crolles, sont autant de mépris à votre égard et à l’égard de de celles et ceux qui souhaitent un véritable débat de société.

C’est pourquoi, par respect pour votre fonction et le travail que vous accomplissez, nous vous appelons à vous démettre de votre mission.

Le collectif STopMicro, 29 mars 2024

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Notes :

1 Lettre de mission adressée par M. Papinutti, président de la CNDP aux 3 garant.es

2 https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/03/14/recette-pour-construire-une-mega-usine/

3 STMicroelectronics – Projet d’extension du site de Crolles. Concertation préalable du 22 Mars au 19 Avril 2024 : https://colidee.com/o164p700/comprendredossier.htm

4 https://www.usinenouvelle.com/article/en-isere-globalfoundries-est-il-en-train-de-lacher-stmicroelectronics-pour-sa-megafab-a-crolles.N2210430


A lire aussi :

Nos trois textes précédents sur le même sujet :

– Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l’agrandissement de STMicro : Recette pour construire une méga-usine
– Pseudo-concertation et fichage des opposants : STMicro : le vrai visage de la concertation
Chroniques crolloises : les lois du « marché » made in ST

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Chroniques crolloises : les lois du « marché » made in ST

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Temps chagrin en ce dimanche matin de marché crollois. À peine enfilé nos t-shirts « De l’Eau pas des Puces » et embarqué nos tracts, nous tombons sur le stand aux couleurs criardes bleu marine et jaune de ST. C’est en effet jour de « concertation préalable » à Crolles, alors les wafers1, les belles applications (jamais militaires) de la microélectronique et surtout M. Gérondeau en personne, directeur du site de Crolles, accompagné des trois garant·es de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), sont de sortie.

On n’a pas dégainé notre premier tract que la police municipale nous aborde : vous n’avez pas le droit de tracter ici, ordre de M. Lorimier (le maire de Crolles). Ah bon, c’est juste pour STopMicro cette règle ou c’est pour tout le monde ? Pour tout le monde. Et ST qui est en plein milieu du marché ? Ah ben ça, on a merdé, ils se sont installés sans prévenir, ils auraient dû être dehors mais c’était trop tard. Mouais… Bon, M. l’agent, homme fort avenant, a l’air vraiment sincère. Sauf qu’un peu plus tard dans la matinée, on rencontre M. Lorimier (homme fortement moins avenant) qui, à la même question, nous répond : personne ne peut tracter sur le marché, c’est un lieu où les gens font leurs courses au calme. OK mais ST, pourquoi ils sont là ? Ah non, ST c’est pas pareil, ST c’est un acteur important ! … L’agent de la police blêmit en comprenant qu’il s’est fait berner (encore une fois, mais on sent qu’il est habitué) par M. le maire. La suite de l’entretien avec Lorimier se passe de commentaires. Au cours de cet échange houleux, il exulte et sort tour à tour toute sa panoplie des moisissures argumentaires et de chiffons rouges pour finir excédé sur un magnifique « de toute façon les gens sont bêtes ». Les crollois et les crolloises apprécieront. Il nous quitte en nous recommandant d’aller vivre en yourte.

Mais revenons plutôt sur l’échange avec M. Gérondeau, non pas qu’il fut intellectuellement plus épanouissant, mais parce qu’il sera très révélateur des magouilles incessantes que nous dénonçons depuis plus d’un an à STopMicro. M. Gérondeau est donc là pour rencontrer le bas peuple au milieu des odeurs de rôtisserie dans le cadre de la « concertation préalable ». Concertation préalable qu’ST s’est vu imposer de mettre en place étant donné que leur ridicule passage en force en lançant une enquête publique sans concertation préalable était si grotesque qu’il a été repéré et dénoncé (par nous et par d’autres).

Petit point technique un peu pénible mais nécessaire pour la suite. Cette concertation préalable est commandée par M. Papinutti, président de la CNDP, qui a missionné trois garant·es dans une lettre dont la demande express est de consulter les citoyen·nes au sujet « de l’opportunité, des objectifs et des caractéristiques du projet, des enjeux socio-économiques […], de leurs impacts significatifs sur l’environnement » mais aussi « des solutions alternatives […] de l’absence de mise en œuvre ». Plus important, M. Papinutti stipule à deux reprises dans cette lettre de mission2 que le bilan de la concertation « sera joint au dossier de l’enquête publique » à venir. Comme ST a merdé en « omettant » de faire une concertation préalable avant de se lancer dans une enquête publique, retour à la case départ : après la concertation préalable, il y aura une nouvelle enquête publique et ST doit notamment prévoir une solution de repli en cas de refus de la mise en exploitation du site. Site qu’ST a bien sûr déjà construit histoire de couper l’herbe sous les pieds malades de la démocratie. Le problème c’est que, à la fois dans la « synthèse » et dans le « dossier de concertation » produits conjointement par ST et les garant·es3, bizarrement le calendrier prévisionnel n’évoque plus du tout d’enquête publique. Non, non, après la concertation préalable, on passerait direct à la « mise en exploitation ». Ni vu ni connu (sauf par nous). Bref, une concertation « préalable » des citoyennes et des citoyens qui arrive à la toute fin du processus. Normal.

L’argument avancé par ST pour encore une fois se passer des lois est que « le délai d’exécution est une composante essentielle du projet » parce que « le marché des semiconducteurs est marqué par un contexte concurrentiel mondial et est particulièrement cyclique » (tout comme le marché des godasses, des bagnoles, des fringues, de tout en fait). Mais zut, pas de bol encore pour ST, le marché de la puce est dans les chaussettes en ce moment au point que Soitec aurait demandé à ses employé·es de prendre un mois de congés en plein milieu d’année. Au point que l’entreprise américaine GlobalFoundries, à qui doit théoriquement revenir 58 % de la production du nouveau site d’ST (vive la souveraineté nationale), serait en train de les lâcher.4 Côté timing de cyclicité et d’urgence de mise en exploitation on a quand même vu mieux… Fin de la parenthèse technique.

Retour au marché. Tout ce laïus, documents à l’appui, on le colle sous le nez des garant·es de la CNDP. Pourquoi il n’y a pas de projet alternatif qui sera débattu ? Pourquoi il n’y a pas une seule évocation de l’enquête publique à venir ? Bref, pourquoi il nous semble que vous ne remplissez pas votre mission ? Là, gros blanc. Zut, en effet, « il faut qu’on amende ça » nous répond-on. Ici aussi il et elles nous semblent vraiment sincères. Alors on les pousse longtemps, mais gentiment, jusqu’à leur faire dire ouvertement devant Gérondeau : « oui oui, la CNDP va tout faire pour qu’il y ait une nouvelle enquête publique ». On se tourne alors vers Gérondeau, tout penaud, qui ne sait que répondre : « il y a déjà eu une enquête publique ». Bahm. Les garant·es nous ont semblé scotché·es et comprendre sur le coup qu’il et elles ont été violemment floué·es par ST. Ça devient alors rocambolesque, une garante nous prend par le bras : « on doit parler ». À partir de là, c’est leur inquiétude qui domine : on a besoin de vos documents, des travaux de STopMicro, pour défendre toutes les positions autour du projet.

Mais on l’a déjà dit et expliqué5, STopMicro ne participera pas à ce débat pipeau. Le débat public a en fait déjà lieu, et ce depuis un an et demi. Il est porté par le collectif et la population, dans de nombreux temps de rencontres et par voie de presse6. Pas en deux pauvres heures de présentation ridicule comme ce fut le cas lors de la soirée d’ouverture de la concertation pendant laquelle ST a pris les gens de haut, usant de sa glorieuse condescendance et de ses chiffres bien choisis et volontairement incompréhensibles du grand public, mais au travers de plus d’une vingtaine de réunions publiques7 au cours desquelles nous laissons les habitant·es s’exprimer, que ce soit pour ou contre ce projet. Nous ne légitimerons pas un processus anti-démocratique qui, quoiqu’il arrive, peut être légalement balayé d’un revers de la main par la préfecture et la présidence. Balayé comme l’enquête publique à venir d’ailleurs, qu’elle ait lieu ou pas.

Face à cette situation digne d’une république bananière,
nous sollicitons tout·es les citoyen·nes à nous rejoindre dans la joie et la rigueur
pour nous opposer à l’accaparement des ressources par les industries de la microélectronique et au délire grandissant de la « vie augmentée »
les 5, 6 et 7 avril 2024.
8

No puçaran !

Le Collectif STopMicro.

stopmicro@riseup.nethttps://stopmicro38.noblogs.org/

1Les plaques de silicium gravées et nettoyées à l’eau potable par ST.

3Disponibles ici: https://colidee.com/o164p700/comprendredossier.htm (ce sont les fichiers 51.pdf et 52.pdf).

6Tout cela est disponible sur notre site : https://stopmicro38.noblogs.org/

8Le programme des journées de mobilisation: https://stopmicro38.noblogs.org/files/2024/03/programme.pdf


A lire aussi :

Nos trois textes sur la pseudo-concertation :

– Pseudo-concertation et fichage des opposants : STMicro : le vrai visage de la concertation
– Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l’agrandissement de STMicro : Recette pour construire une méga-usine
Lettre ouverte aux garant.es de la concertation publique

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HÉBERGEMENT POUR LE WEEKEND D’AVRIL

Vous ne venez pas de Grenoble et vous ne savez pas où dormir ? Vous voulez inviter plein d’ami-es mais vous n’avez pas suffisamment de lits pour elles et eux ?
Le mieux, c’est déjà de solliciter au maximum vos propres réseaux, ami-es d’ami-es, famille, etc. pour trouver un endroit où dormir. Et sinon, on met en place un dispositif d’hébergements solidaires en comptant sur l’entraide locale.
Vous avez encore jusqu’au 30 mars pour vous y inscrire !

Pour celles et ceux qui cherchent un endroit où dormir, on vous invite à remplir ce formulaire.

Et pour celles et ceux qui ont envie de filer un coup de main en hébergeant, c’est ce formulaire !

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STMicro : le vrai visage de la concertation

La police suit à la trace les militant-es de STopMicro ! Ces dernières semaines, des réunions publiques ont été scrutées par la gendarmerie, des plaques d’immatriculation ont été relevées et de multiples contrôles d’identité ont été effectués sur des militant-es distribuant simplement des tracts. Un membre de STopMicro a même été convoqué à la gendarmerie. Pourquoi tant de contrôle pour celles et ceux qui dénoncent le développement des technologies de contrôle ?

Ce tract en PDF

A partir d’aujourd’hui, 22 mars 2024, STMicroelectronics anime une pseudo concertation. Celle-ci, comme l’enquête publique qui l’a précédée, n’est qu’un simulacre de participation citoyenne. Les travaux sont largement entamés et les avis émis ne sont que consultatifs : elles ne servent pas à grand-chose. Les industries et les pouvoirs publics s’assurent que nous, les « simples citoyen-nes », ne puissions pas nous approprier ces sujets. « Vous comprenez, il s’agit de sujets très techniques, après tout qui connaît exactement la capacité de la fourniture en eau des champs captants de la Romanche ? Qui est à même de nous présenter un projet de société où demain on retirerait tous les semi-conducteurs ? Pas grand monde, non ? Alors, ayez confiance et laissez faire les experts. »

Le collectif STopMicro en a assez de cette propagande de classe abrutissante à laquelle on nous biberonne. Alors, quand en période de restriction sur la consommation d’eau potable, on découvre que c’est open-bar pour ST et Soitec, on se dit qu’il y a un problème. Donc on creuse, on détricote, on se met à comprendre pas mal de choses et à y voir plus clair

Conclusions : les semi-conducteurs présentés comme « indispensables » ne le sont pas puisque la plupart sont destinés à des usages gadgets (domotique, voitures électriques et même… tondeuses à gazon autonomes), quand ce n’est pas pour le commerce des armes. Cette production qui nous est présentée comme une partie de la solution au dérèglement climatique pollue et consomme une quantité faramineuse de ressources. Elle ne fait que participer à l’accélération de la fuite en avant technologique ! Comme ça nous révolte, on s’organise, on se met à écrire, à informer autour de nous, on fait des enquêtes qu’on publie, on tracte, on rencontre les gens, on organise des réunions publiques un peu partout, on appelle à des manifestations

Mais ça, en face, ça ne leur plaît pas : ils n’ont pas envie que les gens viennent mettre leur nez dans leurs dossiers crados, parce que ça la fout mal. Pas envie non plus que les citoyen-nes s’approprient des sujets qui les concernent et viennent les contester, il faut que les travaux avancent ! Et puisque s’informer et informer, c’est déjà trop subversif, on lâche les chiens de garde.

Fichage et intimidation

– 1/09/2023 : lors de la première réunion de l’enquête publique, la gendarmerie relève les plaques d’immatriculation de toutes les voitures garées sur le parking.

28/02/2024 : une fourgonnette de la gendarmerie fait des allers-retours devant la salle du Plateau-des-Petites-Roches où nous allons organiser une conférence. Objectif : filmer les participant-e!

11/03/2024 et 19/03/2024 : le fait de tracter devant la sortie d’usine aux salarié-es nous vaut plusieurs contrôles d’identité sous le motif de « trouble à l’ordre public » (sic), par les gendarmes de Meylan et de Domène. Les gendarmes nous apprenant au passage que les identités relevées sont transmises à la direction de ST. Sympa !

– 9/03/2024 : une balade autour du site pour constater l’avancement des travaux cause le fichage des 6 personnes présentes.

Enfin, un membre de STopMicro a reçu cette semaine une convocation au commissariat pour un interrogatoire de près de 2h.

La stratégie antidémocratique se déploie à deux niveaux : d’un côté, un volet acceptabilité sociale avec ses CNDP, enquêtes publiques et autres fioritures bidons, de l’autre, un fichage politique des opposant-es. Le fait de s’informer, de discuter publiquement, de contester collectivement leur fait peur. Ils essayent de nous intimider avec leur police. Cela ne fait que renforcer notre détermination à contester ce projet d’extension délirant d’accaparement des ressources, de pollution massive du milieu et de choix de société imposé par les industries de la microélectronique.

C’est pourquoi nous nous mobilisons les 5, 6 et 7 avril, à Grenoble et dans le Grésivaudan. Rejoignez-nous !

De l’eau, pas des flics ! De l’eau, pas des puces !

STopMicro, 22 mars 2024

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5, 6, 7 avril 2024 : le programme

téléchargez le programme pdf ici.

Le texte d’appel à la mobilisation est ici.

VENDREDI 5 AVRIL

14H – 16H, Salle Rouge (15 rue des Arts et Métiers à Grenoble)
Grenoble et l’industrie de l’armement
Comment débusquer les liens entre les activités militaires et les laboratoires civils ? L’ONG Observatoire des Armements propose depuis l’an dernier des formations d’enquêteurs-trices à l’échelle locale et sera présente pour nous en parler, puis l’antenne grenobloise du réseau de surveillance des entreprises de l’armement restituera ses travaux. Le Collectif Régional Anti-Armement et Militarisme du Rhône et de la Loire présenteront ensuite leurs activités.

14H- 17H, Le 102 (102 rue d’Alembert à Grenoble)
Ateliers de préparation à la manifestation
On fabriquera des pancartes, des banderoles, des accessoires … Il y aura aussi un atelier pour écrire des chants et des slogans et s’y entraîner avec la chorale militante La Cagette.

15h30 – 17H, La Capsule (21 rue Boucher-de-Perthes à Grenoble)
Numérique et surveillance
La Quadrature du Net, une association qui lutte pour les droits et les libertés fondamentales à l’ère du numérique, interviendra au sujet de la finalité de contrôle des outils numériques.

16H30-18H, Salle Rouge (15 rue des Arts et Métiers à Grenoble)
Détricotage des liens entre ST et le CEA
Dans le livre Des treillis dans les labos, Fabrice Lamarck du Groupe Grothendieck se livre à une enquête sur les liens entre les entreprises comme ST, Soitec et Lynred, le Commissariat à l’Energie Atomique et le secteur de la Défense.

19H, Salle Rouge (15 rue des Arts et Métiers à Grenoble)
Repas
Des cantines seront présentes pour vous régaler !

20H, Salle Rouge (15 rue des Arts et Métiers à Grenoble)
L’accaparement de l’eau aux sources du capitalisme industriel
Depuis les premières usines textiles et les équipements à vapeur du XIXe siècle, jusqu’aux high tech contemporaines, l’accaparement de l’eau est au coeur du développement du capitalisme industriel. L’historien François Jarrige nous donnera un aperçu de cette histoire longue, et le collectif STopMicro présentera l’actualité de la lutte contre les industries de l’électronique grenobloises.

SAMEDI 6 AVRIL : MANIFESTATION

Grande manifestation contre les industries de l’électronique, leurs nuisances et leur projet politique de « vie connectée ». Venez avec vos enfants, vos slogans et vos déguisements de poisson. Dress code : vêtements bleus.
Rendez-vous À MIDI AU PARC PAUL MISTRAL pour un repas avec plusieurs cantines militantes.
Puis départ à 14H pour la manifestation à travers Grenoble jusqu’à la Presqu’Île scientifique.
Et on finira la journée en se retrouvant au parc avec musique et danse s’il fait assez beau.

DIMANCHE 7 AVRIL

On se retrouve à partir de midi au Parc Jean-Claude Paturel à Crolles. On discutera des agrandissements de STMicro et Soitec, des projets de société dans lesquels ils s’inscrivent, des moyens de s’y opposer, et des perspectives et imaginaires à construire ensemble !

10H30 Départ groupé à vélo de Grenoble (Transports en commun en bas de page)
Rendez-vous place Vaucanson à Grenoble pour 1h de vélo le long de l’Isère.

12H Repas
Notre cantine vous régalera pour bien démarrer l’après-midi !

13H Visite guidée du Mordor
L’Office de Promotion de l’Avenir (OPA) vous invite à une visite guidée du patrimoine industriel. Venez vous informer sur les usines locales, leur développement et leurs produits avec nos guides. La visite dure 2h. Sur inscription uniquement, nombre de places limitées : stopmicro@riseup.net

13H30 Quel avenir pour le Grésivaudan ?
L’urbanisation bat son plein et continue de gagner du terrain sur les terres agricoles. Puisqu’une croissance industrielle infinie dans une vallée finie n’est ni possible ni souhaitable, quels imaginaires politiques construire pour notre vallée ? Discussion et élaboration avec des collectifs locaux.

13H30 Le numérique à l’assaut de l’agriculture
Non contentes de détruire toujours plus de terres agricoles pour leurs usines, les entreprises comme ST fabriquent des composants utilisés pour le « smart farming », l’industrialisation de l’agriculture à base de drones, de capteurs et de GPS. Comment résister à cette offensive ? Table ronde avec l’Atelier Paysan, les Faucheurs Volontaires, la Confédération Paysanne et Nature & Progrès.

13H30 Contes pour les enfants
Contes et ateliers sur le cycle de l’eau et l’impact des méga-usines pour les 6-10 ans. Ateliers d’imagination pour les plus grands. Pour les plus jeunes, il y aura de quoi s’occuper mais si possible accompagné-es d’un-e parent-e.

15H30 Remise des prix Greenwashing Trophies 2024
ST et Soitec aiment à proclamer qu’elles travaillent pour la transition écologique… La réalité est
bien différente ! Venez voter pour les meilleures innovations de greenwashing de ces entreprises.

15H45 Discours de clôture

16H Concert de clôture

TRANSPORTS POUR CROLLES

TER : 10H09 à la gare de Grenoble 10H31 à Brignoud
Bus T80 : 11H45 à l’arrêt Verdun-Préfecture 12H18 à Crolles le Brocey
Bus T84 : 12H31 à l’arrêt Victor Hugo 13H05 à Crolles le Brocey
TER : 13H09 à la gare de Grenoble 13H31 à Brignoud

HEBERGEMENT

Vous ne venez pas de Grenoble et vous ne savez pas où dormir ? Vous voulez inviter plein d’ami-es mais vous n’avez pas suffisament de lit pour elleux ?
Le mieux, c’est déjà de solliciter au maximum vos propres réseaux, ami-es d’ami-es, famille, etc. pour trouver un endroit où dormir. Et sinon, on met en place un dispositif d’hébergements solidaires en comptant sur l’entraide locale.
Pour celles et ceux qui cherchent un endroit où dormir, on vous invite à remplir ce formulaire.
Et pour celles et ceux qui ont envie de filer un coup de main en hébergant, c’est ce formulaire ! (faites tourner un maaaax dans vos réseaux, à vos potes qui ont de grandes colocs, etc.)

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Recette pour construire une méga-usine

suivi de « Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l’agrandissement de STMicro à Crolles »

Cette fiche cuisine en version pdf

Ingrédients :
– une entreprise du CAC40
– un fonds de pension américain détenu majoritairement par des Émiratis
– beaucoup de béton
– pas mal d’ingénieurs et d’ouvriers du BTP
– des services préfectoraux bienveillants
– des intérêts industriels et stratégiques
– une cuillère à café d’enquête publique
– (facultatif) une pincée de concertation publique

Allergènes :
– risques industriels niveau Seveso Seuil Haut
– déni de démocratie
– production d’objets inutiles
– collaboration avec l’industrie de l’armement

RECETTE

– 1 : Mélangez l’entreprise du CAC40 avec le fonds de pension américain. Attention à ce que les 87,5 % de financements émiratis se mélangent correctement aux intérêts stratégiques de l’Union Européenne (formation de grumeaux possible).

– 2 : Pour cela, utilisez les services préfectoraux. Ils sont disponibles en quantité : réservez-en une partie au réfrigérateur pour la suite de la recette (les services de l’État se conservent au frais (1)). Avec ceux que vous aurez choisis pour ce moment, touillez sans ménagement : l’idée est d’obtenir plusieurs milliers de mètres cubes de béton bien lisse. Les arrêtés préfectoraux et autres études de la DREAL sont des outils très pratiques pour obtenir une pâte bien molle. En cas de formation de grumeaux (avis défavorable de la MRAE) continuez comme si de rien n’était et affirmez que votre recette est très très bonne.

Attention : la suite de la recette est contre-intuitive.

– 3 : À PARTIR DE JUIN 2022. Communiquez. N’attendez pas que le béton soit bien mélangé, et lancez immédiatement les conférences de presse, visites du Président de la République et autres communiqués de presse. Annoncez l’ouverture prochaine de l’usine. État d’esprit : « Notre recette est vraiment très très bonne », « le gâteau sera délicieux ».

– 4 : AU MÊME MOMENT. Lancez sans attendre les travaux. Vérifiez que votre béton est bien mélangé aux intérêts industriels et stratégiques. Ajoutez les ingénieurs, le béton et les ouvriers du BTP en touillant énergiquement. Ne laissez pas reposer, les travaux doivent avancer à marche forcée. Comme on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, il est possible que des ouvriers meurent sur le chantier (2). Continuez à communiquer, et n’hésitez pas à affirmer que la méga-usine entrera en production « début 2024 »(3), voire qu’elle est déjà en fonctionnement (4).

– 5 : SEPTEMBRE-OCTOBRE 2023. Vérifiez que le chantier est bien avancé. Lancez alors une enquête publique. Pas la peine d’en acheter un sac entier, vous n’en avez besoin que d’une cuillère à café. Organisez deux réunions publiques et une consultation en ligne de 43 jours. Ne vous embêtez pas à construire un dossier solide : l’idée est simplement de décorer la méga-usine. En cas de rupture de stock, vous pouvez également vous servir de paillettes de chocolat, le résultat sera le même. Vérifiez l’effet produit : vous devez maintenant être à deux doigts de bénéficier d’un avis favorable à la mise en service.

– 5bis : DÉCEMBRE 2023. Droit à l’erreur. Oups, vous avez foiré votre recette en mettant les ingrédients dans le désordre. Il parait qu’il aurait fallu commencer par une concertation publique avant de lancer l’enquête publique… Qu’à cela ne tienne, avec cette recette on peut toujours rattraper le coup : passez directement à l’étape suivante !

– 6 : MARS-AVRIL 2024. Concertez la population. Dernière étape avant la mise en service : la démocratie. Exercice exigeant, mais qui arrive à la fin du processus, quand tout est déjà prêt, donc pas trop de stress à avoir. Il est même possible d’éviter cette étape, sauf si les opposants à votre recette ont fait savoir partout que le gâteau serait immangeable. Oubliez ces jaloux et pliez-vous à l’exercice (votre service com’ et les services préfectoraux vous ont expliqué que c’est un passage obligé). Détendez-vous, rappelez-vous que vous avez le soutien d’Emmanuel Macron et de l’Europe. Laissez les gens s’exprimer, bouchez vos oreilles si nécessaire.

– 7 : COURANT 2024. C’est prêt, ouvrez l’usine ! Ressortez du frigo les services de la préfecture que vous aviez réservés et réchauffez-les au micro-ondes. Demandez un arrêté de mise en service, ou DAE (demande d’autorisation environnementale). À ce moment, une seule inconnue : puisque c’est la première fois que la CNDP retoque un industriel qui a « oublié » de faire la concertation en amont de l’enquête publique, personne ne sait s’il va falloir refaire l’enquête publique qui a eu lieu avant (5), ou si on pourra « se débrouiller ». Croisez les doigts, et n’hésitez pas à repasser un petit coup de fil à Emmanuel Macron. Vous pouvez faire une méga-inauguration pour la méga-usine. Attention, possibilité que les opposants gâchent encore une fois la fête.

Au vu des éléments ci-dessus, il est possible que des gastronomes raffinés considèrent que votre recette est faite à l’envers, voire qu’elle est franchement dégueulasse et qu’ils décident de saboter votre concertation pipeau. Il est même possible qu’ils organisent eux-mêmes de véritables débats démocratiques sur l’utilité sociale de votre production.
Affirmez qu’ils ne connaissent rien à la cuisine, qu’ils ne savent pas ce qui est bon. Souvenez-vous des millions d’euros que vous comptez gagner dans l’opération et affirmez que vous agissez au nom du bien commun et de l’intérêt général.

Tous à table!
22 mars, 19h, Maison Minatec
Tous les amateurs et toutes les amatrices de gastronomie sont convié-e-s à amener leurs casseroles pour participer à la recette lors du « débat » intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d’innovations technologiques pour relever les défis de notre société ». Si la recette est mauvaise, nous ne nous priverons pas de le dire et de taper sur nos casseroles!

* * *

Pourquoi nous boycottons la pseudo-concertation sur l’agrandissement de STMicro à Crolles

Dans le cadre de projets techno-industriels impliquant les intérêts militaires (comme les agrandissements de ST et de Soitec), il ne peut pas y avoir de « démocratie ». Les décisions sont déjà prises au plus haut niveau. Ainsi, la « concertation » qu’on nous vend comme un moment de démocratie est une vaste mascarade. Elle est organisée dans l’urgence et ne permet pas de poser les questions de fond qu’il serait pourtant utile de traiter collectivement, à savoir : quelle société est compatible avec les limites planétaires et les exigences de justice sociale ? Quel avenir voulons-nous ? Ces exigences sont-elles compatibles avec un monde ultra-connecté ?

ST : juge et partie

Il n’y a qu’à lire les textes publiés par la CNDP (6) elle-même pour s’en convaincre. On y relève que « la «concertation préalable» désigne une procédure participative bien précise : elle s’adresse à toute personne, et les échanges sont publics. Mais contrairement au «débat public», c’est le responsable du plan ou du projet qui en est l’organisateur [et qui] reste décisionnaire in fine du processus de participation. » Et la CNDP d’ajouter : « Les recommandations suite aux débats publics ou aux concertations ne sont donc pas contraignantes pour les décideurs d’un point de vue juridique puisqu’ils peuvent refuser d’y donner une suite positive. » C’est bien ST qui choisira les termes du débat et son issue.

Concertation… ou spot de pub pour la « life.augmented » ?

Sur le site du lancement de la consultation (7), on apprend qu’il ne sera nullement question de discuter du bien-fondé des puces, bien au contraire ! On cite : « Présents dans de nombreux objets de notre vie quotidienne (smartphones, éclairages LED, électroménager, voitures…) ou dans de multiples appareillages (appareils d’imagerie médicale, panneaux photovoltaïques, satellites…), dont nous ne pouvons nous passer, les puces électroniques, fabriquées à Crolles, sont devenues un véritable enjeu de souveraineté. D’autant plus qu’elles deviennent indispensables au soutien de la transition écologique sous l’angle des technologies avancées qui contribuent à la maîtrise de la consommation de l’eau (sic!), à la production d’énergies renouvelables et à la réduction de l’émission de gaz à effet de serre. » Le parti-pris est assumé. De même, le premier débat (le 22 mars à Minatec) a pour intitulé « La microélectronique : des pionniers isérois aux créateurs et fabricants d’innovations technologiques pour relever les défis de notre société » (8). À ce stade, ce n’est plus de la consultation, c’est de la lobotomisation !

Un dispositif pour faire accepter un projet déjà décidé

Et la CNDP d’enfoncer le clou : « Cette concertation sur l’extension du site de Crolles de la société STMicroelectronics, menée sous l’égide de la Commission Nationale du Débat Public, a pour objectif de vous informer, de venir à votre rencontre, d’être à votre écoute, de recueillir vos suggestions, de répondre à vos questions afin que ce projet stratégique, s’intègre au mieux dans son territoire et soit respectueux de l’environnement. » Alors, si votre avis consiste à dire que « quand même, ce serait bien de faire attention à ne pas trop polluer la rivière et de pas trop sucer d’eau potable », sans oublier de préciser au préalable que « quand même les puces c’est génial hein »… alors vous avez toute votre place dans ces réunions de concertations à venir ! Mais si vous souhaitez pousser la question un peu plus loin, en faire un objet politique, alors ce n’est pas cette instance qui vous écoutera.
Soulever les implications sociales, environnementales et politiques de ce projet, questionner les usages des puces fabriquées par ST, c’est justement ce que fait le collectif STop Micro depuis son lancement : il informe et il ouvre des espaces de discussion.

Le débat public, c’est nous qui le menons, et nous allons continuer !

Pour conclure, la CNDP elle-même montre qu’elle est consciente de ses propres limites : « Cependant, la CNDP considère comme légitime que le dispositif participatif puisse être questionné. Le public peut choisir d’autres façons de s’exprimer, y compris hors des canaux et des lieux prévus pour cela. Il peut faire émerger d’autres thématiques ou manières de problématiser les enjeux. » Ça tombe bien, nous sommes là pour ça, et nous n’allons pas nous priver !

Contre les faux débats,
Contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique.

De l’eau, pas des puces!
Rendez-vous les 5, 6 et 7 avril 2024 à Crolles et à Grenoble !
Conférences et débats avec l’Observatoire de l’armement, la Coordination Rhône-Alpes Anti-Armement et Militarisme, la Quadrature du Net, le Groupe Grothendieck, François Jarrige…
Programme, informations, revue de presse, argumentaire : https://stopmicro38.noblogs.org

Notes
(1) Suivant le précepte du cuisinier bien connu F. Nietzsche, pour qui « l’État est le plus froid des monstres froids » dans son traité de gastronomie Ainsi parlait Zarathoustra.
(2) Communiqué de la CGT, avril 2023
(3) Le Dauphiné Libéré, 26/08/2023.
(4) Communiqué de presse du ministère de l’économie, 05/06/2023
(5) Le Dauphiné Libéré, 7/03/2024.
(6) CNDP – Mode d’emploi
(7) https://colidee.com/o164p700
(8) Tout le programme de la concertation est ici.

Collectif STopMicro, 14 mars 2024
stopmicro@riseup.net

tract_cndp

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02/03 Rencontre avec la CRAAM Lyon

Contre l’accaparement des ressources et le totalitarisme des industries de l’électronique, du militaire et de la « vie connectée »

Avec le collectif Stop Micro dans le cadre du Stop Micro Tour, préparatoire aux actions contre STMicroelectronics et SOITEC des 5, 6 & 7 AVRIL 2024 à Grenoble.

STMicroelectronics, multinationale du semi-conducteur, a amorcé en 2022 l’agrandissement de son site industriel situé à Crolles, en banlieue de Grenoble.
Le collectif StopMicro s’est formé pour lutter contre l’accaparement des ressources par les industries de la microélectronique. Il s’attaque non seulement à ce projet d’agrandissement, mais aussi au modèle de société lié à l’existence de telles usines : la course à « l’innovation » et au tout-numérique, le pillage de l’environnement et la mise des ressources au service de la croissance économique, les collusions très fortes entre cette industrie et le monde militaire.

21500 m³ : c’est la quantité d’eau que consommera par jour l’usine de STMicro après son agrandissement, soit 249 litres chaque seconde, et cela juste pour le rinçage des puces. C’est le double de ce qu’elle consomme actuellement.
En période de sécheresse, l’usine n’est pas soumise à des restrictions d’usage ou interdictions, contrairement aux riverains et agriculteurs locaux.
Pour les locaux, les nuisances causées par cette industrie ne se limitent pas à l’accaparement et au pillage de l’eau, il y a aussi sa pollution : 75 % de l’eau utilisée est relâchée dans la rivière Isère, chargée de tonnes de produits hautement toxiques (ammoniac, chlore, hexafluorures, phosphore, azote, cuivre…) Tout cela alors que la nappe phréatique située sous la rive droite du Drac est déjà déclarée impropre à toute utilisation du fait des rejets des plateformes chimiques.
Les pouvoirs publics ont choisi leurs priorités entre d’un côté la population et l’agriculture locale, et de l’autre une industrie polluante vectrice de « croissance économique » et de « souveraineté ».

Pour le gouvernement, les enjeux économiques et le « progrès » justifient une telle pollution locale puisque c’est à hauteur de 2,9 milliards d’euros d’argent public qu’est financée l’extension de l’usine STMicroelectronics. Or, à quoi servent les puces produites par STMicro ? On les retrouve dans toutes sortes d’objets connectés (frigo, bouteilles d’eau, tondeuses à gazon, etc.), dans le réseau de satellites Starlink d’Elon Musk,(utilisé entre autre par les russes) dans des smartphones à renouveler toujours plus régulièrement, dans les batteries de voitures électriques…
Il y a aussi les usages que STMicroelectronics avoue moins : depuis le début de la guerre en Ukraine, des puces fabriquées à Crolles ont été retrouvées dans des missiles et drones kamikazes russes, malgré les embargos. STMicro et son voisin Soitec sont en effet des acteurs majeurs de l’industrie du semi-conducteur militaire.

La soi-disante « transition énergétique » promue par les gouvernements successifs est un formidable marché pour les industriels comme STMicroelectronics. Ce qui nous est vendu n’est pas un projet de société écologique : c’est la continuité du productivisme et du dogme de la croissance économique, par le règne du tout électrique et du tout numérique – et ne parlons même pas de la société de contrôle qui en découle

Un panorama des luttes actuelles dans la région nous permet de voir que c’est contre les acteurs de cette fausse transition que nous luttons :

  • Emili (société Ymeris), future mine de lithium dans l’Allier, minerai nécessaire à la généralisation des véhicules électriques ;
  • Arkema à Pierre-Bénite, qui après avoir pollué « éternellement » la région avec ses PFAS, projette de s’agrandir pour produire les sels de lithium des batteries de ces mêmes véhicules électriques. Arkema a aussi des projets communs avec STMicro ;
  • l’État et EDF qui projettent la construction de deux EPR2 sur le site du Bugey ;
  • la Compagnie Nationale du Rhône et son projet « Rhônergia » de barrage sur le Rhône ;
  • et enfin, STMicroelectronics et Soitec qui fabriquent les puces nécessaires à faire tourner tout ce merdier.

Nous appelons à soutenir les actions de Stopmicro, à les rejoindre les 5, 6 et 7 Avril, et à soutenir les luttes locales contre Arkema, Imerys, Rhônergia et le nucléaire.

Viendez nombreuses et nombreux à l’Atelier des Canulars, 91 rue Montesquieu, 69007 Lyon à 16 heures. Y aura à boire, à manger, de la musique, des livres, et des riverains d’Arkema en lutte.

La CRAAM-Lyon

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01/03 : réunion publique avec Celia Izoard sur l’extractivisme et les métaux à l’ère de la « transition verte »

Vendredi 1er mars 2024, 19h à la Salle Rouge (15 rue des Arts-et-métiers à Grenoble) dans le cadre de la mobilisation « De l’eau pas des puces! »

Réunion publique de STopMicro, en présence de Celia Izoard, journaliste à Reporterre et autrice du livre La ruée minière au XXIème siècle.

Un mois avant le gros week-end de mobilisation organisé par STopMicro, nous vous invitons à venir discuter des raisons de notre opposition à l’agrandissement des usines de ST et de Soitec.
Pourquoi les usines d’électronique consomment-elles autant d’eau? Agrandir une usine à Crolles permet-il de ne pas dépendre de l’Asie du Sud-Est? Le numérique contribue-t-il à un monde bas carbone?

Nous aurons la chance d’accueillir Celia Izoard, qui vient de publier le livre La ruée minière au XXIème siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition qui documente comment, au nom de la « transition » verte, le pillage des pays du Sud et les logiques extractiviste, consumériste et capitaliste ne font que se développer.  « Au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, il faudrait produire en vingt ans autant de métaux qu’on en a extrait au cours de toute l’histoire de l’humanité. »

La librairie La nouvelle dérive sera également présente avec une table avec des ouvrages en lien avec le sujet.

Venez nombreux et nombreuses, et buvez de l’eau !

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Grande messe du Progrès au festival Tech&Fest

Grande messe du Progrès au festival Tech&Fest

Le 1 et 2 février, avait lieu le festival Tech&Fest au salon Alpexpo à Grenoble. Organisé par le Dauphiné Libéré et soutenu par de nombreux partenaires, le festival avait pour but de « célébrer le meilleur de l’innovation » et de promouvoir l’idée que « le monde ne sera pas sauvé sans la tech ». On y retrouvait toutes les principales entreprises, centres de R&D et startups locales de la tech (STMicroelectronics, Teledyne, Soitec, Lynred, le CEA, etc.), et mêmes des intervenants internationaux comme SpaceX et Tesla. Comme tous-tes les adeptes de la fumeuse « transition énergétique et numérique », les organisateurs-ices cherchent, avec ce type évènement, à faire croire qu’il faudrait toujours plus de technologies pour sauver un monde visiblement pas encore assez artificialisé ; en témoigne son « village de la décarbonation » et son espace « tech&planet » avec son plein « d’innovations vertueuses ».

Nous pensons que de telles croyances relèvent du fanatisme et que nos sociétés sont envoûtées par le Dieu du Progrès. La compagnie « Les débranché-es » pense de même et, pour illustrer à sa manière l’absurdité de la course à l’innovation technologique, elle organisait devant l’entrée du festival une Grande messe du Progrès.

Lors de la performance, le Dieu du Progrès invitait ses fervent-es fidèles et le public du Tech&Fest à se débarrasser de leurs appareils numériques obsolètes afin d’entretenir le cercle vertueux de la consommation, de l’innovation et de la croissance. A la suite d’un rituel de dispersion de terres rares, de bénédiction à l’eau ultra-pure et de remerciement des 4 points cardinaux (le Nord pour ses capitaux, l’Ouest pour ses cerveaux, l’Est pour sa main-d’œuvre, le Sud pour ses mines), les fidèles étaient amené-es à détruire leurs objets devenus archaïques, ce, afin d’en acheter de nouveaux et ainsi perpétuer la fuite en avant technologique et consumériste.

La vidéo de la performance est à retrouver ici.

Parallèlement à cette performance, le tract « Tech&Fest – La célébration de la technologie / La défaite de la raison » a été diffusé, à la fois devant et à l’intérieur d’Alpexpo.

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28/02 – Industries de semi-conducteurs taïwanaises et françaises : consommation d’eau, nuisances et résistances. Mise en perspective.

Industries de semi-conducteurs taïwanaises et françaises : consommation d’eau, nuisances et résistances.
Présentation le 28/02 à 19h à la librairie La Main Gauche (Plateau-des-Petites-Roches, 38) 
Mise en perspective Taïwan (avec un journaliste et correspondant local pour Reporterre) // Grésivaudan (avec Le Postillon et STopMicro)

A Taïwan, se trouve le siège du géant mondial des semi-conducteurs : la multinationale Taiwan Semiconductor (TSMC) qui représente pas moins de 15 % du PIB du pays. Souvent présentée comme un modèle en termes de réutilisation de l’eau par les industriels et politiques du Grésivaudan, TSMC n’en est pas moins une entreprise extrêment vorace en eau potable : elle consomme 1 700 litres par seconde (Siècle Digital, 31 mars 2023). Lors de la sécheresse qui a touché l’île en 2021, l’accès à l’eau courante d’un million de personnes a été coupé deux jours par semaine et 74 000 hectares de terres agricoles n’ont pas été irriguées au profit des semi-conducteurs. Cette même année, les usines de composants électroniques étaient approvisionnées en eau par des camions-citernes (8 000 camions par jour pour TSMC) (20 Minutes, 31 mars 2021 et source). Un exemple qui nous montre qu’à notre époque il est impossible de concilier tous les usages de l’eau. Il faut choisir. Voulons-nous voir l’Isère prendre la même direction que Taïwan ?

C’est de cela dont nous discuterons le mercredi 28 février, avec Adrien Simorre, un journaliste et correspondant local qui a enquêté sur la consommation d’eau des usines de semi-conducteurs à Taïwan (voir cet article dans Reporterre) et Vincent, du journal local indépendant Le Postillon, qui a été un des premiers à enquêter sur STMicroelectronics et Soitec dans le Grésivaudan. La conférence sera suivie d’une présentation de STopMicro et d’un temps d’échange.

Rendez-vous le mercredi 28 février à 19h à la librairie La Main Gauche (70, rue des 22 Martyrs, St Bernard – 38 660 Plateau-des-Petites-Roches) pour cette conférence assez unique.

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5, 6 & 7 APRILE 2024 – ACQUA O CHIP : BISOGNA SCEGLIERE !

Contro lo sfruttamento delle risorse da parte delle industrie dell’elettronica e la « vita connessa »

PDF : tract_IT

In Francia, nei pressi della città di Grenoble nelle Alpi, il collettivo StopMicro lotta da più di un anno contro le estensioni di due industrie che producono semiconduttori (chip): STMicroelectronics e Soitec. Il primo aprile 2023, un migliaio di persone ha manifestato a Crolles, in Francia, contro la monopolizzazione delle risorse da parte dell’industria elettronica e l’espansione del gigante STMicroelectronics. Ora, anche l’industria vicina Soitec vuole espandersi, per produrre semiconduttori per le batterie delle auto elettriche. Sfruttamento dell’acqua in periodi di siccità ricorrente, rilascio di sostanze chimiche e consumo eccessivo di elettricità per la produzione di oggetti connessi e di armi: questi progetti di ampliamento industriale promettono di essere un disastro ambientale.
Questa lotta riguarda anche l’Italia. Infatti STMicroelectronics, la multinazionale contro la quale StopMicro lotta, è un’azienda franco-italiana che possiede 3 importanti siti in Italia: Agrate Brianza, Catania, Marcianise. Sia in Francia che in Italia, l’azienda e i disagi che l’accompagnano, si stanno estendendo : nuovo impianto di 65 mila metri quadrati a Agrate, obiettivo di raddoppiare la produzione entro il 2030 a Catania, ecc. La lotta contro queste industrie e i numerosi fastidi che causano non ha frontiere.

Consumo eccessivo di acqua corrente
Il settore della microelettronica è particolarmente avido di acqua: per sciacquare un singolo wafer di silicio sono necessari 1.700 litri. In estate in periodi di siccità, quando non è più permesso innaffiare i giardini, ST e Soitec continuano ad assorbire acqua potabile dalle reti pubbliche francesi. Il loro consumo è in costante aumento ed è destinato a crescere ulteriormente con l’espansione: dopo l’ampliamento del suo sito di Crolles, la ST prevede di assorbire 21.500 m³ di acqua potabile al giorno, ossia 249 litri al secondo, un aumento del 190% rispetto al 2021.

Il digitale contamina i nostri fiumi
Il «60% di riciclaggio» annunciato dall’azienda non riduce il consumo di acqua, perché alla STMicroelectronics non c’è riciclaggio, ma solo «riutilizzo» dell’acqua usata per la climatizzazione degli ambienti (25% del consumo). Per il restante 75%, l’acqua potabile che arriva esce carica di prodotti altamente tossici che la fabbrica utilizza in ragione di 20.000 tonnellate all’anno sul solo sito di Crolles: ammoniaca, cloro, esafluoruro, fosforo, azoto, rame, ecc. L’acqua contaminata viene trattata dall’impianto di trattamento e poi viene scaricata nel fiume Isère. Ad esempio, per quanto riguarda l’azoto, la ST è autorizzata a scaricare l’equivalente di una città di 53.000 abitanti che non tratterebbe i propri rifiuti. ST e Soitec devono smettere di inquinare i fiumi!

Democrazia: non c’è
Questi ampliamenti vengono condotti nella più totale negazione della democrazia. L’inchiesta pubblica sull’estensione del sito di Crolles si è svolta proprio mentre i lavori della prima fase stavano per essere completati. La polizia ha rilevato le targhe di tutti i partecipanti alla prima riunione dell’inchiesta pubblica. Questa situazione testimonia il modo in cui funzionano le nostre società industriali: più complessa è la tecnologia, meno potere hanno le persone sulla loro vita.

L’elettronica al servizio della guerra
I semiconduttori della ST equipaggiano i droni kamikaze KUB-BLA dell’esercito russo e la ST è uno dei principali protagonisti dei semiconduttori per la difesa. Lo stesso vale per Soitec, da tempo impegnata nell’industria della guerra. La tecnologia SOI è stata creata dall’Autorità francese per l’energia atomica (CEA) per fornire componenti adatti alle applicazioni nucleari militari. Campioni della «morte potenziata», ST e Soitec sono complici delle guerre e della minaccia nucleare. Le loro attività si basano sulla morte e sulla distruzione: sono immorali.

Una fabbrica di gadget
I chip prodotti in queste fabbriche sono utilizzati in tosaerba automatici, in bottiglie d’acqua connesse, nella rete satellitare Starlink di Elon Musk e negli smartphone (Google Pixel 7, ad esempio). Anche le batterie delle auto elettriche sono molto esigenti in termini di semiconduttori. Ma abbiamo davvero bisogno di tutto questo? Da parte nostra, rifiutiamo il mondo connesso, l’»internet delle cose» e la «life.augmented» (lo slogan della ST). Vogliamo una società più umana e meno digitale, una società in cui non siamo obbligati a utilizzare strumenti estremamente sofisticati per ogni atto della vita quotidiana.

Sovvenzioni pubbliche per profitti privati
Società «franco-italiana», la STMicroelectronics ha sede in Svizzera e paga le tasse in Olanda, il 4° paradiso fiscale al mondo. Nel 2021 il gruppo ha realizzato un utile di 1,77 miliardi di euro. Tuttavia, è il governo francese a finanziare l’espansione di Crolles, per un importo di 2,9 miliardi di euro (cioè 2,9 milioni di euro per ogni posto di lavoro creato). Questo budget fa parte della componente semiconduttori da 5,5 miliardi di euro di France 2030, a sua volta parte dell’European Chips Act, un piano europeo per aumentare drasticamente la produzione di chip in Europa.

La «sovranità industriale» è una bugia
Le nuove fabbriche di ST e Soitec dovrebbero rendere l’Europa «sovrana» nel settore dei chip elettronici. In realtà, dato che consumiamo sempre più chip (+15% all’anno), le fabbriche europee non sostituiranno le fabbriche in Asia, ma si aggiungeranno ad esse. E di quale sovranità stiamo parlando quando sappiamo che il 95% della produzione mondiale dei metalli rari utilizzati per la produzione di chip proviene dalla Cina? Il modo migliore per evitare la dipendenza dalle fabbriche asiatiche è usare meno elettronica. Questo significa ritrovare la nostra autonomia di fronte allo stile di vita industriale e connesso che ci viene imposto, davanti al potere delle multinazionali.

Il digitale è contrario all’ecologia
Spesso sentiamo dire che la tecnologia digitale ci aiuterà a fare a meno del petrolio e a «costruire un mondo a basse emissioni di carbonio». In realtà, non abbiamo mai consumato tanto petrolio come oggi: la tecnologia digitale sta accelerando il consumo di combustibili fossili. Siamo portati a credere che la tecnologia digitale stia «smaterializzando» le attività, ma in realtà ogni oggetto connesso dipende da un’enorme infrastruttura tecnologica. La digitalizzazione ha un impatto tangibile sull’ambiente (miniere, consumo di energia elettrica, discariche, inquinamento dei fiumi, ecc.) L’aumento della produzione di chip consolida la logica della distruzione globale.

Non abbiamo bisogno del mondo connesso
I chip elettronici sono essenziali per la vita in società? A differenza dell’acqua, che è una necessità, i semiconduttori non sono né una necessità né una fatalità, ma una scelta politica: quella di uno stile di vita connesso. Nel giro di pochi decenni, sembra che abbiamo dimenticato che altri modi di relazionarsi con il mondo sono possibili, e senza dubbio più desiderabili dello stile di vita del tutto schermo, fatto di connessione costante e di consumo eccessivo di risorse (acqua, elettricità, metalli rari).

La corsa all’innovazione: un’aberrazione storica
Il progetto di trasformare il Grésivaudan in un polo della microelettronica non risponde a questioni locali, ma a scelte geopolitiche, economiche e militari: Taiwan è il leader mondiale dei chip e l’Europa deve mettersi al suo passo, finanziare il CEA e le sue start-up, sfruttare ancora di più i Paesi del Sud. L’imperativo della competitività ci sta spingendo in una corsa planetaria all’innovazione che è fatale per l’ambiente, gli animali e il pianeta. In un’epoca di sconvolgimenti climatici e di estinzione di massa delle specie, chiediamo di abbandonare questa corsa che sta perpetuando il disastro ecologico e umano. Usciamo dalla corsa all’innovazione e abbandoniamo il profitto. Poniamo fine alla ricerca del profitto ad ogni costo!

Blocciamo le espansioni di ST e Soitec
5, 6 & 7 aprile 2024 a Grenoble e nel Grésivaudan (isere, francia)
manifestazioni, conferenze e azioni

Collectivo STopMicro
stopmicro@riseup.net
https://stopmicro38.noblogs.org
Raggiungeteci !

 

 

 

 

 

 

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5., 6. & 7. APRIL 2024: WASSER, KEINE (MIKRO-)CHIPS!

GEGEN DIE MONOPOLISIERUNG VON RESSOURCEN
DURCH DIE ELEKTRONIKINDUSTRIE UND EINE «SMARTE» WELT

PDF : tract_DE

Am 1. April 2023 demonstrierten mehrere tausend Teilnehmenden in Crolles gegen die Monopolisierung von Ressourcen durch die Elektronikindustrie und die Vergrößerung von STMicroelectronics, ein Unternehmen, das Mikrochips herstellt. Jetzt will das Nachbarunternehmen Soitec expandieren um Halbleiter für Batterien von Elektroautos herzustellen.
Die Vereinnahmung von enormen Wassermengen in Zeiten wiederholter Dürreperioden, die Freisetzung von Chemikalien, ein irrsinniger Stromverbrauch, und das alles für die Produktion von “smart Devices“ und für die Waffenindustrie/Aufrüstung: Diese Pläne zur Aufstockung von Fabriken sind weitere Schritte in Richtung einer Umweltkatastrophe.

Ein irrsinniger Verbrauch von Trinkwasser
Der Mikroelektroniksektor ist sehr wasserintensiv: Es werden beispielsweise 1700 Liter Wasser benötigt, um eine einzige Siliziumscheibe zu spülen. Im Sommer, wenn es zu Wassereinschränkungen kommt und die Bevölkerung zum Wassersparen gezwungen wird z.B. durch das Verbot der (Gemüse-)Gartenbewässerung, pumpen ST und Soitec weiterhin Trinkwasser aus dem Netz. Ihr ständig steigender Verbrauch wird mit den geplanten Erweiterungen weiter zunehmen: Nach der Erweiterung rechnet ST mit einem Trinkwasserverbrauch von 21.500 m³ pro Tag, das sind 249 Liter pro Sekunde und entspricht einem Anstieg um 190 % im Vergleich zu 2021 (Quelle: MRAE).

Die Digitalisierung verschmutzt unsere Flüsse
Die von der Industrie angekündigten «60% Recycling» senken den realen Wasserverbrauch nicht, da es bei STMicroelectronics kein Recycling gibt, sondern lediglich das Wasser, welches zur Klimatisierung verwendet wird wiederverwendet wird. Hierbei handelt es sich aber um nur 25% des Gesamtverbrauchs. Die restlichen 75% des Trinkwassers sind mit hochgiftigen Stoffen belastet von denen die Fabrik 20.000 Tonnen pro Jahr verwendet: Ammoniak, Chlor, Hexafluorid, Phosphor, Stickstoff, Kupfer…. Das verschmutzte Wasser wird in einer firmeninternen Aufbereitungsanlage aufbereitet und dann in die Isère, den angrenzenden Fluss, eingeleitet. Die zugelassenen Grenzwerte von ST für die Einleitung liegen hierbei für Stickstoff beispielsweise bei einer Menge die dem Stickstoffanfall einer Stadt mit 53.000 Einwohnern entspricht, die ihre Abwässer nicht behandeln würde. Mit diesen Praktiken müssen ST und Soitec müssen aufhören!

Demokratie: Gleichbehandlung sieht anders aus
Die geplanten Werkserweiterungen finden unter einer regelrechten Verweigerungshaltung der Demokratie statt. Die öffentliche Anhörung für den Betrieb der Fabrik in Crolles fand erst statt, als die Bauarbeiten des ersten Bauabschnitts schon fast abgeschlossen waren. Während der zweiten Sitzung der öffentlichen Anhörung notierte die Polizei die Nummernschilder der Autos aller Teilnehmer/innen. Diese Maßnahmen zeigt, wie unsere Industrieunternehmen funktionieren: Je komplexer die Technologie, desto weniger Macht haben die Menschen über ihr Leben.

Elektronik im Dienst des Militärs
ST-Halbleiter werden in den KUB-BLA-Kamikaze-Drohnen der russischen Armee eingesetzt und ST ist ein wichtiger Partner im Bereich der Verteidigungstechnik. Dies gilt auch für Soitec, das seit langem in der Rüstungsindustrie aktiv ist. Die SOI-Technologie wurde von der CEA entwickelt, um über Komponenten zu verfügen, die für die militärische Atomkraft geeignet sind. Führend in der Industrie des «death.augmented» sind ST und Soitec Komplizen von Kriegen und der nuklearen Bedrohung. Ihre Aktivitäten basieren auf Tod und Zerstörung: Hierbei stehen moralische Bedenken klar im Hintergrund.

Eine Fabrik für Gadgets
Die im Grésivaudan hergestellten Chips werden z.B. in Mährobotern, in vernetzten Wasserflaschen, in Elon Musks Starlink-Satellitennetzwerk oder in Smartphones (z. B. Google Pixel 7) verwendet. Auch für die Produktion von Batterien für Elektroautos werden viele Halbleiter benötigt. Aber brauchen wir das alles wirklich? Wir von STopMicro wollen eine Gesellschaft mit mehr Menschlichkeit und weniger Digitalisierung, eine Gesellschaft, in der man nicht gezwungen ist, für jede alltägliche Handlung hochentwickelte und optimierte Werkzeuge zu benutzen.

Öffentliche Subventionen für private Gewinne
Als «französisch-italienisches» Unternehmen hat STMicroelectronics seinen Sitz in der Schweiz und zahlt seine Steuern in den Niederlanden, dem viertgrößten Steuerparadies der Welt. Dennoch ist es der französische Staat, der den Ausbau mit 2,9 Milliarden Euro finanziert (das entspricht 2,9 Millionen Euro pro geschaffenem Arbeitsplatz). Dieses Budget ist im Halbleiterprogramm von France 2030 (5,5 Milliarden Euro) vorgesehen, das wiederum im European Chips Act enthalten ist, einem europäischen Entwicklungsplan, der die Chipproduktion in Europa drastisch erhöhen soll.

Die «industrielle Autonomie» ist eine Lüge
Die neuen Fabriken von ST und Soitec sollen angeblich dazu dienen, Europa «souverän» in Bezug auf Mikrochips zu machen. In Wirklichkeit werden die Fabriken im Grésivaudan aber nicht die Fabriken in Asien ersetzen, sondern, da immer mehr Chips verbraucht werden (+15 % pro Jahr) dazu dienen die Produktionskapazitäten zu erhöhen. Kann man von Unabhängigkeit sprechen wenn man weiß, dass 95 % der weltweiten Produktion der seltenen Erden, die für die Herstellung von Chips verwendet werden, aus China stammen? Der beste Weg, nicht von asiatischen Fabriken abhängig zu sein, besteht darin weniger Elektronik zu verwenden und zu produzieren. Das geht nur, indem wir unsere Autonomie gegenüber dem industriellen und vernetzten Lebensstil, den man uns aufzwingt, und gegenüber der Macht der multinationalen Konzerne zurückgewinnen.

Die Digitalisierung ist zerstörerisch
Man hört oft, dass die Digitalisierung dazu beiträgt, den Erdölverbrauch zu senken und eine «CO2-arme Welt zu schaffen». In Wirklichkeit wurde jedoch noch nie so viel Öl verbraucht wie heute: Die Digitalisierung beschleunigt den Verbrauch fossiler Energieträger. Uns wird glauben gemacht, dass die Digitalisierung Aktivitäten «entmaterialisiert», aber jedes verwendete Gerät hängt in Wirklichkeit von einer riesigen technologischen Infrastruktur ab. Die Digitalisierung hat konkrete Auswirkungen auf die Umwelt (Bergwerke, Stromverbrauch, Mülldeponien, Flussverschmutzung …) und die zunehmende Produktion von Chips führt zu einer Beschleunigung der planetaren Zerstörung.

Wir brauchen die vernetzte Welt nicht
Sind Mikrochips für das gesellschaftliche Leben unverzichtbar? Im Gegensatz zu Wasser, das ein Bedürfnis ist, sind Halbleiter weder eine Notwendigkeit noch ein Schicksal, sondern eine politische Entscheidung: die Entscheidung für eine vernetzte, digitale Lebensweise. Innerhalb weniger Jahrzehnte scheinen wir vergessen zu haben, dass andere Arten, auf und mit der Erde zu leben möglich und zweifellos wünschenswerter sind als der Lebensstil des Bildschirms, der ständigen Erreichbarkeit und des übermäßigen Verbrauchs von Ressourcen (Wasser, Strom, seltene Erden).

Der Innovationswettlauf: eine historische Fehlentwicklung
Das Projekt, das Grésivaudan zu einem Zentrum für Mikroelektronik zu machen, entspringt lokalen Initiativen, sondern geopolitischen, wirtschaftlichen und militärischen Entscheidungen: Taiwan ist aktuell der Weltmarktführer für Chips und Europa will hier mithalten bzw. aufholen, das CEA und seine Start-ups finanzieren und die Länder des Südens noch stärker ausbeuten. Die Verpflichtung zur Wettbewerbsfähigkeit führt uns in einen globalen Innovationswettlauf, der für Umwelt, Tiere und Planeten katastrophale Folgen hat. In einer Zeit des Klimawandels und des Massensterbens von Arten fordern wir aus diesem Wettlauf, der uns dazu bringt die ökologische und menschliche Katastrophe fortzusetzen, auszusteigen. Wir müssen aus diesem globalen Innovationswettlauf aussteigen und Schluss machen mit dem Streben nach Profit um jeden Preis!

DIE ERWEITERUNGEN VON ST UND SOITEC STOPPEN
5., 6. UND 7. APRIL 2024 IN GRENOBLE UND IM GRESIVAUDAN
DEMONSTRATIONEN, KONFERENZEN & WEITERE AKTIONEN
NO PuçARAN !

STopMicro-Kollektiv
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5, 6 & 7 de abril 2024 – ¡Agua y no microprocesadores!

Contra la apropriación de los recursos naturales de parte de los industrias de microelectrónica y de la « vida conectada »

este texto en pdf

El 1° de abril 2023 éramos mil personas en el pueblo de Crolles (Francia, Isère) manifestando contra la apropiación del agua por la industria de la electrónica y contra el desarrollo de la mega empresa de STMicroelectronics (que produce microprocesadores). Ahora es la fabrica vecina Soitec que pretende agrandarse para fabricar semi conductores para baterías de autos electrónicos.
Con el crecimiento de este tipo de fábricas se avecina un gran desastre ecológico puesto que, en pos de la producción masiva de objetos ‘conectados’ así como de armamentos, estas industrias se están acaparando del agua en tiempos de sequía, están consumiendo cantidades desmesuradas de electricidad y están desechando productos químicos en la naturaleza.

Un consumo delirante de agua potable
El sector de la mico electrónica consume muchísima agua : se necesitan 17 000 litros para enjuagar una sola plaqueta de silicio. En verano, cuando ninguno de nosotros tenemos derecho a regar nuestras huertas, ST y Soitec continúan utilizando el agua potable de la red pública. Su consumo está en constante aumento y con la ampliación de las fábricas va a aumentar  aún más: luego de esta ampliación ST prevé consumir 21 500 m³ de agua potable por día, lo que corresponde a 249 litros por segundo, lo que significaría un aumento de 190 % con respeto a 2021 (datos de MRAE).

El digital contamina nuestros ríos
El « 60 % de agua reciclada » anunciado por el industrial no disminuye el consumo de agua debido a que STMicroelectronics no recicla y sólo « reutiliza » el agua que sirve para la climatización de las salas (25 % del consumo). Los 75 % restantes son botados contaminados con productos químicos de alta toxicidad que la fábrica utiliza a razón de 20 000 toneladas por año : amoníaco, cloro, fósforo, nitrógeno, cobre, hexafluoruro… El agua contaminada es limpiada por una estación de tratamiento y luego es vertida al río. Por ejemplo, en lo que respecta el nitrógeno, ST tiene una autorización de derrame equivalente al de una ciudad de 53 mil personas que no descontaminaría sus residuos. ¡ST y Soitec deben cesar de contaminar el rio!

Democracia: la cuenta no da
El crecimiento de las fábricas está en contradicción total con las reglas democráticas. La encuesta publica para la explotación del sitio de Crolles se desarrolló cuando las obras de la primera parte de la ampliación ya estaban acabadas. La policía tomó nota de las patentes de todos los participantes a la segunda reunión de la encuesta pública. Esta situación demuestra el funcionamiento de nuestras sociedades industriales: más la tecnología es compleja, menos la población tiene poder sobre sus propias vidas.

La electrónica al servicio del ejército
Los semi conductores de ST equipan los drones kamikazes KUB-LAB del ejécito ruso, y ST es un actor mayor en los semi conductores de la defensa francesa. Es el caso también de Soitec que participa desde hace mucho tiempo en la industria armamentística. La tecnología SOI fue creada por el CEA para disponer de componentes adaptados a la energía nuclear militar. Campeonas de la “death.augmented”, ST y Soitec son cómplices des guerras y de la amenaza nuclear. Sus actividades se basan en la muerte y la destrucción: son inmorales.

Una fábrica de gadgets
Los microprocesadores producidos en estas fábricas son utilizados en máquinas como los aparatos automáticos para cortar el césped, en botellas de agua conectadas, en la red satelital Starlink de Elon Musk o en smartphones (Google Pixel 7 por ejemplo). Las baterías de los autos eléctricos necesitan también muchos semi conductores. ¿Tenemos realmente necesidad de todas esas cosas? Nosotros rechazamos este mundo conectado, los objetos conectados y la “life.aumented”. Queremos una sociedad más humana y menos digital, una sociedad donde no estemos obligados a utilizar objetos súper perfeccionados para cada acto de lo cotidiano.

Subvenciones públicas para beneficios privados
Fábrica « franco-italiana », STMicorelectronics tiene su sede central en Suiza y paga sus impuestos en los Países Bajos (cuarto paraíso fiscal del mundo). Sin embargo el estado francés subvenciona el crecimiento de la fábrica con 2,9 mil millones de euros. Este presupuesto esta previsto para la producción de semi conductores en Francia en el plan European Chips Act, plan europeo creado para el aumento de la producción de microprocesadores en Europa.

La « soberanía industrial » es una mentira
La nuevas fábricas de ST y Soitec tienen como objetivo hacer que Europa sea independiente en lo que concierne los microprocesadores. En realidad se consumen cada más microprocesadores (+15 % por año). Las fábricas locales no van a reemplazar a las fábricas asiáticas sino que se van a agregar. ¿Y de qué soberanía se habla cuando 95 % de la producción mundial de metales raros utilizados para la fabricación de los microprocesadores provienen de China? La mejor manera de no depender de las fábricas asiáticas es utilizar menos electrónica. Y eso pasa por reconquistar nuestra autonomía frente al modo de vida industrial y conectado que nos imponen, frente al poder de las multinacionales.

Lo digital va en contra la ecología
Muchas veces escuchamos que la era digital permitiría superar la era del petróleo y así construir un mundo de bajo consumo de energías fósiles. En realidad nunca hemos consumido tanto petróleo como hoy en día. Lo digital acelera el consumo de energías fósiles. Nos hacen creer que lo digital desmaterializa las actividades, pero en definitiva cada objeto conectado depende de una inmensa infraestructura tecnológica. La numeralización tiene un impacto concreto sobre el medio ambiente (minas, consumo eléctrico, vertederos, contaminación de ríos…). El aumento de la producción de microprocesadores constituye un refuerzo de la lógica de la destrucción del planeta.

No tenemos necesidad del mundo conectado
¿Los microprocesadores son indispensables para la vida en sociedad? A diferencia del agua necesaria para vivir, los microprocesadores no son necesarios, son una opción política: un modo de vida conectado. En pocas décadas nos hemos olvidado que otras formas de relacionarnos con el mundo son posibles, y sin duda más deseables que el modo de vida lleno de pantallas, de una conexión permanente y un consumo excesivo de los recursos (agua, electricidad, metales raros).

La carrera por la innovación : una aberración histórica
El proyecto de especializar el valle en la producción de microprocesadores no responde a las problemáticas locales sino a opciones políticas, económicas y militares: Taiwan es el líder mundial de los microprocesadores. Europa le debe correr detrás , financiando el Centro de Energía Atómica y sus star ups, explotando aún más a los países del Sur. El imperativo de la competitividad nos mantiene en una carrera mundial por innovar, mortífera para el medio ambiente, los animales y el planeta. En una época de cambios climáticos y extinción masiva de especies, nosotros defendemos la desercióna esta carrera que nos hace perpetuar el desastre ecológico y humano. ¡Salgamos de la carrera mundial por innovar y acabemos con la búsqueda de beneficios a toda costa!

Impidamos la ampliacion de ST y Soitec
5, 6 & 7 DE aBRil 2024 en Grenoble (Francia)
Manifestaciones, conferencias y acciones

Grupo STopMicro
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5th, 6th AND 7th OF APRIL, 2024: WATER, NOT CHIPS!

5th, 6th AND 7th OF APRIL, 2024
WATER, NOT CHIPS!
PROTESTS AGAINST resources APPROPRIATION
BY ELECTRONICS COMPANIES AND THE ‘CONNECTED LIFE’

pdf

On the 1st of April 2023, there were a thousand of us demonstrating in Crolles against the cornering of resources by electronics companies, and in particular against the extension of the giant company producing electronic chips: STMicroelectronics. Today its neighbour company Soitec announces its extension plan to make semiconductors for electric car batteries.
These extension projects will obviously be disastrous to the environment: these appropriation of water in times of more and more frequent droughts, contamination of water with chemical substances, enormous electricity consumption serve to produce connected objects and weapons.

Unbelievable drinking water consumption
The microelectronics sector is a heavy drinker: you need 1700 litres of water to rinse a single silicon wafer. In summer, when residents are prohibited from watering their garden, ST and Soitec keep on gobbling the drinking water of the public network. Their consumption grows continuously. With its extension, ST plans to use 21,500 m3 of drinking water a day (i.e. 249 litres a second), namely a 190% growth since 2021.

The digital sector contaminates our rivers
STMicroeletronics claims it recycles 60% of its water, which is false: STMicroelectronics does not recycle water, it merely ‘reuse’ its air conditioning water, that is to say 25% of its consumption. The other 75% contain ammonia, chlorine, hexafluoride, phosphorus, nitrogen, copper… the company uses 20,000 tons a year of these chemicals. This dirty water goes to its treatment plant and is discharged into the Isère River. For example, ST is legally allowed to discharge a quantity of nitrogen equivalent to the non-treated emissions of a city of 53,000 inhabitants. ST and Soitec must stop contaminating the Isère River!

Democracy denial
These company extensions are decided without real democratic procedures. The public inquiry on the Crolles premises exploitation was launched when the first stage of works was almost completed. The police noted all the car license plates of the people attending the second public inquiry meeting. As usual in our industrial societies, the more complex the technology, the less power people have on their life.

Electronics for the Army
STMicroelectronics chips equip KUB-BLA kamikaze drones of the Russian army. More generally ST is a major supplier of chips for the army. This is also true of Soitec, which has long been an army supplier. The SOI technology was created by the CEA to have available parts adapted to the military nuclear sector. Our ‘death.augmented’ champions, ST and Soitec, are accomplices of wars and nuclear threat. Their activities rest upon death and destruction: they are immoral.

Gadget making companies
The chips made in Gresivaudan are used in automatic lawnmowers, connected water bottles, Elon Musk’s Starlink network, smartphones (e.g. Google Pixel 7)… Electric car batteries use a lot of chips too. But do we really need all this stuff? We do not want to live in this connected world, we do not want the ‘internet of things’ or a ‘life.augmented’. We want a society more human, humane and less digital, a society where you don’t need to use these highly sophisticated gadgets for any daily activity.

Public subsidies and private benefits
STMicroelectronics is a ‘Franco-Italian’ company which has its headquarters in Switzerland and pays its taxes in the Netherlands (the fourth tax haven in the world). But the French state is financing the extension with 2.9 billion euros (that is 2.9 million euros for each created job). This budget line is planned in the section of France 2030 on chips (5.5 billion euros) of the European Chips Act, a European plan to dramatically increase the chip production in Europe.

The ‘Industrial Sovereignty’ is a lie
The new ST and Soitec plants are claimed to be part of a project to ensure European sovereignty in electronic chips. In fact, as we use more and more chips (a 15% a year growth), the Gresivaudan plants will not replace Asian plants, they will add to them. We also can wonder what ‘sovereignty’ means when 95% of the rare metals used for the chips production come from China. The best way to avoid being dependent on Asian plants is to use less electronic devices. We will do it by regaining our autonomy against the industrial way of life being forced on us, and against the power of multinational corporations.

Digital cannot be environmentally friendly
We often hear that digitalising is the way to avoid using oil and to build a ‘low-carbon’ world. The truth is that we never extracted more oil than today: the digital sector increases the fossil fuel consumption. We are taught that digitalising is the way to ‘dematerialise’ activities but each connected object depends on an enormous technological infrastructure. Digitalisation has a huge and concrete impact on natural environments (mines, electrical consumption, river contamination…) Increasing chips production does not ease off the destruction of our planet, it reinforces it.

We do not need a connected world
Are electronic chips indispensable to life? Contrary to water, which is a real need, chips are neither necessary nor inevitable: they depend on a political choice, that of a connected way of life. For a few decades, we seem to have forgotten that other ways to live in this world are possible, and surely more desirable than the on-screen life, permanent connection and overconsumption of resources (water, electricity, rare metals).

Innovation rush is a historical aberration
The project of transforming Gresivaudan into a microelectronics pole does not respond to local needs or wishes. These are geopolitical, economic and military choices. The point is that Taiwan is the chip world leader, European institutions want to go after them, to finance the CEA and its start-ups, even if that means exploiting even more the Global South countries. The competitiveness imperative is pushing us to a deadly innovation rush at the risk of environmental, animal and planetary destruction. As the climate is changing, as the species are extinguishing, we promote desertion. Let’s abandon this disaster rush, let’s abandon this innovation world race and let’s stop the money quest at all costs!

LET’S STOP ST AND SOITEC EXTENSIONS
APRIL 5, 6 AND 7
IN GRENOBLE (FRANCE) AND AROUND

DEMONSTRATION
LECTURES
& ACTIONS

Collectif STopMicro
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Plus de réutilisation = plus d’eau consommée!

En janvier 2024, Soitec a annoncé que son taux de réutilisation de l’eau allait passer de 19 % à 35 %. L’eau dont il est question est celle utilisée lors du rinçage  à l’eau des plaques de silicium : avant et après la gravure des semi-conducteurs, ce processus qui est extrêmement consommateur en eau potable et polluant. Ce que Soitec appelle réutilisation (ou REUSE) c’est le retraitement de l’eau utilisée dans le premier bain et sa réinjection dans ce même processus de gravure. Jusqu’à présent, la seule eau réutilisée (les 19 %) était celle utilisée dans les systèmes de refroidissement des salles blanches.

De là à dire que quand on leur met la pression, les industriels arrivent à mettre en place des solutions techniques auparavant inenvisageables…

Si cette nouvelle technique doit permettre à Soitec de ne pas consommer plus d’eau malgré l’ouverture de son usine de Bernin 4, rappelons deux choses :
– l’entreprise consomme déjà un volume d’eau très important (son autorisation est de 2500 m³ par jour, soit 29 litres par seconde) pour produire des objets à l’utilité sociale largement contestable ;
– Soitec veut s’agrandir encore de 50 % en 2024, pour une nouvelle usine de production de semi-conducteurs pour voitures électriques, et va donc devoir dans tous les cas… augmenter sa consommation totale d’eau.

Conclusion :
– 1) moins d’eau, c’est toujours trop d’eau ;
– 2) la hausse de la consommation en eau induite par l’agrandissement ne sera pas compensée par une hausse du taux de réutilisation.

Plus de réutilisation = plus d’eau consommée!

Il faut cesser de se cacher derrière des innovations technologiques, car celles-ci – par les gains de productivité qu’elles amènent – favorisent en fait une gabegie de consommation : ce qu’on appelle l’effet rebond.
C’est bien d’une remise en cause politique de cette croissance sans fin de la production dont nous avons besoin… tant qu’il reste de l’eau.

No puçaran!

Collectif STopMicro
20/01/2023

 

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STopMicro Tour 2024 : le programme

Pour préparer la mobilisation des 5, 6 et 7 avril prochains, nous participerons à une série de réunions publiques au cours du premier trimestre 2024. En voici la liste.
Cette liste n’est pas définitive : d’autres réunions et des précisions seront ajoutées au fil du temps.
Les réunions passées sont en bas de la page.
Rejoignez-nous !

Mercredi 10 janvier 2024 – GAP / 05
18h30 : Présentation de la lutte au local de Mobil’idées. Plus d’infos.

Vendredi 12 janvier 2024 – CAMPUS DE GRENOBLE / 38
Réunion publique « L’IA et les armes », campus de Grenoble, avec l’ObsArm et le groupe Grothendieck. Plus d’infos.

Mardi 16 janvier 2024 – FONTAINE / 38
19h : Participation à la soirée « La bataille de l’eau », salle Emile Bert (99 bd Joliot Curie)

Vendredi 19 janvier 2024 – MARSEILLE / 13
Réunion publique. La Base (3 rue Pierre Roche), 19h. Plus d’infos.

Lundi 12 Février 2024 (19H) – MONTPELLIER / 34
Réunion publique. La Carmagnole, 10 Rue Haguenot Montpellier.

Mardi 13 Février 2024 (18H) – FOIX / 09
Réunion publique avec repas et vin chaud. Mairie de Foix, Salle Jean-Jaurès.

Jeudi 15 février 2024 (18H) – TOULOUSE / 31
Soirée autour des luttes contre l’extractivisme  et son continuum électronique néolibéral. Discussion avec STopMicro et des camarades d’Argentine et du Chili. et repas à prix libre. Atelier au 3 rue des Cheminots à Toulouse.

Samedi 17 février 2024 (18h) – VAOUR / 81
Réunion publique au bar de Vaour. 18h, présentation et discussion / 20h, repas / 21h, concert des Tabanars, suivi d’autres musiques et danses trad’.

Mardi 20 février 2024 (18h30) – FRONTIGNAN / 34
Réunion publique avec repas partagé. La Grève, 19b boulevard Victor Hugo.

Mercredi 21 février (19H) – CHAMBERY / 73
Réunion publique. Bar le Bruit qui court.

Mercredi 28 février 2024 (19h) – PLATEAU-DES -PETITES-ROCHES / 38
Réunion publique avec Le Postillon et un journaliste qui a enquêté sur TSMC à Taïwan. 19h. Librairie la Main Gauche, Plateau-des-Petites-Roches (38).

Vendredi 1er mars 2024 – GRENOBLE / 38
Réunion publique, avec la présence de Celia Izoard, autrice du livre La ruée minière au XXIème siècle. Salle Rouge (15 rue des arts et métiers), 19h.

Samedi 2 mars 2024 (14h) – LYON / 69
Participation à la table ronde sur l’armement et la microélectronique. Salon Primevère, 14h. Plus d’infos.

Samedi 2 mars 2024 (16h) – LYON / 69
Réunion publique. Atelier des Canulars (91 rue Montesquieu). Plus d’infos.

Mardi 5 Mars 2024 (19H30) – MEYTHET / 74
Réunion publique. L’Ecrevis, 36 Rue de l’Aérodrome.

Jeudi 14 mars (19h) – AUBENAS / 07
Réunion publique. La Bobine, 5 rue de l’Airette. Flyer.

Jeudi 14 mars (19h30) – LAVAL-EN-BELLEDONNE / 38
Réunion publique. Salle communale. Affiche.

Lundi 18 mars (18h30) – LA MURE / 38
Réunion publique. Chateau Beaumont, 4 rue du jeu de Quille. affiche printaffiche web.

Mardi 19 mars (19h) – SAINT-JUST-DE-CLAIX / 38 – /!\ ANNULÉ /!\

Vendredi 22 mars 2024 – ROMANS / 26
Réunion publique. Café associatif Le PasSage, 20h30. affiche printaffiche web. Plus d’infos.

Mardi 26 mars 2024 (19H) – MONTBONNOT-INNOVALLÉE / 38
Réunion publique. Envoyer un mail à stopmicro@riseup.net pour connaître l’adresse.
Mardi 26 mars 2024 – TULLINS / 38
Réunion publique avec STopMicro et un hydrologue de l’IGE. 18h30, salle Jean Moulin (en face de la mairie).
Samedi 30 mars 2024 – VALENCE / 26
Réunion publique. Café associatif Le Cause Toujours, de 11h à 13h. affiche printaffiche web Plus d’infos
Samedi 30 mars 2024 – CREST / 26

Réunion publique. Le 734, 19h. affiche web Plus d’infos.

5, 6 et 7 avril 2024
Mobilisation contre les agrandissements de STMicroelectronics et Soitec, l’accaparement des ressources par ces industries et la « vie connectée ». Plus d’infos.

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Vidéo – La microélectronique en quête de désertion

Il y a quelques mois, la préfecture de l’Isère et la Métropole Grenoble Alpes publiait une vidéo pour attirer encore plus monde dans sa toile déjà bien encombrée de l’industrie microélectronique. Nous avons trouvé leur propagande assez peu représentative de la réalité, et nous avons voulu la rendre plus honnête et moins abêtissante. Nous l’avons donc parodiée en remplaçant le fond sonore, sans rien retoucher à la vidéo. Si vous trouvez que notre parodie exagère la dystopie, elle fait pâle figure face à l’original (disponible ici). Bon visionnage !

Version détournée disponible également sur youtube.

 

Cette parodie ne vise en aucun cas à dévaloriser les différentes personnes interrogées dans la vidéo. Le doublage est suffisamment grossier pour qu’on ne puisse pas supposer que nos voix sont les leurs. De plus, de notre point de vue, les personnages que nous leur avons joué ne sont pas ridicules mais sensés. Nous accusons les entreprises, les pouvoirs publics et les responsables politiques, mais pas les salarié-es. Les travailleur-euses, chômeur-euses ou étudiant-es n’ont pas de véritable choix sur un marché du travail soumis aux exigences capitalistes.

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12/01 : Conférence « L’IA et les armes »

Pourquoi et comment l’Université grenobloise alimente-t-elle le commerce de la mort ?

Réunion d’information ouverte au public.

Vendredi 12 janvier, 14h-16h.

Bâtiment IMAG (salle de séminaire 1) – Campus de Saint-Martin d’Hères.

Intervenant·es :

Observatoire de l’Armement / ObsArm) (centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits).

Groupe Grothendieck (auteur·ices du livre L’Université désintégrée : La recherche
grenobloise au service du complexe militaro-industriel)

Collectif StopMicro , groupe militant contre l’accaparement des ressources des
entreprises de la micro-électronique.

Résumé :

Alors que les entreprises grenobloises enchaînent les ventes d’armes à la Russie en enfreignant ouvertement les embargos internationaux, ces mêmes entreprises ouvrent des chaires de recherche au coeur même de l’UGA, telle DeepRed, avec l’intention de « viser » les étudiant·es de Grenoble INP et alimentent les programmes de recherche en IA sous couvert d’applications civiles.
Cette réunion publique a pour objectif de rappeler les liens historiques entre l’UGA et le complexe militaro-industriel et de montrer comment la recherche et l’enseignement de l’UGA nourrit toujours le commerce de la mort tout en trompant et en faisant taire la contestation des étudiant·es et des enseignant·es hercheur·euses.

Un temps d’écoute et de réflexion sera proposé au public quant aux moyens d’action
personnels, institutionnels et militants.

tract en pdf

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Objet : refus du greenwashing

Lettre ouverte à M. Stéphane Couvreur, ingénieur des mines, responsable de la Mission interministérielle sur la sobriété hydrique des installations industrielles.

Objet : refus du greenwashing

texte en pdf

Monsieur,

Nous avons bien reçu votre message nous informant de la mission dont vous a chargé le gouvernement sur la sobriété hydrique des installations industrielles et nous proposant un rendez-vous pour échanger sur le sujet. Vous vous en doutez, la sobriété hydrique des industriels est un sujet qui nous tient à cœur. En effet, depuis l’annonce par Emmanuel Macron de l’agrandissement du site de Crolles de STMicroelectronics, notre collectif mène la contestation sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces » et conteste l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique. C’est pour cette raison même que nous refusons le rendez-vous que vous nous proposez. Et voici pourquoi :

Quand vous passerez, M. Couvreur, dans notre superbe région grenobloise, nous espérons que vous aurez l’occasion de visiter l’usine STMicroelectronics de Crolles, autorisée à engloutir quotidiennement 21 500 m³ d’eau potable (plus 12 000 m³ d’eau de forage), et à rejeter dans l’Isère 75 kg de phosphore, 750 kg d’azote et 1,5 kg de cuivre1 . Ensuite de quoi, peut-être aurez-vous la chance de faire un crochet par l’usine Arkema de Jarrie. Ses fumerolles et autres polluants éternels dans la nappe phréatique de Grenoble (dite FRDG 372) vous donneront sûrement un peu de travail concernant les « bonnes pratiques », par exemple celle des services de l’État (DREAL et préfecture) qui accordent des autorisations pour toujours plus polluer nos rivières et nappes phréatiques. S’il vous reste un peu de temps, passez donc à Pont-de-Claix voir la superbe usine Vercorex, fabricant de soude, chlore, isocyanate et autres dérivés. Et au retour, faites étape à Veurey-Voroize pour saluer une entreprise, certes moins gourmande en eau, mais qui se distingue par ses produits aux applications militaires à 80 % : Lynred, la pépite du CEA, dont on retrouve les capteurs sur des drones et missiles russes2.

Comme vous le voyez, M. Couvreur, notre agglomération est riche de vraies spécialités : cancers, leucémies et maladies pulmonaires ; pollution, pillage des ressources, fabrication de gadgets inutiles et d’applications nuisibles. C’est d’ailleurs cela que nous contestons avant tout : l’utilité sociale de ces industries, pourtant largement soutenues par l’État. Car il ne peut être question de « sobriété hydrique » si l’on n’interroge pas la finalité de ces industries. D’où notre mot d’ordre, « De l’eau, pas des puces ! ». C’est pour cette raison que nous menons de front un travail d’enquête (par exemple sur l’utilisation concrète des semi-conducteurs fabriqués par ST et Soitec3) et un travail de mobilisation et d’action militante (comme lorsque nous avons gâché la fête des 50 ans de STMicroelectronics et la célébration de la liaison recherche-armée-industrie le 28 septembre dernier4).

Tout cet « écosystème industriel » prospère avec le soutien et la complicité des services de l’État. Quand ce n’est pas à leur initiative même ! Ainsi de l’autorisation dérogatoire de rejets de polluants et d’eutrophisants par ST accordée par la préfecture de Grenoble (que nous sommes allé‑es contester ce matin même en rendant visite à la DREAL5). Ainsi du soutien financier massif de l’État à l’agrandissement de Soitec (plus de 100 millions) et à celui de ST (2,9 milliards). Ainsi de la dynamique impulsée par l’institution publique qu’est le Commissariat à l’Énergie Atomique pour l’industrialisation de ses procédés techniques par des start-ups, dont ST, Soitec et Lynred sont exemplaires. Et pendant que l’État déverse des milliards sur ces entreprises pour les créer, les soutenir, les développer, les défendre et les agrandir, il faudrait que nous perdions notre temps à répondre à une mission interministérielle sur la sobriété hydrique des industriels ?

Mais, M. Couvreur, vous nous jugerez peut-être naïfs et naïves. Vous nous direz peut-être que « l’État » n’est pas monolithique, qu’il est le reflet d’intérêts différents, voire contradictoires. Qu’il est possible, par le dialogue raisonné, de peser sur les décisions, les normes, les choix industriels. Que la démocratie n’est pas un vain mot. Que le Ministère de l’Écologie vaut bien celui de l’Économie ! Et bien, écoutez M. Couvreur, en l’occurrence : c’est vous le naïf. Les résultats de l’enquête publique sur l’agrandissement de STMicroelectronics, à laquelle nous avons participé malgré nos préventions, le montrent. Alors que s’accumulaient, de l’aveu même des commissaires-enquêteurs, une montagne de problèmes, alors que le dossier de ST était, de l’avis général, très visiblement mal monté, cette enquête publique s’est soldée par un avis favorable à l’exploitation6. C’est que cette consultation était mise en place uniquement pour répondre à une obligation légale. Chacun et chacune savait que les dés étaient pipés d’avance, et que deux résultats seulement étaient possibles : un avis favorable qui amènerait à une mise en exploitation de l’usine, ou bien un avis défavorable, qui amènerait à une qualification en « projet d’intérêt stratégique »… et donc à une mise en exploitation de l’usine. Car, quand il est question de « choix technologiques », il n’est pas de démocratie : tout le pouvoir revient aux grands corps d’État, issus de l’ENA, de l’École polytechnique ou des écoles des mines.

Quant à la mission dont vous êtes personnellement chargé, elle consiste à se demander « quelles ruptures technologiques peuvent avoir un impact majeur à long terme sur l’enjeu de l’usage de l’eau par l’industrie » et à établir un recueil « de bonnes pratiques existant dans les territoires, et dont les effets semblent significatifs »7, tout cela dans le but prétendu d’atteindre une « sobriété hydrique ». Autrement dit : pondre des rapports techniques pendant que la nature se meurt. Il est de ce fait logique de la part du ministre d’avoir choisi pour cette mission un ingénieur en chef des Mines comme vous. Notre démarche, au contraire, n’attend pas une supposée « transition écologique » (en fait une transition numérique) pour agir concrètement sur le terrain, avec les associations écologistes, les collectifs militants et de riverains, avec les citoyens qui veulent agir, les zadistes de tous poils, avec les grands-mères réfractaires aussi bien que les jeunes utopistes, celles et ceux qui n’entendent pas se laisser enfumer pendant encore des décennies par votre le savoir techno-industriel maintenant reconverti en peintre de la verdure. En effet, nous avons depuis longtemps arrêté de croire au Père Noël du progrès-technologique-et-scientifique-qui-nous-sauvera-des-problèmes-engendrés-par-ce-progrès. Votre mission, définie dans la lettre que vous nous avez jointe, est l’antithèse des valeurs et actions que nous prônons. C’est donc bien, M. Couvreur, pour la raison même qui motive l’existence de notre collectif que nous refusons le rendez-vous que vous nous proposez.

Permettez-nous, M. Couvreur, de vous ranger, avec Stanislas Guerini, ministre de la Transformation et de la Fonction publique8, dans ces experts greenwasheurs qui vont encore nous repeindre en vert ces industries gargantuesques et consommatrices de ressources naturelles (et de surcroît énormément pollueuses).

Notre collectif n’a pas pour vocation d’être la vitrine bienveillante de tous les greenwasheurs de France, mais d’imposer en pratique la sobriété hydrique aux industriels de l’électronique.

No puçaran !

Collectif STop Micro,
le 15 décembre 2023

1Voir notre tract dédié, « ST écocidaire, préfecture complice » sur https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/12/15/st-ecocidaire-prefecture-complice/

2« Russian papers » sur https://blast-info.fr

4« STMicroelectronics : 50 ans de nuisances, ça suffit ! », https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/09/15/stmicroelectronics-50-ans-de-nuisances-ca-suffit/

7« Lettre de mission, sobriété hydrique des installations classées », Philippe Van de Maele, directeur du cabinet du Ministère de la transition écologique et de la transition des territoire, 20 septembre 2023.

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ST écocidaire, Préfecture complice

Vendredi 15 décembre 2023, nous avons rendu visite à la DREAL de l’Isère pour protester contre les autorisations de rejets dont bénéficie STMicro. Après une distribution de tracts, des slogans, l’accrochage de banderoles à l’intérieur du bâtiment et une discussion avec un responsable de la DREAL, la vingtaine de personnes que nous étions est repartie sans embûches… en attendant de revenir si rien ne change ! Ci-dessous, et ici en pdf, le tract distribué. Egalement disponible, un reportage de PlaceGre’net sur l’action.

ST ECOCIDAIRE, PREFECTURE COMPLICE

La multinationale STMicroelectonics pollue l’Isère, rejetant des produits eutrophisants et micropolluants dans des quantités très importantes, avec l’autorisation de l’Etat. Aujourd’hui, avec son agrandissement elle demande le droit de polluer plus encore. Nous exigeons que STMicroelectronics cesse de polluer notre bien commun : l’Isère.

Le droit de polluer l’Isère

L’usine STMicroelectronics est autorisée à consommer 18 000 mètres cubes d’eau par jour, issus dans leur très grande majorité du réseau d’eau potable de Grenoble. Au cours de son process industriel, ST utilise de nombreux produits chimiques : acides fluorhydrique et sulfurique, métaux lourds (tungstène, titane, tantale), ammoniaque, aluminium, cuivre, arsenic. Les puces sont nettoyées avec de l’eau, qui se charge alors de ces mêmes produits. L’eau ainsi polluée est alors traitée par la station d’épuration de l’usine puis rejetée dans l’Isère.

On pourrait croire qu’après traitement, l’eau est redevenue propre. Or… pas tant que ça ! Au niveau de ses rejets, l’industriel est soumis à un arrêté préfectoral, qui l’autorise à rejeter dans l’Isère les quantités quotidiennes suivantes : 75kg de phosphore, 300kg d’azote ammoniacal, 150kg de fluorures, 1,5kg de cuivre, 4kg d’aluminium, 75kg d’hydrocarbures et 750kg d’azote. En un mot : ST dispose du droit de polluer l’Isère.

Autant que 50 000 personnes

Pour trois paramètres (l’azote, le phosphore et le cuivre) ces valeurs sont dérogatoires, c’est à dire nettement supérieures à celles habituellement autorisées. Or, l’azote et le phosphore eutrophisent les milieux aquatiques de surface. Ils entraînent une croissance excessive de plantes ou d’algues dans la rivière qui vont absorber de grandes quantités d’oxygène, provoquant l’asphyxie des écosystèmes aquatiques. C’est le phénomène dit « des algues vertes ». Quant au cuivre, il fait partie de la famille des micropolluants, persistant dans l’environnement, toxique à faible concentration et de ce fait responsable de dégradations majeures des milieux aquatiques.

A titre d’exemple, quand on cumule la quantité d’azote autorisée pour ST et celle de sa voisine Soitec, on obtient les rejets d’une ville de 53 000 habitants qui ne traiterait pas ses eaux usées. Pour le phosphore, cela équivaut à 23 600 habitants. Autre chiffre : la concentration autorisée en rejets d’azote (50mg/l) est plus de deux fois supérieure à celle entrant sur la Station d’épuration de la ville de Grenoble, à qui on autorise en sortie seulement des rejets à 10mg/l d’azote.

Sans scrupules : ST en veut encore plus

L’autorisation dérogatoire donnée depuis 2016 par le Préfet de l’Isère avec l’accord de la DREAL est en elle-même scandaleuse. Sans scrupules, dans le cadre de son agrandissement, ST a demandé aux services de l’Etat de bénéficier d’une nouvelle dérogation lui permettant de conserver les mêmes concentrations tout en accroissant les volumes. ST veut le droit de polluer deux fois plus. Pour notre part, nous proposons une autre solution :

STMicro doit arrêter de polluer l’Isère !

Collectif STopMicro, 15/12/2023 – stopmicro@riseup.nethttps://stopmicro38.noblogs.org

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5, 6, 7 avril 2024 : De l’eau, pas des puces!

Contre l’accaparement des ressources par les industries de l’électronique et la « vie connectée »

Les informations pratiques sont ici.

Le 1er avril 2023, nous étions mille à manifester à Crolles contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique et l’agrandissement du géant STMicroelectronics, qui produit des puces électroniques. Aujourd’hui c’est sa voisine Soitec qui veut s’agrandir, pour fabriquer des semi-conducteurs pour batteries de voitures électriques.
Accaparement de l’eau à l’heure des sécheresses à répétition, rejet de produits chimiques, consommation électrique délirante, le tout pour la production d’objets connectés et pour l’armement : ces projets d’agrandissements d’usines promettent un désastre environnemental.

Le texte d’appel version pdf.

Une consommation d’eau potable délirante

Le secteur de la microélectronique est très gourmand en eau : il faut 1700 litres pour rincer une seule plaquette de silicium. L’été, quand les particuliers n’ont plus le droit d’arroser leur potager, ST et Soitec continuent d’engloutir l’eau potable du réseau. Leur consommation, en constante augmentation, va encore monter avec les extensions : après son agrandissement, ST prévoit de consommer 21 500 m³ d’eau potable par jour, soit 249 litres par seconde, une augmentation de 190 % par rapport à 2021 (chiffres MRAE).

Le numérique pollue nos rivières

Les « 60% de recyclage » annoncés par l’industriel ne diminuent pas sa consommation d’eau, car il n’y a pas de recyclage chez STMicroelectronics, juste une « réutilisation » de l’eau qui sert à la climatisation des salles (25% de sa consommation). Pour les 75% restants, l’eau potable en entrée ressort chargée des produits hautement toxiques que l’usine utilise à hauteur de 20 000 tonnes par an : ammoniac, chlore, hexafluorure, phosphore, azote, cuivre… L’eau qu’elle souille est retraitée par sa station de traitement puis rejetée dans l’Isère. Par exemple, pour l’azote, ST est autorisé à déverser l’équivalent d’une ville de 53 000 habitants qui ne traiterait pas ses rejets. ST et Soitec doivent cesser de polluer l’Isère !

Démocratie : le compte n’y est pas

Ces agrandissements d’usines se font dans un véritable déni de démocratie. L’enquête publique pour l’exploitation du site de Crolles a eu lieu alors que les travaux de la première tranche étaient presque achevés. Les gendarmes ont relevé les plaques des voitures de tous les participant-es à la deuxième réunion de l’enquête publique. Cette situation témoigne de la façon dont fonctionnent nos sociétés industrielles : plus la technologie est complexe, moins les populations ont de pouvoir sur leurs vies.

L’électronique au service de l’armée

Les semi-conducteurs de ST équipent les drones kamikazes KUB-BLA de l’armée russe, et ST est un acteur majeur en semi-conducteurs de la défense. C’est vrai aussi de Soitec, qui participe de longue date à l’industrie de l’armement. La technologie SOI a été créée par le CEA pour disposer de composants adaptés au nucléaire militaire. Championnes de la « death.augmented », ST et Soitec sont complices des guerres et de la menace nucléaire. Leurs activités reposent sur la mort et la destruction : elles sont immorales.

Une fabrique de gadgets

Les puces fabriquées dans le Grésivaudan sont utilisées dans des machines à gazon automatiques, dans des bouteilles d’eau connectées, par le réseau de satellites Starlink d’Elon Musk ou dans les smartphones (Google Pixel 7 par exemple). Les batteries des voitures électriques sont également très demandeuses en semi-conducteurs. Mais avons-nous vraiment besoin de tout cela ? Pour notre part, nous refusons le monde connecté, l’« internet des objets » et la « life.augmented » Nous voulons une société avec plus d’humain et moins de numérique, une société où l’on ne soit obligé d’utiliser des outils extrêmement perfectionnés pour chaque acte du quotidien.

Des subventions publiques pour des profits privés

Entreprise « franco-italienne », STMicroelectronics a son siège en Suisse et paye ses impôts aux Pays-Bas, le 4ème paradis fiscal au monde. C’est néanmoins l’État français qui finance l’agrandissement à hauteur de 2,9 milliards d’euros (soit 2,9 millions d’euros par emploi créé). Ce budget est provisionné dans le volet semi-conducteurs de France 2030 (5,5 milliards d’euros), lui-même inclus dans le European Chips Act, un plan européen qui veut augmenter drastiquement la production de puces en Europe.

La « souveraineté industrielle » est un mensonge

Les nouvelles usines de ST et Soitec auraient soi-disant pour but de rendre l’Europe « souveraine » en puces électroniques. En réalité, comme on consomme de plus en plus de puces (+15 % par an), les usines du Grésivaudan ne vont pas remplacer des usines en Asie mais s’y ajouter. Et de quelle souveraineté parle-t-on quand on sait que 95% de la production mondiale des métaux rares utilisés pour la fabrication des puces vient de Chine ?  La meilleure façon de ne pas dépendre des usines asiatiques est d’utiliser moins d’électronique. Cela passe par reconquérir notre autonomie face au mode de vie industriel et connecté qu’on nous impose, face au pouvoir des multinationales.

Le numérique est anti-écologique

On entend souvent que le numérique participerait à se passer de pétrole et à « construire un monde bas-carbone ». En réalité, on n’a jamais autant consommé de pétrole qu’aujourd’hui : le numérique accélère la consommation d’énergies fossiles. On nous fait croire que le numérique « dématérialise » les activités, mais chaque objet connecté dépend en fait d’une immense infrastructure technologique. La numérisation a un impact concret sur les milieux (mines, consommation électrique, décharges, pollution des rivières…). L’augmentation de la production de puces constitue un renforcement des logiques de destruction planétaire.

Nous n’avons pas besoin du monde connecté

Les puces électroniques sont-elles indispensables à la vie en société ? À la différence de l’eau qui, elle, est un besoin, les semi-conducteurs ne relèvent ni de la nécessité ni de la fatalité, mais d’un choix politique : celui du mode de vie connecté. En quelques dizaines d’années, nous semblons avoir oublié que d’autres manières de se rapporter au monde sont possibles, et sans doute plus désirables que le mode de vie du tout-écran, de la connexion permanente et de la surconsommation de ressources (eau, électricité, métaux rares).

La course à l’innovation : une aberration historique

Le projet de faire du Grésivaudan un pôle de la microélectronique ne répond pas à des enjeux locaux, mais à des choix géopolitiques, économiques et militaires : Taïwan est le leader mondial des puces, l’Europe doit lui courir derrière, financer le CEA et ses start-up, exploiter plus encore les pays du Sud. L’impératif de la compétitivité nous jette dans une course mondiale à l’innovation mortifère pour l’environnement, les animaux et la planète. À l’heure du dérèglement climatique et d’une extinction de masse des espèces, nous prônons la désertion de cette course qui nous fait perpétuer le désastre écologique et humain. Sortons de la course mondiale à l’innovation et finissons-en avec la recherche du profit à tout prix !

Empêchons les agrandissements de ST et Soitec
5, 6 & 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan
Manifestation conférences & actions
No puçaran!

Collectif STopMicro
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Life.augmented / Death.augmented

À quoi servent les puces fabriquées par STMicroelectronics et Soitec ?

« Nous créons des technologies pour un monde durable,
Nous donnons la priorité à l’humain et à la planète,
Nous générons de la valeur à long terme pour toutes les parties prenantes. Ensemble, accélérons le développement durable. »
Jean-Marc Chéry, directeur de ST Crolles, 20211.

« Nous sommes le terreau innovant de technologies intelligentes et économes en énergie, qui transforment durablement nos vies quotidiennes. »
Soitec, 20232.

À en croire la poésie de STMicroelectronics et de sa voisine Soitec, avec le numérique, on serait en route vers une transition écologique visant à remplacer notre consommation de ressources fossiles (pétrole, charbon) par des énergies renouvelables, d’où sans doute le slogan de STMicroelectronics : « life.augmented ». Quant aux responsables de la Communauté de communes du Grésivaudan, ils expliquaient en mai dernier que les semi-conducteurs fabriqués dans le Grésivaudan servaient « pour les IRM »3. Ce serait donc ça, le rôle des semi-conducteurs produits par ST et Soitec ? Ce serait pour construire un monde post-carbone et pour le secteur médical que ST est en train de tripler la taille du site de Crolles et que Soitec vient d’inaugurer un nouveau bâtiment (Bernin 4)4, et se prépare à agrandir encore la taille totale de son site de 50 % dans les mois à venir5 ?

Pour éclairer ce débat, nous proposons une analyse concrète. Que fabrique-t-on à Crolles et à Bernin ? À quels secteurs et à quelles entreprises les micro et nanotechnologies du Grésivaudan sont-elles destinées ? Qu’est-ce qui justifie en bout de chaîne une telle consommation d’eau, de terres agricoles, de métaux et de matières premières ? S’agit-il vraiment d’IRM ? Cette enquête est appuyée sur des sources, toutes disponibles dans les notes, auxquelles vous pouvez vous référer pour approfondir certains sujets. Bonne lecture.

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On fabrique des puces

Chez ST comme chez Soitec, on fabrique des semi-conducteurs. Plus précisément, des plaques de silicium (ou « wafers ») très fines, de 200 ou 300mm de diamètre, sur lesquelles sont gravés puis découpés les circuits de composants électroniques, les puces (« chips »).

D’abord, ST. On qualifie l’usine de STMicroelectronics Crolles de « fonderie » : on y fabrique matériellement les semi-conducteurs, le travail de conception étant quant à lui du ressort du centre de recherche de ST situé sur la Presqu’île de Grenoble. Le marché de la fonderie de semi-conducteurs est segmenté en fonction de la finesse de gravure des puces ; mais on y reviendra. Le site de Crolles fabrique des milliers de wafers chaque année. C’est l’une des plus grosses usines de puces électroniques d’Europe6.

Soitec est quant à elle une entreprise spécialisée en silicium sur isolant : des puces spéciales, qui ne sont pas gravées sur des plaques de silicium « massives », mais sur des plaques « isolées ». C’est à dire qu’un isolant est intercalé entre les tranches de silicium qui constituent le wafer. De cette technologie appelée « SOI » résulte une amélioration allant jusqu’à 15 % des performances des puces, et une réduction de 20% de leur consommation énergétique par rapport aux puces conventionnelles en silicium massif… même si le coût de production est supérieur de 10%7. Attention : quand on parle de « réduction de la consommation énergétique », il s’agit d’un gain de performance de la puce elle-même : le procédé de fabrication lui-même n’est par contre pas économe en énergie – au contraire (la technologie SiC, l’un des produits de Soitec, est très gourmande en électricité et nécessite des fours qui montent à 2400°C8). Soitec est leader dans son domaine, avec 80 % du marché mondial du SOI9. Soitec est donc une entreprise beaucoup plus petite que ST, mais très stratégique.

Si ST est située sur la commune de Crolles et Soitec sur celle de Bernin, les deux usines sont en réalité voisines, distantes de quelques centaines de mètres seulement. Il ne s’agit pas d’une coïncidence, les deux entreprises ont le point commun d’être des start-ups issues du CEA-Leti, un laboratoire de recherche publique10. Fondé en 1967, le CEA-Leti est en fait plus qu’un simple laboratoire, c’est « l’un des principaux centres de recherche appliquée en microélectronique et nanotechnologies dans le monde11 ». Son ancien directeur, Jean Therme, ensuite devenu directeur du CEA Grenoble, a été dans les années 2000 une personnalité influente de Grenoble, une sorte de « maire bis ». Comme le disait Geneviève Fioraso, à l’époque adjointe à l’économie (et devenue ensuite ministre de l’enseignement supérieur) : « Le directeur du CEA [Jean Therme] nous fait courir, mais nous suivons12. » Jean Therme a été à l’initiative de Minatec, le « premier pôle européen de recherche en micro et nanotechnologies », à l’époque fortement contesté par un regroupement d’opposants13. On verra que les choix impulsés par Jean Therme vers les nanotechnologies sont structurants et expliquent ce qui se fabrique aujourd’hui encore dans les usines du Grésivaudan.

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En Isère, des puces grossières… mais particulières !

Le marché mondial des puces, c’est d’une part celui de leur conception, de leur architecture ; et d’autre part celui de leur fabrication, appelée aussi fonderie.

Le marché de la conception des puces est majoritairement étatsunien, à près de 50 %. Suivent ensuite la Corée du Sud (20 %), le Japon, l’Europe, la Chine et Taïwan14. En effet, « les États-Unis jouent un rôle ultradominant dans les étapes amont de la chaîne de valeur (R&D, conception, production de logiciel de design) et dans la commercialisation (…), ce qui leur permet de produire 38 % de la valeur ajoutée mondiale du secteur15 ».

Si les entreprises STMicroelectronics (STM) et Soitec font partie des deux secteurs (conception et fabrication), les usines de Crolles et de Bernin sont, elles, concentrées sur la fabrication. Le secteur de la fonderie, en croissance constante, représentait un marché annuel de 1000 milliards de puces en 202016, puis de 1150 milliards en 2021. Il est dominé par le Taïwanais TSMC (54 %)17. Les États-Unis, qui produisaient 37 % des semi-conducteurs en 1990, n’en produisaient plus que 12 % en 202018. Quant à l’Union européenne, elle ne produit que 10 % des puces, et est donc très dépendante de l’Asie du sud-est. Ces dernières années, les tensions géopolitiques avec la Chine et les difficultés d’approvisionnement liées au Covid ont servi d’électrochoc : l’Union européenne s’est brusquement rendue compte de sa dépendance. Elle a donc lancé le European Chips Act, un plan d’investissement de 43 milliards d’euros publics et privés pour développer la fonderie de puces en Europe19. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les agrandissements de ST à Crolles et de Soitec à Bernin20.

Notons une précision qui s’avérera importante pour la suite. Le marché des puces se répartit lui-même en deux familles : primo, les puces « avancées » à la gravure fine de moins de 7 nanomètres, et secundo, les puces moins avancées, gravées à plusieurs dizaines de nanomètres. Les premières, plus coûteuses, permettent un compromis puissance de calcul / consommation, et sont destinées notamment aux marchés des smartphones, des ordinateurs, des centres de données et de l’IA (des secteurs qui demandent d’importantes capacités de calcul des processeurs). Les secondes, moins chères, sont plutôt destinées aux marchés ne nécessitant pas de processeurs avec des capacités de calcul et de mémoire énormes, comme l’internet des objets et l’automobile.

Lancée dans une perpétuelle course à l’innovation, l’industrie a de plus en plus besoin de miniaturiser les puces pour atteindre des performances inédites et pour baisser leur coût de production – ce qui, paradoxalement, nécessite des investissements pharaoniques. Concrètement, à l’heure actuelle, c’est le Taïwanais TSMC qui fabrique 92 % des semi-conducteurs les plus avancés, le Coréen Samsung produisant les 8 % restants21. STM a un tel retard technologique que l’entreprise ne peut pas envisager de se positionner sur le secteur des semi-conducteurs avancés22. C’est également le cas pour toute l’Europe : dans le Chips Act, seuls 750 millions d’euros (sur 43 milliards) sont consacrés à la recherche sur les puces extrêmement fines, à la gravure inférieure à 1 nm23, et le Chips Act se concentre majoritairement sur les puces de 20 à 65 nm24, c’est à dire sur les productions comme celles de Soitec (10 à 65 nm25) ou de ST (18 nm au plus fin26). Ainsi, l’un des produits phares de ST, le contrôleur STM32 est majoritairement gravé en 90 nm (certains en 40 nm)27. Quant à la gravure de puces FD-SOI, elle ne descend pas en dessous de 28 nm28. On est donc loin des semi-conducteurs « avancés » de TSMC.

Pour « gagner la course de l’innovation » malgré tout, l’Union européenne, STMicroelectronics, Soitec et le CEA ont un plan : renforcer les filières qu’ils maîtrisent, et changer la conception des puces. C’est l’approche appelée « More than Moore », qui s’oppose à l’approche traditionnelle, dite « More Moore29 ». Développons cela un petit peu.

« More Moore », « More Than Moore » : ces appellations font référence à la « loi de Moore » qui postule que le développement de la microélectronique permet un doublement, tous les deux ans, du nombre de transistors sur une puce de même surface. Énoncée dans les années 1960, cette loi a jusqu’ici démontré sa pertinence. Néanmoins, depuis une quinzaine d’années, depuis que la finesse de gravure est passée sous le seuil des 90 nm, les industriels ont de plus en plus de mal à tenir le rythme de la miniaturisation. Les lois de la physique font qu’on est peut-être en train d’atteindre une limite, appelée « The Wall », au-delà de laquelle le comportement du transistor obéit non plus à la physique traditionnelle, mais aux règles de la physique quantique.

C’est pourquoi « plutôt que de suivre la voie du ‘‘More Moore’’, qui vise au rétrécissement continu des nœuds [c’est-à-dire de la finesse de gravure], dans laquelle les industriels taïwanais et coréens ont investi massivement pour produire des puces les plus avancées, les recherches du Leti s’inscrivent dans une démarche de ‘‘More than Moore’’ qui vise à réduire la consommation énergétique et étendre les capacités des puces aux nœuds matures30 ». On ne table pas sur la miniaturisation, la course à la finesse de gravure (perdue d’avance à cause des investissements colossaux nécessaires31), mais sur d’autres pistes : « changer de matériaux, d’architecture de circuit, de méthode de conception, etc.32 ».

Le CEA-Leti grenoblois assume cette méthode. « Nous adoptons depuis plus de 20 ans [cette position], à l’instar d’autres leaders européens de la microélectronique, parmi lesquels le franco-italien STMicroelectronics, le néerlandais NXP ou l’allemand Infineon33. » C’est dans cette perspective que le CEA et Jean Therme ont lancé Minatec en 2006 : développer les nanotechnologies et la rupture, plutôt que chercher à poursuivre la miniaturisation. C’est la stratégie privilégiée par Soitec. « L’Europe représente ainsi 40 % du marché ‘‘More than Moore’’. Elle compte par ailleurs plusieurs champions, comme Soitec, leader mondial des substrats SOI présents dans les composants radiofréquences de tous les smartphones de la planète34. »

En effet, pour le CEA-Leti, la technologie FD-SOI (qu’il a développée et qui est commercialisée par Soitec) « permet une consommation énergétique optimisée (avec une économie d’énergie de 30 % par rapport aux autres technologies) […]. [Elle] est extrêmement intéressante pour les marchés ‘‘embarqués’’, c’est-à-dire l’électronique présente dans les objets connectés, les voitures autonomes, l’électronique nomade, etc. Des haut-parleurs ou des puces GPS en sont désormais équipés. Le FD-SOI alimente également les smartphones, comme le dernier pixel 6 Pro de Google. Industrialisé par STMicroelectronics, il est aussi vendu par de grandes entreprises comme Samsung et GlobalFoundries. Le FD-SOI est actuellement produit en 28 nm et 22 nm et sera bientôt disponible en 18 nm35 ».

C’est bien le rôle dévolu à l’agrandissement de STMicoelectronics : industrialiser la production des puces FD-SOI conceptualisées par Soitec36. En effet, STMicroelectronics et Soitec ont annoncé en décembre dernier « leur coopération dans la technologie de fabrication de substrats [plaques] en carbure de silicium37 ». Concrètement, cela signifie que ST s’occupera de l’industrialisation des puces conçues par Soitec. Un « développement de filière » qui se fait en concertation avec le CEA et le gouvernement38.

C’est donc cela qu’on fabrique à Crolles et à Bernin : des semi-conducteurs, dont la finesse ne descend guère en dessous de 18 nm39, mais qui cherchent à se placer sur un autre terrain que celui des semi-conducteurs classiques. Cette histoire, et notamment la collaboration ST-Soitec, nous apprend également que les agrandissements de ST et de Soitec, quoique traités séparément par les enquêtes publiques, sont en fait les conséquences des mêmes choix stratégiques, faits à l’échelle locale (par le CEA) et européenne (par l’UE). Des choix – rappelons-le – contestés de longue date par une partie des habitants du Grésivaudan, lassés de servir de « substrat » à la course mondiale à l’innovation et à la puissance40 : une fuite en avant déjà dénoncée lors de la contestation de Minatec en 2006.

Mais il faut maintenant nous poser une autre question : à qui servent les puces du Grésivaudan ? Est-ce réellement à la « transition écologique » ?

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On fabrique des puces pour l’« internet des objets », les voitures électriques et les militaires

On saura plus tard, en 2050 paraît-il41, si le pari « quantique » et « nano » fait par le CEA et l’Europe était le bon pour « gagner la guerre de l’innovation ». Une guerre dont pour l’instant, nous faisons les frais (cf. la faramineuse consommation d’eau des industriels de l’électronique du Grésivaudan), une guerre qui emporte toutes les populations du monde dans sa course folle (en en écrasant quelques-unes au passage – salut aux Chinois·es des usines Foxconn42 et aux Ghanéen·nes des poubelles de l’électronique43). Reste qu’en attendant 2050… le marché des semi-conducteurs est dominé par TSMC et que l’agrandissement de ST vise aussi à « faire du chiffre » ! C’est-à-dire à augmenter les capacités de production en semi-conducteurs, car on en consomme de plus en plus. Et puisqu’on en met de partout, il semble intéressant de savoir à quels usages servent les puces fabriquées dans le Grésivaudan – sinon il faudra croire sur parole les élus de la Communauté de communes du Grésivaudan ou le directeur de ST : applications médicales et transition écologique. Debunkage.

Déjà, à quoi servent les puces produites à ST et Soitec ? Commençons par voir ce qu’en dit le ministère de l’Économie, qui explique que l’agrandissement de STMicroelectronics « permettra ainsi de développer fortement l’écosystème technologique FD-SOI français […] pour les principaux secteurs industriels européens (automobile, industrie, télécommunications pour la 5G/6G, IoT [Internet des objets], spatial…)44 ». Le directeur de ST confirme : « nos clients européens et internationaux [sont] présents sur des marchés finaux clés dont l’automobile, l’industriel, l’IoT et les infrastructures de communications45»

Plus globalement, quand dans sa Déclaration environnementale 202146, ST fait une liste de domaines dactivité pour les produits de Crolles, on y retrouve les secteurs 5G, IA, internet des objets, automatisation… ou quand Soitec communique sur ses domaines d’application (internet des objets, reconnaissance vocale, maison intelligente, GPS intelligent, smart city47), le médical n’y figure pas : au temps pour les IRM.

Rencontré sur le marché de Crolles, un cadre de ST estime la répartition des productions crolloises de la façon suivante : 40 % pour l’automobile, 30 % pour la reconnaissance faciale (téléphone) et 30 % dans les objets (capteurs, contrôleurs). La même Déclaration environnementale de ST mentionne également « les imageurs diversifiés (capteurs de proximité, temps de vol, capteur 3D) dont l’utilisation dans des produits ‘‘grand public’’ continue de se développer en 2018, en particulier dans le secteur des smartphones (applications : autofocus et systèmes de positionnement très performants) », et « les microcontrôleurs avec mémoires non volatiles embarquées qui représentaient en fin d’année 2018 plus de 40 % de la charge de production de Crolles 300 mm, notamment en technologie 90 nm. Ces produits servent des marchés très diversifiés qui vont de la sécurité, à l’électronique grand public, à l’automobile et à l’industrie ». Un ancien salarié de ST Grenoble témoigne : « [Les microcontrôleurs] ça va partout, des aspirateurs aux drones militaires en passant par les téléphones48. » En effet, les processeurs fabriqués par ST se divisent en plusieurs usages. Parmi les produits phares de ST, les STM32 sont utilisés dans les applications les plus diverses (multimédia, électroménager, drones, tracteurs...). Leur prix public varie de quelques euros à plusieurs dizaines d’euros en 202349. On distingue une autre famille aux applications plus miniaturisées et spécifiques : les ST21, 25, 33, 54, qui peuvent servir dans la fabrication de Cartes SIM, puces NFC (near field communication). Par exemple, un paiement sans contact avec une CB ou téléphone se base sur la NFC pour échanger des données. Ces puces intègrent des fonctions de chiffrement, ou de cryptographie pour échanger des données bancaires ou biométriques50. Enfin, la gamme STM8 propose des microcontrôleurs à très faible coût avec un minimum de mémoire, d’instruction, fréquence de calcul faible et très faible consommation. Mais, au-delà des micro-processeurs, on trouve une large quincaillerie destinée aux marchés de l’électronique embarquée, automobile, RF (téléphonie / radio) ou aérospatiale. ST propose pour ces diverses familles de composants des produits conformes aux exigences aérospatiales (par exemple la certification RHA qui certifie la résistance des composants face aux radiations ionisantes dans l’espace). C’est ainsi qu’on trouve des composants pour la gestion des alimentations des circuits (AC/DC, DC/DC, transistors pour la gestion d’alimentation basse tension).

Ainsi, on sait que ST fabrique des puces pour les stations terrestres des satellites Starlink d’Elon Musk51,ainsi que celles de la console de jeu Switch52. Par ailleurs, ST développe des activités en direction de l’industrialisation de l’agriculture, le « smart farming ». Quatre grands domaines d’application sont concernés : le suivi des produits agricoles, les tracteurs, l’irrigation et des produits de géolocalisation et de suivi de santé du bétail53. Dans sa communication interne, l’entreprise se vante de sa participation au « système d’élevage intelligent » (smart herding system) de HALTER, « qui contrôle les mouvements des troupeaux tout en fournissant à tout moment l’état des santé des animaux54 ». Nous vous recommandons le spot de pub de Halter, visible sur internet55 !

Le monde entier attendait certaines innovations. C’est à se demander comment nous avons pu vivre jusqu’à maintenant sans utiliser ces produits, qui ont tous le point communs d’utiliser des composants fabriqués par ST (ce dont cette dernière se vante). Ainsi de la « bouteille d’eau connectée » de la plateforme water.io (VL53L3CX et LSM6DSLTR). De la tondeuse à gazon automatique STIL iMOW® 7 qui « donne aux particuliers comme aux professionnels la technologie et les performances dont ils ont besoin pour mieux tirer avantage de leurs moments à l’extérieur ». De la machine à épiler Jmoon de Ulike (ST25DV04K et IR6C3) ; du collier pour animaux géo-localisé par GPS Kippy EVOS ; de la montre connectée solaires Garmin Forerunner 955 ; du stylo digital Wacom, le Halo View de Halo ; du bracelet pour le fitness au « design excitant » qui mesure les performance de l’utilisateur·ice. Très utile si vous stockez des palettes à plus de 15 mètres de hauteur, le « drone d’inventaire » EYESEE’s également équipé par ST permet de scanner des codes-barres sur ces palettes56. Pratique !

Côté médical, mentionnons la seringue connectée NP Plastibell (ST25TV) et le stéthoscope connecté StethoMe®, « une application révolutionnaire et sans fil, combinée avec une application et des algorithmes d’intelligence artificielle qui aide les médecins à diagnostiquer des maladies respiratoires comme les bronchites, l’asthme57 ». Lors d’une réunion publique récente, le directeur du site de Crolles se vantait également de la participation de STMicroelectronics (en partenariat avec le CEA et Minatec) aux exosquelettes à destination des tétraplégiques58. Précisons que même dans la com’ interne de ST, le côté médical représente environ 5 % des produits présentés.

Dans le domaine de l’automobile, ST équipe entre autres le SUV électrique XPENG G9, le body controller module du SUV électrique Avatar 11 (ce genre de module contrôle généralement les vitres électriques, les rétroviseurs électriques, l’air conditionné, le système de freinage, le verrouillage centralisé…), ou le système de surveillance de conduite (qui surveille le mouvement des yeux de la personne qui conduit la voiture, pour éviter qu’elle ne s’endorme) 1-LED de l’entreprise Smart Eye (VB56G4A). Quant aux vélos électriques Giant Ridedash Evo et Ridecontrol Ergo 2, ils bénéficient des produits de ST pour leur batterie et leurs accessoires59. Les smartphones Xiaomi Mi 12 et 13 Ultra et les ordinateurs Samsung Galaxy Fold 4 et Flip 4, ou Lenovo Thinkpad X1 Fold Gen 2, utilisent les contrôleurs de ST, C’est également vrai du Google Pixel 7 (qui utilise le ST54K pour sa batterie (à la « longévité exceptionnelle ») et ses capteurs d’images60. De manière générale, il faut noter qu’Apple est un très gros client de STMicroelectronics Crolles (à titre d’exemple, Apple représentait il y a quelques années environ 50 % de la production de la partie 200 mm du site de Crolles61).

Quant à Soitec, son activité repose sur trois divisions : communication mobile (64 % du chiffre d’affaires), automobile & industrie (19 %), objets intelligents (17 %)62.Wikipédia l’explique : les matériaux SOI « sont utilisés pour la fabrication des puces qui équipent les smartphones, les tablettes, les ordinateurs, les serveurs informatiques ou les centres de données. On les retrouve aussi dans les composants électroniques présents dans les automobiles, les objets connectés (internet des objets), les équipements industriels et médicaux63 ».

Ouf, on a eu in extremis le mot « médical » ! Si « les smartphones ont été le principal moteur de Soitec ces dix dernières années [et] devraient le rester sur le long terme64 », l’automobile n’est pas en reste : la raison d’être de l’agrandissement de Soitec qui a été inauguré en septembre, c’est la croissance du marché des voitures électriques. La nouvelle usine Bernin4 « financé[e] à hauteur de 380 millions d’euros, dont 30 % d’aides publiques de l’Union européenne, de l’État et des collectivités territoriales65 » sera en effet consacrée à « son innovation Smart SIC, dédiée au marché des véhicules électriques. Promettant un gain de 15 % d’autonomie, pour un temps de recharge très court66 ». C’est également la hausse du marché de l’automobile électrique qui justifie la construction de l’unité commune ST/Soitec. Ainsi, le FD-SOI gravé en 28 nm par ST sert à produire des gammes de microcontrôleurs dédiés à l’industrie de l’automobile (SPC5, ST10, Stellar-32 bit)67.

Pour bien comprendre, jetons un œil à deux des domaines d’application : l’internet des objets et le militaire.

Internet des objets : la « life.augmented68 »

Intéressons-nous d’abord à cet acronyme étrange, « IoT », pour « Internet of things » : l’internet des objets. On reste perplexe. À quoi peut bien servir « internet » pour les « objets » ? C’est simple, écoutons ST faire la promotion de la smart city : « ST permet une conduite plus intelligente et des maisons, des usines et des villes plus intelligentes, ainsi que la prochaine génération d’appareils mobiles et de l’internet des objets. Conduite intelligente : plus sûre, plus verte, plus connectée69. » L’internet des objets, la « transition » à la sauce ST, c’est la promotion de la voiture autonome, présentée comme « plus sûre » et « plus verte ». « La conduite est plus sûre grâce à nos produits ADAS (Advanced Driver Assistance Systems) – vision, radar, imagerie et capteurs, ainsi que nos systèmes d’éclairage adaptatif et nos technologies d’affichage utilisateur70. » La promotion de la vie connectée : « Notre vie quotidienne en tant qu’individus bénéficie des « objets intelligents » que nous transportons et utilisons couramment. ST est l’un des principaux fournisseurs d’un grand nombre de technologies clés destinées aux prochaines générations d’appareils grand public : Microcontrôleurs pour le traitement à faible et très faible consommation, solutions sécurisées, capteurs et actionneurs, connectivité, conditionnement et protection, commande de moteur, et gestion de l’énergie et de la puissance71. » C’est la promotion de la « Quatrième révolution industrielle » : « ST fournit également des technologies qui permettent à l’industrie manufacturière et à d’autres secteurs industriels d’améliorer leur efficacité, leur flexibilité et leur sécurité grâce à l’automatisation et à la robotique ce que nous appelons l’industrie intelligente. L’évolution actuelle, souvent qualifiée de « quatrième révolution industrielle », rend les systèmes industriels plus intelligents grâce à l’application combinée d’une large gamme de produits, dont les microcontrôleurs, les capteurs et les actionneurs, la commande de moteurs, le conditionnement de signaux, les solutions de communication industrielle, les solutions sécurisées, les alimentations, les dispositifs de protection, les modules sans fil et les contrôleurs d’affichage et de LED72. »

L’internet des objets, la « transition écologique » technocratique, c’est la smart city, la « vie augmentée » : le contrôle ubiquitaire de toute chose, de tout être, de tout mouvement. La volonté de collecter des données, de les « traiter », pour anticiper, prévoir, en un mot : contrôler.Que ce soit dans le domaine de la production ou dans celui de la vie quotidienne, cette « quatrième révolution industrielle », « intelligente » est l’aspect de la production de ST qui se présente comme post-carbone et lui vaut l’admiration des « écologistes » d’EELV qui rêvent semble-t-il du même monde rempli de capteurs et d’intelligence artificielle73. La critique de l’utopie terrifiante de la « life.augmented » ayant été très bien menée par d’autres, nous renvoyons nos lecteurs à d’instructives lectures74.

L’industrie de l’armement : la « death.augmented »

Au-delà de l’« IoT », il est un marché rarement mentionné par les responsables de ST, et pour cause : c’est celui de l’armement. L’industrie de la « défense » (ou de l’offensive, c’est selon l’acheteur) est pourtant un client majeur de STMicroelectronics. On estime que 18 % des investissements européens dans l’électronique visent spécifiquement le marché « aérospatiale, défense, sécurité75 ».

On sait que les puces sont devenues un composant de base de tous les produits industriels, qu’ils soient civils ou militaires. On appelle cela l’innovation « duale » : une innovation qui peut servir aussi bien à des usages militaires qu’à des usages plus anodins. En fait, informatique et puissance militaire sont liées, aussi bien historiquement76 qu’économiquement. C’est un lien essentiel. Comme le rappelle Chris Miller, auteur de Chips War77 : « Il existe un lien direct entre semi-conducteurs et puissance militaire. Le fait que les premières puces aient été utilisées pour des systèmes de guidage de missiles donne une idée de la relation très étroite entre les progrès de la puissance informatique permis par les puces, et les progrès de la puissance militaire – cette dernière ayant souvent financé la recherche pour développer la première. Bien que la plupart des puces produites aujourd’hui soient utilisées à des fins civiles, les grandes armées du monde sont de plus en plus dépendantes aux semi-conducteurs les plus avancés78. »

Ces principes généraux trouvent une application très concrète dans le cas de STMicroelectronics et des entreprises grenobloises. En juin et en septembre 2023, l’Observatoire des armements révélait la présence de composants fabriqués par ST dans du matériel militaire russe79. La Russie utilise en effet des drones Orlan-10 pour guider ses tirs d’artillerie sur le front Ukrainien. Or, « le système de contrôle de vol [des drones Orlan-10], qui permet à l’engin de se maintenir au-dessus de sa cible, fonctionne grâce à un microcontrôleur fabriqué par la société basée en Suisse STMicroelectronics80 ». Il s’agit du microcontrôleur STM32 mentionné précédemment. Les puces de ST sont également présentes dans les radios militaires R-168 radio, dans les missiles de croisière KH101 et dans les drones E95M, Eleron-3SV et KUB-BLA (ce dernier étant un drone kamikiaze)81. Dans un complément d’enquête – encore en cours – le média Blast révélait comment l’entreprise grenobloise Lynred (spécialisée en infrarouge) avait livré des composants à la Russie en 202382. Quand on sait, de source interne, que « pour chaque composant Lynred, il y a une puce STMicro » (Lynred fabrique les puces qui captent les signaux, ST celles qui lisent les signaux)83, on se dit que le cynisme de ces entreprises n’a pas de limites. On se rappellera longtemps du petit sourire en coin d’Éric Gerondeau lorsque, dans une réunion publique à Crolles le 28 septembre dernier, nous dénoncions les ventes d’armes à la Russie. Ces gens n’ont-ils donc pas de morale ?

Mais si les ventes d’armes à la Russie permettent de visibiliser l’absence de morale de ST et de ses homologues, la participation à l’industrie de l’armement, même pour l’autoproclamé « camp du bien » nous semble tout autant condamnable moralement. ST est très discrète dans sa communication au sujet de la « death.augmented », pourtant au cœur de son activité. En effet, comme le rappelait en 2018 le directeur des applications militaires au CEA (CEA-DAM) François Geleznikoff, « les composants électroniques [de STMicroelectronics et Soitec] servent pour la dissuasion [nucléaire]84 ». Pour reprendre les termes de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, « l’innovation stratégique sera duale ou ne sera pas85 ». Amen.

Un point pourra tout de même faire mentir le Sénat : dans certains cas, ST Crolles travaille en effet sur des puces dont les applications ne sont pas duales, mais purement militaires. En effet, ST Crolles est à la tête du consortium de recherche EXCEED86 qui a pour but de développer une puce électronique à usage militaire et de jeter les bases d’une filière européenne de systèmes sur puce (SoC) à usage exclusivement militaire87. Concrètement, il s’agit de concevoir et fabriquer une puce de basse consommation, reconfigurable, sécurisée et capable de travailler dans les conditions extrêmes. Les systèmes sur puce étant une des spécialités de STMicroelectronics, rien d’étonnant à trouver sa filiale à Crolles à la tête du consortium. Le site de Crolles sera chargé de la fabriquer en chaîne de production. Le programme EXCEED a été lancé en octobre 2020 pour une durée de 4 ans et demi88. Il est financé à hauteur de 90 millions d’euros par le Fond de défense européen avec la participation de l’Agence de défense européenne. 19 autres entreprises européennes (dont le fabricant de fusées et satellites Ariane, Safran Electronics & Defense, deux filiales de Thales et le fabricant de missiles MBDA) participent à ce consortium89.

Comme pour ST, chez Soitec, à force de parler de smartphones, d’IoT ou de voitures électriques, on en oublierait l’armement, jamais mentionné par Wikipédia, les articles de L’Usine nouvelle, du Monde, ou – bien-sûr, la com’ de l’entreprise elle-même. Pourtant, pour Soitec l’industrie de la défense est encore plus importante que pour ST. La Direction des affaires militaires (DAM) du CEA est en effet à l’origine de la start-up. Tout vient de la nécessité pour les armes nucléaires de résister à des environnements radiatifs extrêmes. La DAM a eu besoin de créer une nouvelle filière électronique, aux performances énergétiques élevées. « L’idée était d’isoler électriquement les transistors les uns des autres pour les rendre moins sensibles aux courants parasites produits par les rayonnements ionisants. Pour ce faire, en 1974, la DAM a imaginé une solution reposant sur des composants en silicium déposés sur une couche de matériau isolant. De là est née la société Soitec qui développa les filières SOI, puis FD-SOI90. » En effet, « le SOI fut initialement conçu par les équipes du CEA/DAM [Direction des applications militaires] et du CEA/LETI (Laboratoire d’Électronique et de Technologies de l’Information) pour répondre à des besoins très spécifiques des programmes de la dissuasion [nucléaire]. Comparé aux autres technologies des semi-conducteurs d’alors, le SOI permet de réduire très significativement les pertes électriques. Au-delà du concept, la technologie SOI s’est imposée parce qu’en 1991, le CEA/LETI, avec le soutien financier de la DAM a mis au point le procédé IMPROVE, permettant de produire le SOI à des conditions économiques intéressantes. Au-delà de la satisfaction du besoin « Défense », cette technologie a pu être valorisée en 1992 par la création d’une « spin-off » du CEA, la société Soitec91 ». Par la suite, « la filière se révéla très performante en termes de consommation d’énergie, un atout décisif pour les applications mobiles (téléphones portables, montres connectées), car une faible consommation permet d’augmenter l’autonomie. […] La multiplication des dispositifs électroniques à basse consommation, par exemple pour l’Internet des objets, et, plus généralement, la recherche de la performance énergétique ouvrent de vastes perspectives pour cette filière92 ».

On le voit, quand on creuse au-delà de la communication générale de ces entreprises ou de leurs pages Wikipédia, on constate une place importante des usages militaires. Rien d’étonnant pour qui connaît un peu leur matrice, le CEA-Leti. Rappelons qu’ « en octobre 2002 la Délégation générale pour l’armement (DGA) [l’organisme du ministère de la Défense qui a pour mission de préparer l’avenir des systèmes de défense français, d’équiper les forces armées françaises et de promouvoir les exportations de l’industrie française de défense93] et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) signaient une « déclaration d’intention pour une coopération active dans le domaine des composants électroniques », plus particulièrement au sein de Minatec. Objectif : « satisfaire les besoins de la défense pour la veille technologique, l’accès aux technologies civiles les plus avancées et l’acquisition de technologies spécifiques ». La DGA aura accès à l’observatoire des micro et nanotechnologies et à l' »IDEAS LAB », une « structure de réflexion sur les applications des technologies, pour la veille à court-moyen terme et l’évaluation de la menace ». Elle sera associée aux orientations de Minatec, participera au choix des sujets de thèses, aux groupes de réflexion sur l’élaboration des programmes du CEA-LETI et cofinancera certains des programmes de recherche retenus94. » Rien d’étonnant non plus quand on connaît le poids de la Direction des applications militaires (CEA-DAM) au sein du CEA95, ou qu’on sait que l’actuel directeur du CEA- Grenoble (l’un des successeurs de Jean Therme), Bruno Feignier, a rejoint la DAM en 1993, puis occupé « plusieurs postes à responsabilité au sein du centre CEA/DAM-Île de France96 » à partir de 1997. Soitec et ST (tout comme Lynred) ne sont que des rejetons du CEA et, comme tels, héritent de sa stratégie aussi bien que de ses collusions morbides.

Voilà donc à quoi servent les puces de Soitec : en premier lieu à la dissuasion nucléaire, puis dans un second temps (technologies duales obligent) à toute la quincaillerie électronique du XXIème siècle. Du côté de ST, on semble très concentré sur la quincaillerie, mais (technologies duales obligent là encore), le militaire n’est jamais très loin. Un salarié d’un sous-traitant de ST résume la situation : « Techniquement, on fait des trucs de folie mais pour fabriquer de la merde97. »

– 4 –
Pourquoi tant de puces ?

Pour conclure sur le sujet de l’usage des semi-conducteurs fabriqués à Crolles et à Bernin, il faut bien comprendre que l’arrière-plan est une hausse exponentielle de l’utilisation de semi-conducteurs. La demande globale de semi-conducteurs augmente de 15 % par an98. On estime donc que « la demande de puces devrait doubler entre 2022 et 2030, avec une augmentation significative de la demande future de technologies de pointe pour les semi-conducteurs »99 Développement de la 5G, du télétravail, de l’intelligence artificielle, des smartphones (cet objet encore inconnu il y a quinze ans et dont on change de modèle tous les deux ans). « Un smartphone contient 160 semi-conducteurs, une voiture électrique hybride peut en contenir jusqu’à 3 500. »100 Quant à l’internet des objets, « la production d’équipements connectés a augmenté de +60 % par an sur la période 2005-2015101 ». En outre, il y a « l’effet rebond » : l’augmentation de la puissance de calcul, la miniaturisation et l’amélioration des performances nous amènent à consommer toujours plus. Nous avons besoin d’appareils toujours plus puissants. De fait, « aujourd’hui, l’envoi d’un mail nécessite la même puissance de calcul que ce qui nous a permis d’aller sur la Lune ». C’est ainsi que « les nouveaux usages extrêmement gourmands comme les cryptomonnaies ou encore le streaming […] dépassent aujourd’hui les gains énergétiques offerts par la miniaturisation des puces102 ».

Qui plus est, l’UE veut augmenter ses parts sur le marché des semi-conducteurs, actuellement de 10 % : le European Chips Act vise à « mettre en place un cadre visant à porter la capacité de production à 20 % du marché mondial d’ici à 2030103 ». « L’UE devra pour cela quadrupler sa production104. »

L’association de ST et de Soitec dans leur unité commune se justifie car « il est important de réaliser des économies d’échelle à mesure qu’augmentent les volumes de produits105 ». Et en effet, les volumes augmentent, c’est le moins que l’on puisse dire ! Et ce n’est pas fini, nous préviennent les autorités : « la demande et les débouchés commerciaux pour les puces électroniques et les semi-conducteurs devraient augmenter considérablement106 ». C’est cela qui justifie tous les agrandissements des usines de Crolles et de Bernin. L’agrandissement de ST de 1997, depuis le projet « Crolles 2/Alliance » en 2002 jusqu’à la « méga-usine » de ST pour 2025-2028, en passant par la nouvelle usine de Soitec Bernin 4 (inaugurée le 28 septembre dernier par le commissaire européen Thierry Breton et le ministre Rolan Lescure107) et le projet d’agrandissement de 50 % de la zone d’aménagement économique du parc des fontaines de Bernin, qui va passer de 22 à 33 ha d’ici 2030 – de source officielle, cette extension « permettrait à l’entreprise Soitec déjà installée sur la ZAE de Bernin de s’étendre comme elle le projette108 ».

Destruction à marche forcée des terres agricoles, accaparement des ressources en eau, participation du Grésivaudan à la course mondiale à l’innovation et à la fuite en avant technologique… face à tout cela, il faut résister. C’est ce que nous faisons avec le collectif STopMicro. Rejoignez-nous.

Collectif STopMicro, novembre 2023

https://stopmicro38.noblogs.orgstopmicro@riseup.net

2 Soitec, « Rapport financier semestriel 2023-2024, novembre 2023, https://d2za3aw7vtguly.cloudfront.net/production/images/Soitec_Rapport-semestriel_FR_FY24.06.pdf

3 Le vice-président Jean-François Clappaz à l’occasion du rassemblement que nous organisions devant le conseil communautaire à Saint-Ismier, et le président Henri Baile sur France 3.

4 « Semi-conducteurs : Soitec se lance dans la course des véhicules électriques », La Tribune, 29/09/2023, https://region-aura.latribune.fr/strategie/high-tech/2023-09-29/semi-conducteurs-soitec-se-lance-dans-la-course-des-vehicules-electriques-978073.html

5 « Le Grésivaudan : la zone d’activité du Parc des Fontaines sera étendue », L’Essor, 28/12/2022, https://mesinfos.fr/auvergne-rhone-alpes/le-gresivaudan-la-zone-dactivite-du-parc-des-fontaines-sera-etendue-118255.html. Le projet concerne essentiellement Soitec, voir Commission nationale du débat public, 8 novembre 2023, https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2023-11/DECISION_2023_144_ZAE_BERNIN_2%20Sign%C3%A9.pdf

8 Source interne à Soitec.

9 « Semi-conducteurs : Soitec se lance dans la course des véhicules électriques », La Tribune, 29/09/2023, https://region-aura.latribune.fr/strategie/high-tech/2023-09-29/semi-conducteurs-soitec-se-lance-dans-la-course-des-vehicules-electriques-978073.html

10 Groupe Grothendieck, L’université désintégrée, Le monde à l’envers, 2020. Voir aussi Jean-Charles Guibert, « Un grand campus d’innovation technologique : de MINATEC à GIANT », Journal de l’école de Paris de Management n°87, 2011, https://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2011-1-page-37.htm

12 Les Échos, 21/01/2008. Lire aussi « Il est gentil Jeannot », Le Postillon, été 2011, https://www.lepostillon.org/%E2%80%AFIl-est-gentil-Jeannot%E2%80%AF.html

13 « L’ouverture du pôle Minatec cristallise la critique des nanotechnologies », Le Monde, 2/06/2006, https://www.lemonde.fr/planete/article/2006/06/02/l-ouverture-du-pole-minatec-cristallise-la-critique-des-nanotechnologies_778953_3244.html. Voir aussi Pièces et main d’œuvre, Aujourd’hui le nanomonde, L’Échappée, 2008.

14 « Qui se partage l’industrie des puces électroniques ? », Statista, 11/04/2023, https://fr.statista.com/infographie/29668/repartition-industrie-semi-conducteurs-valeur-ajoutee-par-pays-region/

15 « Guerre technologique : 10 points sur les semi-conducteurs », Le Grand Continent, 8/11/2023, https://legrandcontinent.eu/fr/2022/11/08/guerre-technologique-10-points-sur-les-semi-conducteurs. Cet article constitue une bonne introduction pour celles et ceux qui ne connaissent rien au sujet.

17 « Guerre technologique : 10 points sur les semi-conducteurs », Le Grand Continent, 8/11/2023, https://legrandcontinent.eu/fr/2022/11/08/guerre-technologique-10-points-sur-les-semi-conducteurs/

18 Idem.

20 « Semi-conducteurs : Soitec se lance dans la course des véhicules électriques », La Tribune, 29/09/2023, https://region-aura.latribune.fr/strategie/high-tech/2023-09-29/semi-conducteurs-soitec-se-lance-dans-la-course-des-vehicules-electriques-978073.html

21 « Technologie : les géants se battent pour des puces », Libération, 30/08/2023, https://www.liberation.fr/international/asie-pacifique/guerre-des-puces-taiwan-chine-et-etats-unis-trois-seigneurs-des-nanos-20230829_TTWWIT6CRNEC3PHKLKLQWXC7LI/ et « Guerre technologique : 10 points sur les semi-conducteurs », Le Grand Continent, 8/11/2023, https://legrandcontinent.eu/fr/2022/11/08/guerre-technologique-10-points-sur-les-semi-conducteurs/

22 « L’idée d’une fonderie avancée de puces en Europe n’a aucun sens, critique un analyste », L’Usine nouvelle, 15/03/2021, https://www.usinenouvelle.com/article/l-idee-d-une-fonderie-avancee-de-puces-en-europe-n-a-aucun-sens-critique-un-analyste.N1070989

23 Arrian Ebrahimi ,« Une politique de recherche française pour la souveraineté technologique européenne », 13/09/2023, https://observatoiredessemi-conducteurs.eu/une-politique-de-recherche-francaise-pour-la-souverainete-technologique-europeenne/. Voir aussi le discours de Thierry Breton au Parlement européen le 11/07/2023, https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/speech_23_3811

26 Sources internes. Voir aussi « STMicroelectronics : affiner la gravure », Les Échos, 1/02/2023, https://investir.lesechos.fr/actu-des-valeurs/la-vie-des-actions/stmicroelectronics-affiner-la-gravure-1902558. Voir aussi la rubrique « Outil de production » de https://fr.wikipedia.org/wiki/STMicroelectronics

29 https://www.leti-cea.com/cea-tech/leti/english/Pages/What’s-On/Press%20release/Close-Look-at-Microelectronics-Challenges.aspx, en particulier la partie « More Moore vs. More Than Moore: What avenue is being supported by Europe? ».

30 Arrian Ebrahimi ,« Une politique de recherche française pour la souveraineté technologique européenne », 13/09/2023, https://observatoiredessemi-conducteurs.eu/une-politique-de-recherche-francaise-pour-la-souverainete-technologique-europeenne/

31 « Guerre des puces : Grenoble à la traîne », Le Postillon n°70, automne 2023.

32 « La Loi de Moore est morte, vive More than Moore ! », L’Usine digitale, 25/02/2016, https://www.usine-digitale.fr/article/la-loi-de-moore-est-morte-vive-more-than-moore.N379334

33 https://www.leti-cea.com/cea-tech/leti/english/Pages/What’s-On/Press%20release/Close-Look-at-Microelectronics-Challenges.aspx, en particulier la partie « More Moore vs. More Than Moore: What avenue is being supported by Europe? »

34 Idem.

35 Idem.

39 Pour des gravures plus fines, ST sous-traite. Par exemple en 2021 pour la fabrication d’un microcontrôleur spécialement conçu pour Apple : https://news.metal.com/newscontent/101693510/Samsung-won-the-French-16nm-MCU-outsourcing-order-for-the-next-generation-iPhone/

40 Lire Pièces et main d’oeuvre, Aujourd’hui le nanomonde, L’Échappée, 2008.

41 Emmanuel Macron, « Présentation de la stratégie nationale sur les technologies quantiques », discours à Saclay du 21/01/2021, https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-17093-fr.pdf

42 Lire Yang, Jenny Chan, Xu Lizhi, La machine est ton seigneur et ton maître, Agone, 2015.

43 Voir la pièce de théâtre Petit Caillou de la compagnie Peau-Ethique, https://germaliza.wixsite.com/lilizaza/th%C3%A9%C3%A2tre.

45 Minalogic, « GlobalFoundries et STMicroelectronics finalisent l’accord portant sur la nouvelle unité de fabrication de semiconducteurs en 300 mm en France », https://www.minalogic.com/actualites-adherents/globalfoundries-et-stmicroelectronics-finalisent-laccord-portant-sur-la-nouvelle-unite-de-fabrication-de-semiconducteurs-en-300-mm-en-france/

48 « Désertions d’ingénieurs : mieux vaut prévenir que guérir », Le Postillon n°70, automne 2023.

51 « Désertions d’ingénieurs : mieux vaut prévenir que guérir », Le Postillon n°70, automne 2023.

52 « On est de plus en plus des presse-boutons », Le Postillon n°70, automne 2023.

54 Communication interne de l’entreprise à l’usage des salariés.

56 Communication interne de l’entreprise à l’usage des salariés.

57 Idem.

58 Réunion publique à Crolles le 28/09/2023.

59 Idem.

60 Idem.

61 Source interne.

62 Soitec, « Rapport financier semestriel 2023-2024, novembre 2023, https://d2za3aw7vtguly.cloudfront.net/production/images/Soitec_Rapport-semestriel_FR_FY24.06.pdf

64 « Soitec veut tripler la présence de ses produits dans chaque smartphone vendu d’ici à 2026 », L’Usine nouvelle, 21/02/2023, https://www.usinenouvelle.com/article/soitec-s-attend-a-plus-que-tripler-son-contenu-par-smartphone-d-ici-a-quatre-ans.N2103226

65 « Semi-conducteurs : Soitec se lance dans la course des véhicules électriques », La Tribune, 29/09/2023, https://region-aura.latribune.fr/strategie/high-tech/2023-09-29/semi-conducteurs-soitec-se-lance-dans-la-course-des-vehicules-electriques-978073.html

66 Idem.

68 « life.augmented » (la vie augmentée) est le slogan de STMicroelectronics.

70 Idem.

71 Idem.

72 Idem.

73 « Ces industries sont indispensables aux transitions vers un monde bas carbone », EELV Isère, « Position de EELV sur la consommation d’eau des industries », 5/06/2023, https://isere.eelv.fr/position-de-eelv-sur-la-consommation-deau-des-industries-%f0%9f%92%a7%f0%9f%8f%ad/

74 Frédéric Gaillard et Pièces et main d’œuvre, L’Industrie de la contrainte, L’Échappée, 2011 et Tomjo, L’Enfer vert. Un projet pavé de bonnes intentions, L’Échappée, 2013.

75 « Guerre technologique : 10 points sur les semi-conducteurs », Le Grand Continent, 8/11/2023, https://legrandcontinent.eu/fr/2022/11/08/guerre-technologique-10-points-sur-les-semi-conducteurs/, graphique « Un exemple de spécialisation, comparaison de la répartition sectorielle des investissements dans l’électronique entre l’Europe et le monde (2018) »

76 Lire Philippe Breton, Une histoire de l’informatique, La Découverte, 1987.

77 Chris Miller, Chips War, ed. Scribner, 2023 (non traduit)

78 Chris Miller, « Il existe un lien direct entre semi-conducteurs et puissance militaire », Libération, 30/08/2023

80 « Les semi-conducteurs au cœur de la guerre en Ukraine », Libération, 30/08/2023.

81 Royal United Services Institute for Defence and Security Studies (RUSI), « Silicon Lifeline: Western Electronics at the Heart of Russia’s War Machine » (page 28), 8/08/2023, https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/special-resources/silicon-lifeline-western-electronics-heart-russias-war-machine

82 « Russian Papers #1 : invasion sous perfusion française », Blast, 3/10/2023, https://www.blast-info.fr/articles/2023/russian-papers-1-invasion-sous-perfusion-francaise-mImnaL8aQz6_BCbmF6_LKQ

83 « Grenoble c’est le cerveau de l’armement », Le Postillon n°69, été 2023.

84 « Supercalculateurs : l’atome trouve un nouveau souffle », Libération, 7/02/2018, https://www.liberation.fr/france/2018/02/07/supercalculateurs-l-atome-trouve-un-nouveau-souffle_1628227/

85 « Innovation de défense : dépasser l’effet de mode », rapport d’information n° 655, 10/07/2019, https://www.senat.fr/rap/r18-655/r18-6550.html

89 « ST s’en va-t-en guerre », Le Postillon, n°72, hiver 2023.

90 François Geleznikoff (directeur du CEA/DAM), « Soixante ans d’innovations scientifiques et technologiques à la Direction des applications militaires du CEA », Hérodote n°170, 2018, https://www.cairn.info/revue-herodote-2018-3-page-37.htm

91 Commission sénatoriale des affaires étrangères et de la défense, « L’avenir des forces nucléaires françaises », rapport d’information n°668, 12/07/2012, https://www.senat.fr/rap/r11-668/r11-668_mono.html

92 François Geleznikoff (directeur du CEA/DAM), « Soixante ans d’innovations scientifiques et technologiques à la Direction des applications militaires du CEA », Hérodote n°170, 2018, https://www.cairn.info/revue-herodote-2018-3-page-37.htm

94 Pièces et Main d’oeuvre, « Alliot-Marie saute sur Minatec. La ministre de la guerre passe les nécrotechnologies en revue », 23/03/2006, https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=55

97 « On est de plus en plus des presse-boutons », Le Postillon n°70, automne 2023.

98 « Le Taïwanais TSMC s’implante en Allemagne », Le Monde, 11/08/2023, https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/08/10/le-taiwanais-tsmc-s-implante-en-allemagne_6185040_3234.html

101 The Shift Project, « Pour une sobriété numérique », 4/10/2018, https://theshiftproject.org/article/pour-une-sobriete-numerique-rapport-shift

102 « Face à la pénurie mondiale, 3 scénarios pour le futur des puces électroniques », Usbek & Rica, 21/10/2021, https://usbeketrica.com/fr/article/face-a-la-penurie-mondiale-3-scenarios-pour-le-futur-des-puces-electroniques

103 Commission européenne, « Règlement européen sur les semi-conducteurs », https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/europe-fit-digital-age/european-chips-act_fr

107Pour l’anecdote, voir Le Dauphiné Libéré, 6/10/2023, « Inauguration de Soitec : alors qu’il interpelle le ministre, le micro du président du Grésivaudan est coupé », https://www.ledauphine.com/economie/2023/10/06/isere-bernin-inauguration-de-soitec-quand-on-coupe-le-micro-au-president-du-gresivaudan

108 Commission nationale du débat public, « Lettre de mission des garant-es », https://www.debatpublic.fr/extension-dune-zone-dactivite-economique-zae-bernin-4423

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Contributions à l’enquête publique : qui a dit quoi ?

Analyse des contributions à l’enquête publique :
qui a dit quoi ?

Entre les « Vive le progrès technologique et non le retour à l’âge de pierre, seul leitmotiv proposé par les fondamentalistes verts ! » ; « Ne laissons pas quelques opposants réacs aux méthodes douteuses décider contre l’intérêt commun des habitants de notre territoire !!!! », certaines des 344 contributions à l’enquête publique relative à l’agrandissement de STMicroelectronics étaient un peu plus développées. On vous propose un résumé de tout ce qui a pu s’écrire :

De manière générale :

Les principaux arguments mobilisés dans les avis favorables sont le développement économique local / l’indépendance vis-à-vis de l’Asie / la souveraineté nationale / le fait qu’ST aurait une bonne prise en compte des enjeux environnementaux et y travaillerait depuis longtemps (Reuse, etc.) / le fait que ST est notre fleuron local et contribue au rayonnement/notoriété internationale / les emplois directs et indirects générés par l’agrandissmeent / la forte demande de semi-conducteurs donc c’est mieux qu’ils soient produits ici plutôt qu’ailleurs (meilleures réglementations sociales et environnementales)

Les avis défavorables quant à eux mettent en avant : un dossier d’enquête très mal fait (pièces cachées, chiffres qui se basent sur des vieux repères, durée de l’enquête publique très courte, etc.) / la pollution sonore (surtout à proximité de l’usine) et visuelle (surtout pour les personnes sur les balcons de Belledonne et de Chartreuse) / la hausse du trafic routier / les risques technologiques pour les population / les rejets dans l’Isère (dérogations cuivre, phosphote, azote) / la consommation d’eau potable / le décalage entre l’agrandissement et les enjeux environnementaux actuels / l’utilisations gadget des semiconducteurs  et la critique de la numérisation du monde / les puces qui servent dans les armes russes / la non prise en compte des effets cumulés avec Soitec / les impacts sur le foncier / le fait qu’il n’y a pas de consultation d’organisme indépendant / l’artificialisation des sols et le non-respect du ZAN / l’absence de réponse à la MRAE / les pollutions diverses / les impacts sur la nappe dûs aux futurs forages

Ci-dessous, la synthèse des contributions provenant de personnalités publiques, d’associations, de communes ou d’entreprises (La Métro, la FNE, Piolle, les conseils municipaux, Teissere, etc.) :

QUI/AVIS

CE QUI Y EST DIT

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Grenoble Alpes Métropole

(signé par Anne-Sophie Olmos et Mélina Herenger)

X

-en intégralité ici, version courrier ici

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– Demande en eau potable compatible avec les volumes conventionnées entre la métropole et CCLG mais : doutes sur la faisabilité des projets de pompage dans la nappe et sur la réutilisation de l’eau pour couvrir les besoins totaux annoncés

– Réserves sur la mobilisation des différentes ressources en eau sur la durée et sur l’équilibre entre les différents usagers à moyen terme, soit au-delà de 2030.

– Agrandissement = atout économique majeur (emplois)

– Relance l’idée du RER métropolitain pour palier le problème du trafic

– Dossier incomplet : non-prise en compte des effets cumulés, pas de réponse aux critiques de la MRAE, manque des documents

– Le dossier est présenté hors contexte des besoins en eau de Soitec : Les consommations cumulées des 2 entreprises représentent un poids très important par rapport aux livraisons actuelles au Grésivaudan (1 070 m³/h projeté d’ici 2030 pour une convention maximum de 1 200 m³/h soit 89.2% de la fourniture maximum de GAM) d’une part et d’autre part fonction de la production de la ressource Romanche.

– Eau : il faudrait une étude spécifique pour prendre en compte les impacts du changement climatique et les demandes des territoires voisins (e.g. voironnais)

– La métro fournit à la CCLG un volume maximal (1 200m3/h max), c’est à la CCLG de s’assurer de la compatibilité actuelle et future des usages

« Le Conseil d’exploitation des régies eau et assainissement de la métropole émet une réserve forte quant à la satisfaction des besoins en eau annoncés pour l’extension objet de la demande d’autorisation, dont la faisabilité réelle reposera sur la mise en œuvre des projets de pompage dans la nappe de l’Isère et sur les réutilisations partielles de l’eau, pour couvrir 42 % des besoins globaux annoncés »

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Eric Piolle

x

 –en intégralité

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– Réindustrialisation/relocalisation : souveraineté et internalisation de notre pollution

– Préoccupé par la consommation d’eau et les impacts environnementaux

– il faut encadrer l’utilisation de l’eau : prioriser les usages humains et agricoles sur ceux industriels

– nécessité d’accéder aux informations relatives aux rejets d’eaux usées industrielles faisant l’objet d’une autosurveillance

« Si le projet d’agrandissement de l’usine de fabrication répond à un enjeu économique de réindustrialisation bas carbone créant près de 1000 emplois sur notre bassin de vie, les impacts environnementaux et climatiques ne peuvent être ignorés. »

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Association CIVIPOLE

> regroupe environ 30 associations d’habitants et de
quartier de l’agglomération grenobloise pour impulser un dialogue entre les
habitants et les acteurs des grands projets d’aménagement.

Défavorable

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– consommation d’eau

– rejets

– entreprise qui contribue à la richesse et à l’indépendance nationale

« si elle n’est pas accompagnée d’un plan réaliste de diminution en valeur absolue de la consommation de notre eau de source et de réduction des rejets dans l’Isère, notre association donne un avis très défavorable et s’oppose fermement à l’extension de cette société »

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Conseil municipal de Laval-en-Belledonne

Favorable

(Pour : 7 / Contre : 1 / Abstention : 4)

en intégralité

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– Soutien la relocalisation des entreprises stratégiques pour la souveraineté

– Inquiétudes : pression foncière et déplacements dans la vallée

– Sur les coteaux de Laval, « l’intégration paysagère de l’actuelle usine est particulièrement mauvaise »

– Souhaite relancer le projet de RER métropolitain + une troisième voie en gare de Brignoud

– Demande un accompagnement financier de l’État aux communes impactées (hausse de la demande de services + pression foncière)

– Vœux pieux : meilleure gestion de l’eau, panneaux solaires, végétaliser l’usine, plus de transparence, etc.

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Raymond Avrillier

Défavorable

 

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– rejoint l’avis de la MRAE

– dossier incomplet

– ST contribue aux armes de guerre russes

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Pierre Meriaux  (adjoint au maire de Grenoble)

Défavorable

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– irrégularités dans le dossier (ne prend pas en compte effets cumulés et dominos)

– la sécurité est occultée puisqu’il est impossible de savoir si les dispositifs d’approvisionnement en eau pour les dispositifs de lutte contre l’incendie sont conformes.

– le fait d’avoir décidé, tant STMicro que la DREAL, de ne pas « ressaisir l’Autorité environnementale avant l’enquête publique », comme exigé par celle-ci, viole l’article R 122-5 du code de l’environnement.

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Ma voix, ma ville (groupe d’opposition de Villard Bonnot)

Défavorable

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– Rejet des divers polluants en augmentation

– Consommation en eau exponentielle

– Future augmentation de la consommation du site en produits chimiques

Effets cumulés

– Il faut anticiper le changement climatique et son accélération

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Conseil municipal plateau des Petites Roches

Défavorable

(à l’unanimité)

en intégralité

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1) Transparence et sincérité du dossier : 9 documents confidentiels sur 20 ; manque de chiffres ; lacunes dossiers ; EP très tardive

2) Consommation d’eau : Le plan d’augmentation des performances des installations et de réduction des utilisations n’est pas chiffrée clairement, aucune obligation de moyen ni d’engagement de résultat n’est formalisée, notamment en cas de défaillance des systèmes de recyclage ou de besoins accrus par les conditions météorologiques chaudes (tour aéroréfrigérante) et en lien avec la variabilité de la ressource et les besoins des autres usagers notamment agricoles.

3) Recyclage de l’eau : usage du conditionnel pour le REUSE, pas de calendrier, pas de détails, on ne sait pas si les chiffres annoncés prennent en compte le REUSE ou pas

4) Qualité de l’eau rejetée dans l’Isère et accumulation de polluants sur le long terme

5) Risque technologique

6) Empreinte carbone, gestion des flux domicile-travail vers les communes de montagne

7) Artificialisation de terres agricoles

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Véronique Fernandez (élue adjointe du Plateau des Petites Roches)

Défavorable

 

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– Réserves pièces confidentielles

– Risques et dangers

– Eau : usage et pollution

– Foncier

– Enquête où tout est déjà joué (travaux déjà commencés)

« Agrandir l’usine de STMicroelectronics de Crolles c’est valider un projet de société qui considère qu’un surplus d’objet connectés, de trajets (du moment qu’ils sont en voiture électrique) d’extraction de roches, de métaux et d’eau considérés comme des « ressources » et leurs corolaires de pollutions sont la réponse adaptée à l’accélération actuelles des perturbations environnementales. »

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Conseil municipal de Villard-Bonnot

Favorable

(« sous réserves de l’ensemble des recommandations de l’autorité environnementale »)

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– problèmes logement et transports (hausse pollution)

– demande : plus de trains desservis à Brignoud + une collaboration avec les autorités compétentes pour aider la commune à « reconquérir la zone stratégique des friches des papeteries de Lancey » (« opportunité non négligeable en termes de foncier »)

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Vincent Gay (conseiller régional de l’Isère – groupe les Ecologistes)

Très défavorable

 

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– EP qui arrive trop tard

– Il faut questionner les usages « à condition d’en restreindre la demande par la sobriété des usages, il est nécessaire d’en relocaliser la production. »

– Produire en France pour contrôler l’impact environnemental de cette industrie

– Limiter la consommation d’eau potable à celle qui est consommée actuellement (prélèvement max à 18 000m3/j)

– Opposition aux forages dans la nappe (surtout puits P3 et P4)

– Rejets dans le milieu : baisse du débit de l’Isère couplée à l’impact des rejets cumulés

– Impact foncier

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AAPPMA BELLEDONNE

X

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– ruisseaux impactés par la pollution et le pompage

– impact sur les poissons : augmentation de la température de l’eau + discontinuité des écoulements qui empêche la remontée des poissons (truites)

«  La concomitance des pompage supplémentaires avec diminution des débits des ruisseaux precedement cités et la pollution dû au dispositif REUSE entraînera de fait la disparition de toutes faune piscicoles dans la chantourne et les ruisseaux en amont du site de ST »

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Teissere

X

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– Inquiet à propos des pompages que ST va effectuer dans la nappe que Teissere utilise aussi (les chiffres indiqués par ST sont peu clairs et minimisent l’impact du pompage)

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Association Syndicale Libre du lotissement le Clos des Palisses

X

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Risques technologiques ; nuisances sonores ; nuisances visuelles

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Collectif Grési.citoyen.nes

Défavorable

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– Effets écologiques de l’industrie du numérique pas soutenable (illusion d’une croissance verte ou numérique) – parallèle avec la situation à Taïwan ; pollution en amont (extractivisme) et en aval (technologies zombies =durabilité très faible voire nulle)

– Destination de la production crolloise : l’univers des objets connectés, technologies embarquées ou des industries de l’armement

– Artificialisation des sols

– Pas d’analyse du coût socio-économique du projet

– L’absence de soutenabilité contribue à mettre en danger l’habitabilité du territoire

« Le simulacre de concertation sur une potentielle autorisation d’exploitation de bâtiments déjà construits (permis de construire accordés en… 2014) est bien le reflet d’une perte totale de souveraineté de stratégie, de vision, de lisibilité de ce territoire, « interstice » péri-urbain comme le qualifiait maladroitement et peut-être justement l’ancien Président Brottes. Le vide stratégique, le vide démocratique, l’ « idéologie californienne » 12 hors-sol et en actes… Ici le bassin « Grenoble Alpes » ! »

« L’enjeu de cette extension doit être mesuré à l’échelle réelle de ses « hectares fantôme », des mines d’où sont extraites des minéraux rares, jusqu’aux décharges où se retrouvent les vibromasseurs connectés hors d’usage. »

« Eu égard à la filière et au modèle d’affaire choisi par l’entreprise, l’enquête publique ne peut se résumer en un examen purement technique d’une performance environnementale sur un espace clos de 44 ha. Ce qui est à l’œuvre, c’est une destruction massive de l’environnement tant au plan international que local, dans un silence démocratique inquiétant, notamment

concernant la non-application du ZAN, et dont les volumes des investissements financiers masquent mal ceux non encore chiffrés localement pour honorer les promesses de durabilité de l’entreprise. »

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Claire Kirkyacharian

(ancienne élue à la mairie de Grenoble et ancienne vice-présidente de la métro)

Défavorable

 

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– Projet national mais examiné localement

– Utilisation extravagante d’eau pure, rejets de cette eau de température et de composition chimique inconnus

– Qualité de l’air perturbée en température et microparticules

– Fracture sociale accrue (hausse foncier, etc.) : « L’emploi industriel est un domaine modérément contesté en général en période de chômage. Il semble qu’aujourd’hui en ce qui concerne Crolles mais surtout sa grande couverture territoriale les personnes sans emploi qualifié sont nombreuses mais peu « employables » dans la micro électronique. L’afflux de travailleurs qualifiés va donc créer un déséquilibre supplémentaire dont nous ne pouvons qu’imaginer les conséquences, comme exprimées dans le nord et l’est de la France par des observateurs plus professionnels que moi. C’est ce qu’il est convenu de dénommer le développement à deux vitesses. »

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Groupe Local EELV Grésivaudan

Défavorable

en intégralité

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– Inquiétudes liées à l’avis de la MRAE et aux lacunes dans le dossier

– Impact social (hausse du foncier)

– Sceptiques sur les projets de recyclage : tout à fait défavorables à autoriser le pompage dans la nappe

– Critique du numérique systémique : « les écologistes du Grésivaudan (et d’ailleurs) considèrent que la croissance incontrôlée du « numérique » au niveau planétaire doit être questionnée. Au rythme actuel de cette croissance, l’impact de ces technologies sur les ressources vitales (comme l’eau mais aussi l’air pur), sur la biodiversité et sur le climat s’ajoute à celui des gaz à effet de serre d’une façon significative. Les besoin de matériaux de type « terres rares », dont les ressources sont limitées, les extractions coûteuses, polluantes, et demandant un acheminement sur des milliers de kilomètres, besoin de matériaux nécessaire à la réalisation de batterie (lithium, cobalt, nickel) dont les épuisements sont prévus entre 34 et 160 ans, impossibilité de recyclage ou de retraitement, avec des obligations légales de retraitement qui sont non-respectées. Le numérique suscite aussi des craintes d’un autre ordre : il met en danger nos libertés en donnant les moyens aux gouvernements de tous bords de contrôler les déplacements, les communications, les faits et gestes de tout un-e chacun-e (voir à ce propos l’article de Mediapart daté du 29 septembre et intitulé « Sur fond d’espionnite les incroyables dérives de l’enquête contre la mouvance écologiste »). C’est le numérique qui permet à nos enfants de se harceler les un-es les autres poussant certain-es au suicide. Est-ce ça la société que nous voulons ? De la même manière que nous n’arriverons pas à limiter le dérèglement climatique sans faire de nombreuses et significatives économies d’énergie, nous devons réduire notre consommation de puces et arrêter de produire des milliards d’objets inutilement connectés voire de « gadgets » électroniques qui terminent leur existence dans les poubelles en quelques mois ou quelques jours. Malgré cela, nous ne pensons pas qu’il faille fermer toutes les usines européennes qui produisent des semi-conducteurs dont celle de STMicro à Crolles. Nous avons l’espoir qu’en France et en Europe, la législation et la réglementation permettent de réguler mieux qu’ailleurs l’impact de ces usines sur la planète. Il nous semble aussi que la présence sur notre sol de l’une d’entre elles et les débats qui entourent sa consommation d’eau et autres nuisances ainsi que son projet d’agrandissement pourraient permettre une prise de conscience par nos concitoyen-nes de l’absurdité de cette croissance numérique, en particulier dans les sphères individuelles.»

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Jérémie Iordanoff (député de la 5ème circonscription de l’Isère)

> aussi signée par Mme Marie Questiaux, sa suppléante et conseillère départementale de l’Isère

Défavorable

 

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1) travaux qui ont déjà largement commencé avant l’EP

2) Production de puces : relocalisation est un objectif souhaitable (délocalisation = délocalisation de notre pollution) mais il faudrait une réflexion sur la sobriété des usages des produits finis

3) vu les aides de l’État, il devrait y avoir des conditions

4) eau : « il paraît très imprudent de prévoir un doublement de la consommation en eau en l’absence de nouvelles études et vu le réchauffement climatique, la fonte des glaciers et la diminution, de manière générale, de la ressource en eau »

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Francis Odier – Le Crollois

Défavorable

 

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– Projet dont les effets majeurs sur l’environnement et sur le territoire grenoblois sont indirects via les activités indirectes générées, via les emplois directs et indirects induits, via les effets sur le logement, le trafic routier, la fréquentation des espaces naturels sensibles proches

– Il faut des expertises indépendantes (notamment état de pollution des sols et étude de dangers)

– Pas d’analyse des effets cumulés (Soitec)

– Critique surtout l’emplacement de la nouvelle usine et les impacts que celle-ci va générer, dit que l’extension devrait se faire sur un autre territoire moins saturé

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FNE Isère

Défavorable

 

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– Nombreuses irrégularités : étude d’impact pas suffisament exhaustive ; non-prise en compte des effets cumulés avec Soitec ; enjeux sous-évalués (eau notamment) ; description des mesures d’évitement et de réduction est particulièrement sommaire

– L’étude d’impact ne décrit pas non plus les impacts des activités et équipements connexes à l’installation et qui sont indispensables à son fonctionnement (forages pour prélever de l’eau, station de traitement des effluents, installations électriques, etc.).

– ce projet d’extension va augmenter la consommation de ressources naturelles, augmenter la consommation d’énergie, augmenter les émissions polluantes, et augmenter le risque d’accidents majeurs –> les technologies existantes devraient permettre des efforts bien plus importants

– Efforts insuffisants pour limiter la consommation d’eau (il faut investir pour le recyclage, le taux actuel est faible par rapport à ce qui se fait ailleurs) –> recyclage présenté comme un « projet » avec des engagements pas clairs

– simulation de l’abaissement du niveau de la nappe qu’engendreraient es pompages prévus au droit de la STEL2 mal configurée = conclusions non pertinentes (Un des problèmes de cette simulation est que le cours de l’Isère a été défini comme recharge infinie pour la nappe (charge hydraulique constante). Or, le fond du cours d’eau est souvent colmaté par des argiles, qui limitent les échanges avec la nappe en situation d’étiage. Cette hypothèse optimiste de recharge infinie limite fortement
l’abaissement simulé de la nappe côté Isère des pompages (abaissement qui tend vers zéro au niveau du cours d’eau, voir Fig.15-17-19 de l’EI Annexe 6) 

> Fait de nombreuses demandes à ST : s’engager sur un taux de recyclage avec une échéance, quantifier les réductions de sa consommation d’eau en periode sécheresse, etc.

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Collectif Grignon

Défavorable

 

 

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– Consommation d’eau : chiffres biaisés par unité

– Artificialisation des sols

– Pollution induites : trafic routier

– ST utilise des données de 1999-2010 pour les enjeux d’étiage

– MRAE qui n’a pas été saisie de nouveau

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GRENE : Grésivaudan Nature Environnement

(lié à la FNE)

Défavorable

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Inquiétudes sur la consommation d’eau : manque de clarté, impact des pompages dans la nappe, etc.

– Pollution de l’eau

– Pollutions aériennes

– Cumul des pollutions

– Les extensions de Soitec et d’Ectra sont décorrélées de celles de ST alors qu’elles sont liées

– Dossier qui ignore les impacts liés aux transports, l’impact démographique sur la vallée (artificialisation des sols, le logement au détriment des terres agricoles et
des zones humides)

« GRENE émet un avis défavorable, au vu de l’augmentation des
atteintes environnementales, des destructions de milieux, et des consommations de ressources, dans une vallée qui veut garder son caractère agricole et naturel. »

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ADES

(Association démocratie écologie solidarité)

Défavorable

en intégralité

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– Irrégularités dans le dossier : non-prise en compte des effets cumulés et des effets dominos (avec Soitec et Ectra) + occulte les conventions de fournitures d’eau et de traitement des eaux usées + territoire de l’enquête trop restreint + nombre anormalement élevé de documents confidentiels + absence de plan particulier d’intervention concernant les risques majeurs d’installations Seveso seuil haut

: « Tout se passe comme si la société multinationale STMicro se considérait au-dessus des lois et n’entendait pas donner les informations nécessaires à une enquête publique qui serve à quelque chose. »

 

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Avis positif sur l’Enquête Publique

Quand les commissaires enquêteur·ices publiques se muent en idéologues du Capital

Le faux-suspense battait son plein depuis la clôture de la bien trop courte Enquête Publique d’Autorisation Environnementale de l’extension du site d’STMicroelectronics de Crolles qui leur permettra(it) de tripler leur production de puces en doublant leur consommation d’eau potable et de fait de tous les polluants rejetés dans l’Isère. Entre les 28 août 2023 et 9 octobre 2023, les citoyen·nes étaient ainsi convié·es à devenir (en 43 jours donc) des expert·es en hydrologie, urbanisme et procédés de production microélectronique pour étudier et commenter les centaines de pages de données et de chiffres abscons des 33 documents d’enquête déposés par STMicroelectronics (dont 17 resteront confidentiels sans aucune justification). Ces commentaires, dont nous avons relevé les analyses les plus profondes ainsi que les plus belles pépites (dont la lettre de M. Piolle, chaudement recommandée (!), qui invite ST à défier les lois de la physique)1, ont été étudiés par les commissaires enquêteur·ices nommé·es par le Tribunal Administratif dont le point commun est d’être tous·tes trois… retraité·es (!). Les enquêteur·ices ont rendu ainsi leur « avis » sur le dossier, avis qui n’a de toute façon qu’une valeur consultative et non coercitive2. Petit retour sur cet acrobatique exercice d’enfumage public, finalement riche en enseignements.

ce texte en pdf : avis_positif_enquete_publique

L’avis de la commission sur l’autorisation environnementale est lisible ici.

Si la planète est à ressources finies, force est de constater qu’il n’en va pas de même de la bêtise humaine et de la corruption étatique. Dans notre prélude à la réponse à l’Enquête Publique3, nous STopMicro avions en effet prévenu les lecteur·ices et commissaires enquêteur·ices : l’enquête publique n’est qu’un dispositif « d’accompagnement et de légitimation des projets industriels servant à discréditer les critiques »4, les commissaires qui oseraient rendre des avis défavorables (moins de 1 % des avis) étant d’ailleurs évincé·es de l’administration5. Le résultat de l’enquête sur l’agrandissement d’ST aura-t-il dérogé à la règle ?

Au cours des deux réunions publiques de rencontres ST, les commissaires et les citoyen·nes, le public a été plusieurs fois prévenu et recalé : attention, ici nous parlons du dossier technique, rien que du dossier technique, il ne s’agit pas d’entrer dans des considérations géopolitiques ou de choix industriels. Ainsi les citoyen·nes, au même titre que la Justice (représentée par les commissaires enquêteur·ices), devaient se concentrer sur le déprimant amas de chiffres des centaines de pages du dossier d’enquête publique et laisser de côté tout aussi bien leur douleur face à la destruction de leur monde que leur compréhension potentiellement fine du processus capitaliste industriel à l’œuvre. Conscient·es que cette enquête publique tenait de la mascarade6, nous y avons répondu7 avec pas moins de 100 pages d’argumentaires techniques alimentés par des expert·es géohydrologues, des spécialistes des pollutions industrielles ou encore des systémicien·nes du monde numérique, mais précisément en y adjoignant une analyse systémique8, politique et géopolitique, préalable essentiel pour bien mesurer l’ineptie socio-politico-environnementale (mais fort cohérent au sens du Capital) que constitue le projet d’ST. Nous y démontrions notamment, nombreux travaux et auteur·ices à l’appui9,10,11,12,…, que les arguments de souveraineté nationale ou de transition écologique et énergétique sont aporétiques : au mieux des naïvetés intellectuelles aveugles mais plus vraisemblablement des arguments de la grande fabrique de l’ignorance et du consentement théorisée par Mandeville13 il y a maintenant deux siècles. Nous avons donc « triché » étant donné que nous n’étions pas censé·es parler géopolitique et dynamiques sociétales, et il est fort à parier que ce texte n’a de fait pas été lu par les commissaires enquêteur·ices (ou alors ils et elles ont du caca dans les yeux… voir la conclusion de cet article).

Ainsi en arrivons nous, ce jour de 20 novembre 2023, à l’avis éclairé rendu par la commission d’enquête14. Il est vraiment intéressant de lire le document linéairement, vraisemblablement à la manière dont il a effectivement été rédigé. Ainsi le rapport constitue-t-il une accumulation progressive de griefs clairement teintés d’agacement (trahi par le vocabulaire de plus en plus irrité à mesure qu’on avance dans la lecture) : absence de concertation publique préalable non sollicitée par ST malgré l’ampleur du projet (et qui de fait leur a permis de passer « en sous-marin » et de commencer leurs travaux), manque flagrant de clarté et de sérieux du dossier (« le flou en ce qui concerne certaines pièces du dossier (l’eau), la faiblesse des précisions apportées, le manque de chiffres, le classement de la moitié des pièces en confidentiel, le refus de resoumettre le dossier à l’avis de l’Autorité environnementale, le fait de morceler le dossier ont engendré de la suspicion et des craintes »), énorme point noir sur l’argumentation de recyclage de l’eau autour du projet flou de la REUSE (« le procédé de REUSE apparaît encore mal appréhendé sous tous ses aspects ») ainsi que sur l’ensemble des flux d’eau (« la diversification de la ressource en eau prévue par l’industriel n’a pas convaincu. Pour la commission d’enquête, le compte n’y est pas. » (!) – on fait difficilement plus clair…). Les enquêteur·ices sont également irrité·es de la dissimulation du projet d’agrandissement d’ECTRA et SOITEC (entreprises colocalisées, sous-traitante ou amie de ST, et qui surtout partagent les mêmes flux de ressources et rejets) qui tombera comme un cheveu sur la soupe en plein milieu de l’enquête (« la CE regrette notamment que l’agrandissement de la production d’ECTRA liée au projet de ST sous enquête, n’ait pas été intégré en ce qui concerne la pollution des eaux, le risque sanitaire et l’imperméabilisation. Elle regrette aussi que les besoins en eau de SOITEC n’aient pas été intégrés. »).

Arrivé à ce point de la lecture, on est sûr·es que l’avis sera défavorable, c’est trop gros, c’est trop mal fait, et c’est donc de fait immensément dangereux de laisser ST opérer avec un prisme aussi étroit de prise en compte des externalités de leur activité. Avis défavorable donc.

Eh ben non, ainsi que l’histoire (et M. Macron) l’avaient décidé avant l’enquête. Parce qu’au bilan, en dépit d’« une étude d’impact particulièrement brouillonne, extrêmement difficile à appréhender », du « fait que le code de l’environnement n’ait été respecté en ce qui concerne la saisine de la CNDP, et, compte tenu de la faiblesse des réponses faites à la MRAe qui n’ont

permis d’éclairer ni l’autorité administrative ni le public », de l’« absence de réponses dans son mémoire à toutes les questions du public », d’« une demande de dérogation portant sur les rejets aqueux de ST dans l’Isère basée sur des considérations purement économiques » (remarquons ici que les commissaires trahissent leur propre jugement envers l’ineptie capitaliste), « des hypothèses de diversification de la ressource en eau toutes hasardeuses », de « l’imperméabilisation de terres agricoles liée au projet », et j’en passe…, la commission d’enquête « émet un avis favorable à la demande d’autorisation environnementale ».

Et c’est précisément là que l’infini sidéral de la bêtise humaine et les effets de la corruption évoqués en exergue explosent au grand jour. Naomi Klein disait qu’« étant donné les désavantages manifestes [d’une société dominée par le corporatisme étatico-industriel] pour la majorité des citoyens, condamnés à rester en marge, l’État corporatiste doit adopter d’autres tactiques : le resserrement de la surveillance […], le rétrécissement des libertés civiles et, souvent (mais pas toujours), la torture. »15 On se demande franchement ici, à la suite de cette liste à la Prévert qui dans tout autre monde que le nôtre aurait tué le projet d’ST dans l’œuf, combien il a fallu tordre le bras des commissaires enquêteur·ices pour qu’ils et elle ajoutent, en dépit nous le rappelons de l’interdiction formelle de parler géopolitique (le dossier, rien que le dossier!) et bien évidemment en dépit de l’absence totale de compétences de ces commissaires technicien·nes sur ce sujet, que :

« De nos jours, l’écologie ne doit pas se dissocier de la croissance. Il est possible de créer, d’innover de manière éco-responsable. Et le projet d’agrandissement du site ST peut s’inscrire dans cette démarche. »

Minute de silence… Du grand, grand n’importe quoi.

À partir de là, un peu à l’image de la « main de Dieu » de Maradona, on a vraiment l’impression qu’une quatrième personne a repris le clavier des commissaires. Parce qu’en effet ça enchaîne toujours plus fort dans l’idéologie, dans le wishful thinking, dans le rêve éveillé au milieu du cauchemar socio-environnemental : « afin d’assurer son indépendance, la réindustrialisation de la France est une nécessité dans un contexte international tendu », « l’extension du site de Crolles va permettre de développer l’activité du bassin grenoblois et de dynamiser l’emploi direct et indirect dans le Grésivaudan » (on le rappelle au coût proprement délirant de 3 millions d’euros par emploi nouveau). On vire même à un moment dans le pathos le plus complet (ou dans le burlesque, c’est selon), quand on se rappelle l’accumulation des points négatifs et des griefs portés en direction du manque critique de sérieux de ST : « les fondamentaux techniques et financiers du groupe STMicroelectronics sont sains et ce groupe est parfaitement en mesure de mener à bien son projet d’extension », ou encore « les enjeux sur l’eau sont cruciaux. Conscient de ces problèmes, ST est en capacité de mettre les moyens nécessaires pour trouver des solutions et innover. »

Pour faire bonne figure, les commissaires enquêteur·ices lèvent 4 réserves en réalité fort peu contraignantes, énoncées dans un cynique « il conviendra que ST… », et dont la teneur est de l’ordre de la suggestion de tenir des réunions publiques (qui comme on le sait ont cet avantage profond de changer les choses16…).

Quand la Justice supposée indépendante alimente l’éco(sui)cide collectif, que nous reste-t-il ?

STopMicro

21 novembre 2023

https://stopmicro38.noblogs.orgstopmicro@riseup.net

1Article à paraître sur notre site https://stopmicro38.noblogs.org/

2Voir détails sur les enquêtes publiques : https://www.publilegal.fr/guide-enquete-publique

4Graber F. (2022). Inutilité publique. Histoire d’une culture politique française. Amsterdam Editions.

5Ainsi qu’en témoigne Gabriel Ullmann, radié en 2018 suite à de mauvaises statistiques en termes d’avis défavorables rendus : Le Postillon (été 2023). « S’il n’y a pas d’opposition, rien ne bouge », n°69.

9Chamayou, G. (2018). La société ingouvernable : une généalogie du libéralisme autoritaire. La fabrique éditions.

10Stiegler, B. (2019). « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique. Gallimard.

11Parrique, T. (2022). Ralentir ou périr : l’économie de la décroissance. Seuil.

13Dufour, D. R. (2019). Baise ton prochain : Une histoire souterraine du capitalisme. Éditions Actes Sud.

15Klein, N. (2021). La Stratégie du choc : Montée d’un capitalisme du désastre. Éditions Actes Sud.

16Comme le disait Emma Goldman, « Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit ».

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►STMicroelectronics : agrandir ou contracter ?

L’entreprise STMicroelectronics, installée à Crolles près de Grenoble, produit des composants électroniques (ou « puces ») qui alimentent la société numérique depuis 50 ans. Le gouvernement français a investi 2,9 milliards d’euros (sur 7,5 prévus) pour tripler la production. Les pouvoirs publics justifient ce soutien par un argumentaire de « réindustrialisation » et de « souveraineté nationale », ou de « nécessité d’assumer nos pollutions en local ».

En réalité, agrandir l’usine de Crolles n’est pas une « option économique » mais une insulte scientifique, une participation au suicide collectif et à l’anéantissement biologique global, bref : une pure aberration historique. C’est pourquoi il ne faut pas agrandir l’usine, mais plutôt envisager une contraction des activités de ST et de la filière micro-électronique1.

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À l’heure de la nécessité de contraction massive des activités de la « modernité » humaine (on ne rappelle plus les multiples rapports du GIEC), particulièrement en zones de montagne qui souffrent plus fortement qu’ailleurs des effets du dérèglement climatique, proposer l’agrandissement d’un site ultra-polluant (classé Seveso seuil haut) en plein cœur de la vallée du Grésivaudan pour produire la quincaillerie électronique précisément responsable de l’accélération de la catastrophe socio-écologique est avant toute chose un moyen pour les classes dominantes, et pour ST bien sûr, de faire avaler une bien grosse couleuvre : le numérique c’est utile, on en a besoin, et il nous en faudrait plus. En psychologie sociale, on appelle ça « une porte dans la face2 ». Au pire, ST se maintiendra, sans agrandissement, et la demande d’extension aura surtout servi à ancrer la nécessité de son existence-même, de ne pas pouvoir la remettre en question. Et si, en sus, la population tolère toujours l’état de servitude volontaire3 imposée par la (high-)technocratie française, alors ST obtiendra ses dérogations (sur les rejets de cuivre, azote, phosphore, toussa toussa) pour sereinement continuer à tuer la rivière Isère à grands feux, et ce pour le plus grand plaisir de ses actionnaires, et d’eux seuls.

Ce texte propose de détricoter cette logique de manipulation afin de resituer la position « sérieuse »4 que doit être la nôtre en ces années d’effondrements écosystémiques déjà pour beaucoup irréversibles : refuser l’agrandissement de telles usines et repenser démocratiquement leurs futures évolutions sans tabou idéologique (ralentir, réduire, contracter, fermer ?).

1 –
ST participe à la catastrophe climatique

STMicroelectronics (STM) met en avant la nécessité de la production de composants électroniques (puces) afin de participer aux plans nationaux et européens de transition énergétique, s’appuyant notamment sur le respect de l’Accord de Paris sur le climat de 2015 issus de la COP215 : « les puces électroniques (ou semiconducteurs), invisibles et pourtant présentes partout, apportent une contribution positive à notre quotidien. Elles répondent aux enjeux sociétaux de la digitalisation et de la transition énergétique, notamment la décarbonation. Pour toutes ces raisons, la demande mondiale de semi-conducteurs est en forte croissance.6 » Sous-jacent à cet argument de nécessité est la possibilité offerte par la transition numérique de permettre – et même d’être un passage obligé pour – la transition énergétique et écologique. Cet argument est pourtant depuis longtemps connu comme fallacieux7. Un consensus scientifique se dégage au contraire aujourd’hui qui démontre que les outils numériques, et plus particulièrement leur expansion effrénée (augmentation annuelle de +60 % sur la période 2005-2015 des productions d’équipements connectés8), sont précisément l’outil catalytique (et cathartique) de la catastrophe climatique et de l’anéantissement biologique global : accélération des process industriels et des logiques d’accumulation9 (matérielle, financière, d’exploitation des ressources et des vivants – humains et non-humains10), renforcement des dispositifs de contrôle des populations par les gouvernements11, etc.

L’augmentation de la production de puces par STMicroelectronics, loin de permettre d’envisager une quelconque réorientation politique, économique et sociale de réponse à l’extrême urgence socio-environnementale12, constituerait au contraire un renforcement des logiques de destruction planétaire aujourd’hui en œuvre. Cette affirmation est appuyée par de nombreux travaux scientifiques aujourd’hui13.

Mentionnons par ailleurs que l’objectif de tripler la production de puces en cinq ans « pour participer à la transition écologique », dont on vient de montrer le contresens scientifique, est brandi sans aucune considération des impacts écologiques directs et immédiats de l’activité de production du site de Crolles. En effet, et c’est là une défaillance et un manquement majeurs de l’étude d’impact partagée par l’entreprise dans le cadre de l’enquête publique de 2023, STM ne produit aucun bilan carbone prévisionnel de son activité à venir. Du fait du triplement de la production, du quasi-doublement de la consommation d’eau, ainsi que du doublement de tous les rejets de polluants, il est raisonnable de poser l’hypothèse d’un doublement minimum (voire plus certainement d’un triplement) des émissions équivalent-CO2 de l’activité du site, ce qui propulserait les émissions de ~160kteq-CO2 à ~320-480kteq-CO2 (la dépense d’environ 400,000 voyageur·euses effectuant l’aller-retour Paris-New York), c’est-à-dire essentiellement autant que les émissions cumulées de tous·tes les activités de la communauté de communes du Grésivaudan en 2022 selon l’ORCAE14 (485kteq-CO2). On peine à imaginer que l’agrandissement du site de Crolles ne permette autre chose qu’une explosion des émissions nationales de GES (par effets directs évoqués ici mais aussi indirects consécutifs aux bien connus effets rebonds du numérique) et qu’un scellement définitif du sort des engagements de l’État de respecter l’Accord de Paris sur le climat. À plus forte raison, il apparaît proprement ubuesque de lire qu’STM s’engage dans une direction de « neutralité carbone » d’ici à 2027. En cela, dans une perspective plus locale, le projet d’agrandissement d’STM à Crolles n’est pas sans rappeler l’équivalent mondial que constituent les projets pharaoniques de l’extractivisme pétrolier de TotalEnergies aujourd’hui considérés comme autant de « bombes climatiques15 » capables de propulser la planète dans un état d’inhabitabilité pour l’être humain à l’horizon de quelques décennies.

Ajoutons à cela les prédictions plus qu’inquiétantes des déplétions importantes d’approvisionnement en matières premières minérales et métalliques16, ainsi que le passage du pic pétrolier mondial à l’horizon 202517. Le verrou technologique induit par le développement massif et non résilient du numérique, verrou en ce sens que la très vaste majorité du fonctionnement de notre civilisation moderne y est devenue dépendante et non préparée à des ruptures de flux (impossibilités de production ou de remplacement de l’existant) et ainsi de services pour certains vitaux (approvisionnement en eau, électricité, alimentation, hétéronomie du secteur médical à la technologie numérique), suscite la plus vive inquiétude des experts en systémique et numérique18.

– 2 –
L’agrandissement repose sur une illusion, la « souveraineté nationale »

STMicroelectronics soutient, reprenant ici les arguments du gouvernement français19, que l’investissement de l’État dans l’extension de l’usine de Crolles est un enjeu de souveraineté nationale20. Derrière ce mot-clé peu de détails transparaissent cependant. En effet, si par « souveraineté », il est entendu que l’extension de l’usine de Crolles engage la France dans une démarche d’autonomisation productive d’équipements numériques, alors l’argument est intenable et ce pour plusieurs raisons :

  • la production de puces sur le site de Crolles nécessite l’approvisionnement en matières premières indisponibles sur le sol français : quoi qu’il arrive, la France demeurera ainsi sous dépendance (et donc tension) géopolitique de ses filières d’approvisionnement, majoritairement asiatiques21 ;

  • quand bien même ces approvisionnements en matières premières seraient possibles, les éléments de base de la production de puces requièrent des process complexes d’affinages successifs opérés dans des usines en Chine et au Japon ; ces process onéreux n’ont aucune vocation à être déployés sur le sol français, constituant une nouvelle dépendance hors de nos frontières22 ;

  • de manière plus centrale certainement, il est fondamental de rappeler que les outils numériques les plus cruciaux à ladite souveraineté nationale reposent sur des ordinateurs, smartphones ou autres serveurs de calcul et centres de données équipés de microprocesseurs de haute technologie (basée sur des transistors de 7nm à3nm) produits à 92 % (en 202123) par l’usine TSMC de Taiwan qui, seule, détient les capacités technologiques de gravure permettant la production de tels équipements. L’entreprise STMicroelectronics à Crolles est technologiquement très loin de ce niveau de précision de gravure (on parle plutôt de composants de 18nm à 22nm). Il est même avancé que le coût de déploiement d’un concurrent hypothétique à TSMC au niveau mondial (plusieurs dizaines de milliards de dollars et l’établissement d’un microcosme de filières de sous-traitements) est prohibitif, même pour les puissances économiques que sont les États-Unis et la Chine24. La technologie issue de l’usine de Crolles ne permet guère mieux que de produire des composants d’outils de moindre avancement technologique, moins onéreux pour beaucoup, que l’on retrouve dans la quincaillerie électronique qui inonde aujourd’hui le marché de l’Internet des Objets (lesdits « objets connectés ») ou de certains composants (mais pas tous) des véhicules électriques. Autant de technologie dont l’utilité et la pertinence sont fortement discutables et fortement disputées aujourd’hui25 ; par souci de décence, nous n’évoquerons pas ici la production à destination de l’« industrie de la mort » dont les maigres droits internationaux (comme l’interdiction de vendre des armes à la Russie) ont déjà été bafoués par STMicroelectronics26, et dont la nécessité productive entretient la logique de destruction planétaire et de la guerre de l’Homme contre le vivant ;

    M. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, rappelait par ailleurs dans une allocution récente27 que ladite « souveraineté nationale » assurée par la production de STMicroelectronics ne tient légalement que par le biais d’un contrat exigeant, en cas d’urgence nationale, que seuls5 % de la production de STMicroelectronics aient pour destination le sol français : il n’est de fait absolument pas nécessaire d’agrandir l’usine si seuls 5 % de la production ont vocation (et seulement en cas exceptionnel) à être destinés au territoire national.

– 3 –
ST et l’eau de l’Isère : écocide en cours

Comme le stipule l’étude d’impact (document 8 versé au dossier de l’enquête publique), les autorités locales iséroises (SDAGE 2022-2027) s’engagent à prendre des mesures visant à améliorer la qualité de la rivière Isère, afin d’atteindre un « bon état chimique à l’horizon 2027 ». Sous-tendu par cet engagement, les rejets de polluants au sein de l’Isère ne peuvent qu’être revus à la baisse dans les années à venir. Cependant, comme le clarifie parfaitement l’étude d’impact produite par STMicroelectronics, il apparaît

– d’une part que l’état chimique de l’Isère, s’il s’améliore en amont du site de Crolles depuis 2020 (indépendamment donc de l’existence de l’usine), reste dans le rouge (état chimique « mauvais ») en aval des rejets par STMicroelectronics – de fait seul responsable notable de la dégradation de « bon état » à « mauvais état » de l’Isère.

– d’autre part, l’étude d’impact mentionne que les rejets d’absolument tous les polluants, sans aucune exception remarquable, au sein de l’Isère, vont drastiquement augmenter – pour beaucoup, ils vont doubler – dès lors que l’usine de Crolles 2 sera opérante. À ce titre, STMicroelectronics souhaite même obtenir des dérogations sur les rejets métalliques de cuivre (rejets qui doubleront) ainsi que sur les rejets de composés azotés (nitrates) et de phosphore. Ces deux derniers éléments sont notoirement connus sur les littoraux et dans les rivières du fait de leur responsabilité dans les mécanismes d’eutrophisation du milieu qui déséquilibre, possiblement irrémédiablement, l’écosystème biologique (c’est ainsi qu’apparaissent les algues vertes sur les littoraux).

Si STMicroelectronics se dissimule derrière un argument de « non déclassement » de la qualité de l’Isère en dépit de l’augmentation massive des rejets, en ce sens que l’Isère restera de « qualité rivière » (non potable), l’Isère n’en verra pas moins sa qualité effective être sévèrement dégradée. Les conséquences sur les écosystèmes (qui eux ne réagissent pas par ‘sauts quantiques’ de la nomenclature du ‘classement de qualité’ proposée par les humains mais subissent de plein fouet toute aggravation qualitative du milieu) en seront tout aussi néfastes qu’imprévisibles.

En définitive, les prédictions d’augmentation généralisée des polluants émis par l’agrandissement du site de Crolles – à nouveau, un quasi doublement de toutes les émissions – sont tout à fait insupportables par le milieu (pensons typiquement à doubler la consommation instantanée de tabac d’un fumeur pour en prendre la pleine mesure) et doivent être considérées comme inacceptables, ne serait-ce quen invoquant un élémentaire principe de précaution. Pire, les différentes demandes de dérogations de STMicroelectronics sont absolument non avenues en cela qu’elles conduiraient à une nouvelle fuite en avant destructrice de la logique permanente de dépassements des seuils de tolérance pourtant établis rigoureusement par les scientifiques.

STMicroelectronics dément les dénonciations d’accaparement de volumes conséquents d’eau potable par un argument de « restitution de l’eau à la nature ». Les politiques publiques relaient d’ailleurs cette formule : Philippe Lorimier, maire de Crolles évoquait à l’occasion de la réunion publique du 1er septembre 2023 que « toute molécule d’eau qui entre chez STMicroelectronics en ressort. Elle retrouve le grand cycle de l’eau, elle ne disparaît pas. ST n’avale pas et ne s’accapare pas toute l’eau28 ». Cet argument est cependant un pur sophisme, et plus précisément une vacuité scientifique, qu’il convient d’expliciter et de rapidement taire. De fait, les molécules d’H2O, utilisées par STM pour leur propriété de solvant universel peu onéreux et indispensable à la production de puces, ne disparaissent pas au cours du process, en cela qu’elles opèrent comme des agents neutres de réactions chimiques et sont donc de fait reversées dans l’Isère.

Cependant, le sujet de l’accaparement de l’eau n’est pas celui de l’accaparement des « molécules d’eau » mais bien celui de l’accaparement de l’eau douce (potable), en quantité rarissime sur la planète (moins de 2,5 % de toute l’eau disponible sur Terre et en grande partie inaccessible) en comparaison à l’eau salée (97,5 % des eaux, non potable pour l’Homme et non exploitable pour la majeure partie du vivant terrestre) qui compose les océans. Le détournement d’énormes quantités d’eau des nappes phréatiques en vue de leur rejet final en rivière et donc à la mer (qu’elle soit polluée au cours de son usage ou non – là n’est pas le sujet), est strictement équivalent à une transformation de cette masse colossale d’eau douce vitale pour les milieux et les humains en une eau salée inexploitable. L’augmentation de l’extraction d’eau douce épuise les réserves des nappes phréatiques, épuisement par ailleurs aggravé par le trop rapide réchauffement climatique en zones de montagne (un réchauffement – déjà atteint : de +1°C à l’échelle du globe correspondant à un réchauffement terrestre de +4°C en zone de montagne29).

Précisons également un point rarement soulevé mais aux effets potentiels bien plus graves. Le détournement de l’eau douce a également pour conséquence directe la réduction de la transpiration végétale (qui utilise l’eau des nappes) et ainsi la réduction de la masse nuageuse et donc des pluies dans le milieu (deux tiers des précipitations proviennent de l’évaporation locale, et non pas de l’eau de mer30). De nombreux épisodes historiques de déforestations ont ainsi donné lieu à de très rapides désertifications de vastes zones terrestres (sans retour en arrière possible et lié parfois à l’effondrement des populations humaines locales31). L’extraction accrue d’eau douce requise par l’agrandissement de STMicroelectronics produit le même effet, les volumes d’eau mis en jeu étant conséquents (ils correspondent à l’usage typique d’une ville de 140 000 habitants). Conjuguée aux effets d’assèchement dû au dérèglement climatique, elle pourrait conduire à une accélération des points de bascule de désertification du milieu local. Les feux de forêts de l’année 2022 dans le massif de la Chartreuse, événements jusqu’à ce jour rarissimes, en constituent de premiers indicateurs.

La requête de STMicroelectronics de quasiment doubler son détournement de l’eau douce du milieu alpin est donc un risque démesuré, sinon clairement écocide.

– Conclusion –

Si nous résumons nos propos,

(i) l’argument de la nécessité du développement numérique pour répondre à la transition écologique est un complet contresens tout à la fois scientifique et historique,

(ii) l’argument de souveraineté nationale qui exigerait l’agrandissement du site de STMicroelectronics est inopérant en ce sens que l’absence de ressources naturelles sur le sol européen, le manque crucial d’usines de traitement de bas niveau, les verrous géopolitiques indépassables, ainsi que la faiblesse technologique du site de Crolles (même après agrandissement) face au géant taïwanais TSCM ne permettent aucunement à STMicroelectronics, à l’État ou à l’Europe, de prétendre à une quelconque forme de souveraineté électronique,

(iii) le projet d’agrandissement se trouve en opposition frontale, au point de devoir exiger des recours intenables à des dérogations de hausses multiples de niveaux de pollution de l’Isère, à l’exigence générale d’assainissement de nos milieux de vie, et plus spécifiquement ici à l’enjeu local d’amélioration de la qualité de la rivière Isère,

(iv) la communication médiatique de ST sur son projet, rejetant par des sophismes inquiétants car intellectuellement fallacieux les craintes légitimes de la population iséroise, fait la preuve de la volonté des acteurs de STMicroelectronics de dissimuler délibérément les conséquences de leur projet.

Face à cette accumulation de faits vient naturellement la question des raisons profondes de la demande d’agrandissement du site de Crolles tout à la fois par STMicroelectronics et par l’État français. Ici les experts en économie néolibérale32,33 et en histoire des sociétés modernes34 sont d’un grand secours : la logique de propriété actionnariale des entreprises (qui a rompu le lien crucial entre propriété et responsabilité) a permis la quête de croissance des entreprises « quoi qu’il en coûte » et quelle que soit la finalité de la production qui, par l’incitation consumériste via les outils médiatiques de manipulation des masses35 (par la publicité), conduit à l’induction permanente de nouveaux besoins afin d’assurer de nouvelles consommations.

L’entreprise STMicroelectronics n’échappe pas à cette logique de production d’une quincaillerie numérique dont l’utilité est devenue extrêmement marginale (domotique, internet des objets), particulièrement dangereuse (perte de résilience face aux crises énergétiques, climatiques et aux déplétions métalliques en cours et à venir) et absolument injustifiable (ce qui exige de l’entreprise de pratiquer une politique de fabrique du consentement36). De son côté l’État ne peut assurer le contrôle nécessaire d’une population de plus en plus acculée par la transformation destructrice du monde et de ses conditions d’habitabilité (tant écologique, énergétique, que sociale) que par le biais d’un maintien désespéré de sa croissance (par la consommation – de tout et n’importe quoi – des ménages) ; investir dans les entreprises aux meilleurs taux de croissance que sont celles du numérique est en cela un enjeu qui permet le « maintien de l’ordre », ici aussi malheureusement « quoi qu’il en coûte ». Cette double intrication entre industries et États, très connue des historiens et sociologues de l’ère moderne (voir références précédentes), est l’explication la plus évidente – et qu’il serait absolument tout aussi naïf de rejeter que ridicule de trivialement réduire à une forme de conspirationnisme – qui justifie le projet d’agrandissement de STMicroelectronics à Crolles.

L’exigence vitale de décroissance rapide de la production numérique, afin d’amortir la contraction inévitable du secteur (par déplétion matérielle ou saturation et coût des capacités extractives) et des sociétés qui en dépendent (en premier lieu les zones les plus riches de la planète soumises à plus forte raison au monopole radical de l’outil numérique) fait apparaître l’agrandissement de l’usine de STMicroelectronics à Crolles comme un pur contresens historique, si ce n’est comme une atteinte grave à la capacité du monde à opérer sa transition écologique.

Entre besoin assurément narcissique de gloire locale sur le sol national et logique passéiste d’accumulation vénale à n’importe quel prix (ici celui de la production de gadgets absolument inutiles et profondément nocifs, au détriment de la population locale et au prix de l’anéantissement du vivant), ce projet est prototypique de ces grands pas du monde moderne dans le bon déroulement du suicide collectif de l’humanité.

Il en vient, en conclusion, que le seul plan sérieux d’évolution de STMicroelectronics dans la perspective d’engagement dans les grands chantiers – ici la dénumérisation du monde – à opérer afin de tenter d’assurer l’habitabilité à court terme de la planète, tant par les humains que par les non-humains, ne peut se penser que dans une logique d’« héritage et fermeture37 ». STMicroelectronics doit progressivement mais très rapidement contracter son activité productive, et ce par le biais d’un accompagnement démocratique (par des assemblées citoyennes et non par un État corrompu). Agrandir l’usine de Crolles n’est pas une option « économique » mais une insulte scientifique, une participation au suicide collectif et à l’anéantissement biologique global, une pure aberration historique (à moins que l’histoire s’inscrive dans la fatalité de l’effondrement civilisationnel en cours – déterminisme que nous croyons dépassable et qui est surtout historiquement faux38). Il faut donc s’opposer à l’agrandissement de ce site, et au contraire poser les jalons d’un ralentissement, voire d’une contraction, des activités de la filière micro-électronique. Contre l’abstraction numérique, un réancrage à la terre est la seule voie pertinente : cette voie(x) est portée par le Collectif STopMicro.

Collectif STopMicro. 12/11/23

https://stopmicro38.noblogs.orgstopmicro@riseup.net

1Cet article constitue une version remaniée d’une partie de notre contribution à l’enquête publique sur l’agrandissement de STMicroelectronics. L’intégralité de cette contribution est disponible sur https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/10/07/stmicroelectronics-la-fabrique-de-lignorance-et-du-consentement/

2Joule, R. V., Beauvois, J. L. & Deschamps, J. C. (1987), Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Presses universitaires de Grenoble.

3de La Boétie, E., Tournon, L. & Audegean, P. (2002), Discours de la servitude volontaire, Vrin.

4Aurélien Barrau, « Soyons sérieux, faisons la révolution ». https://aepsilon.com/soyons-serieux-faisons-la-revolution/

6Note non-technique (page 8) du dossier d’enquête publique de 2023 sur l’agrandissement du site de Crolles.

7Garin, M. & Baucher, A. (2023), « Que la transition écologique soit, et la transition numérique fut », Communications du Colloque GRETSI 2023 [article]. Cet argument s’appuie particulièrement sur le maintes fois cité rapport de la GeSI (un consortium d’industriels du domaine des TIC) de 2008 qui prévoyait une baisse des émissions mondiales de CO2 de 15 % permise par le secteur numérique entre 2008 et 2020 : en plus d’avoir été rigoureusement démontré comme scientifiquement incorrect, l’épreuve des faits (les émissions n’ont pas baissé de 15% mais ont au contraire augmenté de 20% sur cette période) invalide cette étude pourtant régulièrement brandie par les décideurs politiques.

9Pitron, G. (2021), L’enfer numérique : voyage au bout d’un like, Éditions Les Liens qui libèrent.

10Chabanne, S., Couillet, R., de Bourmont, C., Demars, P. T., Girard, V., Hodencq, S., Mignerey-Kolesch, J. & Poissonnier, G. (2023), « Les impacts sociaux du numérique, grands oubliés de la transition écologique ? », Communications du Colloque GRETSI 2023 [article]

11Marcuse, G. (2012), La Liberté dans le coma. Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer, Éditions La Lenteur.

12Poissonnier G. (2022), « Analyser et comprendre le crime écologique » [url].

13Pour une des sources vraisemblablement les plus exhaustives, voir par exemple Poissonnier G. (2022), Invictus 2023, [livre]

16Voir ici les informations reportées par le groupe de recherche indépendant SystExt [url], ou le livre Pitron, G., Delpeuch, S. & Salin, M. (2020), La guerre des métaux rares. Regards croisés sur l’économie, 25(2), p. 212-219.

18Couillet, R., Poissonnier G. (2023), « Pourquoi et comment démanteler le numérique ? », Communications du Colloque GRETSI 2023 [article].

20Nous avons traité par ailleurs ce sujet dans le texte « Ce que nous voulons, c’est l’autonomie », accessible sur notre site : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/06/01/ce-que-nous-voulons-cest-lautonomie-contre-la-pretendue-souverainete-industrielle-et-le-soutien-des-verts-a-la-multinationale-de-stmicroelectronics/

21Pitron, G. (2020), « La guerre des métaux rares ou la face cachée de la transition énergétique et numérique », Annales des Mines-Responsabilité et environnement, No. 2, p. 74-75. Cairn/Softwin. Voir aussi Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies, Analyse de la vulnérabilité d’approvisionnement en matières premières des entreprises françaises, mars 2019, https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/cge/vulnerabilite-approvisionnement.pdf

22Pièces et main d’œuvres (2020), « STMicroelectronics, les incendiaires et les voleurs d’eau » [article].

23Chiang, M. H. (2023), « Taiwan Semiconductor Manufacturing Company: A Key Chip in the Global Political Economy », East Asian Policy, 15(01), p. 36-46.

24Miller, C. (2022), Chip war: the fight for the world’s most critical technology, Simon and Schuster.

25Voir par exemple les travaux du groupe EcoInfo du CNRS (https://ecoinfo.cnrs.fr/).

30Denise L. (2023), « Carbone et eau, ce couple à mettre en lumière », Rencontres de l’Atelier Paysan 2023 [vidéo].

31Diamond, J. M. (2006), Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard.

32Chamayou, G. (2018), La société ingouvernable : une généalogie du libéralisme autoritaire, La fabrique éditions.

33Stiegler, B. (2019), « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique, Gallimard.

34Bonneuil, C. & Fressoz, J. B. (2013), L’événement Anthropocène : la Terre, l’histoire et nous, Média Diffusion.

35Biagini, C. & Marcolini, P. (2019), Divertir pour dominer. 2 : La culture de masse « toujours » contre les peuples, L’Échappée.

36Chomsky, N. & Herman, E. (2008), La fabrique du consentement, Agone.

37Bonnet, E., Landivar, D. & Monnin, A. (2021), Héritage et fermeture : une écologie du démantèlement, Éditions divergences.

38Graeber, D. & Wengrow, D. (2021), The dawn of everything: A new history of humanity, Penguin UK.

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Soutien au Collectif Grignon

Lettre de soutien au collectif Grigon en lutte contre le projet d’aménagement de la nouvelle zone d’activité économique (ZAE) de Grignon à Pontcharra qui prévoit la destruction de 8 hectares de terres agricoles dans le Grésivaudan. Plus d’informations sur le projet et la lutte menée par le collectif ICI.

Madame, Monsieur,

Nul n’est besoin nous semble-t-il de rappeler l’évidence de l’accélération de la dégradation socio-environnementale que connaît notre société, ni de rappeler que cette accélération – catalysée par l’extraction sans limite des ressources planétaires et par une foi aveugle et irrationnelle en une croissance économique et technologique supposément synonyme de bien-être pour l’humanité, en dépit du savoir scientifique – nous conduit aujourd’hui à une « menace existentielle directe pour l’humanité »1. Autre évidence qui semble faire défaut à nos vies connectées hors-sol, l’eau, la terre et leur richesse biologique sont le socle-même de nos existences d’animal-humain : sans elles, nous n’existons pas. L’accaparement et la destruction irréversible de ces biens communs (aux humains et aux autres êtres vivants) alimenté par ce fétichisme financier de notre temps tient en cela au suicide et à l’écocide, et doit être fermement dénoncé et combattu.

Jusqu’où devons-nous pousser l’écosuicide, devenu tout aussi risible que pathétique et alarmant, pour qu’enfin nous prenions collectivement conscience que nous laissons à nos propres enfants – et en réalité déjà à nous-mêmes – un monde dans lequel, du fait de cette logique d’expansion industrielle abjecte, 2/3 des insectes (qui assurent notre survie par pollinisation de 90 % de notre alimentation) disparaissent tous les 10 ans pendant qu’un terrain de football de terres arables disparaît à jamais toutes les deux secondes dans le monde ? Dans le Grésivaudan, c’est l’équivalent de la consommation en eau d’une ville virtuelle de 150,000 habitants qui serait bientôt engloutie par la seule usine de STMicroelectronics2, l’équivalent des rejets de polluants non traités (dont azote, phosphore et métaux lourds) dans l’Isère d’une ville de 107,000 habitants3, et l’équivalent de 1m² toutes les 1,5 minutes de terres arables du Grésivaudan nécessaires à notre survie qui sont détruites4 sans retour possible par la nano-industrie et le techno-aveuglement.

Au même titre que le Collectif Grignon, le collectif citoyen STopMicro constitue l’un de ces mouvements joyeux, enthousiastes mais déterminés qui, face à l’extrême urgence de notre situation et à la perpétuation des illogismes archaïques du Capital, défendent la préservation de la vie et de l’habitabilité planétaire à court terme. Il va ainsi de soi que nous, membres du Collectif STopMicro, soutenons pleinement le combat courageux et nécessaire du Collectif Grignon de défense de la terre et donc de la vie face à l’expansion du béton et des activités industrielles mortifères en plein cœur des espaces les plus fertiles de la vallée du Grésivaudan.

De l’eau, de la terre, de la vie, pas des puces !

Collectif STopMicro
16 novembre 2023

1Propos d’Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unis, tenus en 2016.
223,000 m3/jour. Voir nos multiples analyses et études sur le sujet de l’eau: https://stopmicro38.noblogs.org/
4391 hectares artificialisés en 10 ans. Voir Le Postillon, n°68, page 10, « L’urbanisation augmentée ».
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Derrière la com’ « féministe », le procès pour discrimination sexiste

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– Photo prise sur le site de Crolles à l’occasion de la journée de sensibilisation au cancer du sein –

 

Derrière la com’« féministe », le procès pour discrimination sexiste

 

A regarder la communication de STMicroelectronics, on ne peut en douter, ST en plus d’œuvrer à la transition écologique1, est une entreprise qui lutte pour l’égalité des sexes au sein du monde de la tech, une entreprise progressiste… féministe même ! Un coup d’œil au Linkedin de STMicroelectronics et nous sommes saisi-es par l’ampleur de l’engagement de la multinationale pour l’émancipation des femmes : partenaire de l’évènement du CEA-Leti « Techno[l]ogies pas sans elles » (« le numérique donne des elles »), organisatrice d’une journée de sensibilisation pour le dépistage du cancer du sein à Crolles (oui, oui, dans la même usine qui dégueulasse l’eau de l’Isère avec ses rejets chimiques), toujours là pour relayer les joyeuses nouvelles du technolibéralisme « féministe » sur Linkedin (par exemple le prix  » Female Up & Comer Award  » décerné par GSA Women’s Leadership Initiative lors de la conférence Women in Semiconductor and Hardware), on en passe et des meilleures.

 

Et pourtant, comme lorsqu’il s’agit de pérorer sur les mérites de ses engagements environnementaux, avec ST, plus les stratégies de communication sont outrancières, plus on flaire l’embrouille…

Car si sur le papier (plutôt sur les pixels) ST se targue d’accorder la part belle aux femmes dans son entreprise, comme pour le reste : c’est juste de la com’.  STMicroelectronics, comme toute bonne vieille multinationale est dominée par des hommes blancs (cf. tableau ci-dessous sur le taux de femmes dans les postes de responsabilité au sein de ST2), un monde de l’entreprise au sein duquel les femmes, même les plus libérales et technophiles, peinent à trouver leur place. En tout cas, c’est ce qu’est venu nous rappeler le procès qui a eu lieu la semaine dernière (le 08 novembre à Grenoble) et qui a conclu à la condamnation de STMicroelectronics, obligée de verser plus de 800 000 euros de dommages et intérêts à 10 de ses salariées pour discrimination sexiste dans l’évolution de carrière et de salaire. [voir le communiqué de la CGT]

Contactée par le Dauphiné Libéré à ce propos, ST s’enorgueillit de mener des actions volontaristes sur la question de l’égalité hommes-femmes, initiatives sanctionnées par son excellente note de 93/100 de l’index de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes publié en 2022 par le ministère du Travail. On attend avec impatience le prix « d’entreprise verte de l’année » qui sera sans nul doute attribué à ST, sûrement pour ses efforts acharnés dans sa réduction de consommation d’eau potable (*par puce produite) ou ses taux de pollution systématiquement dans les normes (pour lesquelles elle aura sans doute obtenu des dérogations spéciales) !

Bon, de notre côté, si on se réjouit du procès gagné par ces femmes, on ne parlera pas pour autant de victoire féministe. Car être dans une multinationale qui œuvre à la destruction des ressources et des milieux, qui contribue au déploiement du tout numérique autoritaire et aliénant et qui alimente les guerres du monde, ça ne nous semble émancipateur ni pour celles qui sont salariées, ni pour celles qui en payent les conséquences.

 

1 : Nos critiques sur la « transition écologique » de STMicroelectronics sont développées ici notamment.

2 : Tableau issu du rapport annuel 2022 de STMicroelectronics (p.60)

 

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Choisis bien ton entreprise : ne travaille pas pour ST

 

 

Jeudi 19 octobre 2023, nous étions présents à la « Journée des Partenaires » de l’école d’ingénieurs Phelma, qui avait lieu à Minatec dont STMicroelectronics est partenaire.

Nous avons distribué le tract « Choisis bien ton entreprise : ne travaille pas pour ST », téléchargeable ci-dessous, qui a reçu un très bon accueil des étudiant-e-s.

ST_Phelma_toprint (pdf)

Sur le même sujet, nous vous recommandons le dossier central du dernier numéro du journal Le Postillon.

(la photo qui illustre cet article représete Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, Olivier Véran, porte-parole du gouvernement et Emmanuel Macron écoutant Jean-Marc Chéry, le PDG de STMicroelectronics, à l’usine de Crolles, en Isère, le 12 juillet 2022 — Photo Jean-Philippe Ksiazek/Pool/EPA/MaxPPP)

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► Enquête publique STMicroelectronics : la fabrique de l’ignorance et du consentement

Dossier de réponse à l’enquête publique portant sur l’agrandissement du site de STMicroelectronics

Document introductif

Le présent document est une introduction au dossier présenté par le Collectif STopMicro. Les pièces de ce dossier(toutes téléchargeable en fin de cet article) sont rédigées au nom du Collectif et au titre de la réponse à l’enquête publique portant sur le projet d’agrandissement du site de STMicroelectronics à Crolles.

Le Collectif StopMicro est constitué de citoyen·nes parmi lesquel·les on trouve des scientifiques en activité dont le domaine de recherche permet une analyse technique pertinente du dossier d’enquête publique, dans la limite des informations communiquées publiquement. Ces dernier·es composent la Commission Recherche du Collectif. Positionnement du Collectif face à l’enquête publique.

Positionnement du Collectif face à l’enquête publique

En premier lieu, il convient de préciser que le Collectif n’était initialement pas favorable à une contribution au dossier d’enquête. Une majorité de ses membres reste d’ailleurs de cet avis. En effet, comme souligné dans une note publiée sur son blog, le Collectif s’aligne à l’argumentation de Frédéric Graber selon lequel l’enquête publique n’est qu’un dispositif « d’accompagnement et de légitimation des projets industriels servant à discréditer les critiques »1. En l’occurrence, au vu des investissements colossaux de l’État dans le projet, au vu des sorties médiatiques qui sont autant de fabriques du consentement (nous y reviendrons), et étant donné les prérogatives autoritaires que s’octroie l’État sous le gouvernement d’Emmanuel Macron, nous estimons que le projet — dont nous démontrerons pourtant ici que le dossier est éminemment incomplet, scientifiquement pauvre et qu’il constitue une ouverture vers des conséquences écologiques et sociétales extrêmement dangereuses — a déjà été décidé et informellement « validé » en amont de l’enquête publique. Les travaux sur site, faisant rappelons le déjà deux morts parmi les ouvriers, ont à ce titre déjà débuté.

Malgré notre défiance, nous avons participé collectivement aux deux réunions publiques organisées à Crolles dans le cadre de l’enquête publique, les 1er et 28 septembre 2023. Soulignons qu’à ces occasions l’attitude des représentants de STMicroelectronics n’a pas été à la hauteur du professionnalisme attendu d’une consultation publique. Le Dauphiné Libéré affirme ainsi que lors de la première réunion ces derniers « ont dû avancer avec une rhétorique d’initiés »2 (manière polie pour évoquer la langue de bois). Lors de notre participation à la seconde réunion, il nous a semblé que les réponses des responsables d’STMicroelectronics étaient là aussi essentiellement ineptes, agrémentées qui plus est d’une attitude ressentie par beaucoup comme méprisante. Précisons également que lors de la première réunion publique, la gendarmerie s’est déplacée pour relever l’ensemble des plaques d’immatriculation des voitures présentes sur le parking de la salle, événement dont nous n’avons toujours pas reçu la justification (ni le caractère légal). C’est pourquoi notre sentiment sur les réunions publiques est entaché d’incompréhension quant au caractère « spectaculaire » de l’exercice (en ce sens qu’il s’agit plus d’un spectacle, entre comique et tragique, de représentation de l’industriel que d’un débat de fond), d’inquiétude quant aux mécanismes antidémocratiques à l’œuvre, ainsi que d’une colère sourde face au cynisme et au mépris affichés par l’industriel et à l’évidence ressentis par l’ensemble du public présent (comme cela a été exprimé à plusieurs reprises par les personnes, légitimement très inquiètes, qui avaient fait le déplacement).

Sur le processus de l’enquête publique lui-même, nous contestons le fait que seules 6 semaines sont laissées aux citoyen·nes pour éplucher des centaines de pages de documentations pour la plupart très techniques et qui exigeraient, étant donnée la gravité des conséquences possibles sur l’avenir immédiat et à moyen terme de l’habitabilité du milieu, un temps d’analyses par des citoyen.nes indépendant.es se saisissant des sujets (i) du numérique (les conséquences néfastes du projet sont-elles des nécessités sociétales ?), (ii) de l’hydrologie (l’effondrement déjà acté et par endroits irréversible des écosystèmes et zones humides dû au dérèglement climatique peut-il supporter l’extraordinaire croissance extractive et émissive de nouveaux polluants consécutives au lancement hypothétique du projet ?), (iii) en stratégie économique (ladite « souveraineté nationale », argument médiatique dont nous démontrerons plus loin le caractère aporétique, est-elle pertinente, ou ne nous trouvons pas ici avec le projet d’agrandissement dans une logique purement financière d’appropriation actionnariale ?) mais plus encore (iv) en systémique planétaire (le numérique étant aujourd’hui formellement démontré être un catalyseur de la catastrophe socio-climatique et de l’anéantissement biologique global, dans quel contexte s’inscrit réellement le projet de STMicroelectronics ?).

En outre, la moitié des documents versés au dossier sont déclarés « confidentiels » par le requérant (STMicroelectronics), ce qui limite très fortement les capacités d’analyse des citoyen·nes et ne permet nullement aux enquêteur·ices de mener seul·es l’énorme travail d’analyse qui exigerait ici aussi bon nombre de soutiens scientifiques sérieux. Ajoutons également que la qualité des documents, que nos expert.es de la Commission Recherche ont analysés dans le détail, est très médiocre en cela qu’ils contiennent de très nombreuses imprécisions ainsi que de multiples contradictions entre les documents, voire des mensonges et dissimulations (volontaires ou non) d’information. Le sérieux minimum — on espérerait ici en réalité un très haut niveau de professionnalisme — que requiert pourtant le montage d’un projet reposant sur des milliards d’euros d’investissements (dont des aides publiques, en dépit de l’absence d’une quelconque consultation démocratique sur un tel investissement) n’est de fait pas là et suffirait à lui seul à invalider le projet tant il relève en l’état d’un profond amateurisme.

Ceci étant dit, en mettant ce manque de professionnalisme de côté, il n’en reste pas moins qu’à l’issue de la collecte des contributions citoyennes, dont la nôtre ici présente, les commissaires enquêteur·ices auront la lourde tache de rédiger un mémoire. Dans cette phase de rédaction, ils et elles seront vraisemblablement amené·es à retourner voir le requérant afin d’obtenir des clarifications ou des compléments. À ce niveau, comme nous avons pu l’observer au cours des auditions publiques ainsi qu’au sein des documents (présentations powerpoint lors des auditions publiques au même titre que les documents factuels versés au dossier et que nous analyserons ici), la direction de STMicroelectronics pratique, nous en ferons état dans les documents joints, des méthodes de fabriques du mensonge et du consentement (bien connues des industries du tabac ou des énergies fossiles3), s’appuyant notamment sur des biais cognitifs (biais de sélection ou biais de disponibilité notamment) et de « moisissures argumentatives » (généralisation abusive, appel à l’ignorance, erreurs de causalité, faux dilemmes, imposture intellectuelle, stratégie de l’épouvantail, renversement de la charge de preuve, etc.). Il nous parait de fait difficile pour les non-expert·es systémiques (personne ne peut être expert en tout) que sont les commissaires de ne pas subir ces stratégies de dissimulation et de manipulation. Les commissaires enquêteur·ices étant au final aussi soumis à des injonctions de délai, il leur faudra bien émettre un avis final qui, en l’absence de données complètes et accessibles à leurs propres domaines d’expertise, sera inévitablement positif (ceci sans même considérer d’éventuelles pressions préfectorale ou ministérielle). Cet avis positif serait ainsi établi en dépit — et il est important de signaler ce point crucial au vu de la hauteur des enjeux sociétaux dont il est ici question — du principe élémentaire de précaution qu’il paraîtrait pourtant indispensable d’invoquer sur ce projet.

Analyse par le Collectif de l’enquête publique

C’est précisément l’effroi qu’ont induit chez les membres de notre Commission Recherche tout à la fois la piètre qualité du dossier de STMicroelectronics (pour un projet si important et lourdement subventionné) mais surtout les évidentes stratégies (bien que souvent très maladroites et naïves) de manipulation et de fabrique du mensonge employées par l’industriel qui nous a conduit·es à rédiger le présent dossier argumenté et à le verser à l’enquête publique. En effet, non seulement la forme, mais encore plus le fond du dossier sont proprement inacceptables. Pour le dire crûment, à la lecture de ces documents, il apparaît clairement que la mise en œuvre de ce projet ferait courir des risques graves à la population « avoisinante » et aux entités vivantes (à commencer par la rivière Isère). A moyen terme ce projet fait courir un risque quant à l’habitabilité effective (et potentiellement irréversible) du milieu, étant donnés les assauts déjà difficilement absorbés par le milieu du fait du dérèglement climatique (lui-même massivement dû à ces mêmes activités industrielles). On notera au passage que la notion de « voisinage » ne se limite pas aux 3 km autour du site définis par les textes faisant loi. À l’évidence, l’eau potable provient de puits situés à plusieurs dizaines de kilomètres et l’eau contaminée ne s’arrête pas à 3 km du site de production : les habitant·es de Crolles et Bernin ne sont pas — loin s’en faut — les seules personnes concernées par les graves conséquences de l’activité de l’industriel, et à plus forte raison de son projet infondé (comme nous le démontrons ici) d’agrandissement.

A travers notre contribution, qui se décline sous la forme de 5 autres documents :

– Nous avons, en premier lieu, tenu à expliciter en quoi la question principale qu’il s’agit ici de poser n’est pas de déterminer l’ensemble des compromis sur lesquels STMicroelectronics devrait s’engager afin de solidifier son dossier, mais bien avant tout de décider si ce projet d’agrandissement est écologiquement, socialement et sociétalement défendable. Bien que cette question ne paraisse pas relever directement du périmètre de l’enquête publique (ce qui, au passage, en tant qu’expert·es systémicien·nes au sein de la Commission Recherche, nous semble correspondre à une aberration de principe), cette considération de base est absolument « essentielle » en cela qu’elle porte sur l’essence même du projet. Elle est à mettre en perspective du plus grand défi de notre temps. A cela, nous apportons une autre vision du monde (vision partagée par la vaste majorité des expert·es systémicien·nes) que celle que sous-tend, sans aucun argument tenable nous le verrons, le projet de l’industriel STMicrolectronics (document 01-Arguments_Systémiques)

– Nous avons tenu à dûment commenter et documenter (02-Analyse-Mémoire-Réponse-MRAE) le mémoire de réponse à l’Autorité Environnementale (MRAE) produit par STMicroelectronics qui, en plus de faire état du manque cruel de sérieux de l’industriel face aux inquiétudes hautement légitimes de la MRAE — en cela qu’elles touchent à des questions d’habitabilité humaine et non-humaine du bassin du Grésivaudan — est un document central car étudié préalablement par des expert·es d’une institution étatique et dont la critique a été rendue accessibles aux citoyen·nes depuis février 2023 (ce qui a laissé le temps à tous et toutes, nous les premier·es, de bien connaître ce dossier). À cette note, nous ajoutons également une liste technique (vraisemblablement loin d’être exhaustive) des incohérences et non conformités légales du dossier, produite à l’aide de nos partenaires de la société coopérative Métamorphose(03-Analyse-Des-Non-Conformités).

– Nous proposons des notes techniques bien plus spécifiques et scientifiquement creusées, issues des travaux de collaborateur·ices professionnel·les des domaines concernés et sympathisant·es du Collectif, portant sur les prélèvements dans la nappe (04-Analyse-Annexe6-EtudeImpact) et sur la pollution de l’Isère en sortie d’usine (05-Synthèse-Pollution+Dérogation-Rejets Aqueux), probablement le point le plus inquiétant de tout ce dossier qui pourrait justifier à lui seul un refus catégorique d’extension, voire, comme nous argumentons, la demande d’une révision à la baisse des seuils accordés à ce jour (et donc la demande effective par le collectif, au-delà de la présente enquête publique, d’une contraction dès à présent des activités de production d’STMicroelectronics).

Notre conclusion est sans ambiguïté : l’extension proposée par l’industriel du site de Crolles doit être formellement refusée par les enquêteur·ices, et nous proposons bien au contraire à l’industriel, au vu de ses propres engagements environnementaux et de l’accélération toujours plus dramatique de l’anéantissement biologique global et du dérèglement climatique précisément dus à l’accélération par le numérique des activités humaines écocides, d’envisager très sérieusement la planification d’une contraction progressive de son activité.

Nos expert·es de la Commission Recherche de STopMicro sont prêt·es à soutenir et à s’associer à l’industriel dans ce choix difficile mais nécessaire de réduction progressive de l’activité productrice. D’abord et avant tout parce que le modèle de société que STMicroelectronics soutient et incarne un danger pour l’humanité et pour le vivant (Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, parle d’une « menace existentielle directe »4 pour l’humanité). Mais, d’un point de vue purement technique et local, parce qu’au regard des enjeux écologiques à court et moyen termes – dont la ressource en eau potable – ce projet représente un danger immédiat d’inhabitabilité du milieu. En effet, les dégâts causés au milieu seront irréversibles et il est intellectuellement inepte d’invoquer – comme le fait STMicroelectronics sans aucun argument scientifique valable, bien au contraire — une quelconque amélioration future (laquelle ne fait bien sûr pas consensus au sein de la communauté scientifique, loin s’en faut) pour justifier ces dégradations induites.

Collectif STopMicro, 06/10/2023

Nota : Contrairement à d’autres groupes et citoyen·nes avec qui nous avons pu échanger lors du montage du présent dossier et qui ont décidé de répondre à l’enquête publique dans le but d’inciter STMicroelectronics et l’État à plusieurs compromissions, incitations empruntes de fatalisme et de soumissions consenties à cette nouvelle forme de ‘banalité du mal’5 néolibérale (« de toute façon l’agrandissement aura lieu, il ne faut pas rêver ») — comme par exemple en demandant d’assurer de manière obligatoire un recyclage plus important des eaux accaparées au vivant —, le Collectif STopMicro se refuse à toute forme de marchandage tant l’activité actuelle de l’industrielle est déjà écocide et le projet d’agrandissement tout à la fois une insulte intellectuelle et une offense profondément criminelle envers le vivant.

Les cinq documents constituant notre dossier sont disponibles ici au format pdf :
00-Dossier-STopMicro-Document-Introductif
01-Arguments_Systémiques
02-Analyse-Mémoire-Réponse-MRAE
03-Analyse-Des-Non-Conformités
04-Analyse-Annexe6-EtudeImpact
05-Synthèse-Pollution+Dérogation-Rejets Aqueux

1Graber, F. (2022). Inutilité publique. Histoire d’une culture politique française. Amsterdam éditions.

2Le Dauphiné Libéré, 2/10/2023.

3voir par exemple le reportage édifiant « La fabrique de l’ignorance » https://boutique.arte.tv/detail/la-fabrique-de-lignorance

5Arendt, H., Guérin, A., & de Launay, M. I. (1991). Eichmann à Jérusalem: rapport sur la banalité du mal (p. 444). Paris: Gallimard.

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► Faites de l’écologie : coupez le robinet à ST !

Voilà le constat : selon l’institut européen Copernicus, les mois de juin, juillet et août ont été les plus chauds jamais enregistrés1. L’humanité est en train de vivre l’année la plus chaude depuis au moins 120 000 ans2. À ce réchauffement, il faut ajouter la multiplication des « événements climatiques extrêmes » : incendies historiques au Canada, tempête Poly aux Pays-Bas, tempête dans les Balkans, pluies torrentielles au Japon, incendies en Grèce…3

Cet air de « fin du monde » trouve un écho au niveau local : depuis quelques jours, quasiment tous les territoires isérois sont en alerte sécheresse. Les secteurs Sanne-Varèze-Quatre Vallées (en Isère rhodanienne et dans Bièvre Liers Valloire) sont placés en alerte niveau 4/4 pour les eaux souterraines. Les nappes de Chambaran, Terrasses rives gauche de l’Isère, Bourbre et Isle Crémieu sont, elles, en niveau d’alerte renforcée (3/4). Quant aux zones d’alerte générales, Bourbre, Trièves-Matheysine, Isle Crémieu, Paladru Fure, Sanne-Varèze-Quatre Vallées et Chambaran sont en niveau d’alerte renforcée ; Belledonne, Chartreuse-Guiers et Vercors en alerte (niveau 2/3). L’Oisans-Bonne et l’agglomération grenobloise ont de la chance : elles ne sont qu’en vigilance (1/4)4.

Vers la guerre de l’eau

Il fait de plus en plus chaud et de plus en plus sec – pluies torrentielles mises à part ! L’influence majeure des activités humaines sur ce réchauffement et ce dérèglement n’est plus à prouver : les rapports du très officiel GIEC le documentent, et en démontrent les liens avec les activités économiques. À chaque nouveau rapport, le constat se dégrade… mais les gouvernants font la sourde oreille, se contentant d’annonces sur une prétendue « transition énergétique » qui vise juste à changer le carburant du capitalisme : remplacer le pétrole et le charbon par des énergies renouvelables gourmandes en métaux et en quincaillerie numérique. Pour que tout continue (soif de profit, exploitation des humain-es et du vivant, inégalités croissantes…) mais en « renouvelable ».

Heureusement, il y a des signes encourageants ! Ces dernières années on observe un renouveau de la contestation. Des Marches Climat aux Soulèvements de la Terre, une évolution est en cours. 30 000 personnes à Sainte-Soline en avril, 5 000 aux Résistantes dans le Larzac cet été, etc. : une partie non négligeable de la population s’est mise en mouvement pour imposer l’arrêt de l’écocide, la prise en compte du réchauffement climatique, pour sortir du modèle capitaliste qui en est à l’origine et promouvoir des perspectives d’autonomie et de subsistance.

Les lignes de la « guerre de l’eau »5 sont aujourd’hui claires. D’un côté les défenseurs d’un modèle industriel d’exploitation de la nature et du profit à tout prix (mégabassines, industries…). De l’autre une contestation écologiste et sociale qui a bien compris que la dégradation de l’environnement et des conditions de vie humaine est essentiellement le résultat du capitalisme industriel.

Les méga-nuisances de la méga-usine

Chez nous, en Isère, c’est l’agrandissement de l’usine de Crolles de STMicroelectronics qui focalise à juste titre l’attention. Cette usine de semi-conducteurs qui consomme déjà 13 500 m³ d’eau potable par jour est en train de s’agrandir pour devenir d’ici trois ans une « méga-usine »6 qui va tripler sa consommation d’eau pour atteindre 33 500 m³, dont 21 500 m³ d’eau potable.

Agrandissement oblige, cette surconsommation d’eau se doublera aussi d’une surconsommation d’électricité, de matières premières, etc. Et par conséquent, d’une hausse de la pollution de l’Isère, notamment en phosphore et en azote, à des niveaux phénoménaux, dignes de l’industrie des fertilisants agricoles chimiques, mais qui ne semblent pas émouvoir la préfecture puisqu’elle les autorise7. Une mansuétude en accord avec l’attitude générale des pouvoirs publics, qui ont débloqué cette année 2,9 milliards d’euros pour épauler l’investissement de la multinationale franco-italienne (dont le siège est en Suisse et qui paye ses impôts aux Pays-Bas, 4e paradis fiscal mondial)8.

Précisons l’usage des semi-conducteurs de ST : secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, du spatial, de l’internet des objets… et même celui de l’armement. Relevons enfin que STMicro Crolles est à la tête du consortium d’industriels EXCEED, financé par l’agence européenne de défense, qui vise à développer une filière européenne de puces destinées à des applications militaires9.

« Sortir du pétrole » : les semi-conducteurs ne sont pas la solution

« C’est réjouissant ! »10 : la réaction du maire écologiste de Grenoble à l’agrandissement de l’usine a de quoi faire sourire. Elle illustre le couronnement des efforts de STMicro pour faire croire aux naïf-ves que l’électronique serait un moyen de lutte efficace contre le réchauffement climatique.

Le raisonnement est simple : le dérèglement climatique étant la conséquence de la Révolution industrielle du XIXème siècle basée sur le charbon et le pétrole, pour le combattre il faudrait faire une autre Révolution industrielle. Cette « Quatrième Révolution industrielle » (selon les termes consacrés11) reposerait sur quelques piliers : les énergies renouvelables, l’automatisation des processus de production, une utilisation accrue du numérique et des capteurs omniprésents pour adapter en temps réel la production. Ce sont les compteurs Linky, l’internet des objets, le modèle de la smart city, la connexion permanente de toutes et tous. En un mot, la « vie augmentée », comme le clame le slogan de STMicroelectronics « life.augmented ».

C’est cette perspective de poursuivre (à l’infini) le développement industriel qui est la base des illusions que ST peut générer chez certain-es écologistes d’obédience technocratique. Une illusion cybernétique pourtant fausse12, et dénoncée de longue date par les précurseurs de l’écologie (Jacques Ellul, Ivan Illich, Günther Anders…). Pour ces philosophes comme pour nous, l’opposition au capitalisme doit se jouer aux fondements de celui-ci (le profit, l’exploitation des humain-es et de la nature, la guerre…) et non au niveau de ses conséquences (comme la consommation de pétrole). Sinon on se contente de remplacer un combustible par un autre, une nuisance par une autre.

En finir avec les nuisances de l’électronique

D’ailleurs, cette fameuse transition énergétique n’est en réalité pas une « transition », mais une addition. Les nouvelles formes d’industrie (comme les semi-conducteurs de ST) ne remplacent pas les anciennes formes d’industrie (la chimie d’Arkema pas exemple). Elles s’y ajoutent. Ainsi, comme le rappelle le journal Le Monde, « La demande mondiale de pétrole se dirige vers un record en 2023. Plus de 102 millions de barils par jour devraient être consommés en moyenne cette année dans le monde »13. Nous n’avons jamais consommé autant de pétrole qu’aujourd’hui. Le numérique et l’électronique s’ajoutent au pétrole, de la même façon que l’usine de Crolles s’ajoute à celles de Taïwan ou de Chine (où STMicroelectronics est en train d’ouvrir une usine14).

Plus : le numérique est un « catalyseur » des process industriels. En fait, il ne « s’ajoute » même pas au pétrole, il accélère la Grande Accélération industrielle, rend possible la surconsommation de pétrole ! C’est pourquoi la consommation globale de semi-conducteurs augmente de 15 % par an dans une course folle15. Le contexte dans lequel nous sommes n’est donc pas du tout celui d’une « transition », mais de la poursuite du même modèle de développement, celui qui nous a amené dans l’impasse actuelle. Quand cette fuite en avant a en plus le toupet de se draper d’atours écologistes, cela nous semble abject.

Ainsi, quand Emmanuel Macron, accompagné en chœur par Eric Piolle ou Alexandra Caron-Cusey défendent l’agrandissement de ST au nom de la « souveraineté européenne »16, quand les élus d’EELV 38 affirment que « ces industries sont indispensables aux transitions vers un monde bas-carbone »17, nous n’y voyons qu’une reformulation de la phrase de George W. Bush « notre mode de vie n’est pas négociable »18

Méga-usines, méga bassines, même combat !

No puçaran !

Collectif STopMicro, 30 septembre 2023

https://stopmicro38.noblogs.orgstopmicro@riseup.net

télécharger le pdf de ce texte

(tract distribué à l’occasion de la « fête de l’écologie » de EELV à Gières le 30 septembre 2023)

Suite de la mobilisation :

Visite de la partie universitaire de la « Silicon Valley grenobloise » : 5 octobre à 14h, 921 rue des résidences, Saint Martin d’Hères
Grande marche pour l’eau du 1er au 5 Avril 2024.

1Le Monde, 8/09/2023.

2Sciences et avenir, 27/07/2023

3Le Monde, 8/09/2023.

4Le Dauphiné Libéré, 27/09/2023

6Communiqué du ministère de l’économie, 5/06/2023

7« Comment STMicro pollue l’eau », Le Postillon n°68, printemps 2023. Arrêté préfectoral du 26/05/2016.

8« Les magouilles fiscales de STMicro », Le Postillon n°69, été 2023.

10Raùl Guillen et Vincent Peyret, « Ces puces qui s’emparent de l’« or bleu » des Alpes », Le Monde diplomatique, juin 2023.

11Après celle de la production de masse (la deuxième) et celle de l’informatique (la troisième).

12Voir Marie Garin et Achille Baucher, « Que la transition écologique soit, et la transition numérique fut », https://polaris.imag.fr/romain.couillet/docs/articles/Achille_Marie_GRETSI2023.pdf

13Le Monde, 28/06/2023

15Le Monde, 10/08/2023

16Lire notre texte de réponse à Alexandra Caron-Cusey, « Ce que nous voulons, c’est l’autonomie », juin 2023,

17« Position de EELV sur la consommation d’eau des industries », 5/06/2023

18Au sommet de Rio en 1992.

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Vente de microélectronique grenobloise pour l’armement russe : Nouveau communiqué de l’OBSARM

L’Observatoire des armements (OBSARM) présentait aujourd’hui, mardi 26 septembre, sa dernière édition du rapport sur les exportations d’armement de la France et de celui sur les exportations de biens à double usage, devant les commissions des affaires étrangères, de l’économie et de la défense et en présence des trois ministres.

Extraits du communiqué de l’OBSARM « La France a continué à exporter des biens à double usage à la Russie en 2022 »  du 24/09 :

« Le rapport sur les exportations montre une envolée des exportations d’armes françaises en 2022 : 27 milliards d’euros contre 12 Mds en 2021.

Si la France n’a fourni aucun matériel catégorisé comme « militaire » à la Russie selon le rapport sur les exportations d’armement, elle continue à lui transférer massivement des biens à double usage (à la fois civils et militaires) comme le souligne le rapport sur les exportations des biens à double usage, dont c’est la seconde édition. Or, parmi nos technologies tricolores, ce sont ces derniers que l’on retrouve sur le théâtre de guerre ukrainien, comme notre précédente note l’a illustré.

Un constat que nous renouvelons. Selon de nouveaux documents d’importation en source ouverte, les entreprises grenobloises Lynred, STMicroelectronics et Ecrin Systems ont expédié des produits électroniques en 2022 en Russie alors que la guerre était imminente ou en cours. Quant aux sociétés Thales et Safran, elles ont fourni des pièces à des entreprises russes d’armement placées sous sanctions par l’UE. Voir notre analyse, ci-dessous. »

Suite du communiqué ici.

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Perturbation du Salon de l’Internet des Objets (SIDO) à Lyon

Voici le tract que nous avons diffusé lors de la perturbation du Salon de l’Internet des Objets (SIDO) à Lyon le 20 septembre 2023. STMicroelectronics en était l’un des partenaires principaux avec Microsoft.

Étaient présents avec nous Écran Total, Stop 5G Lyon, la Coordination Régionale Anti Armements et Militarisme-Lyon (CRAAM).

500 tracts ont été distribués et le salon a été perturbé.

Le soir, une quarantaine de personnes étaient présentes lors d’une réunion publique d’information et d’organisation organisée par les collectifs présent le matin.

tract SIDO DEF (pdf)

 

 

Non à l’extension de STMicro et au pillage de l’eau!
SIDO, salon du totalitarisme numérique, y a plus d’eau, ferme le robinet!

Après la bataille contre les méga-bassines de Sainte-Soline, la lutte de l’eau s’est élargie, en avril 2023, à Crolles, près de Grenoble, pour contester le projet d’agrandissement de l’usine STMicroelectronics, multinationale des semi-conducteurs et « Premium sponsor » du Salon de l’Internet Des Objets (SIDO).
Ce projet industriel pharaonique est porté par Macron et la technocratie locale. Il coûtera 2,9 milliards d’euros de fonds publics (pour un coût total de 7 milliards), alors même qu’on nous raconte que les caisses
sont vides pour les retraites, le chômage, la sécurité sociale, les hôpitaux et l’école.
Véritables détournement des finances publiques à des fins privées, les activités de STMicro accaparent des
ressources en eau de plus en plus importantes au détriment des besoins de la population et des paysans locaux dans un contexte de pénurie.
Les alertes lancées par le collectif StopMicro de Grenoble sont édifiantes : plus de 330 litres d’eau potable de très bonne qualité par seconde, soit une méga-bassine tous les 22 jours, seront nécessaires pour nettoyer les plaques de silicium ! Les eaux polluées seront rejetées dans l’Isère.
Comment est-ce possible de piller une ressource aussi vitale pour le vivant (n’est-on pas constitué à 60 %,
d’eau ?) tout en appelant, dans le cadre du salon SIDO, à la transition écologique et à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises ?
Comment est-ce possible de se mettre sans scrupule au service de la guerre et de nier la connivence entre les industries du numérique et l’industrie de l’armement quand on sait que des puces estampillées STMicro ont été retrouvées sur des missiles russes en Ukraine ?
Le SIDO est dans la réalité un salon de l’armement déguisé ! Plus de 50 % de ses exposants travaillant pour
la « Défense » , euphémisme pour ne pas parler de militaire, armée et guerre.
5G, robotisation de la santé, voitures électriques, dispositifs de surveillance de la population, Intelligence
Artificielle … tel est le programme du salon SIDO qui fait l’apologie du tout-technologique comme LA
solution incontournable à tous nos problèmes.
Comment continuer à promouvoir l’internet des objets plus que jamais intrusif quand on sait que la
numérisation rend de plus en plus compliqué l’accès aux services publics et notamment aux soins ; précarise de plus en plus nos vies, accapare notre temps de cerveau disponible ; capte nos données au nom du profit, contrôle et trace nos faits et gestes, porte atteinte à nos libertés et déshumanise la société dans son ensemble ?
La 9° édition du salon SIDO, véritable vitrine de STMicro et de sa « grande famille » ne « convergera » pas
cette année dans l’indifférence générale et dans la discrétion feutrée d’un salon commercial qui fait son
beurre sur la destruction de l’environnement, la guerre et la surveillance intégrale de nos vies grâce à un
choix de société qui nous est imposé.

Stop aux aides publiques locales à STMicro (60 millions ces dernières années) !
Stop à la société du tout numérique qui alimente la guerre, le contrôle social et détruit la planète !
Sortons du techno-solutionnisme !

Un moment convivial est organisé par la CRAAM, Écran Total, Stop 5G Lyon et StopMicro 38, ce soir à
partir de 19 h. Pour discuter et s’organiser autour de ces enjeux à la Luttine, 91 rue Montesquieu 69007 Lyon

Stop Micro, Écran Total, Stop 5G Lyon, Coordination Régionale Anti Armements et Militarisme-Lyon

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28/09, 18h // STMicroelectronics : 50 ans de nuisances, ça suffit !

Appel à perturber l’anniversaire de la multinationale STMicroelectronics

Issue d’une start-up du CEA, ST Microelectronics fêtera en grande pompe ses cinquante ans le 28 septembre prochain à Grenoble. Bruno Lemaire a annoncé son déplacement pour honorer le fabricant de semi-conducteurs qui pille l’eau et le ressources du Grésivaudan et d’ailleurs. A l’heure du dérèglement climatique et de la prise de conscience des nuisances de l’industrie, le collectif STopMicro appelle à gâcher la fête.

Qu’est-ce que STMicroelectronics  ? En 1972, le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) créé l’entreprise Efcis pour conceptualiser et fabriquer des puces électroniques à partir des recherches menées au CEA. L’organisme public transfère à Efcis 90 ingénieurs et scientifiques. Rapidement, le géant de l’équipement militaire Thomson prend des parts dans l’entreprise, puis l’absorbe en 1982. En 1987, la branche électronique de Thomson fusionne avec l’italien SGS, pour donner SGS-Thomson, puis STMicroelectronics en 1998. C’est aujourd’hui le premier employeur de la région, avec près de 6  000 personnes. La multinationale travaille pour Apple, Bosch, Continental, HP, Huawei, Mobileye, Samsung, SpaceX, Tesla, Vitesco… et ne rechigne pas à équiper les drones de l’armée russe L’entreprise fait des profits conséquents, mais «  paye  » ses impôts aux Pays-Bas. L’an dernier, Emmanuel Macron a annoncé le versement de 2,9 milliards d’argent public pour agrandir l’usine de Crolles d’ici 2026 au nom de la «  souveraineté industrielle  » européenne. Agrandir, alors que ST consomme déjà à Crolles 156 litres d’eau par seconde (387 après l’agrandissement) et autant d’électricité qu’une ville de 230  000 personnes.

La « Silicon Valley à la française ». Start-up avant l’heure, la création d’Efcis c’était déjà le profit privé sur fonds publics, avec la complicité bienveillante des militaires et du complexe militaro-industriel. Grenoble est un terreau fertile et précurseur pour ce genre de « collaborations », grâce à la présence de grands laboratoires publics, d’une puissante université et d’un tissu industriel dense : le CEA-Leti, l’Imag, l’Inria, des industriels comme Hewlett-Packard, Schneider Electric, le premier centre européen des nanotechnologies Minatec, la «  clinique du cerveau » Clinatec, ou le synchrotron. Ce « modèle grenoblois » est la matrice des pôles de compétitivité, devenus la norme en France sur fond de libéralisation de l’université et de l’économie.

C’est cela qui sera fêté ce jeudi 28 septembre au Palais des sports  : la liaison entre l’université, l’industrie et l’armée, les profits privés sur fonds publics, la colonisation de nos vies par les technologies numériques, l’accaparement des ressources ici (eau) et ailleurs (silicium, germanium, métaux rares, etc), le culte du Progrès technologique comme nouvelle religion.

L’heure n’est plus aux célébrations d’un modèle inique, mais à la prise de conscience environnementale et sociale. Partout en France des associations, des collectifs et des individus se soulèvent contre le pillage de la Terre et le renforcement d’un monde inégalitaire. Alors : ces 2,9 milliards d’euros ne seraient-ils pas mieux employés à financer le système des retraites par exemple  ? Avons-nous besoin de plus de puces électroniques, ou de reconquérir notre autonomie face à un mode de vie industriel et connecté qu’on nous impose ? La ressource en eau est-elle inépuisable comme le croient ceux qui se réunissent au Palais des Sports ?

Gâchons la fête : l’anniversaire de ST n’aura pas lieu !

Rendez-vous jeudi 28.09 à 18h
devant le palais des sports de Grenoble
Casseroles, bouteilles et pistolets à eau bienvenus

Pour poursuivre la mobilisation :
Prochaine réunion du collectif STopMicro : 20/09, 18h30 au Bocal
Visite de la partie universitaire de la « Silicon Valley grenobloise » : 5/10 à 14h, 921 rue des résidences, Saint Martin d’Hères
Grande marche pour l’eau du 1er au 5 Avril 2024

tract anniversaire (pdf)

Plus d’infos sur le site https://stopmicro38.noblogs.org

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► Flagrant délit de mensonge pour STMicroelectronics à la Préfecture de l’Isère

Les vrais chiffres de l’accaparement de l’eau

En juin 2023, affolée par la contestation à propos de la consommation d’eau par les industriels de l’électronique (manifestation, rassemblements, affichages massifs, interpellation des élues, etc), la Préfecture de l’Isère convoque dans ses locaux une réunion de la « commission de suivi de site Grésivaudan » avec diverses huiles, sous-huiles, et les directeurs des sites de Crolles des entreprises STMicroelectronics et Ectra (l’un de ses sous-traitants). Dans cette commission, qui ne s’était pas réunie depuis quatre ans, on discute de la nécessité « d’objectiver » le sujet de l’eau « car c’est un sujet très sensible » et parce qu’« on sent, y compris avec la presse, qu’il y a une assimilation de la situation de 2022 (sécheresse) avec le sujet du développement de STMicroelectronics »1. Sans blague ? Il y aurait donc un rapport entre la consommation d’eau et sa raréfaction ?
Au cours de cette réunion, Eric Gerondeau, directeur du site de Crolles de STMicroelectronics, affirme que le « volume de prélèvement actuel [de l’usine] au réseau est donc à son maximum ». Il s’agit d’un mensonge, car la consommation de STMicroelectronics, déjà scandaleuse aujourd’hui, va augmenter de 59 % entre aujourd’hui et 2025.
Afin de remettre le débat sur des bases « objectives », alors que la Préfecture lance l’enquête publique à propos de l’agrandissement de ST (du 28 août au 9 octobre, en mairies de Crolles et Bernin2) nous proposons dans ce document d’apporter des réponses claires à quelques questions : Quelle est la consommation actuelle d’eau de l’usine STMicro de Crolles ? D’où vient cette eau ? La consommation d’eau de l’usine va-t-elle augmenter dans les années qui viennent, et dans quelles proportions ? Le « recyclage » de l’eau annoncé par l’industriel couvrira-t-il la hausse de la production ? Cet accroissement de la demande en eau présente-t-il des risques ? Et qu’en est-il de l’usine Soitec située à Bernin ?
Devant la dispersion des sources, nous avons tâché de faire la synthèse des divers chiffres disponibles aujourd’hui.
Ce document existe en deux versions : complète, et courte (sans les annexes). Vous trouverez ici la version texte complète, et deux pdf imprimables.

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1. Quelle est la consommation actuelle d’eau de l’usine STMicroelectronics de Crolles ?

Depuis début 2023 et des travaux d’infrastructure sur les réseaux de Grenoble Alpes Métropole de la Communauté de Commune du Grésivaudan et de la Métropole Grenoble-Alpes cette consommation doit avoisiner les 13 500 m3/j, soit une augmentation de 15% environ par rapport à début 20223.
Le total d’eau potable qui transite depuis Grenoble Alpes Métropole vers le Grésivaudan est aujourd’hui d’environ 16 500 m3/j. Ceci inclut ST (~13 500 m3/j)4 et Soitec (~2 500 m3/j)5.
A l’heure actuelle, ST consomme donc 156 litres d’eau par seconde, et sa voisine Soitec 29 litres.

2. D’où vient cette eau ? S’agit-il d’eau potable ?

A ce jour, la totalité de l’eau consommée par les deux usines vient du réseau d’eau public. Il s’agit donc d’eau potable, acheminée principalement depuis le champ captant dit « Romanche » à Vizille, jusqu’à Crolles par la Société Publique Locale Eaux de Grenoble Alpes.
A terme, trois forages dans la nappe phréatique située sous le site de ST permettront le refroidissement des salles blanches (actuellement réalisé avec de l’eau potable !)6.

3. La consommation d’eau de l’usine va-t-elle augmenter dans les années qui viennent, et dans quelles proportions ?

Les chiffres communiqués par ST (auprès de la MRAE et auprès de la Préfecture) affirment qu’après l’agrandissement, le site consommera environ 33 500 m3 par jour. Une partie de cette eau proviendra de forages pratiqués sous l’usine (12 000 m3/jour d’eau non potable, à destination des systèmes de refroidissement), mais il est néanmoins prévu un accroissement de la demande en eau potable pour atteindre 21 500 m3/j7. Soit 190% de plus qu’en 2021 et 59 % de plus qu’aujourd’hui.
Il est donc officiellement prévu que l’usine de STMicroelectronics à Crolles consommera 387 litres d’eau par seconde après l’agrandissement, dont 249 issus du réseau public d’eau potable.

4. Quand cette augmentation de la consommation sera-t-elle effective ?

Les annonces d’agrandissement de STMicroelectronics concernent une mise en service progressive des infrastructures (composées de mini-usines, des « gateways », achevées les unes après les autres) dès 20248. La mise en service totale, donc la consommation maximum, devrait être atteinte, selon les sources, en 20289, 202610, ou 202511, donc d’ici deux à cinq ans.

5. Le « recyclage » de l’eau annoncé par l’industriel peut-il couvrir la hausse de la production ?

Non. Dans ce domaine, il est assez facile d’abuser son monde… L’eau potable est d’abord rendue ultrapure avant de passer en salle blanche. En sortie de salle blanche, une partie de cette eau (désormais faiblement à fortement polluée) peut être utilisée par exemple pour aller refroidir l’air des salles blanches (au travers d’échangeurs thermiques air/eau). STMicroelectronics parle alors de recyclage.
Mais si on s’accorde à dire que le taux de recyclage concerne uniquement l’eau ultrapure, c’est à dire si on regarde quelle proportion d’eau ultrapure est ré-injectée dans le circuit « process silicium » des salles blanches, alors ce taux de recyclage « utile » est actuellement de 0%12.
Or, nettoyer de l’eau ultrapure qui a été polluée par les procédés de salle blanche pour la rendre ultrapure à nouveau consomme énormément d’énergie et l’industriel préférera évidemment traiter de l’eau potable pour la rendre ultrapure plutôt que de traiter l’eau polluée des salles blanches pour la rendre ultrapure à nouveau. Techniquement, il reste possible d’effectuer ce traitement et donc d’améliorer le taux de recyclage utile, mais le coût énergétique et donc le coût financier seront alors nettement augmentés. Sans parler de l’empreinte carbone !13

6. Est-il possible pour STMicroelectronics d’agrandir l’usine de Crolles sans augmenter sa consommation d’eau ? Ou sans lui fournir plus d’eau du réseau public ?

Non. À l’heure actuelle, l’industriel prévoit de tripler sa consommation d’eau et sa consommation d’eau potable par rapport à 2021 (cf point 3).
Les éventuels progrès de recyclage ne peuvent pas couvrir de telles augmentations (cf point 5
). En outre, ces innovations devraient intervenir au rythme très rapide de la croissance de la production, d’ici deux à cinq ans (cf point 4).

7. Le directeur de l’usine de Crolles de STMicroelectronics a-t-il menti à la Préfecture le 14 juin 2023 ?

Oui. Lors de la réunion de la Commission de Suivi de Site Grésivaudan14, on affirme : « 1 400 m3/h [NDLR : 33 600 m3/j] sont demandés par le site. Ils seraient répartis en deux volumes : un volume d’eau potable venant du réseau collectif et un volume issu de pompages sur site (forages dédiés). […]
– M. G
erondeau [NDLR : directeur de l’usine] : Ce qui fait l’actualité autour de ce sujet c’est aussi la confusion entre notre demande de prélèvement et les besoins globaux en eau du Grésivaudan. Ces besoins globaux sont de 29 000 m3/jour pour la zone d’activité. A l’heure actuelle, du fait de la taille des canalisations, notre site est au maximum de sa sollicitation du réseau d’eau potable (550 m3/h). C’est pourquoi il est demandé une autorisation de forage et pompage en nappe, pour pouvoir disposer, en secours, de 600 m3/h d’eau de nappe si jamais la boucle de recyclage ne fonctionnait pas. Notre volume de prélèvement actuel au réseau est donc à son maximum, on est très en dessous des 29 000 m3/jour que Grenoble Alpes Métropole mettrait à disposition du Grésivaudan et nous n’augmenterons pas ce volume.
– M. Giannoccaro :
La photographie des données dont vous parlez tient compte des besoins actuels et futurs ?
– M. G
erondeau : Avec ces volumes on se projette à 10 ans et même au-delà de la capacité de production qui fait l’objet de la demande. »

Il est faux de prétendre que les « besoins globaux sont de 29 000 m3/jour pour la zone d’activité ». 29 000 m3/jour, c’est la capacité maximale de fourniture d’eau au Grésivaudan. Ce n’est pas ce qui est consommé actuellement.
Il est faux de prétendre qu’« à l’heure actuelle, du fait de la taille des canalisations, notre site est au maximum de sa sollicitation du réseau d’eau potable (550 m3/h) ». 550 m3/h, c’est 13 200 m3/j. Or, d’ici quelques années (voir point 4), la consommation d’eau potable de ST va être de 21 500 m3/j.
Il est faux de prétendre que « notre volume de prélèvement actuel au réseau est donc à son maximum, on est très en dessous des 29 000 m3/jour que Grenoble Alpes Métropole mettrait à disposition du Grésivaudan et nous n’augmenterons pas ce volume ». On vient de le voir, le volume de prélèvement au réseau de l’usine va tripler. Il est vrai que la consommation de ST, comme celle du Grésivaudan est en dessous de 29 000 m3/j (voir point 1) mais il est faux de prétendre que le volume consommé ne va pas augmenter, même s’il va rester en dessous de 29 000 m3/j (voir point 3). D’autant que, comme on l’a vu, à terme l’usine elle-même consommera plus de 29 000 m3/j : 33 600 m3/j dont une partie issue de forages (point 3 également).
Amalgamant les chiffres concernant ST et le Grésivaudan, confondant les autorisations maximum et les besoins actuels, le directeur de STMicroelectronics Crolles a donc tenté d’abuser les services de la Préfecture, pour minimiser les nuisances causées par son usine, en essayant de faire croire que la demande en eau potable du site restera stable (à des niveaux déjà scandaleux) pour les dix prochaines années, alors que celle-ci doit être multipliée par 2,9 au cours des cinq années à venir maximum (ou deux années selon les sources, voir point 4).

En outre, on peut se demander ce qui arrivera dans « 10 ans » (ou « au delà »), lorsque ST voudra encore augmenter sa consommation…

8. Les conduites publiques d’eau ont-elles la capacité de transporter toute l’eau nécessaire aux industriels, ou faudra-t-il les agrandir ?

Les conduites d’eau qui alimentent le Grésivaudan ont une capacité physiquement limitée à 29 000 m3/j depuis qu’elle a été augmentée en 2022, par l’installation de surpresseurs15.
STMicroelectronics prévoit de consommer 33 600 m3/j, dont 21 500 issus du réseau d’eau potable (voir point 3). Quand on y ajoute la consommation de Soitec, des autres industries et du Grésivaudan en général (voir point 1), on peut estimer que cette consommation globale restera sous le seuil des 29 000 m3/j. A priori, il n’y aura donc pas d’autres travaux sur le réseau d’eau potable pour permettre aux industriels d’accroître leurs capacités de production.

9. Quels sont les risques associés à l’augmentation de la consommation d’eau des usines ?

Aujourd’hui, on peut avoir l’impression qu’il y a de la marge sur les quantités prélevées. En effet, au regard des arrêtés préfectoraux, on devrait pouvoir prélever environ 2 fois plus d’eau potable qu’aujourd’hui : le champ captant « Romanche » est bien fourni16. Le problème ne serait alors qu’un problème technique : les capacités de pompage ne seraient simplement pas adaptées.
Sauf que ces volumes autorisés ont été définis en 1967 ! La Mission Régionale d’Autorité Environnementale est d’ailleurs très claire à ce sujet dans son rapport d’évaluation de la demande d’extension de l’usine ST à Crolles :
« l’Autorité environnementale recommande de préciser l’état quantitatif de la ressource en eau utilisée pour le réseau d’eau potable et l’alimentation du site en eau au regard des évolutions climatiques prévisibles »
De même, les effets cumulés d’accroissement de la demande en eau potable des sites de ST et de Soitec n’ont pas été évalués (les deux usines sont immédiatement voisines, mais les deux dossiers sont toujours traités de façon séparée). Pas plus que l’impact des prélèvements sur la nappe phréatique de l’Isère. Ainsi, dans le même avis de la MRAE, on peut lire :
« Le dossier ne fait pas d’analyse de la vulnérabilité de la ressource en eau, que ce soit la nappe d’accompagnement de l’Isère ou celle alluviale de la Romanche, ni des éventuelles pressions sur ces ressources en eau. »17

10. Que faire face à cette situation scandaleuse ?

Rejoindre le collectif STopMicro et se battre contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique !
Nous nous réunissons régulièrement, nous organisons des actions, nous
collectons et partageons des informations… et nous comptons bien empêcher l’agrandissement du site de STMicroelectronics. Nous luttons contre l’emprise numérique grandissante, contre le pouvoir des grandes entreprises, et pour une alternative à la dégradation environnementale et au mode de vie industriel qui en est la cause.
C
ontactez-nous : stopmicro@riseup.net, https://stopmicro38.noblogs.org.

No puçaran !

Collectif STopMicro
28 août 2023

Annexes

  1. L’origine de cette étude, ou pourquoi ce souhait de recouper un maximum de données ?

L’idée est de reconstruire un ensemble de données cohérent, à la fois concernant les prélèvements actuels, mais aussi projetés, ainsi que les risques associés à ces niveaux de prélèvements.

Ce travail devrait ainsi permettre de poser le débat autour de la ressource en eau pour les sites industriels de microélectronique de la vallée du Grésivaudan sur des bases solides. On espère ainsi pouvoir éviter des lectures simplifiées, sinon simplistes. Ainsi, en parcourant les commentaires souvent lapidaires qui accompagnent les articles relatant la manifestation du 1er Avril portée par le collectif STopMicro et intitulée « De l’eau, pas des puces ! »18 on lit tout aussi bien que « la quantité d’eau potable consommée par ST met la population en danger », ce qui est objectivement faux à ce jour, mais aussi que « il s’agit simplement de prendre de l’eau dans la nappe et de la rejeter dans la rivière », ce qui est tout aussi faux puisque l’eau n’est pas de même nature en entrée et en sortie.

Nous n’abordons qu’une des facettes liées à l’eau, à savoir le prélèvement de la ressource en eau potable maintenant et demain, et les conflits d’usage que cela laisse présager. Par exemple, l’aspect rejets en eau et polluants associés n’est ici pas traité. Ni le sujet risque inondation. Ni les risques sur la nappe phréatique liés aux deux forages. En fait, pour appréhender le sujet dans toute sa complexité, il faudrait prendre en compte l’ensemble des aspects liés à l’extension de l’usine de Crolles, pas seulement l’eau et encore moins l’eau potable uniquement. Ainsi, quid des émissions de gaz à effets de serre, de la pollution atmosphérique, de l’artificialisation des sols, des déchets, des rejets aqueux, des impacts sur l’aménagement du territoire (transports, logement, services publics) ? Tous ces points qu’il faudrait mettre en balance vis-à-vis des apports pour les collectivités locales (notamment impôts), emplois créés, ou encore la contribution à l’autonomie industrielle du pays, etc. Bref, le sujet est vaste et complexe et devrait être traité dans son ensemble. De prochaines notes pourraient permettre de couvrir certains de ces autres aspects.

  1. Pourquoi tant d’eau ?

Précisons pourquoi les entreprises de la microélectronique souhaitent bénéficier d’une eau ultrapure. Un article du journal Le Postillon19 apporte des éléments de réponse : « Les circuits en microélectronique sont si miniaturisés (28 voire 14 nanomètres pour les grilles de transistor les plus fines) que le moindre contaminant, notamment les ions présents dans l’eau, peut créer des défauts pouvant générer des courts-circuits et le dysfonctionnement des puces ». Et de compléter « Même l’eau la plus claire […] tout à fait potable a encore trop de choses en elle pour les besoins de la microélectronique. Alors la première opération qu’on lui fait subir est de la débarrasser de tous les éléments « impurs » pour obtenir de l’eau pure à 99,99 %, soit de « l’eau ultrapure » ». Ceci passe par plusieurs étapes de traitement (détaillées dans ce même article). L’eau dite « ultrapure » n’est pas un poison mais elle est impropre à la consommation. Le reste de l’article détaille l’utilisation qui est faite de l’eau et son traitement. On peut résumer rapidement que cette eau ultrapure va servir notamment à laver les plaques de silicium, se chargeant au passage de produits chimiques. Après traitement dans la station dédiée, ce qui génère annuellement des dizaines de milliers de tonnes de polluants qui seront évacués par ailleurs, l’eau est rejetée dans l’Isère. Le contenu en impuretés et polluants est certes en conformité avec les seuils fixés par les services de l’État, mais l’eau rendue à est de « qualité rivière » donc non potable.

3. Comment les chiffres ont-ils été obtenus ?

1. Sur les volumes prélevés à ce jour

Les données les plus complètes concernent l’année 2021. A fin 2021, on peut indiquer de manière assez fiable que la consommation cumulée des usines de ST et Soitec était de 14 500m3/jour, soit 167 litres par seconde. Voici les sources qui permettent d’obtenir ces chiffres :

– Dans les différents articles du Postillon20, on retrouve souvent le chiffre de 20 000 m3/j pour la consommation en eau potable pour les site de STMicroelectronics et Soitec en 2022, même si on trouve aussi dans une des éditions21 le chiffre de 176 litres par seconde (~15 000 m3/j) sur un même périmètre. Cette dernière valeur correspondrait à une valeur moyenne tandis que 20 000 m3/j serait une valeur pic22.
– En additionnant les valeurs attribuées directement à Soitec23 et STMicroelectronics24 on obtient un total de 14 500 m3/j : 11 500 m3/j pour ST en 2021 (4 232 000 m3 annuels) et 3 000 m3/j pour Soitec en 2020 (1 100 000 m3 annuels)
– De son côté, le rapport de la MRAE25 fait état de capacités d’adduction actuelles au niveau de STMicroelectronics de 14 880 m³/jour (620 m3/h) et que des travaux à l’été 2023 devraient augmenter la capacité de distribution du réseau à 800 m³/h soit 19 200 m³/jour.

Ainsi, les chiffres communiqués par les entreprises elles-mêmes et a priori consolidés par le rapport MRAE semblent confirmer un flux quotidien moyen proche de 15 000 m3/j pour STMicroelectronics et Soitec. Ceci reste éloigné des 20 000 m3/j annoncés dans Le Postillon pour la consommation actuelle, qui correspondrait ainsi au pic de consommation.

– Quant à Sophie Olmos (citée par place Grenet26), vice-présidente en charge de l’eau à Grenoble-Alpes Métropole, elle indique 8 millions de m3/an pour STMicroelectronics + Soitec, soit 22 000 m3/j, ce qui semble élevé au regard des chiffres précédemment donnés
– La Société Publique Locale (SPL) Eaux de Grenoble Alpes indique dans son bilan 202127 que le volume annuel distribué à destination de Crolles a été de 13 500 m3/j (~5 M m3/an).

Conclusion pour 2021 : Il semble le plus probable de considérer que les sites de ST et Soitec représentent de l’ordre de 14 500 m3/j en 2021. C’est ce qui recoupe le mieux les données EDGA, MRAE et STMicroelectronics. (Nota : D’après le rapport d’Eaux de Grenoble Alpes de 202128, 30,878 millions de m3 ont été extraits en 2021 sur les champs captants de Rochefort et Jouchy-Pré Grivel. Avec 4,938 millions de m3 vers Crolles, cela représente 16% du volume total de ces 2 nappes qui part vers le Grésivaudan, dont 85% pour ST.)

Pour 2022, on peut se baser sur le rapport d’Eaux de Grenoble Alpes29 qui indique une augmentation d’environ 3% des volumes distribués vers Crolles (5,082 millions de m3). Les consommations des industriels ont donc probablement peu augmenté en 2022. Le directeur du site annonce que « la consommation d’eau a réduit, le site a consommé un volume d’eau similaire à 2021 pour une production supérieure de 20% »30. La consommation n’a donc « réduit » qu’en valeur relative.

Pour 2023, la Communauté de Commune Le Grésivaudan fait état d’une augmentation significative de l’approvisionnement en eau depuis Grenoble Alpes Métropole31. Ainsi, à ce jour, ce seraient 16 400 m3/j (6 millions de m3/an) qui transiteraient depuis Grenoble Alpes Métropole, dont 13 500 m3/j iraient à STMicroelectronics32.

2. Sur les volumes prélevés dans le futur à court et moyen terme

L’eau potable est actuellement utilisée par STMicroelectronics pour ses procédés microélectroniques (eau potable rendue ultrapure), mais aussi pour les besoins de refroidissement de ses salles blanches via des échangeurs thermiques air/eau. Ainsi, sur 100 litres d’eau potable qui entrent aujourd’hui sur le site, 35 litres sont utilisés pour un besoin autre que les procédés microélectroniques33.

Cette proportion d’eau potable peut être remplacée aisément par de l’eau de nappe. Un arrêté préfectoral récent34 a autorisé STMicroelectronics à réaliser le forage de 2 puits au droit du site. Ainsi, l’entrée en service des forages P1 et P2 (pour 7 200 m3/j) pourrait permettre d’augmenter la production de puces sans requérir plus d’eau potable. A plus long terme, ST pourrait envisager un 3ème puits pour prélever jusqu’à 500 m3/h (12 000 m3/j) depuis les nappes.

Ceci devrait amener à un total futur de 33 600 m3/j35, dont 12 000 m3/j d’eau de nappe et donc un besoin de ~21 600 m3/j en eau potable.

Si on y ajoute les besoins croissants de Soitec et la commune de Crolles, on se rapproche des 29 000 m3/j qui font l’objet de la convention entre Grenoble Alpes Métropole et la Communauté de communes Le Grésivaudan36. Ce volume est d’ailleurs confirmé par Francis Bernigaud, Vice-Président délégué à l’eau de la Communauté de Commune Le Grésivaudan « On a eu tout un travail pour monter les capacités de production d’eau à un seuil de 29 000 m3 qui correspond au développement des industriels sur l’horizon 2023-2024 ».37 Et de compléter : « Les industriels nous annoncent des plans de développement très supérieurs à ça. Ils souhaiteraient doubler leur consommation d’eau, sur un horizon 2030, 2035, 2050. »

Ainsi, la demande officielle serait, à l’horizon 2023-2024 de 21 600 m3/j d’eau potable pour ST (7,7 millions de m3 par an)  pour un total de 29 000 m3/j vers le Grésivaudan (10,6 millions de m3/an).

A plus long terme, les industriels auraient déjà en projet des consommations bien plus élevées. Soit en utilisant pour partie de l’eau des nappes (d’où les 33 600 m3/j de consommation totale d’eau annoncés par ST) ou en faisant appel à des sources d’eau potable annexes.

3. Sur la capacités des nappes

– D’après un internaute qui semble très au fait de la situation sur STMicroelectronics38 la nappe du Drac (Rochefort) est exploitée à seulement 18% de sa capacité. C’est en écart avec les 25% annoncés par un professionnel du secteur39, chiffre également avancé par Sophie Olmos40.
– D’après Eaux de Grenoble Alpes41: le prélèvement sur la nappe dite Drac était en 2021 de 15 478 022 m3, soit 20% des volumes autorisés (p. 48) et le prélèvement sur la nappe dite Romanche était en 2021 de 15 399 940 m3, soit 32% du volume autorisé prélevé sur Pré Grivel et 50% du volume autorisé prélevé sur Jouchy (p. 50).

Si on suppose que les volumes prélevés sur Pré-Grivel et Jouchy sont équivalents, alors on déduit une moyenne de 41% des volumes autorisés pour la Romanche.

Au global, on pourrait donc prélever annuellement : 77,4 millions de m3 pour le Drac et 36,7 millions de m3 pour la Romanche, soit environ 114 millions m3 par an. On aurait donc un taux actuel de prélèvement de 27%.
D’après une présentation de Jacques Wiart42, on serait plutôt à 40% (facteur 2,5)
D’après un hydrologue concerné par ces sujets, on serait à 25% sur Drac et 50% sur Romanche, soit 38% au global (volumes totaux comparables).

Conclusion : on doit pouvoir avancer que le taux de prélèvement actuel (ratio entre la quantité effectivement prélevée et la quantité autorisée) se situe entre 32% et 40% pour les 2 nappes concernées (Drac et Romanche).

4. Sur les risques associés

A ce sujet, on ne dispose pas d’éléments chiffrés précis. On peut néanmoins faire appel à certains articles pour se donner une idée :

Voir les propos d’une responsable de EDGA dans l’article de Place Grenet : « Cela fait dix ans que le niveau de la nappe du Drac n’avait pas été aussi bas, À court terme, pas d’inquiétude. Mais dès le moment où les sécheresses vont se répéter d’année en année, les capacités importantes des nappes seront-elles suffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins ? »43
– Voir également le rapport de la MRAE qui est sans appel sur ce point :
« l’Autorité environnementale recommande de préciser l’état quantitatif de la ressource en eau utilisée pour le réseau d’eau potable et l’alimentation du site en eau au regard des évolutions climatiques prévisibles »44.
– En
août 202245, l’ensemble du département de l’Isère a été placé en crise sécheresse de niveau 4 (sur 4) conduisant notamment à l’interdiction d’arrosage des pelouses, massifs fleuris ou espaces verts, l’interdiction d’arroser les potagers privés entre 9h et 20h, et la réduction de 50% de l’arrosage des cultures maraîchères. Attention, il s’agit ici d’eau des nappes phréatiques pour la plupart autres que celles de la Romanche et du Drac.
– Déclaration de Francis Bernigaud, Vice-Président délégué à l’eau de la Communauté de Communes Le Grésivaudan
« Après l’été que l’on vient de passer, c’est vrai que je suis inquiet sur notre capacité à fournir de la bonne eau aux industriels, aux agriculteurs et aux habitants partout sur le territoire »46.

1DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, Compte-rendu de la Commission de Suivi de Site Grésivaudan, 14/06/2023, https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/20230704-cr-css_gresivaudan_14.06_2023.pdf

2À ce sujet, lire notre communiqué « Enquête publique: les dés sont pipés », 28/08/2023, https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/08/28/enquete-publique-les-des-sont-pipes/

3Compilation des données : du Rapport d’activité 2021 de Eaux de Grenoble Alpes ; de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAE) – Avis n 2022-ARA-AP-1475 (17/02/2023), https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf ; et de la Déclaration Environnementale 2021 Site de Crolles de STMicroelectronics. Consulter le point 3.1 des annexes de notre document pour plus de détails.

4Déclaration Environnementale 2021 – Site de Crolles de STMicroelectronics.

5Raphaëlle Lavorel, « En Isère, l’industrie électronique boit toute l’eau », Reporterre, 12/01/2023, https://reporterre.net/En-Isere-l-industrie-electronique-boit-toute-l-eau.

6Arrêté préfectoral DDPP-DREAL UD38-2022-03-08.

7Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAE) – Avis n 2022-ARA-AP-1475, 17/02/2023, https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf.

8Le Dauphiné Libéré, 26/08/2023.

9« STMicroelectronics va doubler les capacités de son usine de puces à Crolles avec GlobalFoundries », Les Échos, 11/07/2022, https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/stmicroelectronics-va-doubler-les-capacites-de-son-usine-de-puces-a-crolles-avec-globalfoundries-1776027.

10Le Dauphiné Libéré, 26/08/2023.

11Communiqué du Ministère de l’économie, 5/06/2023, https://presse.economie.gouv.fr/05062023-bruno-le-maire-annonce-le-debut-de-la-production-de-la-mega-usine-de-semi-conducteurs-portee-par-globalfoundries-et-stmicroelectronics-a-crolles-et-signe-le-contrat-daide-de-letat-au-projet/ ainsi que M. Peyre, DREAL et Mme. Schittly, STMicroelectronics, Compte-rendu de la Commission de Suivi de Site Grésivaudan, 14/06/2023, art. cit.

12Sur le sujet, consulter le point 2 des annexes de notre document pour plus de détails.

13Sur le sujet, lire aussi notre texte « Eau: il n’y a pas de recyclage chez STMicroelectronics », Mai 2023, https://stopmicro38.noblogs.org/files/2023/05/Eau-il-ny-a-pas-de-recyclage-chez-ST-Microelectronics-1-2.pdf

14DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, Compte-rendu de la Commission de Suivi de Site Grésivaudan, 14/06/2023, https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/20230704-cr-css_gresivaudan_14.06_2023.pdf

15Raùl Guillen et Vincent Peyret, « Ces puces qui s’emparent de « l’or bleu » des Alpes », Le Monde diplomatique, juin 2023.

16Sur le sujet, consulter le point 3 des annexes de notre document pour plus de détails.

17Sur le sujet, consulter le point 4 des annexes de notre document pour plus de détails.

18Voir par exemple Le Monde, « Contre l’accaparement de l’eau, des centaines de personnes ont manifesté devant l’entreprise STMicroelectronics en Isère », publication en ligne 1/04/2023, https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/04/01/contre-l-accaparement-de-l-eau-des-centaines-de-personnes-ont-manifeste-devant-l-entreprise-stmicroelectronics-en-isere_6167885_3244.html

19Le Postillon n°68, printemps 2023, « Comment STMicro pollue l’eau »

20Le Postillon : « Seule la contestation est sobre » (n°66), « Les élus prêts à nous assécher » (n°66), « Ultra méga-bassine de ST Micro : à quand un soulèvement ? » (n°67), « L’eau potable rançonnée par l’industrie des puces électroniques » (n°67), « Comment STMicro pollue l’eau » (n°68), « Grenoble, je ne boirai plus de ton eau » (n°68).

21Le Postillon n°66, « Les élus prêts à nous assécher ».

22Le Postillon n°67, « L’eau potable rançonnée par l’industrie des puces électroniques ».

23Raphaëlle Lavorel, « En Isère, l’industrie électronique boit toute l’eau », Reporterre, 12/01/2023, https://reporterre.net/En-Isere-l-industrie-electronique-boit-toute-l-eau.

24STMicroelectronics, Déclaration Environnementale 2021 – Site de Crolles.

25Mission Régionale d’Autorité Environnementale, Avis n 2022-ARA-AP-1475, 17/02/2023, https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf.

26Séverine Cattiaux, « Journée mondiale de l’eau : la Métropole de Grenoble lance des études prospectives sur le devenir de ses nappes d’eau potable », Place Grenet, 22/03/2023 .

27Eaux de Grenoble Alpes : Rapport d’activité 2021.

28Idem.

29Eaux de Grenoble Alpes : Rapport d’activité 2022.

30DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, Compte-rendu de la Commission de Suivi de Site Grésivaudan, 14/06/2023, https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/20230704-cr-css_gresivaudan_14.06_2023.pdf

31Communauté de Communes Le Grésivaudan, délibération DEL-2023-0094, 20/03/2023.

32Source ST rapportée oralement.

33Source anonyme.

34Arrêté préfectoral DDPP-DREAL UD38-2022-03-08

35Mission Régionale d’Autorité Environnementale, Avis n°2022-ARA-AP-1475, 17/02/2023, https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf.

36Communauté de Communes Le Grésivaudan, délibération DEL-2023-0094, 20/03/2023.

37Le Postillon n°66.

38Fil Twitter de « Batounet de Poisson », 13/01/2023, https://twitter.com/Qraaal/status/1613959450167054336

39Source anonyme.

40Le Postillon n°68, printemps 2023 : « Grenoble, je ne boirai plus de ton eau ».

41Mission Régionale d’Autorité Environnementale, Avis n°2022-ARA-AP-1475, 17/02/2023, https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf.

42« Eau – Zoom sur notre agglomération ». Présentation dans le cadre d’une conférence organisée par Echosciences, 22/02/2023, https://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/cafe-sciences-et-citoyens-de-l-agglomeration-grenobloise/articles/le-monde-saura-t-il-partager-l-eau-equitablement

43Séverine Cattiaux, « Journée mondiale de l’eau : la Métropole de Grenoble lance des études prospectives sur le devenir de ses nappes d’eau potable », Place Grenet, 22/03/2023.

44Mission Régionale d’Autorité Environnementale, Avis n°2022-ARA-AP-1475, 17/02/2023, https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf.

45Voir notamment Le Postillon n°68.

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► Enquête publique : les dés sont pipés

Aujourd’hui, lundi 28 août, débute l’enquête publique relative à l’agrandissement de l’usine STMicroelectronics de Crolles (Isère). Cette enquête, qui durera jusqu’au 9 octobre, sera rythmée par deux réunions publiques et par sept permanences avec le commissaire enquêteur. Le dossier sera quant à lui consultable durant toute la durée de l’enquête en mairies de Crolles et Bernin.

Pourquoi une enquête publique ? L’usine de ST veut doubler sa production de semi-conducteurs d’ici 2026, et tripler dans le même temps sa consommation d’eau (pour atteindre 387 litres d’eau par seconde, dont 249 issus du réseau public d’eau potable). Cette enquête publique a pour but de rendre « acceptable » un chantier, déjà décidé (au niveau européen, dans le cadre de l’European Chips Act), déjà annoncé (par Emmanuel Macron en juillet 2022), déjà financé (2,9 milliards d’argent public pour un budget global de 5,7 milliards). Comme le rappelle le Dauphiné Libéré (23/08/2023), « la [première] unité de production doit d’ailleurs être livrée début 2024 », dans six mois, donc. Le ministère de l’économie a même annoncé, dans un communiqué de presse du 5 juin 2023 que la production de cette « méga-usine » aurait déjà commencé ! Ce qui est faux, mais montre bien l’état d’esprit des autorités quant à ce projet.

Les décisions sont déjà prises : cette enquête publique est une mascarade. Derrière cet agrandissement, il y a des enjeux d’augmentation des capacités de l’Union Européenne à dominer sur les plans militaires, économiques et géostratégiques, des enjeux de puissance en somme. Or, comme le rappelle le chercheur Frédéric Graber dans son livre Inutilité publique, les enquêtes publiques ne sont jamais que des dispositifs d’accompagnement et de légitimation des projets industriels servant à discréditer les critiques. On sait que de toutes façons, les enquêtes publiques n’ont qu’un avis consultatif, la préfecture pouvant passer outre.
Alors, parce que nous savons qu’avec un tel projet industriel, les dés sont pipés dès le départ et qu’une enquête publique, quand bien même son avis serait défavorable, ne suffira pas à entraver l’extension, nous n’attendons rien de ce simulacre démocratique.

Depuis novembre 2022, notre collectif conteste le projet. Nous avons notamment réuni 1000 personnes pour notre manifestation du 1er avril dernier sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces ! ». Nous dénonçons l’inadéquation entre un tel chantier et des enjeux autrement plus importants : d’une part la finitude des ressources (eau, énergie, terres rares) et d’autre part l’utilité sociale réelle de ces semi-conducteurs. Nous posons la question du « toujours plus » : quels intérêts servent ces puces utilisées dans la 5G, le matériel militaire, l’intelligence artificielle, la voiture autonome ? Une société plus écologique, plus égalitaire et moins obsédée par la croissance du PIB n’aurait pas besoin de ces gadgets.

Contre l’agrandissement de STMicroelectronics : seule la lutte paye ! Notre collectif va continuer son travail d’information et de mobilisation. Informer sur l’eau potable que consomment ces usines, sur les dérogations dont elles bénéficient, sur leurs impacts environnementaux et les nuisances qu’elles génèrent, sur les usages de cette production, sur les liens avec l’industrie de guerre, sur les collusions et les conflits d’intérêt entre élu-es locaux-les et industriels, sur l’évasion fiscale de ces grandes firmes et la pluie de subventions publiques dont elles bénéficient malgré tout.

Nous allons continuer à mettre la pression aux autorités et aux industriels. Pour commencer, on pourra nous trouver devant les deux réunions publiques de l’enquête publique (le 1er et le 28 septembre de 18h30 à 20h30, salle municipale « L’Atelier », 47 rue du Moulin à Crolles) et à la baignade party que nous organisons entre Soitec et ST à Crolles le 9 septembre dans le cadre de la campagne « 100 jours pour les sécher » des Soulèvements de la Terre. Mais nous avons bien d’autres projets.

No puçaran !

Collectif STopMicro
28 août 2023

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Baignade Party de STopMicro [09/09]

Le collectif Stop Micro ! vous invite à venir vous baigner, ou tout du moins vous tremper les pieds, dans le ruisseau du Craponoz,

le Samedi 9 Septembre à partir de Midi.

Nous vous invitons à partager un pique-nique tiré du sac et à rester l’après-midi jusqu’aux environs de 16h.

Prenez votre maillot de bain et votre transat, et venez apprécier avec nous la fraîcheur d’une rivière méconnue des isérois-es, dans un cadre idyllique entre la gigantesque usine STMicroelectronics et la fascinante usine Soitec, des lieux qui vous sont déjà familiers. Vue imprenable et univers sonore relaxant garantis, cette baignade n’est qu’un préliminaire à l’amazing future life.augmented que vous promettez de nous offrir.

Alors que ce mois de Juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré au niveau mondial, que nous vivons des jours caniculaires dans la région, et que les sécheresses tendent à s’intensifier, ST et Soitec continuent d’engloutir toujours plus d’eau. Après la fin de leurs extensions, les deux usines consommeront un total de 389 litres d’eau par seconde sans aucune restriction prévue, plus que la ville de Grenoble tout compris !
Venez admirer les chefs-d’œuvre de la « Silicon Valley française » qui font dépérir le Grésivaudan.

Sont également conviés  :

M. Jean-Marc Chery, Président de STMicroelectronics

M. Henri Baile, Président de la communauté de communes du Grésivaudan

M. Jean-François Clappaz, Vice-Président de la communauté de communes du Grésivaudan

M. Pierre Barnabé, Président de Soitec

M. Eric Gerondeau, Directeur de STMicroelectronics Crolles

M. Bruno Feigner, Directeur du CEA Grenoble

Bruno Lemaire, Ministre de l’économie

————————————————————————————————-

Départ groupé à vélo depuis la place Vaucanson à 10h30 !

Ruisseau de Craponoz situé entre l’usine ST de Crolles et l’usine Soitec de Bernin, au niveau du Pont de la Chêvre.

Amenez vos maillots, vos chaises longues, vos bouées, vos brassards, vos parasols et vos glacières pour cette baignade party en enfer !

Pour précision : le ruisseau est difficilement accessible aux personnes à mobilité réduite

 

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Réunion de rentrée le 6 septembre !

A toutes les nouvelles, tous les nouveaux qui veulent rejoindre STopMicro  : rendez-vous le mercredi 6 septembre à 18h30 pour la réunion de rentrée du collectif !

Ça sera au Bocal d’Alternatiba (8 boulevard de l’esplanade – Grenoble).

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Solidarité avec la mobilisation uruguayenne pour l’eau

Voici le message que nous avons envoyé en Uruguay à celles et ceux qui se battent pour la défense de l’eau et contre l’installation d’un data center de Google (Plus d’informations ici, , et ). Et leur réponse juste en dessous.

Solidarité internationale contre la dictature des géants du numérique!

(Photo Eitan ABRAMOVICH / AFP)

Bonjour,

Nous vous écrivons depuis la France. Nous venons d’apprendre la situation dramatique de l’eau en Uruguay et la lutte courageuse que vous menez contre la privatisation de l’eau. Pas accès à l’eau potable depuis des mois pour la moitié de la population, une eau nauséabonde qui coule des robinets, la plus grosse sécheresse depuis 70 ans… alors que Google veut implanter un data center (pour ses serveurs Gmail et YouTube du monde entier) qui consommera 7,6 millions de litres par jour!

Votre lutte fait écho à celle que nous menons chez nous, à Grenoble en France.
Ici, au coeur de l’Occident industrialisé, la situation est moins dramatique pour la population : quand nous tournons le robinet, c’est bien de l’eau potable qui coule. Mais les nappes phréatiques sont de plus en plus basses et, été après été, les sécheresses de plus en plus importantes.
Pendant ce temps, l’Union Européenne a décidé d’agrandir la méga-usine de puces électroniques de Grenoble (STMicroelectronics à Crolles). En 2021, elle consommait déjà 127 litres d’eau par seconde (11 millions de litres par jour). Après l’extension, en 2028, elle consommera 389 litres par seconde (33,6 millions de litres par jour).
Nous refusons ce pillage des ressources. Nous pensons que les industriels ne devraient pas pouvoir accaparer des biens aussi précieux que l’eau pour produire des objets aussi peu nécessaires que des semi-conducteurs. Surtout dans un contexte de dérèglement climatique et de crise écologique généralisée.

Les ressources naturelles sont en quantité limitée. Tandis que nous avons besoin d’eau, nous n’avons pas besoin de data centers, de semi-conducteurs, d’algorithmes, de YouTube et d' »intelligence artificielle ».

C’est pourquoi nous avons organisé le 1er avril dernier une manifestation qui a réuni 1000 personnes, sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces! ». Et notre mobilisation continue : nous comptons bien empêcher l’industriel d’agrandir l’usine.

Nous ne battons pas égoïstement pour préserver notre vallée en cherchant à externaliser les nuisances dans les pays du Sud. Nous nous battons pour une autre société qui satisfasse les besoins des populations et qui ne se perde pas dans une fuite en avant technologique au service des intérêts des capitalistes et des Etats.

C’est pourquoi, depuis la France, par delà l’Océan, nous saluons votre combat et votre mobilisation.
Pour l’eau, contre la dictature des géants du numérique.
De l’eau, pas des puces!

Collectif STopMicro,
le 31 juillet 2023

 

Buenos dias ,
Les escribimos desde Francia porque acabamos de enterarnos de la dramatica situacion debida al agua en Uruguay y también de la lucha valiente que ustedes estan llevando a cabo contra la privatisacion del agua. Con una poblacion sin acceso al agua potable desde hace meses, con una agua nauseabunda que sale de las canillas, con la sequia mas grande en 70 anos y Google que quiere implantar un Data Center (para servidores Gmail y YouTube del mundo entero) que consumira 7,6 millones de litros de agua por dia!!!

La lucha de ustedes repercute en la que nosotros llevamos a cabo aqui, en Grenoble, en Francia.

Aqui, en el corazon del occidente industrializado, la situacion es menos dramatica para la poblacion : cuando abrimos una canilla sale agua potable; pero las napas freaticasestan cada vez mas bajas y de verano en verano las sequias cada vez mas importantes.

A pesar de este panorama la Union Europea decidio agrandar la mega fabrica de microprocesares electronicos de Grenoble (STMicroelectronics en Crolles). En el 2021 esta fabrica ya consumia 127 litros de agua por segundo (11 millones de litros de agua por dia). Luego de la extension en el 2028 la misma fabrica consumira 389 litros por segundo (33,6 millones de litros por dia).

Rechazamos ese saqueo de los recursos naturales. Pensamos que las industrias no deberian apropiarse de riquezas como el agua para producir objetos tan poco necesarios como los semi conductores, sobre todo en un contexto de desajustes climaticos y de crisis ecologica generalizada.

Los recursos naturales no son ilimitados. Tenemos necesidad de agua pero para nada necesidad de Data Centers, de semi conductores, de algoritmos, de YouTube y de inteligencia artificial.

Es por todo eso que para el 1° de abril pasado organizamos una manifestacion que reunio a 1000 personas bajo la consigna « Agua, no microprocesadores ». Y nuestra movilizacion continua : esperamos poder impedir la extension industrial de esta fabrica.

No luchamos egoistamente para preservar nuestro valle buscando externalizar los inconvenientes en los paises del Sur. Luchamos por una sociedad que satisfaga las necesidades de los pueblos y que no se pierda en un derrotero tecnologico al servicio de los intereses de los capitalistas y de los Estados.

Es por todo esto que, desde Francia, a través del océano saludamos la lucha y la movilizacion que ustedes estan llevando adelante.
Por el agua, contra la dictadura de los gigantes digitales.

!Agua y no microprocesadores!!!
Collectif STopMicro

 


 

La réponse de CNDAV

Bonjour camarades,

La Commission Nationale de Défense de l’Eau et de la Vie (CNDAV) reçoit avec une grande joie votre message de solidarité avec notre lutte. Nous sommes convaincus qu’en ce moment de capitalisme sauvage, nous avons plus que jamais besoin de renforcer l’internationalisme entre les peuples.
Comme le dit un camarade de la commission : « La victoire est nôtre parce que nous avons raison et que nous y mettons du cœur ».
Un grand bravo à tous les camarades de StopMicro ! et bonne continuation dans vos luttes !

Les droits ne se privatisent ni se négocient !

Nous défendons l’EAU, parce que nous défendons la VIE.

La CNDAV,

 

Buenos días compañeros,

   Desde la Comisión Nacional en Defensa del Agua y la Vida (CNDAV) recibimos con mucha alegría su mensaje de solidaridad con nuestra lucha. Estamos convencidos que en este momento de Capitalismo salvaje, necesitamos más que nunca afianzar el internacionalismo entre los pueblos.
   Como dice un compañero de la comisión ; « la victoria es nuestra porque tenemos la razón, y además le ponemos corazón ».
   Un abrazo apretado para todos los compañeros de StopMicro.!  y adelante que sus luchas !

   Los derechos no se privatizan ni se negocian !

   Defendemos el AGUA, porque defendemos la VIDA.

   Por CNDAV,

 

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► Face à la canicule : fermons le robinet à STMicro !

Version PDF de l’article : Face à la canicule fermons le robinet à ST

Photographie prise lors de la manifestation du 1er avril devant l’usine de STMicroelectronics

 

Les causes de la canicule et de la sécheresse sont politiques

FACE À LA CANICULE : FERMONS LE ROBINET À STMICRO !

 

C’est reparti comme l’été dernier ! Dimanche 9 juillet, l’Isère a été placée en vigilance orange canicule, alors que les 4 et 5 juillet ont été les deux journées les plus chaudes jamais enregistrées au niveau mondial (1). Le préfet de l’Isère prendra « très probablement » cet été un arrêté restreignant l’utilisation d’eau pour l’agriculture et les usages domestiques.
Mais pendant que nous payons les conséquences du changement climatique, des industriels pillent la réserve d’eau de la région : en particulier les gros buveurs STMicroelectronics et Soitec.

 

Rappelez-vous : l’an dernier, un incendie touchait plus de 130 hectares à Voreppe, obligeant les pompiers à lutter pendant dix jours et dix nuits. Au même moment, dans le Grésivaudan, la commune de Saint-Maximin, en rupture d’alimentation en eau, était alimentée par camions pendant plusieurs semaines. Évènements exceptionnels ? Pas vraiment : en France, 66 000 hectares partaient en fumée cet été-là, pendant que plus d’un millier de communes mettaient en place des mesures de gestion exceptionnelles pour approvisionner leurs habitants en eau. En outre, plus de 1 200 cours d’eau étaient totalement asséchés et certaines filières agricoles connaissaient des baisses importantes de rendements, jusqu’à 30 % (2) ! Puis, cet hiver, l’Isère était l’un des six départements placés en alerte sécheresse…

Dès le mois d’avril 2023, les trois quarts des nappes phréatiques françaises affichaient des niveaux inférieurs aux normales, dont 20% « très bas » (3). Le gouvernement a annoncé que pour cet été la moitié du pays est concernée par un risque de sécheresse « probable » ou « très probable ». Sans surprise, l’Isère est dans les « très probables » (4) ! Alors à présent, on compte les jours nous séparant d’un arrêté préfectoral limitant les usages domestiques et agricoles de l’eau, comme en 2022 (interdiction d’arroser les jardins potagers en journée, baisse des prélèvements agricoles autorisés…).

Cette situation ne va pas s’arrêter de sitôt : les autorités françaises affirment qu’une sécheresse comme celle de 2022 « pourrait devenir la norme d’ici la fin du XXIe siècle » (5). Rappelons-nous qu’à l’échelle mondiale, les années 2015 à 2022 ont été les huit plus chaudes jamais enregistrées sur Terre, et que les cinq prochaines années seront plus chaudes encore (6) ; la sécheresse et la canicule s’imposent peu à peu comme une nouvelle normalité.

 

Certains doivent consommer moins, les industriels peuvent consommer trois fois plus

 

Pendant que l’État s’apprête à demander aux agriculteurs et aux particuliers de limiter leur consommation d’eau, les industriels cotés au CAC40 ne sont pas logés à la même enseigne, et reçoivent l’autorisation de consommer… 3 fois plus ! Une autorisation qui ne se limite pas aux périodes de sécheresse. Une autorisation permanente, un vrai choix politique !

En effet, il y a exactement un an, Emmanuel Macron est venu à Crolles annoncer l’extension du site de production de STMicroelectronics. Cette usine de production de semi-conducteurs consommait déjà 127 litres par seconde, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 (7). Après l’extension voulue par Macron, ST consommera 389 litres par seconde (8), soit une multiplication par presque trois, sur des volumes qui étaient déjà loin d’être anodins ! C’est que l’industrie des semi-conducteurs est très gourmande en eau : un peu (25%) pour la climatisation des salles blanches, et beaucoup (75%) pour le nettoyage des plaquettes de silicium. STMicroelectronics à Crolles et sa voisine de Bernin, Soitec, consomment les deux tiers de l’eau du Grésivaudan (9). Rappelons par ailleurs que STMicroelectronics produit des semi-conducteurs destinés aux secteurs dits « stratégiques » (défense nationale notamment), automobile, aéronautique, spatial… et a pour projet d’étendre le mode de vie connecté et la « life augmented » (10).

 

Il n’y aura pas d’eau pour tout le monde

 

Que nous apprennent ls sécheresse de ces dernières années et les températures de cet été ? Que la ressource en eau est limitée, que la pénurie est une réalité. Conséquence : quand certains profitent, c’est que d’autres subissent des restrictions. Il s’agit de choix politiques. À quoi décidons-nous d’allouer de l’eau? À des industriels ou à l’agriculture ? À la fabrication d’éléments de satellites et de « voitures autonomes » ou à la consommation quotidienne ?

Les élus du Grésivaudan et de la Métropole grenobloise ont fait leur choix : ils ont décidé de prioriser ST et les industries de l’électronique, au mépris d’une analyse raisonnable de l’état de nos ressources. C’est qu’il y a une course mondiale aux semi-conducteurs, devenus indispensables pour les secteurs dits « stratégiques »… Le monde entier (Grésivaudan inclus) court après Taïwan, où se concentrent les deux tiers du marché de fonderie de puces (11), pour rattraper le retard dans cette fuite en avant technologique. Alors, puisque tel est le modèle revendiqué par les industriels et les élus, allons regarder quelle est la situation de l’eau là-bas.

À Taïwan, le fabricant TSMC consomme 1 700 litres par secondes (12). En 2021, on a coupé l’accès à l’eau courante d’un million de personnes deux jours par semaine et 74 000 hectares de terres agricoles n’ont pas été irrigués au profit des semi-conducteurs. Cette même année, les usines de composants électroniques étaient approvisionnées en eau par des camions-citernes (8 000 camions par jour pour TSMC) (13). Un exemple qui nous montre qu’à notre époque il est impossible de concilier tous les usages de l’eau. Il faut choisir. Voulons-nous voir l’Isère prendre la même direction que Taïwan ? Voulons-nous voir des camions d’eau potable sillonner la Rocade Sud et l’autoroute de Chambéry pour approvisionner ST ? Voulons-nous bétonner toutes les terres agricoles du « plus beau jardin de France » (14) ? La priorité doit-elle être le développement économique à tout prix alors même que l’impact sur les ressources est dramatique ?

Nous parlons de choses très concrètes et réelles : il s’agit de nos conditions de vie. Le fantasme de la « dématérialisation » a un coût matériel bien réel. Alors que la raréfaction des ressources est de plus en plus évidente, et que nous sommes, de l’aveu même du gouvernement, entrés dans une « guerre de l’eau » (15), notre collectif dénonce l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique. C’est tout un modèle de production et de consommation qui est à revoir (et à renverser) : la croissance capitaliste et le mode de vie connecté. Prenons-nous en aux responsables locaux de la canicule et de la sécheresse, aux promoteurs du « mode de vie connecté ».

 

Non à l’agrandissement de STMicroelectronics.
No puçaran !

 

collectif STopMicro,
11 juillet 2023

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Notes

(1) Le Monde, 5 juillet 2023

(2) Ces chiffres sont tirés du « Retour d’expérience sur la gestion de l’eau lors de la sécheresse 2022 », édité par une Mission gouvernementale, mars 2023, https://agriculture.gouv.fr/retour-dexperience-sur-la-gestion-de-leau-lors-de-la-secheresse-2022.

(3) Libération, 28 avril 2023.

(4) Voir par exemple https://www.presse-citron.net/canicule-voici-la-liste-des-regions-qui-vont-mourir-de-chaud-cet-ete/.

(5) « Retour d’expérience sur la gestion de l’eau lors de la sécheresse 2022 », article cité.

(6) Selon l’Organisation mondiale de la météorologie, Le Figaro, 17 mai 2023.

(7) 11 000 m³ par jour en 2021. Source : Déclaration environnementale de STMicroelectronics.

(8) 33 600 m³ par jour (Chiffres ST, cités par l’avis de la MRAE, février 2023). https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf).

(9) Chiffres donnés par Jean-François Clappaz, vice-président de la communauté de communes du Grésivaudan lors de notre rassemblement du 15 mai 2023.

(10) Slogan de STMicroelectronics. En français : « La vie augmentée ».

(11) L’Usine Nouvelle, 24 mars 2023.

(12) Siècle Digital, 31 mars 2023.

(13) 20 Minutes, 31 mars 2021 et https://gauthierroussilhe.com/articles/eau-et-puces-electroniques-l-avenir-climatique-et-industriel-de-taiwan

(14) Surnom donné par Louis XII au Grésivaudan.

(15) Pour le ministre de la transition écologique, « la guerre de l’eau provoquée par une baisse des réserves constitue une menace pour notre cohésion nationale », https://vert.eco/articles/en-france-branle-bas-de-combat-pour-eviter-la-guerre-de-leau.

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Articles Monde Diplomatique & Monde

Ce mois-ci dans le Monde Diplomatique, un article sur le pillage de l’eau par les industries de la microélectronique du Grésivaudan. Article publié dans le dossier « Eau : politiques de la sécheresse ». P.18-19 de la version papier de l’édition de juin 2023. Par Raul Guillén et Vincent Peyret.

L’article ci-dessous :

Ces puces qui accaparent l’« or bleu » des Alpes

«De l’eau, pas des puces ! » Devant les grilles du chantier d’extension de STMicroelectronics (ST) à Crolles, un petit millier de personnes manifestent derrière ce mot d’ordre le samedi 1er avril 2023. Depuis l’installation de la multinationale franco-italienne de semi-conducteurs en 1992 dans la vallée du Grésivaudan, à quinze kilomètres au nord de Grenoble, les élus de cette petite commune de l’Isère (huit mille habitants) accueillent plus habituellement des ministres et chefs d’État que des mouvements de protestation. À la suite de Jacques Chirac, tous les présidents de la République ont fait le déplacement, afin de célébrer les extensions successives de cette « pépite » et d’annoncer la distribution de centaines de millions d’euros d’aide publique.

« La réindustrialisation de la France se joue ici ! », proclamait à son tour M. Emmanuel Macron le 12 juillet 2022. Accompagné de quatre ministres, le président venait déposer 2,3 milliards d’euros sur la table : la contribution de l’État aux 5 à 7 milliards d’euros que devrait coûter la dernière extension de l’usine de ST. Cette multinationale contrôlée partiellement par la banque publique d’investissement Bpifrance et le ministère de l’économie italien s’est alliée à GlobalFoundries, un autre géant des semi-conducteurs, domicilié aux îles Caïmans (1), qui a pour principal actionnaire le groupe Mubadala, un fonds souverain des Émirats arabes unis (EAU). « C’est le plus grand investissement industriel des dernières décennies hors nucléaire et un grand pas pour notre souveraineté industrielle », annonçait le ministre de l’économie et des finances, M. Bruno Le Maire. La somme paraît colossale rapportée au nombre d’emplois annoncé : un millier, soit 2,3 millions d’euros publics par emploi créé ! Malgré la générosité de l’État français, ST a installé son siège opérationnel en Suisse et sa holding aux Pays-Bas, « pays de l’optimisation fiscale des multinationales (2) » selon le magazine Challenges.

L’annonce tombait en pleine « alerte renforcée sécheresse » (niveau 3 sur 4), requalifiée à la mi-août en « crise sécheresse » (niveau 4). Or l’industrie de la puce électronique est particulièrement gourmande en eau. Avec leur montée en puissance d’ici 2024, l’usine ST et sa voisine du groupe Soitec, également spécialisée dans les semi-conducteurs, devraient consommer près de 29 000 mètres cubes par jour, soit l’équivalent de la ville de Grenoble, ses 160 000 habitants, ses industries, ses labos de recherche, ses activités municipales ou commerciales. Avec le nouvel agrandissement annoncé, ST prévoit d’engloutir à terme 33 000 mètres cubes par jour.

L’été dernier, la contradiction entre les restrictions d’eau touchant particuliers comme agriculteurs et les besoins grandissants des industriels a poussé à la création du collectif STopMicro (3) « contre l’accaparement des ressources par les industriels de la microélectronique ». Présentée comme un prolongement de la contestation contre les mégabassines de Sainte-Soline, la manifestation de Crolles n’a néanmoins pas reçu les mêmes soutiens, notamment de la part des forces politiques de gauche. Les élus locaux d’Europe Écologie – Les Verts (EELV) n’ont par exemple pas eu la moindre réaction publique. Le mouvement compte pourtant dans le département deux députés, un sénateur et le maire de Grenoble, M. Éric Piolle.

Des composants que l’on retrouve dans les satellites de M. Elon Musk et dans des drones russes

Ce dernier assume s’être félicité de l’agrandissement de ST : « Pour moi la microélectronique est le premier endroit où on voit une stratégie industrielle européenne, nous répond-il. C’est réjouissant ! » Pour M.Piolle, la localisation de ST à Grenoble a « une fonction continentale. Il y a une dimension géopolitique de réduction de dépendance de l’Europe. Ne se fournir qu’en Asie, c’est dangereux ». La députée de l’Isère Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, va dans le même sens : « Sur cette question de la réindustrialisation, on ne peut pas passer son temps à dire “on veut du circuit court, des bonnes conditions” et dire qu’on ne veut pas produire chez nous. La production aura lieu, la question est de savoir où elle sera faite et dans quelles conditions. » Pour les deux responsables, les critiques qui peuvent s’appliquer aux mégabassines de l’agro-industrie, ne profitant qu’à « un petit nombre de personnes », ne valent pas pour l’eau consommée par la microélectronique, puisque « les produits [de ST] servent à tout le monde», assure M. Piolle. S’ils défendent donc le développement de ST, M. Piolle et Mme Chatelain insistent aussi beaucoup sur la « relocalisation », l’« industrie verte » et le droit de regard sur les usages. « La logique, c’est faire aussi low-tech [sobre technologiquement] que possible et high-tech [technologie de pointe] quand il y a besoin», nous déclare M. Piolle.

Ces intentions correspondent-elles à l’activité industrielle présente à Crolles ? Sur les sites de ST et Soitec, on travaille à la miniaturisation des circuits intégrés, qui sont désormais de l’échelle de quelques nanomètres sur les puces électroniques, soit bien plus petits qu’une cellule vivante. Leurs produits principaux sont des capteurs d’image et, surtout, des microcontrôleurs, soit des puces qui intègrent tous les éléments d’un ordinateur. Autant de « produits en très forte demande dans les domaines de l’automobile, des objets connectés, de l’intelligence artificielle, de l’automatisation », selon ST (4). La « réindustrialisation » se concentre ainsi sur des applications de précision et des marchés émergents. Les puces produites à Crolles se retrouvent dans les satellites Starlink de M. Elon Musk, les voitures autonomes, les ordiphones de dernière génération ou dans quantité d’armes sophistiquées, comme des drones russes retrouvés en Ukraine, ST se contentant de répondre qu’elle a cessé ses activités en Russie (5). Les puces nécessaires pour les usages de base (simple ordinateur, téléphonie 3G), à moindre valeur ajoutée, ne sont pas produites en Europe.

Avec 29 000 mètres cubes par jour, les sites de ST et Soitec videraient le réservoir de Sainte-Soline en vingt-deux jours. L’eau nécessaire pour le lavage des plaques — qui représente 75 % de l’eau consommée par ces sites industriels, le quart restant étant essentiellement consacré à la climatisation — doit être de l’eau ultra-pure, sans la moindre substance ni autre particule. Sa production nécessite un traitement très énergivore à base de filtres et de pompes, et donc moins coûteux et moins long avec une eau de bonne qualité — le site de ST a utilisé 516 gigawattheures en 2021, soit l’équivalent de la consommation de 230 000 Français (6).

L’excellente qualité de l’eau de Grenoble — une des seules villes de France qui n’a pas besoin de traitement — est l’une des raisons principales de l’installation des industriels dans cette vallée de l’Isère. Problème : les champs captants de la Romanche et du Drac qui fournissent cette eau sont situés au sud de la ville, à une trentaine de kilomètres de Crolles. Lors de l’installation de l’usine il y a trente ans, une conduite spéciale a été construite par les collectivités locales. Ces dernières années, celles-ci ont encore investi pour poser des surpresseurs accélérant le débit et pour doubler la fin de la conduite.

Malgré tous ces efforts, l’ouvrage arrive à saturation et les élus se demandent comment acheminer toujours plus d’eau. Si le maire de Crolles, M. Philippe Lorimier, milite pour un doublement intégral de la conduite, la vice-présidente de Grenoble-Alpes-Métropole dédiée au « cycle de l’eau », gérant les champs captants, ne pense pas que cela soit possible : « 29 000 mètres cubes, c’est le maximum que l’on puisse faire, assure Mme Anne-Sophie Olmos. La déclaration d’utilité publique [de 1967] prévoit des limites de pompage journalier, ajoute-t-elle. On s’approche de la moitié de ces limites. On ne peut pas aller plus loin, car s’il y a une grosse casse ou une grosse pollution, un champ doit compenser l’autre. »

Se pensant à l’abri des problèmes d’eau grâce à leur environnement de montagne, les habitants de Grenoble prennent brutalement conscience de la vulnérabilité qu’impose le développement industriel. En janvier dernier, ils ont découvert que la nappe phréatique de la ville elle-même était profondément polluée. Depuis plusieurs décennies, deux plates-formes chimiques produisent au sud de l’agglomération chlore, phosgène, javel, soude, eau oxygénée ou polyuréthanes. Résultat, l’importante réserve d’eau disponible sous les pieds des Grenoblois présente « une qualité chimique dégradée en surface et en profondeur en lien avec les nombreuses activités industrielles du secteur », selon une étude commandée par la Métropole (7). Chlorates, perchlorates, hexachlorobutadiène, PCE, COHV, pesticides, hydrocarbures, PFAS… de nombreux composants chimiques rendent cette ressource inutilisable, même pour un arrosage agricole.

En cause : les multinationales Arkema, Vencorex ou Framatome, mais surtout l’État, qui a autorisé leurs rejets polluants. Certes, la nappe concernée se situe en aval des champs captants de l’eau potable, mais des traces de polluants ont été aussi retrouvées en petite quantité dans ceux-ci, le puits des Mollots étant situé à moins de cent mètres d’un des points de rejet autorisés par la préfecture. Cette mise en danger de l’eau potable a conduit Mme Olmos à faire des signalements au procureur : « Les rejets polluants sont interdits par la déclaration d’utilité publique de 1967 [censée protéger les captages], mais ils ont été autorisés par plusieurs arrêtés [depuis au moins 1986, les derniers datant de 2007 et 2013] ! » Ni l’État ni la direction
régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement n’ont souhaité répondre à nos questions.

Le décret impérial de 1810 a mis à l’abri les industriels de leurs voisins inquiets.

Situées aussi en amont de la nappe phréatique, les usines de microélectronique rejettent également une eau polluée. En 2021, ST utilisait vingt et une tonnes de produits chimiques par an, se retrouvant en grande partie dans ses effluents rejetés dans l’Isère. Ce « milieu récepteur » a beau avoir une forte capacité d’absorption et de dispersion, il recevait tout de même chaque jour quinze kilos de phosphore, cent vingt kilos d’azote ammoniacal, soixante-dix kilos de fluorures ou cent cinquante kilos d’azote (entre autres) (8). Ces pollutions devraient suivre la courbe de la croissance de l’activité annoncée (9). En outre, ces rejets ne font l’objet d’aucun contrôle indépendant. ST est seulement tenue de déclarer les « indicateurs de base » qu’elle « estime les plus représentatifs de son activité », selon le principe d’écoresponsabilité du Système communautaire de management environnemental et d’audit (SMEA) qui encadre les déclarations environnementales dans l’Union européenne depuis 2001. Impossible donc de connaître les quantités d’autres substances utilisées sur leur site (tungstène, cobalt, titane ou tantale) et rejetées chaque jour dans l’Isère. ST assure que ses « effluents sont traités conformément aux réglementations en vigueur ». Tout comme l’étaient ceux de l’industrie chimique ayant entièrement contaminé la nappe phréatique grenobloise ?

L’entreprise insiste sur ses efforts pour « augmenter le taux de recyclage de l’eau », rejointe dans cette défense par les élus rencontrés, persuadés de la bonne volonté de la multinationale. Mais les chiffres annoncés, plus ou moins fantaisistes (40, 50 ou 60 % de recyclage), se heurtent aux limites inhérentes à ces processus industriels. Grâce à l’excellente qualité de l’eau grenobloise, STMicroelectronics Crolles est un des sites mondiaux consommant déjà le moins d’eau par plaquette de puces produite (1,7 mètre cube). Malgré les promesses de recyclage, ST souhaite augmenter de 190 % la quantité d’eau consommée par rapport à 2021. Le 17 février 2023, la mission régionale environnementale Auvergne-Rhône-Alpes rendait un avis très critique sur l’extension du site, fustigeant notamment les « nombreuses lacunes » du dossier présenté par la multinationale : « Le projet lui-même n’est pas suffisamment décrit, l’état initial relatif à la consommation d’eau, l’état des ressources en eau, les rejets aqueux et atmosphériques (…). Le dossier ne permet pas d’appréhender correctement les incidences du projet sur l’environnement (10). »

Comment expliquer l’indulgence de l’État pour les demandes et les nuisances des industriels ? Dans L’Apocalypse joyeuse (Seuil, 2012, réédité en format poche en 2020), l’historien Jean-Baptiste Fressoz explique comment le décret impérial de 1810, à l’origine de notre actuelle réglementation sur les installations industrielles, a façonné des normes environnementales favorables aux entrepreneurs. Pour les nuisances, on passe d’un régime de police locale (avec des sanctions qui pouvaient être pénales) à un régime centralisé, administratif et reposant sur des experts. Le promoteur dudit décret, Jean-Antoine Chaptal, ancien industriel de la chimie, résumait l’avantage de la situation : « Avant, le sort des fabriques était pour ainsi dire à la merci d’un voisin inquiet. » Avec ce décret, une fois l’industrie établie, précisait-il, « le gouvernement lui doit protection : du moment qu’elle existe, il ne s’agit plus d’examiner s’il a été avantageux de l’introduire ». Aujourd’hui, toute réglementation environnementale passe devant le Conseil
supérieur de la prévention des risques technologiques, où siègent principalement des technocrates et des représentants des industriels.

Si cette forme de réindustrialisation a un mérite, c’est celui de rappeler aux consommateurs occidentaux les nuisances bien matérielles de la « dématérialisation » et de l’économie numérique. Même si l’essentiel des dégâts environnementaux et sanitaires de ce secteur — de l’extraction des métaux rares aux poubelles de déchets électroniques — continue d’impacter, au premier chef, les pays pauvres.


Article de Raphaëlle Lavorel publié dans Le Monde, le samedi 10 juin 2023 sous le titre « A Grenoble, l’usine qui consomme trop d’eau » pour l’édition papier.

 

A GRENOBLE, L’AGRANDISSEMENT DE STMICROELECTRONICS RELANCE LA QUESTION DU PARTAGE DE L’EAU

L’augmentation de la production de l’industriel franco-italien, très gourmand en eau pour la production de ses semi-conducteurs, suscite des tensions après un été 2022 marqué par la sécheresse.

C’est une aide conséquente qu’a annoncée le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, lundi 5 juin, allouée par l’Etat pour l’agrandissement de l’usine iséroise de STMicroelectronics, soit 2,9 milliards d’euros [3]. L’industriel franco-italien, installé à Crolles, dans la vallée du Grésivaudan (Isère), à 15 kilomètres de Grenoble, produit les précieux semi-conducteurs, matériaux de base des puces électroniques utilisées dans de nombreux secteurs stratégiques (aéronautique, automobile, télécommunications…). Le projet, chiffré à un total de 7,5 milliards d’euros, a été officialisé en juillet 2022, avec la venue d’Emmanuel Macron sur le site isérois de l’industriel. L’enjeu dépasse largement les frontières françaises, le projet de ST s’inscrivant dans la stratégie européenne « Chips Act [4] », qui vise à doubler les parts de l’Union européenne sur le marché des semi-conducteurs d’ici à 2030, face aux géants chinois et américains.

29 000 M3 D’EAU PAR JOUR

Dans la région grenobloise, l’agrandissement de l’usine  sur l’emprise actuelle du site  a immédiatement posé la question du partage de l’eau, après un été 2022 marqué par la sécheresse et des arrêtés de restriction d’usage de l’eau. « Nous sommes assis sur un trésor », reconnaît Christophe Ferrari, président (ex-Parti socialiste) de la métropole grenobloise, qui compte 450 000 habitants. La capitale des Alpes jouit d’une eau abondante et pure provenant des glaciers et qui nécessite très peu de traitements. Et les nombreux industriels installés autour de Grenoble ne s’y sont pas trompés. Une abondance dont profite STMicroelectronics, son activité étant très consommatrice en eau. Les wafers (disques semi-conducteurs) de silicium qu’elle produit sont traités avec des produits chimiques, puis rincés à l’eau ultra-pure – de l’eau potable déminéralisée et entièrement débarrassée de ses impuretés. L’eau est aussi employée pour la climatisation des bâtiments.
Alimentée par la métropole de Grenoble, l’usine de STMicroelectronics avait à elle seule utilisé 6,8 millions de mètres cubes d’eau potable en 2022, soit 20 % de la ressource fournie par la métropole grenobloise, la quasi-totalité de ce volume étant ensuite rejeté dans l’Isère après traitement. En octobre 2021, une convention d’achat avait été signée entre la métropole de Grenoble et le Grésivaudan, où se situe l’usine, actant d’une fourniture de 29 000 m3 d’eau par jour pour STMicroelectronics d’ici à fin 2023, contre 23 000 m3 jusqu’alors. Un volume contraint par les capacités techniques des canalisations de la métropole… mais aussi par choix politique.

S’ils se réjouissent de la réindustrialisation et des emplois créés par ST, les élus écologistes et de gauche de la métropole grenobloise affichent leur vigilance quant à l’impact de l’activité de l’industriel sur l’environnement. « L’eau, ce n’est pas open bar », souligne Christophe Ferrari, qui assure cependant que l’industriel ne l’a, à ce jour, pas sollicité pour en obtenir davantage. « Il y a un enjeu à réindustrialiser, mais pas à tout prix », avance Anne-Sophie Olmos, vice-présidente cycle de l’eau de la métropole. « Nous sommes un territoire qui a un rôle mondial, et il faut s’en réjouir, souligne le maire (Europe Ecologie-Les Verts – EELV) de Grenoble, Eric Piolle. Mais il faut que ce soit soutenable et viable, pour le territoire et pour l’environnement de manière générale. »

Le sujet est éminemment politique dans l’agglomération grenobloise, tiraillée entre son histoire industrielle, héritage de la « houille blanche »  l’énergie produite par les chutes d’eau, et son image « verte ». D’autant plus que les 100 000 habitants de l’agglomération et les industriels ne sont pas les seuls à solliciter le « robinet » grenoblois. Le Pays voironnais, bassin de vie de 96 000 habitants situé en plaine dans le voisinage de Grenoble, dont les sources sont moins abondantes, a demandé pour 2025 un approvisionnement en eau de secours par la métropole grenobloise. Et d’autres communes pourraient suivre son exemple.

« S’APPUYER SUR LES DONNÉES SCIENTIFIQUES »

Des soupçons de pollution industrielle des nappes phréatiques et des points de captage qui alimentent la métropole accentuent par ailleurs la pression sur le sujet. Deux enquêtes viennent d’être ouvertes par le parquet de Grenoble, après des signalements effectués par Anne-Sophie Olmos visant le groupe chimique Arkema et plusieurs entreprises de carrière au sud de Grenoble. Le collectif de citoyens Stop micro ! mène la contestation locale sous le slogan « De l’eau, pas des puces ». « L’eau est un sujet passionnel, souligne Henri Baile, président (Les Républicains-divers droite) de la communauté de communes du Grésivaudan. Mais je ne peux pas accepter qu’on en parle sans s’appuyer sur les données scientifiques. »
Face à l’enjeu que représente le partage de la ressource, la guerre des chiffres est lancée. Le Grésivaudan a mené sur son territoire une étude pour quantifier la ressource actuelle, mais aussi pour trouver de nouvelles sources. La métropole de Grenoble et le département de l’Isère ont eux aussi mis en route leurs propres études, chacun à l’échelle de son territoire. Des voix politiques s’élèvent contre le manque de contreparties environnementales au soutien financier de l’Etat, même si le ministère de l’économie a affirmé que, dans ce cadre, STMicroelectronics et son partenaire américain GlobalFoundries (détenu intégralement par le fonds souverain des Emirats arabes unis) « s’engagent à un niveau d’excellence en matière environnementale ». « Il faut être ferme,  appuie le sénateur de l’Isère, Guillaume Gontard (EELV).  Sinon on ne rend pas service aux industriels, puisqu’on les emmènerait vers quelque chose de non viable. »

En interne, les élus CGT du site isérois de STMicroelectronics l’assurent, les lignes bougent chez l’industriel, soucieux de l’acceptabilité du projet et de son image. « L’adaptation des processus de fabrication a permis de réduire de 41 % l’eau utilisée par plaquette produite entre 2016 et 2022 », détaille STMicroelectronics. L’industriel ambitionne aussi de « devenir l’un des premiers sites de semi-conducteurs en Europe à recycler ses eaux usées pour la fabrication d’eau ultra-pure ». Critiqué pour son utilisation d’eau potable, notamment par la CGT, ST tente de diversifier ses ressources. L’industriel a obtenu en mars 2022 l’autorisation de prélever, par deux forages souterrains sur son site, jusqu’à 2,6 millions de mètres cubes supplémentaires par an. En 2035, il projette un besoin de 33 600 m3 par jour, ce qui, selon un avis de la Mission régionale d’autorité environnementale rendu en février, « représente une augmentation d’environ 190 % par rapport à la consommation de 2021 ».

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► Ce que nous voulons, c’est l’autonomie !

Contre la prétendue « souveraineté industrielle » et le soutien des Verts à la multinationale de STMicroelectronics

Pour une lecture de l’article plus agréable en PDF : Ce que nous voulons c’est l’autonomie.tract

En juillet 2022, Emmanuel Macron annonçait l’agrandissement du site de Crolles de la multinationale STMicroelectronics, qui produit des semi-conducteurs. Cette usine consomme déjà une quantité d’eau incroyable (11 000m³ par jour en 2021¹). Cette consommation, l’industriel veut encore l’augmenter, pour atteindre 33 600 m³ par jour²). Pendant ce temps, les canicules, sécheresses, incendies, restriction d’eau (y compris pour l’agriculture) s’enchaînent.
Il faut que ça cesse ! Alors, le 1er avril 2023, le collectif STopMicro a organisé une manifestation de 1000 personnes contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique, sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces ! ». Le parti écologiste EELV, qui était absent ce jour-là, a depuis pris position en soutien à STMicroelectronics au prétexte de la relocalisation et de la souveraineté . Dans cet article nous lui répondons, et posons des questions qui devraient, pensons-nous, interroger toute personne de sensibilité écologiste.

 

CONTRE LA « SOUVERAINETE INDUSTRIELLE »

Alexandra Caron Cusey (conseillère régionale Les Écologistes Région AURA) a expliqué dans un texte (ci-dessous) pourquoi son parti soutient STMicroelectronics. Des propos qui font écho à ceux du maire de Grenoble Eric Piolle ou à ceux de Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à lAssemblée nationale³ : les élu es isèrois es EELV semblent sêtre accordé es sur des éléments de langage lors dune réunion durgence, suite à notre communiqué post manif « Mais où étaient les Verts ? ». Dans son texte, Alexandra Caron Cusey affirme quil faut défendre STMicro car celle ci produit en Europe des produits consommés par les Européen nes. Il faudrait donc, dans cette logique, « travailler à notre souveraineté/autonomie » et relocaliser « en priorité des filières dites stratégiques ».

Ah, « relocaliser » ! Le mot sonne doux aux oreilles du public de gauche et écolo. Il évoque de jolis potagers, des AMAP, des paysan nes et boulanger es. Mais ce nest pas de cela dont il est question ici. STMicroelectronics est une entreprise franco italienne cotée au CAC40. Son siège opérationnel se trouve en Suisse, tandis quelle paye ses impôts aux Pays Bas, le quatrième paradis fiscal au monde. De plus, lagrandissement de lusine de Crolles se fait en association avec GlobalFoundries, dont le siège social est, lui, aux Îles Caïman (troisième au palmarès des paradis fiscaux), et détenue à 87,5 % par un fond dinvestissement des Emirats). Pour une souveraineté nationale, ça s’annonce plutôt bancal.

Mais EELV prétend relocaliser « en priorité des filières dites stratégiques ». Vous vous demandez ce que cela concerne ? Le gouvernement en donne la définition suivante : « est stratégique ce qui assure la sécurité ou la continuité de la vie de la Nation en cas de crise brutale ». Plus précisément, « la défense nationale, notamment en lien avec la dissuasion nucléaire ; les activités de cybersécurité, l’industrie aéronautique ou encore l’industrie spatiale, qui contribuent à la défense nationale ; l’eau ; l’énergie ; les télécommunications ; le secteur agroalimentaire ; les produits pharmaceutiques et les dispositifs de santé » . L’eau et les dispositifs de santé figurent in extremis dans la liste de ce qui est jugé primordial pour le pays, mais la défense nationale arrive en tête. On comprend alors mieux la position de EELV quand on réalise que STMicroélectronics et Soitec sont identifiées comme des entreprises nécessaires à l’industrie militaire française. Et pas qu’elle: c’est ainsi qu’on a retrouvé des composants de ST dans des … drones russes en guerre en Ukraine !

Alors, quand Mme Caron Cusey affirme que l’usine de Crolles permettrait d’« éviter des dépendances géopolitiques parfois éthiquement compromettantes », cela nous donne envie de rire. Défendre l’extension de l’usine de Crolles pour des raisons éthiques est une pirouette rhétorique. Car ce sont de basses raisons économiques, géostratégiques et militaires qui guident ce choix. Comme le rappelait récemment Le monde diplomatique, « les grandes puissances habillent souvent leurs ambitions stratégiques de considérations vertueuses à portée universelle : le droit des peuples, la défense de la liberté, la civilisation. Ces derniers temps, les valeurs de gauche sont volontiers mobilisées au service des objectifs stratégiques de l’Occident. » . La réindustrialisation n’a rien à voir avec un geste écolo ou éthique.

De plus, l’ouverture d’une usine locale de puces n’impliquera pas une relocalisation globale de la production des objets électroniques. Car outre les métaux et produits toxiques nécessaires au fonctionnement du site, les produits qui accueillent les plaquettes de Soitec et les puces de ST sont manufacturées partout à l’étranger: la fabrication n’est que le maillon d’une longue chaîne dispersée dans une multitude de pays. En réalité, la raison d’être de ces entreprises, la numérisation de la société, le renforcement de l’arsenal militaire et l’électrification des automobiles, augmente notre dépendance à légard dautres pays, notamment ceux concentrant la majorité des composants stratégiques comme les terres rares. On est donc loin de « lautonomie » défendue par Mme Caron Cusey.

L’ECOLOGIE DE L’ABSTRACTION

Les Verts affirment donc quils ne sont « pas pour l’arrêt de l’activité de ST Micro ». Et concernant
lagrandissement de lusine ? Sur ce point, la position du parti « écologiste » reste extrêmement floue. Comme le dit le député EELV Julien Bayou à propos de FerroPem à Livet et Gavet : « Tout ce quon extrait dans cette usine en Isère, on ne limporte pas du Xinjian en chine où il y a des travaux forcés à légard des Ouigours ». Et en effet, à lheure actuelle la Chine produit 70 % du silicium métal mondial, et la production européenne de semi conducteurs est bien loin de suffire aux besoins des européens : 20 % de la consommation mondiale contre 10 % de la production, ce qui rend lEurope effectivement dépendante du marché mondial et de la division du travail que la production de semi conducteurs implique (extraction du silicium, transformation en silicium métal, fabrication des plaquettes, puis retraitement des déchets électroniques10. Les puces électroniques sont dailleurs le quatrième produit le plus échangé au monde, tandis que le Parlement européen rappelait en février qu« une grande entreprise de semi conducteurs peut s’appuyer sur pas moins de 16 000 fournisseurs hautement spécialisés situés dans différents pays »11. Heureusement, EELV a une solution : la « réindustrialisation verte ». Bienvenue dans le monde abstrait des Verts : rêvons un peu avec eux. Imaginons que lintégralité du silicium soit extrait de nouvelles mines du Lot, de la Dordogne et de lAllier12. Imaginons que la transformation en silicium métal soit intégralement faite en Isère, par lusine FerroPem par exemple. Et gardons en tête le contexte que rappelait Emmanuel Macron à Crolles : la consommation de semi conducteurs va doubler dici 2030 et lEurope compte multiplier par deux sa part de marché. Alors même dans cette nouvelle france minière (l’idéal de tout écologiste), ce seraient 4 fois plus de puces que les industries européennes ST en tête devraient produire. Les Verts devraient donc être cohérents et réclamer lagrandissement du site de Crolles pour répondre à nos besoins croissants en semi conducteurs, euh pardon, pour lutter pour léthique et la vertu.

En réalité, lusine de Crolles agrandie nest pas vouée à remplacer une usine en Asie, mais à sy ajouter. Et d’autant plus que capacités de gravure de STMicroelectronics ont 15 ans de retard sur ses concurrentes asiatiques TSMC ou Samsung, et que l’entreprise est incapable de rivaliser avec elles pour les marchés comme les téléphones ou les ordinateurs. C’est pourquoi, ses productions sont bien plutôt destinées à d’autres débouchés en croissance comme l’automobile connectée et les satellites, ainsi que pour la horde de nouveaux gadgets de l’Internet des Objets appelés à peupler les smart cities13.

Tant que les écologistes n’auront pas une position claire réclamant moins de numérique, la prétendue
« relocalisation » ne sera qu’un argument pour les industriels de l’électronique pour multiplier leurs nuisances et leurs profits, et poursuivre la fuite en avant technologique. Évidemment, EELV ne peut le formuler aussi explicitement au risque d’être mal vu par son électorat, au risque de nuire à l’attractivité de la région. D’où les grands mots utilisés par Mme Caron Cusey : « souveraineté », « autonomie », «métabolisme territorial », « réflexion globale », « pensée des interdépendances »… et même « usages non humains » bien évidemment , couplés à des solutions comme « la sobriété de l’usage, la limitation nécessaire de l’impact, que ce soit par des innovations process, par le recyclage, etc. ». Si l’on sort de l’abstraction de ces formules, nous voilà face à des impasses très concrètes : que peut signifier la « limitation nécessaire de l’impact » à propos d’un site Seveso seuil haut comme celui de Crolles ? L’entreprise ST elle même rappelle que la fabrication de puces nécessite toujours « d’importantes quantités d’énergie et […] de nombreux matériaux, dont le silicium et Plaquettes de SiC [carbure de silicium], de GaN [nitrure de gallium] et de verre, grilles de connexion, composés de moulage, boîtiers en céramique et produits chimiques, gaz et eau. »14, auxquelles il faut ajouter la bétonisation des terres agricoles. La fabrication de circuits imprimés est en outre nécessairement extrêmement polluante pour l’eau. Certes, ils peuvent faire des efforts sur la dépollution de l’eau, mais ces « innovation process » sont nécessairement très énergivores : les économies d’eau se payent en MégaWatt. Or, la consommation éléctrique de STMicro est aussi extrêmement problématique: déjà l’équivalent d’une ville de 230 000 habitant·es15. Alors, avec ou sans bonnes intentions, on peut imaginer tous les « innovations process » possibles : doubler la production sans augmenter les nuisances relève de l’abstraction.

BESOIN DEAD

On voit bien ici, illustré par l’absurde, que s’aligner sur les « besoins stratégiques » de la France, c’est adhérer –sans s’en rendre compte ? – à la « fuite en avant » dénoncée par ailleurs. Le mode de vie industriel nécessite des ressources qu’il est certes immoral d’aller chercher ailleurs, mais qu’il est fondamentalement impossible d’extraire de façon pérenne et éthique, où que ce soit.
Dans ce domaine comme dans bien d’autres, la solution a pour nom sobriété. Ce qui ne signifie pas seulement fermer le robinet quand on se brosse les dents, mais réévaluer notre mode de vie et ce que nous estimons nécessaire. Alors, quand EELV affirme être « pour la relocalisation des productions dont nos sociétés ont besoin », la question est de savoir de quoi avons nous justement « besoin » : si l’eau est un effectivement un besoin, c’est parce que le fait d’y accéder relève d’une question de vie ou de mort. Il est préjudiciable d’utiliser le même terme de « besoin » pour qualifier la production de semi conducteurs. EELV met sur le même plan un besoin vital et un besoin artificiel, brouillant la priorité du premier sur le second. « Le déploiement progressif de la 5G, l’extension du télétravail et de l’école à distance ont entraîné une hausse des ventes d’ordinateurs. La demande est également stimulée par le secteur de l’intelligence artificielle et automobile »16 : cela ne relève ni de la nécessité ni de la fatalité mais de choix politiques dessinant certains modes de vie – des modes de vie connectés, c’est à dire industriels. La numérisation de nos modes de vie, loin du fantasme de la dématérialisation, a un impact excessivement concret sur les milieux, les ressources, les êtres humains, les animaux et les végétaux, et c’est cet impact qui doit être pris pour ce qu’il est : mortifère. À oublier cet ordre des priorités, à force de dire que l’électronique est un besoin et non un choix, on oublie que d’autres modes de vie, d’autres manières de se rapporter au monde, d’autres manières de s’organiser sont possibles. Lointaine est l’époque où les écologistes dénonçaient, comme René Dumont en 1974, « la société de consommation » et le « productivisme » : à présent les élu es EELV réclament des approvisionnements stratégiques, reprenant à leur compte la logique et les éléments de langage qui nous mènent au désastre.

ARBITRAGE OU ENFUMAGE ?

Alexandra Caron Cusey déplace le problème à la question de larbitrage de la ressource en eau : « quel
arbitrage démocratique pour une juste répartition entre tous les usages ? ». Exprimons dabord notre scepticisme quant aux « consultations démocratiques » dont on sarrange pour que les conclusions naillent pas à lencontre des intérêts économiques, comme la montré la mascarade de la Convention citoyenne pour le climat.

Mais, plus profondément, cette question d« arbitrage » masque lessentiel du problème. EELV tente de tout concilier : alimenter un secteur industriel extrêmement demandeur en eau, et alimenter tous les besoins humains (celui de lagriculture en premier lieu) et non humains. Par cette conciliation, les Verts perpétuent la croyance en une ressource en eau illimitée (la même quils dénoncent). Or, le problème qui simpose à nous nest pas celui de « la répartition de la ressource », mais de sa répartition à lépoque de sa raréfaction. Cest ce « détail » qui nous impose de faire des choix. On ne peut pas soutenir lagrandissement dune usine qui consomme 11000 m3 deau potable par jour et affirmer en même temps : « lheure est  grave ». A moins de navoir aucune honte à soutenir des positions sicontradictoires sur un sujet aussi préoccupant, et de remettre la question de la « priorité des usages » au moment où la « pénurie » a lieu, cest à dire au milieu de lété. Ne pas sopposer explicitement à lagrandissement de ST à notre époque revient à réclamer « des puces, pas de leau ! ».

 

SOUVERAINETE OU AUTONOMIE ?

Alexandra Caron Culsey confond les deux termes « souveraineté/autonomie », qui portent pourtant des visions radicalement différentes. Le souverain est celui qui ne connaît aucune autre puissance au dessus de la sienne, il est l’autorité suprême impose ce dont il a besoin pou régner. La souveraineté renvoie donc à la conquête, à l’impérialisme, au choc des Titans, bref à la domination (ici économique) que nécessite tout pouvoir pour se maintenir. La notion d’autonomie, que nous défendons, renvoie au fait d’édicter ses propres normes: elle n’implique ni dépendance à une autorité supérieure, ni la conquête c’est à dire qu’elle n’implique pas de rapports de domination. Sorganiser sans conquête, cela revient à prendre en compte la limite de ce qui nous entoure, à penser lautorégulation de nos besoins et de nos désirs, prendre en compte la finitude des ressources. Les deux termes ne sauraient donc être confondus puisquils renvoient à deux manières radicalement différentes de se rapporter au pouvoir, donc aux êtres comme aux environnements.
Le premier perpétue le fantasme de puissance propre au capitalisme industriel. Le second nous semble
esquisser une piste de sortie pour affronter les défis qui se posent à nous à lheure du dérèglement climatique et de la sixième extinction de masse des espèces. Cest pourquoi nous plaidons pour une sortie de cette course mondiale à linnovation mortifère (tout comme dans le domaine du nucléaire, où EELV, de par son histoire, continue à tenir des positions plus cohérentes17). Nous ne voulons pas gérer les nuisances mais les supprimer, et la crise environnementale et climatique montre aujourdhui que cest la seule position raisonnable : le mode de vie industriel est condamné. Quant à la position « pragmatique » dEELV sur les semi conducteurs, en ces temps de tensions qui font craindre une Nouvelle guerre froide18 elle nous semble tragiquement en phase avec la « fuite en avant » qui nous conduit droit dans le mur des limites planétaires.

Il nous semble qu’une approche écologiste cohérente impose, sur le dossier STMicro :

• 1/ de sortir des postures idéologiques d’adhésion automatique aux « impératifs » capitalistes, y compris ceux déguisés en choix éthiques.

• 2/ donc de refuser la participation de la région Rhône Alpes Auvergne à la fuite en avant à l’innovation imposée par la mondialisation car « quand on ne veut de nuisances nulle part ; il faut bien commencer exemplairement par les contester là où l’on est »19.

• 3/ par conséquent, de ne pas seulement dénoncer la hausse de la consommation d’eau de STMicro ou réclamer un meilleur « recyclage », mais de prendre une position publique claire contre l’agrandissement de l’usine STMicro de Crolles.

No puçaran !

Collectif StopMicro, 1er juin 2023


REPONSE EELV
par Alexandra Caron-Cusey, 9 mai 2023


EELV n’a pas soutenu la manifestation du 1er avril, car le mot d’ordre était « Stop ST
Micro ». Si EELV est pour la préservation de la ressource en eau, bien commun, nous ne sommes pas
pour l’arrêt de l’activité de STMicro. Pourquoi ?
Nous sommes pour la relocalisation des productions dont nos sociétés ont besoin et pour la
relocalisation en priorité des filières dites stratégiques. Pourquoi ? Cela nous permet de ne pas
dépendre d’autres pays et ainsi de pouvoir travailler à notre souveraineté/autonomie tout en
évitant des dépendances géopolitiques parfois éthiquement compromettantes. À noter que pour EELV
la souveraineté peut se penser au niveau européen pour un certain nombre de produits industriels.
Dans une logique de métabolisme territorial, on ne peut se satisfaire de renvoyer à ailleurs les
productions à fort impact. L’humanité doit apprendre à vivre avec les ressources terrestres dans
un seuil acceptable pour les écosystèmes. Il ne serait donc pas satisfaisant de demander à
STMicro d’arrêter ici sans se préoccuper de leur impact ailleurs. C’est d’ailleurs un des grands
mensonges du capitalisme que de faire croire à une abondance croissant indéfiniment dans un monde
fini. Dans les faits, le capitalisme a trouvé son équilibre dans une fuite en avant faite de la
prédation non viable des ressources, de l’accaparement d’autres territoires ou du pillage de
leurs ressources ainsi que de l’exploitation humaine ici et ailleurs en faisant fi des droits
humains. L’écologie a toujours eu une réflexion globale et la pensée des interdépendances. EELV
partage qu’il n’est pas possible d’octroyer un droit supplémentaire, qui plus est énorme, à la
consommation d’eau pour STMicro. Leur consommation est déjà très, trop élevée, il faut donc une
incitation claire et ferme mais aussi un accompagnement permettant de basculer vers la sobriété
de l’usage, la limitation nécessaire de l’impact, que ce soit par des innovations process, par le
recyclage, etc. EELV considère que, derrière l’enjeu économique et environnemental, se trouve un
enjeu démocratique majeur.
La raréfaction de la ressource en eau, nouvelle pour notre société, pose de manière aiguë
un angle mort de notre démocratie : quel arbitrage démocratique pour une juste répartition entre
tous les usages ? En incluant les usages non humains bien évidemment. Il nous semble
problématique que ce soit le préfet qui fasse l’arbitrage entre les différents usages et usagers
de l’eau d’autant qu’ils sont faits au moment des sécheresses et n’intègre donc pas suffisamment
une vision long terme de la protection du bien commun eau. Nous avons été en désaccord radical
lorsque les potagers ne pouvaient plus être arrosés alors que les golfs pouvaient continuer à
arroser leurs greens !
L’eau que capte STMicro est celle de la Romanche, un des deux plus gros captages pour
l’agglomération de Grenoble, alors même que les demandes de solidarité sur l’approvisionnement en
eau se multiplient que ce soit pour le pays voironnais ou le Vercors.
Nous considérons donc qu’il doit y avoir un travail démocratique, une gouvernance dédiée,
des critères clairs, transparents et élaborés démocratiquement pour mieux anticiper et réguler
notre impact humain sur le bien commun eau et, en cas de pénurie, arbitrer les priorités d’usage.
Si vous le désirez, nous pouvons poursuivre cet échange lors d’un entretien auquel je peux
convier des représentants d’EELV Isère.
Cordialement,
Alexandra Caron-Cusey, conseillère régionale Les Écologistes Région Auvergne-Rhône-Alpes

Ce texte a été publié le 9 mai 2023 sous le titre « Réponses EELV » sur le site La Tvnet Citoyenne en
commentaire à l’article « Le Parti, EELV soutient-il la « mégabassine » de STMicroelectronics (Crolles /
Isère ) ? » : https://www.tvnetcitoyenne.com/news-details.php?page=&type=articles&idcontent=620


Notes de bas de page

1) Déclaration environnementale de ST Microelectronics, 2021.
2) Chiffres ST, cités par l’avis de la MRAE, février 2023.
3) Raùl Guillen et Vincent Peyret, « Ces puces qui accaparent ‘‘l’or bleu’’ des Alpes », Le monde diplomatique, juin 2023.
4) « Les magouilles fiscales de STMicro », Le Postillon n°69, été 2023.
8) BFMTV, 12 mai 2023.
9) « Guerre technologique, 10 points sur les semi-conducteurs », Le grand continent, 8 novembre 2022.
10) Pièces et main d’oeuvre, « Le cycle du silicium », 27 octobre 2021.
11) « L’Europe avance (doucement) « pour surmonter la pénurie de semi-conducteurs », NextInpact, 20 février 2023.
12) Pièces et main d’oeuvre, « Le cycle du silicium », 27 octobre 2021.13) « Grenoble : ST Microelectronics va mieux et vante son show-room », France Bleu Isère, 26 octobre 2018.
14) STMicroelectronics Annual Report 2022.
15) « Consommation par habitant et par ville d’électricité en France », mise à jour du 27 avril 2023, www.data.gouv.fr, cité par Le monde diplomatique, juin 2023.
16) Mariem Brahim et Charaf Louhmadi, « Entre tensions et pénurie, les semi-conducteurs sont plus que jamais un enjeu économique et géopolitique », La Tribune, 3 mars 2022.
17)« Les écologistes résolument pour la sortie du nucléaire », communiqué du bureau fédéral d’EELV, 6 avril 2023.
18) National Geographic, 25 mars 2022
19) Encyclopédie des nuisances, Adresse à tous ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer, Le monde à l’envers, 2021.

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► Eau : il n’y a pas de recyclage chez STMicroelectronics !

Affiche sur la consommation d’eau de ST réalisée par Scientifiques en rébellion

 

Le communiqué en PDF : Eau-il-ny-a-pas-de-recyclage-chez-ST-Microelectronics-1-2

Eau : il n’y a pas de recyclage chez ST Microelectronics !

Depuis le début de la contestation contre l’accaparement de l’eau potable par STMicroelectronics sur son site de Crolles, en automne 2022, l’industriel joue sur l’argument du recyclage pour se dédouaner. Mais qu’en est-il réellement ? Et qu’est-ce que ST Microelectronics appelle « recyclage » ?

Avant toute chose, rappelons l’usage que fait l’usine de l’eau potable : 75% pour le lavage des plaquettes de silicium, 25 % pour la climatisation des salles blanches, moins de 1 % pour les sanitaires. Une grande partie des eaux souillées par ST (appelées « rejets aqueux ») sont retraitées par la station de traitement de l’usine (la STEL) puis rejetées dans l’Isère où elle ne sont plus potables mais dites de « qualité rivière ». Pour les effluents industriels concentrés, c’est-à-dire les eaux les plus concentrées en produits chimiques, ils sont stockés dans de grandes cuves par l’entreprise sous-traitante ECTRA, située aux abords du site, puis acheminés en camion vers des sites de retraitements.

Une consommation d’eau toujours plus grande : STMicroelectronics et la manipulation de la communication 

Dans sa déclaration environnementale de 2021, ST Micoelectronics affirme qu’« environ 32 % de l’eau consommée est recyclée et réutilisée en interne » et que les « besoins en eau et en énergie sont maîtrisés grâce aux programmes de réduction menés sur le site ». Parler de « maîtrise » est un mensonge dans la mesure où la consommation d’eau, d’électricité et de produits chimiques subit actuellement une augmentation phénoménale : de 11000m³ par jour en 2021[1] à 33 600 m³ par jour après l’extension[2], soit une hausse de 190 %. Si ST réduit sa consommation d’eau c’est en valeur relative, c’est-à-dire par plaquette fabriquée ; en effet, l’évolution des procédés permet à l’usine de réduire la consommation d’eau potable par plaquette de silicium. Mais la consommation globale d’eau totale, en valeur absolue, ne fait elle qu’augmenter, car le nombre de plaquettes ne cesse de croître. Pour nous, habitant·es de la vallée, il est de peu d’importance qu’ST produise plus de puces avec moins d’eau, ou moins de puces avec plus d’eau car l’eau n’est pas une valeur relative ! Ce qui nous importe c’est qu’il y ait de l’eau pour la consommation domestique, pour l’agriculture, pour la nature, pour les potagers, pour les générations futures.

La mascarade d’un recyclage qui ne rend pas l’eau potable

Qu’entend réellement ST Microelectronics par « recyclage » ? Communément, le recyclage consiste en divers étapes permettant à une ressource utilisée de retrouver son état initial. Recycler l’eau potable signifie donc, logiquement, que l’eau peut être utilisée puis, au bout du cycle de traitement, retrouver sa pureté. « 32 % de recyclage », cela supposerait donc que sur les 4,2 millions de m³ d’eau potable utilisés par an par l’usine, 1,3 millions de m³ soient « recyclés » pour être de nouveau potables à la sortie des tuyaux de ST. Pourrait-on faire boire cette eau aux ingénieurs-recycleurs de ST ? Eh bien non.

Pour le rinçage des plaques de silicium, ST refuse d’utiliser l’eau des nappes phréatiques situées en dessous de l’usine, car aucun traitement à ce jour ne peut  rendre cette eau assez pure pour le nettoyage des plaquettes (75 % des besoins). C’est donc l’eau fournie par la Régie des eaux de Grenoble qui est utilisée.

Au contact des plaques de silicium, cette eau très pure se charge de divers produits chimiques : acides fluorhydriques et sulfuriques, métaux lourds, aluminium, cuivre… Si les eaux des nappes ne peuvent pas être traitées car jugées trop impures, on a du mal à imaginer quels procédés pourraient rendre une eau imprégnée de produits chimiques de nouveau potable. 75% de l’eau utilisée par l’usine ne peut donc tout simplement pas être recyclée.

Au final, l’eau rejetée dans l’Isère après son passage dans la station de traitement est dite de « qualité rivière », c’est-à-dire conforme aux seuils de concentration établis par la Préfecture en fonction de ce que l’Isère peut absorber par jour : 75kg de phosphore, 1,5kg de cuivre, 4kg d’aluminium, 750kg d’azote, 150kg de fluorures, … Après traitement, l’eau se trouve toujours chargée en produits chimiques. On se gardera donc bien de se baigner dans l’Isère.

Les risques de l’« auto-contrôle »

Un autre écueil consisterait à faire aveuglément confiance aux chiffres du pollueur ST basés sur ses auto-contrôles. Dans le même déclaration environnementale il est indiqué que la différence entre la consommation horaire et les rejets horaires n’est que de 10 %. Dans le même temps, le service communication de ST répondait au journal Le Postillon que « Le recyclage interne au processus de fabrication d’eau ultrapure, la réutilisation de l’eau en sortie de salle blanche et la réutilisation de l’eau au sein même de la station de traitement (osmose inverse) ont permis d’atteindre un taux de recyclage de l’eau de 43% en 2022 ».

32 %, 10 %, 43 % de réutilisation, à quels chiffres se fier ? Une chose est certaine : méfions-nous des études menées par les pollueurs eux-mêmes.

Quand réutilisation rime avec surconsommation

Il n’y a, à proprement parler, pas de recyclage chez STMicroelectronics mais une « réutilisation » de l’eau, du moins d’une certaine quantité d’eau. L’eau qui sert à la climatisation des salles (soit 25% de la consommation d’eau de l’entreprise) est celle qui provient des nappes phréatiques (la climatisation ne demandant pas une eau aussi pure que celle pour les plaques de silicium), et c’est celle-ci (uniquement celle-ci) qui est réutilisée pour la même tâche. Un pourcentage bien faible par rapport à la consommation d’eau globale de l’entreprise. De plus, réutilisation de l’eau ne signifie pas absence de consommation renouvelée de cette dernière : davantage d’eau est nécessaire à la climatisation en été… c’est à dire au moment où le niveau d’eau des nappes est au plus bas.

Une réutilisation de l’eau qui se voudrait écologique devrait se faire via des moyens économes en énergie et respectueux de la nature pour retraiter les eaux souillées ; par exemple des procédés de phytoépuration ou de filtrage naturel. Or, les tonnes de produits chimiques qui viennent polluer l’eau sont impossibles à retraiter par de tels procédés. Quand bien même ils le seraient, la consommation d’énergie nécessaire au traitement serait faramineuse :  le traitement de l’eau entrante à ST pour la rendre ultra-pure est le poste le plus énergivore de l’entreprise, il en serait donc de même pour décontaminer l’eau. Procéder au recyclage revient donc, dans le contexte de cette entreprise, à remplacer une nuisance par une autre.

Les puces: un choix de société

En réalité, le problème de la consommation d’eau par les industriels révèle les choix de société concernant la production de matériel électronique et de numérisation du monde. Effectivement si la population souhaite continuer vers la fuite en avant du tout numérique, alors il faudra plus de puces et donc plus d’eau accaparée, puis souillée. Voitures autonomes, voitures électriques, trottinettes, smartbidules, satellites, armes, écrans, casques de réalité virtuelle, domotique, etc. Toute cette quincaillerie détruit les terres, les rivières et l’air, qui sont des biens communs qui n’appartiennent à personne et dont nous avons l’usufruit, en partage avec les plantes et les animaux. Si cet accaparement, cet extractivisme et cette pollution immense continuent, nous n’aurons bientôt même plus de quoi boire, manger et respirer sainement, c’est-à-dire le minimum du « vrai confort ». En France, signalons simplement l’épidémie de cancer pour attester qu’il y a perte de ce minimum vital.

Ce qu’il faut donc retenir, c’est que l’eau potable de qualité exceptionnelle qui rentre dans l’usine (qui d’après ST était de 133 litres/seconde en 2021)[3]) n’est à sa sortie plus potable pour personne, humains ou animaux.

C’est pour cela que malgré toutes les fausses promesses de recyclage, nous demanderons toujours de l’eau et pas des puces !

Le 9 mai 2023

Collectif STop Micro
https://stopmicro38.noblogsorg
stopmicro@riseup.net

[1]Déclaration environnementale de ST Microelectronics.

[2]Chiffres ST, cités par l’avis de la MRAE, février 2023. https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf

[3]Sur la déclaration 2021, la dernière publiée, 4,2 m3 d’eau a été utilisé en 2021, soit 2,133 m3/s.

 

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Communiqué de la CGT ST Crolles suite aux décès liés à l’extension de l’usine

Hier la CGT de STMicroelectronics Crolles publiait un communiqué de presse suite aux deux décès et aux deux blessés graves liés à l’extension de l’usine.

Nous relayons leur communiqué en lien avec la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail du 28 avril.  :   CP_20230427_accidentsW_STMicroCrolles

Contre la production et le profit au détriment des vies, STopMicro.

 

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Tout-es au Conseil du Grésivaudan le 15 Mai !

Le 15 Mai prochain, le Conseil Communautaire du Grésivaudan se réunit à l’Agora de Saint-Ismier. Se pourrait-il que nos élu-es poursuivent le projet d’accaparement de l’eau par leurs chouchous de la microélectronique, en oubliant la valeur de ce bien commun ? Pas si nous nous y rendons afin le leur rappeler.

+++ RENDEZ-VOUS LE 15 MAI À 18H À L’AGORA DE ST-ISMIER +++

 

Dégustation d’eau potable et de petits gateaux: Une bonne occasion d’exercer la démocratie directe !

Venez en tenue chic pour être à la hauteur du gratin politique ! Les pistolets à eau sont aussi les bienvenus si nous voulons espérer jouer à armes égales.

TRACT D’APPEL: Tract 15 Mai

Adresse exacte: 10 Place de l’Agora, 38330 Saint-Ismier, France

Affiche alternative:

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Des composants de STMicro retrouvés dans des drones russes

On ne le rappelera jamais suffisament : la guerre se fabrique chez nous, notamment dans la cuvette grenobloise où les entreprises de microélectronique servent également l’industrie de la mort (la fameuse « plaque grenobloise » indispensable à l’économie de guerre voulue par Macron et dont parle BFMTV).

Si Soitec ne se cache pas vraiment de ses liens étroits avec l’armement français (cf. le rachat de Dolphin Integration avec le missilier MBDA), STMicroelectronics fait preuve de plus de discrétion…

Et pourtant ! Le mois derniers l’OBSARM (observatoire des armements) publiait un communiqué sur la suspection de violation d’embargo par STMicroelectronics suite à la découverte de composants de l’entreprise retrouvés dans des drones russes utilisés en Ukraine.
Ce jeudi dernier, l’OBSARM publiait un complément d’enquête sur le refus de STMicroelectronics de répondre à des questions concernant son implication avec l’armement russe, le silence de l’entreprise traduisant bien toute l’opacité quant à la destination de ses puces.

Les détails des échanges entre l’OBSARM et STM ici : https://www.obsarm.info/spip.php?article502

 

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► Mais où étaient les verts le 1er avril ?!

Quand EELV soutient la « mégabassine » de STMicroelectronics

C’était une belle manifestation, ce 1er avril.

Mille personnes réunies sous le mot d’ordre « De l’eau, pas des puces » (et sous la pluie, ironie du sort…)
Un trajet inédit : de la petite gare de Brignoud jusqu’à l’espace Paul Jargot de Crolles, en passant devant le site de STMicroelectronics.
Un sujet grandement d’actualité, avec les sécheresses, les restrictions d’eau et ces sites industriels (ST et Soitec) qui consomment déjà 16 800 m3 d’eau potable par jour, beaucoup plus dans quelques années.

On était quelques jours avant Pâques, mais on n’a pas cherché les œufs, plutôt les militant·es écologistes d’EELV dans cette mobilisation de « défense de l’eau ». Eh bien figurez-vous qu’on en pas trouvé. Et qu’en fouillant l’Internet et les réseaux sociaux des unes et des autres, on n’a trouvé aucune réaction à cette mobilisation inédite. Ni du maire Piolle, ni du sénateur Gontard, ni des députés Iordanoff ou Chatelain, ni des autres adjoint·es ou conseiller·es municipaux·les. Rien du tout.

Peut-on critiquer le plus gros employeur local quand on est élu ?

Crolles, à 20 kilomètres de Grenoble, c’est le siège d’un des plus gros employeurs régional, STMicroelectronics, particulièrement ciblé par la manifestation. Grenoble, à 20 kilomètre de Crolles, c’est la « première grande ville de province dirigée par les écologistes », en la personne d’Eric Piolle.

Le député de la circonscription de ST est Jérémie Iordanoff, étiqueté lui aussi à EELV.

En fait, Grenoble et Crolles, c’est le même territoire : l’eau consommée par ST est vendue par la Régie des Eaux de Grenoble. ST est issu d’une start-up du CEA, la structure de recherche publique basée à Grenoble.

Si on n’a pas retrouvé dans la manifestation les élu·es, les militant·es de base ou les drapeaux d’EELV ; ce n’est pourtant pas faute de les avoir tracté lors des manifs retraites. Notamment le « fameux délinquant solidaire », Eric Piolle, « Maire écologiste de Grenoble –@EELV & #NUPES – Radical et pragmatique – Ingénieur » selon sa présentation Twitter, aux abonnés absents samedi dernier et dont le silence en dit long. Sur un territoire dirigé par les écologistes, la surconsommation des ressources ne les fait pas réagir.

Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent

L’avant-veille encore, jeudi 30 mars on a pourtant vu plusieurs élu·es et drapeaux au rassemblement contre les violences de Sainte-Soline. Ce même week-end, le maire de Grenoble était pourtant sensible au problème de l’eau, puisqu’il signait la tribune « Nous sommes les Soulèvements de la Terre » (tout comme la députée et conseillère municipale Nupes Elisa Martin)

Mais qu’est-ce qui explique cette absence de réaction ?

Nous avons eu droit à quelques explications gênées. Des élu·es découvrant la veille l’existence de cette manifestation, donc « trop tard » pour s’organiser et venir. Une autre manif « pour les femmes iraniennes » en simultané. On est à deux doigt de l’explication qui sent méga-faux « J’avais méga-piscine ».

Écologie ou électorat : ils et elles ont choisi 

En réalité, l’explication est plus simple. Quelques mois plus tôt, Eric Piolle se réjouissait de l’annonce de l’agrandissement de l’usine de STMicroelectronics. Le Monde (12/07/2022) racontait : « Dans l’assistance, le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, opine de la tête. Prêt à laisser de côté, l’espace d’un instant, ses divergences avec le chef de l’Etat, l’élu […] trouve même cette annonce “réjouissante” ». C’est que ST pourvoit près de 7 000 emplois sur le bassin grenoblois. En tant que maire de Grenoble, l’élu a-t-il été gêné de contester la toute-puissance des industriels à cause de la prétendue « défense de l’emploi » ? Mais quand ces emplois coûtent 2,3 millions d’euros par emploi (Macron a annoncé cet été 2,3 milliards d’euros d’argent public pour 1000 emplois créés), n’y aurait-il pas des emplois plus pertinents écologiquement à soutenir ? Pourquoi la « réindustrialisation » ne concerne que l’industrie high-tech énergivore et artificialisant le monde plutôt que des productions réellement utiles ?

Plus profondément, l’ancien ingénieur d’HP Éric Piolle, comme nombre d’autres élu·es de la ville, a été élu par les cadres et les ingénieur·es de la cuvette. Par celles et ceux qui bossent aux CEA-Leti et à STMicro. On ne trahit pas un électorat comme ça. EELV est le parti de la classe des ingénieur·es.

L’écologie à la grenobloise se nourrit de puces

N’y aurait-il pas aussi un lien avec le modèle de « transition écologique » auquel semble souscrire la mairie de Grenoble ? Depuis neuf ans, la « transition » vendue par ses élu·es semble très compatible avec la numérisation générale. Des bibliothèques de quartier ont fermé pendant que la « Numothèque », la bibliothèque numérique, se développait. Dans celles qui restent, tous les documents sont maintenant équipés de puces RFID. L’ancien responsable des transports métropolitains, l’élu vert Yann Mongaburu se félicitait il y a quelques années du « temps d’avance » pris à Grenoble avec le paiement sans contact, le paiement par smartphone, et autres « innovations technologiques » installées d’abord dans la cuvette. Pour contrôler la future ZFE, les élu·es EELV de Grenoble militent pour le développement de la vidéo-verbalisation automatisée.

On pourrait multiplier les exemples pour illustrer ce constat : EELV, comme tous les autres partis, croit que les solutions aux problèmes environnementaux auxquels on se heurte aujourd’hui sont à trouver dans le progrès et l’innovation technologique.
Alors qu’on le rappelle, la fantasmée dématérialisation que nous vend le numérique est un leurre. Il en faut des minerais, des terres rares, de l’eau, de l’énergie et de la main d’œuvre exploitée dans les mines de cobalt du Congo pour créer des ordinateurs et des tablettes. Il en faut des gigawattheures pour faire fonctionner tous les data centers, collecter nos données et nous forcer à souscrire à cette marche forcée vers le tout numérique.

En cédant aux sirènes du solutionnisme technologique, EELV défend une écologie inoffensive et à côté de la plaque. Si les méga-bassines agricoles sont à combattre, comment rester silencieux face à l’accaparement de l’eau pour des productions aussi contestables que les voitures autonomes, les satellites d’Elon Musk, les objets connectés intrusifs, les mouchards électroniques ou les armes de guerre ? En mars dernier, l’Obsarm (observatoire des armements) révélait que des puces de STMicro avaient été retrouvées sur des drones russes en Ukraine : sur ce point-là non plus, aucune réaction des élus EELV.

 

Nous, collectif STopMicro, ne voulons de ces productions ni ici ni ailleurs. Nous sommes pour l’arrêt de la fuite en avant technologique et pour un bon usage de l’eau. No puçaran !

Contact : stopmicro@riseup.net

Blog : stopmicro38.noblogs.org

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Couverture médiatique de notre première manifestation dans le Grésivaudan

Avant la manifestation
 Après la manifestation

Le Dauphiné libéré

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INFORMATIONS MANIF DU 1er AVRIL

QUELQUES INFORMATIONS IMPORTANTES POUR LA MANIFESTATION DU 1ER AVRIL

Comment aller à la gare de Brignoud ?

  • Option VELO : rendez-vous 8h30 Place Vaucanson (Grenoble) ; nous partirons à 9h dernier carat. Le trajet jusqu’à Brignoud fait environ 1h15 et se fait en grande partie sur une piste cyclable. Prévoir de l’eau et si possible un casque.
    /!\ En cas de pluie trop importante, nous irons toustes ensemble à la gare depuis la place Vaucanson.
  • Option TRAIN : Le train pour Brignoud part à 10h05 depuis Grenoble pour arriver à 10h28 à Brignoud (prix tarif plein : 5,20€).
    Ce même train part de Voiron à 9h25, de Gières à 10h17 et d’Echirolles à 10h11.
    Quelqu’un attendra devant la gare de Grenoble avec un étandard bleu à partir de 9h45.
    /!\ Attention au risque de grève.
  • Option VOITURE :
    Si vous avez de la place dans vos voitures, si vous cherchez de la place : RDV sur https://covievent.org/covoiturage/manifestation-1er-avril-de-l-eau-pas-des-puces/0a7bd60598ae51c37ba23c0b93f23554
    Au départ de Grenoble prévoir une trentaine de minutes.
    Possibilité de se garer sur le parking de la gare de Brignoud.

Que prévoir ?

  • Des vêtements BLEUS !
  • Des vêtements chauds pour la pluie !
  • Tout ce qui vous évoque l’eau, le technomonde, l’industrie…

Déroulé de la journée :

Le rendez-vous est donné à 10h30 gare de Brignoud.
Après un départ vers 11h, nous traverserons la ville de Crolles en passant devant l’usine de STMicroelectronics en travaux, nous finirons le parcours au parc Jean-Claude Paturel de Crolles.
Arrivé·es au parc, il y aura une série de prise de paroles de plusieurs collectifs et ensuite diverses animations seront proposées au cours de l’après-midi (spectacle, exposés), le tout avec la possibilité de casser la croûte sur place !

Et pour le retour ?

Depuis Crolles il y a des bus qui retournent jusqu’à Grenoble, notamment le X01 qui passe environ deux fois par heure (horaires x01) et le T80 (horaires t80) . Le T81 va jusqu’à Gières (horaires t81) et le T83 (horaires t83) jusqu’à Chambéry en passant par Montmélian.
Nous organiserons aussi quelques navettes pour emmener des personnes récupérer leurs voitures restées à la gare de Brignoud.

Pour les personnes à mobilité réduite :

Possibilité de nous rejoindre directement au parc Paturel vers midi (juste à côté de l’espace Jargot qui se trouve à proximité d’un parking). Il y aura des endroits où s’asseoir et vous pourrez assister aux prises de parole et aux animations !

Puis-je emmener mes enfants ?

Bien sûr ! Il s’agit d’une manifestation déclarée, festive et familiale ! Et aux dernières nouvelles, les enfants aussi boivent de l’eau…

Parcours de la manifestation :

La manifestation fait environ 5km.

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Réunion publique avec Stop Métrocâble le 31/03

Rendez-vous vendredi 31 mars pour une soirée co-présentée par les collectifs Stop Métrocâble et STopMicro sur l’accaparement et l’urbanisation des terres agricoles dans la métropole grenobloise ainsi que les luttes en cours portées par les collectifs.

Soirée organisée par le collectif LUCSE dans le cadre de la semaine d’action et de réflexion Prenons les terres.

À 18h30

La Salle Rouge
15 Rue des Arts et Métiers
38000 Grenoble

Plus d’infos ici

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Article du Postillon: Comment STMicro pollue l’eau.

Une fois n’est pas coutume, le Postillon publie un nouvel article sur les rejets de ST dans l’Isère. La suite par ici !

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► « Méga-bassine » de STMicro à Crolles : la guerre de l’eau fait étape en Isère le 1er avril

 

La monoculture par agriculture irriguée et la mise en place de mégas infrastructures, comme la bassine de Sainte Soline malmenée le week-end dernier par plusieurs dizaines de milliers de personnes, ne sont pas les seuls enjeux attenants à la question de l’accaparement de la terre et de ses ressources à des fins industrialo-technocratico-libérales. Nous publions cette semaine un récit en provenance de la région de Grenoble, où le collectif STopMicro cherche à mettre en lumière le deux poids deux mesures à l’oeuvre dans l’Isère, où, malgré une année marquée par des sécheresses records, l’entreprise STMicroelectronics, fabricant de puces et semi-conducteurs, a été autorisée à doubler son usine, agrandissement lui permettant de consommer plus de 300 litres d’eau par seconde.

Face à un pouvoir qui joue la surenchère, façon Thatcher, et cherche à marquer les opposant·es dans leurs chairs, à criminaliser et diviser les mouvements d’oppositions en cours, le collectif STopMicro apporte son soutien à la lutte contre les méga-bassines et aux manifestant·es blessé·es le 25 mars.

On rappelle aussi que la guerre de l’eau fera étape en Isère, à Crolles le 1er avril.

Voici planté, en quelques lignes, le décor de cette lutte.

C’est en 1992 que le fabricant de puces STMicroelectronics, aujourd’hui l’un des principaux industriels européens de semi-conducteurs, s’installe à Crolles. Pas par hasard, mais parce que cette industrie a besoin d’une eau très pure qu’elle peut trouver sur le site (via un acheminement par une conduite de 40 kilomètres). Et accessoirement parce que le débit de l’Isère, à proximité, lui permet de rejeter tranquillement une eau plus du tout pure car gorgée de produits chimiques (même après retraitements).

En juillet 2022, Macron, accompagné de quatre de ses ministres (Le Maire, Retailleau, Véran et Becht) et du commissaire européen pour le marché intérieur Thierry Breton, viennent fêter l’agrandissement de l’usine. Jusque-là ce mastodonte pompait 176 litres à la seconde de cette eau potable afin de nettoyer ses plaques de silicium, mais après l’extension, ce seront 336 litres qui couleront chaque seconde, c’est à dire une méga bassine tous les 22 jours.

En août 2022, l’Isère, comme le reste de la France, crame et est placé en alerte sécheresse maximale, niveau 4. Interdiction d’arroser son jardin entre 9h et 20h. Et côté industriels ? Comme le stipule l’arrêté cadre sécheresse « Les établissements pouvant démontrer que leurs besoins en eau utilisés pour les procédés de fabrication ont été réduits au minimum sont exemptés de restriction ». Business as usual.

Au sortir de l’hiver, le déficit en neige et pluie n’a pas permis de recharger les nappes phréatiques, et déjà une vingtaine de départements français sont en alerte sécheresse. Mais un chantier qualifié de « plus gros investissement industriel depuis les centrales nucléaires »(et financé à hauteur de plus de deux milliards avec du fric public) ne saurait s’embarrasser de détails aussi triviaux. L’agrandissement se poursuit donc dans le meilleur des mondes technophiles.

Car l’agglomération Grenobloise est, de longue date, pilotée par une technocratie, mélange fusionnel entre industrie, recherche et politique. Il suffit pour s’en convaincre de lire le parcours professionnel des différents maires de Grenoble. Le dernier en date, le vert Eric Piolle peut bien trouver inadmissible le modèle paysan productiviste type FNSEA qui de Sivens à Sainte Soline encourage l’utilisation massive de flotte ; mais étrangement, lorsqu’on parle de l’arrosage à flux continu de plaquettes de silicium à vingt bornes de Grenoble, l’indignation fait place à un silence assourdissant.

Face à des décisions géostratégiques (être moins dépendant de Taiwan et produire « local ») prises comme toujours, sans aucune démocratie, depuis quelques bureaux parisiens et face à un site industriel qui a valeur d’institution locale (et nationale) de par ce qu’il produit, son poids économique, le nombre de gens qui y bossent (presque 2% de la population active), il y a plutôt unanimité chez les élu·es pour regarder ailleurs quitte à entendre voler les mouches.

Voilà pour le contexte local.

Face à cela nous cherchons à créer les conditions pour que naisse un mouvement de contestation massif de cet état de fait.
C’est pourquoi la stratégie du collectif est pour le moment d’informer un maximum de gens, de provoquer le mécontentement, et on l’espère un rapport de force à la base qui s’étende. Bref de faire connaître tout ça et d’encolérer les habitant·es de l’agglomération.

Le 01 avril, ce sera une manif déclarée. Nous passerons à proximité de l’usine et on finira sur un jardin public ou des prises de paroles, des idées pour la suite à donner au mouvement seront échangées. Il y aura aussi une cantine. On sera dans un moment bon enfant. Sans chercher un affrontement physique qui ne servirait pas, dans cette lutte précise, nos objectifs à plus long terme. Pour autant, STopMicro est solidaire des gens qui se battent, à Sainte Soline, lors des manifs contre la réforme des retraites ou ailleurs, et ce, quelque soit le mode d’action. Contre l’autoritarisme étatique et industriel, nous sommes légitimes.

L’accaparement des ressources en flotte, avec deux poids deux mesures, on en veut pas.
De l’eau pas des puces.
Mais, aussi essentielle qu’elle soit, la contestation des activités d’une usine comme STMicroelectronics ne saurait s’arrêter à sa consommation faramineuse en eau.
On ne veut pas de l’accaparement des terres agricoles hyper fertiles du Grésivaudan. Des paysan·nes, pas des puces. On ne veut pas d’usines classées Seveso (19 dans l’agglo grenobloise) qui rejettent des quantités astronomiques de produits chimiques dans les rivières et polluent les nappes. De l’eau potable, pas de l’acide fluorhydrique. On ne veut pas des babioles technologiques inutiles produites à partir de ces puces. De l’eau, pas des smartphones. On ne veut pas des drones, caméras intelligentes et autres objets nuisibles. De l’eau, pas du contrôle social. On ne veut pas des puces servant à l’industrie de guerre, comme celles retrouvées récemment sur un missile russe en Ukraine, estampillées STMicroelectronics. De l’eau, pas des objets de destructions et de pouvoir.

Article paru sur Lundi Matin (27/03/2023)

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Articles et enquête du Postillon

Fin décembre et début Mars le Postillon a publié un article et une enquête en lien avec la mobilisation contre STMicroelectronics et Soitec:

vous pouvez retrouver les sommaires des numéros sur leur site – ou  mieux, vous les procurer dans la cuvette –

https://www.lepostillon.org/-Printemps-2023-.html

https://www.lepostillon.org/-Hiver-2022-2023-.html#article_1354

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Avis très critique de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale rendu sur l’agrandissement de ST

Le 17 février dernier, la MRAE (mission régionale d’autorité environnementale), l’autorité chargée de mener l’examen des projets locaux ayant une implication sur l’environnement, a rendu un avis très critique quant au projet d’extension de STMicroelectronics à Crolles.
Elle met en avant un manque de précision sur les effets de l’extension, notamment car l’augmentation des activités de production n’est pas quantifiée, ainsi qu’une sous-estimation de sa future consommation en eau potable et de ses impacts environnementaux.

La MRAE écrit que « Le dossier présente de nombreuses lacunes qui rendent difficile la compréhension du projet et les impacts sur l’environnement de ce dernier. En particulier, le projet lui-même n’est pas suffisamment décrit, l’état initial relatif à la consommation d’eau, l’état des ressources en eau, les rejets aqueux et atmosphériques, et le niveau de bruit n’est pas assez détaillé et le niveau d’enjeu retenu pour ces thématiques semble sous-estimé au regard des enjeux et des impacts du site existant. (…) Par ailleurs, le site est à proximité immédiate d’un site de la société Soitec qui réalise des activités similaires, mais le dossier n’étudie pas les effets cumulés du projet avec le site voisin»

Elle indique également que « Le dossier indique que le projet est concerné par certains effets du changement climatique et en particulier le risque de sécheresse et celui de ravinement et ruissellement sur versant. Il évoque des mesures, peu précises, que la société STMicroelectronics prend lors d’épisodes de sécheresse. »

Pour la MRAE les principaux enjeux environnementaux du projet sont :

  • La ressource en eau au regard de la consommation d’eau du site, à la fois la ressource en eau potable et la nappe d’eau souterraine au droit du projet ;
  • La qualité des eaux de surface dans lesquelles sont rejetés des effluents aqueux ;
  • La qualité de l’air et le cadre de vie des habitants, en particulier le bruit ;
  • Le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre.

La MRAE conclut ainsi : « En conséquence, l’Autorité environnementale recommande de compléter le contenu de l’étude d’impact, décrivant le projet d’ensemble et ses impacts, et de ressaisir l’Autorité environnementale avant l’enquête publique. »

Pour retrouver l’intégralité de l’avis et ses nombreux détails :
https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023apara23_icpe_indstcrolles_38.pdf

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Réunion publique vendredi 3 mars

Avec les Soulèvements de la terre et la Confédération paysanne, nous organisons vendredi 3 mars à 19h une réunion publique sur les luttes autour de l’eau, à Grenoble et ailleurs.

Ce sera l’occasion de parler de l’accaparement de l’eau, des mégabassines dans l’ouest de la France, du mouvement des Soulèvements de la terre et de ses prochaines dates, des enjeux locaux sur l’eau potable comme la production de microélectronique, par STMicro et Soitec.

Vendredi 3 mars 19h À la Maison des associations de Grenoble (6, rue Berthe de Boissieux 38000 Grenoble)

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Article Lundi Matin du 09/01/2023

Début janvier le média Lundi Matin publiait un article sur la mobilisation contre STMicroelectronics et Soitec ; vous pouvez retrouver l’article en ligne : https://lundi.am/Ultra-mega-bassine-de-ST-Micro-a-quand-un-soulevement

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38h de l’affiche à l’Atelier Fluo

Début février avaient lieu les premières 38h de l’affiche à l’Atelier Fluo, un weekend entier dédié à la création de supports visuels en soutien à une lutte locale. Pour cette première édition c’est STopMicro qui a été choisi et ce ne sont pas  moins d’une trentaine d’artiste et de créatifs.ves en tout genre qui se sont relayé.es durant ces 38h pour créer des affiches contre l’accaparement des ressources par STMicroelectronics et Soitec et contre la numérisation massive de nos vies.

Les résultats en images…

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MANIFESTATION DU 1er AVRIL

TRACT COMPLET EN PDF

 

Et non… C’est pas une blague !

12 piscines olympiques par jour de la bonne eau potable de nos vallées dilapidées par les industries de la microélectronique du Grésivaudan pour produire des machins connectés, c’est pourtant la triste réalité…

STMicroelectronics et Soitec, les deux producteurs locaux de puces sont en train de s’accaparer nos ressources avec la complicité des pouvoirs publics qui se plient en quatre pour permettre aux industries de pomper toute notre flotte… À une époque où en période sécheresse les usines de puces taïwanaises sont alimentées par camion citerne et l’eau à usage domestique est rationnée il n’y a plus vraiment de quoi rire et l’avenir du Grésivaudan pourrait être en train de se jouer maintenant.

Alors si vous aussi vous voulez DE L’EAU, PAS DES PUCES, on se retrouve SAMEDI 1er AVRIL pour un cortège qui partira à 10h30 de la GARE DE BRIGNOUD.

Habillez-vous en bleu, en hommage à cette bonne eau de la Romanche qu’on préférerait toutes et tous boire que de voir gâchée pour que STMicro continue à produire les prochains satellites d’Elon Musk…

Et parce que ça reste le 1er avril, on se retrouve nombreux et nombreuses, joyeux et joyeuses car le macabre il est du côté de ces industries !

Un départ collectif en vélo est prévu depuis Grenoble à 8h30 place Vaucanson (il y a une bonne heure de trajet à prévoir donc soyez à l’heure), un train partira à 10h05 de Grenoble pour arriver à 10h28 à Brignoud et des covoits restent à organiser !

On finira cette manif par un pique-nique partagé à Crolles, alors, n’hésitez pas à ramener de quoi grignoter !

Pour les covoiturages vous pouvez proposer ou demander des places par ici !

A bientôt et STopMicro !

Contact : stopmicro@riseup.net
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Des réponses et des sources

Des membres du collectif StopMicro ont répondu aux questions du collectif Ruptures. L’interview est disponible sur leur site:

https://collectifruptures.wordpress.com/2023/01/30/336-litres-par-seconde/ 

Des sources pour approfondir

Les études qui nous ont permis de former cet argumentaire proviennent de diverses sources, que nous pensons important de présenter. Pour la majorité des chiffres et informations sur les industries de micro-électronique, et pour une analyse globale, nous nous sommes appuyé sur:

  •  Les dossier du journal Le Postillon, d’Automne 2022 et d’Hiver 2022/2023.
  • Plusieurs articles de Pièce et Main d’Oeuvre, particulièrement:
    •  « STMicroElectronics, les incendiaires et les voleurs d’eau », 22/07/22,
    • « Pingouin chez StMicroelectronics, c’est toujours un sale boulot », 12/12/22
  • Plus spécifiquement pour les produits toxiques, le rapport environnemental officiel du site de STMicroelectronics de Crolles de 2021,

D’autres articles ont enrichi notre réflexion:

  • L’expression « Économie de guerre » et le lien avec la « plaquette grenobloise » est mentionnée sur l’article de BFMTV du 16/11/22, « Défense: comment l’armée et les industriels mettent en place l’économie de guerre voulue par Macron »
  • Les objectifs de croissance pour les semi-conducteurs sont décrits dans les rapports de la Commission Européenne

et nous nous sommes aussi inspiré de témoignages de personnes ayant travaillé dans les usines ou d’habitant·es de la région.

Pour aller plus loin:

  • Sur le rassemblement, un article de Reporterre du 12/01/23, « En Isère, l’industrie électronique boit toute l’eau », le relate.
  • Pour les nuisances au sujet de l’extraction des ressources pour la microélectronique, voir le travail de Guillaume Pitron, de l’association Systext, ou l’article « Le cycle du silicium », de Pièces et Main d’Oeuvre.
  • Sur les stratégies de production des puces suivant les pays, un article du Grand Continent
  • Au sujet de l’écosystème de recherche et développement technologique grenoblois, lire « l’Université Désintégrée« , du groupe Grothendieck.
  • Les éditions La lenteur dénoncent les nuisances de la numérisation, par exemple dans Le monde en pièce. Pour une critique de la gestion. 2. Informatiser, Editions la lenteur, 2019

 

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Article Reporterre du 12/01/2023

 

Vous pouvez lire ici un article du media Reporterre sur notre lutte:

https://reporterre.net/En-Isere-l-industrie-electronique-boit-toute-l-eau

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Émissions radio sur radio Grésivaudan 04/01/2023

Enregistrement de l’interview de deux membres de STop Micro! dans l’émission « la télé dans le placard »:

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De l’eau pas des puces !

Mercredi 14 décembre devant la Régie des eaux de Grenoble, le collectif Stop Micro ! organisait une manifestation contre le gaspillage de l’eau par les industriels locaux. Une soixantaine de personnes ont manifesté.

Dépot des bouteilles devant la régie des Eaux de Grenobles

Quelles seront les prochaines actions ? Voici le communiqué du collectif Stop Micro :

« Nous fermerons le robinet à ST !

Nous étions environ une soixantaine ce mercredi 14 décembre à se rassembler devant le siège de l’entreprise Eaux de Grenoble Alpes pour manifester contre l’utilisation de l’eau potable par des industriels comme ST Microelectronics, avec la complicité des politiques nationales, locales et du fournisseur Eaux de Grenoble Alpes.

En effet Grenoble est la principale ville de France fabricante de puce en silicium. Les industriels du secteurs du semi-conducteur sont largement implanté dans la vallée (ST Microelectronics, SOITEC, Tronics, Aledia etc).

Les habitants de la région grenobloise ont la chance de bénéficier d’une eau d’une pureté remarquable. Malheureusement l’industrie du semi-conducteur a des besoins colossaux pour laver ses plaques. Et ces besoins ne cessent de croître :des travaux d’agrandissement de l’usine ST de Crolles sont en cours (5,7 Milliards d’euros) pour doubler la production et donc la consommation en eau qui devrait atteindre 29 000 m3 en 2023-2024, soit 336 litres /secondes.

Comment ne pas mettre en parallèle ces deux dates: le 12 juillet 2022, le président Macron, avec une bonne partie de son gouvernement et tout le gratin dauphinois (Eric Piolle compris) fêtaient ce prochain agrandissement de ST microelectronics.

Un mois plus tard, le 17 août, la préfecture de l’Isère plaçait l’ensemble du département en alerte sécheresse de niveau 4, interdisant aux particuliers d’arroser leurs potagers entre 9h et 20h. Cherchez l’erreur.

C’est pourquoi le collectif STop Micro ! à appelé dans son tract « De l’eau pas des puces » à se réunir devant le siège de Eaux de Grenoble Alpes pour dénoncer les centaines de litres d’eau pure utilisés par ST et SOITEC avec l’aval de la Métro, de la préfecture, de la communauté de commune du Grésivaudan et des « fournisseurs » d’eau.

Ces entreprises ne sont pas seulement gloutonnes en eau pure. Leurs consommations en électricité sont faramineuses, alors même que l’on prépare la population à des coupures durant l’hiver, reportant sur les particuliers les économies d’énergie.

Ces usines sont également classés seveso seuil haut, et manipulent en grandes quantités des produits toxiques et dangereux (ammoniac, chlore hexafluorure, …). Ultra polluantes, elles rejettent 40 tonnes de boues bien dégueulasses par an, en toute opacité.

À quoi sert ce pillage des ressources naturelles et ces rejets polluants ? À la fabrication d’objets high-tech inutiles socialement et eux-même énergivores.

En effet ST Microelectronics vend ses puces à des entreprises de l’internet des objets, aux satellites d’Elon Musk, à des fabricants de véhicules autonomes et d’autres gadgets de la « life.augmented » (c’est leur slogan) Quand aux manifestants et manifestantes le leur étaient  » de l’eau pas des nanos ».

Une grande action de mobilisation est prévu en mars pour la journée mondiale de l’eau. »

* * *

Voici l’appel initial à manifester : 

Rappelez-vous cet été dans la cuvette grenobloise, la canicule était mortelle, on a atteint des 43°C à certains endroits. Dès le 7 juillet, le préfet de l’Isère plaçait plusieurs secteurs en « Alerte niveau 3 »: le dernier niveau avant celui dit de crise. Avec déjà, la coupure des fontaines publiques et l’interdiction d’arroser son potager en journée ou de nettoyer sa voiture… une pluie de contraintes qui n’est pas prête de cesser.

En 2030, Grenoble subira 37 jours de canicule et les petits et moyens glaciers qui alimentent le Drac et la Romanche auront fondu de moitié (1). Le déreglement climatique se fait particulièrement ressentir dans les territoires alpins, où le recul des glaciers et le faible niveau d’enneigement ne permettent plus de remplir les cours d’eau. Le Guiers Mort et le Merdaret, sont presque à sec, la végétation crame, les forêts deviennent des fours et la faune et la flore en pâtissent.

Pour le moment, on a encore la chance d’avoir une eau abondante et bonne à boire… Mais pour combien de temps encore ? Combien de sécheresses avant l’épuisement de cette ressource si vitale ?

Car pendant ce temps, le secteur industriel local fait couler l’eau de nos montagnes à flot…

La cuvette grenobloise, ce sont aussi des entreprises hautement énergivores et polluantes (pas moins de 19 usines classées Seveso (2)) ainsi que le premier pôle européen des nano-technologies. Ce secteur est spectaculairement gourmand en eau : pour nettoyer une seule plaquette de silicium, sur laquelle sont gravés des circuits électroniques, il faut lui envoyer 1 700L d’eau pure.

L’entreprise la plus néfaste dans le coin c’est STMicroelectronics à Crolles. Non contente d’être classée site SEVESO seuil haut, à cause de l’utilisation de 20 000 tonnes de produits chimiques par an, parmi lesquels certains extrêmement dangereux : amoniac, chlore, hexafluorure etc., elle remporte conjointement la palme de la plus grande consommatrice d’eau et d’électricité de la cuvette. La consommation d’électricité de l’usine de Crolles équivaut à celle de 139 000 grenoblois·es.

Quant à l’eau, même en période de sécheresse, STMicro et son voisin Soitec, nos deux producteurs locaux de puces, bénéficiaient de dérogations pour continuer à consommer leurs 16 800 m3 quotidiens d’eau potable. Une consommation en constante augmentation, censée atteindre les 29 000m3 quotidiens à l’horizon 2023- 2024… l’équivalent de 700 000 douches par jour !

Une dilapidation pas prête de s’arrêter quand on sait que l’Europe ambitionne d’atteindre les 20% du marché mondial d’ici 2030 : la production de puces est en effet un enjeu de souveraineté industrielle et militaire.

Pour faire face à l’augmentation vorace de la demande en eau de ces deux industriels, la régie des eaux de la métropole pourrait même réaliser des travaux de renforcement des réseaux d’adduction (50 millions d’euros).

Travaux d'extension du site ST de Crolles

Mais le pire dans tout ça, c’est que ce pillage de nos ressources en eau potable se fait avec le soutien des pouvoirs publics et des élu.es de tout bord qui voient dans ces entreprises de nanotechnologies le fleuron local, permettant à celles-ci de puiser l’eau de nos nappes phréatiques sans restriction. C’est tout un système économique et politique qui autorise cette captation d’une ressource pourtant commune et vitale.

Et toute cette gloutonnerie pour quoi ? Pour que ST puisse participer à la numérisation agressive de nos vies, une Life.augmented comme le clame leur slogan. Des puces pour digitialiser les voitures et les rendre semi-autonomes, des capteurs en tout genre pour mesurer et surveiller, des objets connectés à foison pour constituer leur dystopique internet des objet: ce sont les principales applications qu’affiche fièrement l’entreprise (3).

En somme, un pas de plus dans l’administration numérisée de la vie et dans la création de juteux besoins artificiels, inconciliables avec le partage raisonné des ressources dont nous disposons.

Contre l’aberration écologique de ce pillage de nos ressources communes et la complicité des institutions publiques ET pour une gestion sensée de l’eau.

Mais… et les emplois dans tout ça ? Le nombre de 1000 emplois, que promet de créer ST pour leur nouvelle usine à Crolles, est absolument ridicule face aux aides publiques astromnomiques pour ce projet: 2.3 milliards d’euros.

De plus, marcher déguisé·e en pingouin de plastique dans des salles blanches asceptisées n’est ni enviable ni viable. Ces investissements de 2.3 millions d’euros par emploi pourraient générer des activités bien plus utiles (pièces de vélo, savons, chaussettes et outils de maraîchage…) »

À 11h30

Devant la Régie des eaux de Grenoble
5 Place Vaucanson
Grenoble

 

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