Être écologiste, c’est s’opposer à l’industrie microélectronique

Imaginez ! Imaginez des usines polluantes et énergivores, travaillant en partenariat avec l’armée pour la dissuasion nucléaire, reposant sur l’exploitation des ressources pour fabriquer des gadgets électroniques. Imaginez maintenant que ces multinationales, STMicroelectronics et Soitec, veuillent s’agrandir, et qu’elles réclament à l’État des milliards d’euros de subventions. Et maintenant, devinez quelles forces politiques apporteraient leur soutien à un tel projet ? L’extrême-droite bien sûr, qui adore l’armée et les usines. Les macronistes, évidemment, qui adorent les usines et l’armée. Mais aussi… Les Écologistes, au nom de la “souveraineté”, de la ‘‘relocalisation’’, des emplois et, comble, de la ‘‘transition énergétique’’ (Cyrielle Chatelain, Eric Piolle, Alexandra Caron-Cusey…) !

Mais est-il possible de séparer l’industrie de l’électronique de ses désastres écologiques, de ses destinées répressives et aliénantes, de l’exploitation internationalisée qu’elle génère ? Est-il possible d’imaginer une industrie numérique qui serait “propre”, “durable”, “éthique” ? Le collectif STopMicro, en lutte depuis 3 ans contre les extensions des usines STMicroelectronics et Soitec dans le Grésivaudan, affirme que non, que cette fuite en avant technologique est une impasse pour nos conditions de vie et notre autonomie.

/// ce texte en pdf ///

Les semi-conducteurs accélèrent la catastrophe environnementale

L’été 2026 est le témoin de trop, de l’ampleur de la catastrophe environnementale : feux de forêts, sécheresses, canicules, restrictions d’eau… L’influence majeure des activités humaines sur ce réchauffement et ce dérèglement n’est plus à prouver : les rapports du GIEC en démontrent les liens avec les activités économiques. À chaque nouveau rapport, le constat se dégrade…

Tous les partis politiques vantent le numérique comme un moyen de lutte efficace contre la crise climatique. Le raisonnement est simple : le dérèglement climatique étant la conséquence de la Révolution industrielle du XIXème siècle basée sur les énergies fossiles (pétrole et charbon), il faudrait, pour la combattre, une autre Révolution industrielle. Cette « Quatrième Révolution industrielle » reposerait sur les énergies renouvelables, l’automatisation des processus de production et une utilisation accrue du numérique, des capteurs et de l’intelligence artificielle pour adapter en temps réel la production et les consommations. Ce sont les compteurs Linky, les objets connectés et boostés à l’IA, le modèle de la smart city… La connexion permanente de tout et de tous.

Mais le numérique ne remplace pas les énergies fossiles, il s’y additionne. Pire : il accélère le développement du capitalisme fossile. En 2012, on annonçait -15 % d’émissions mondiales de CO2 d’ici à 2020 grâce au numérique. Ce sera en fait +18 %! On n’a jamais consommé autant de gaz ou de pétrole qu’en 2026. La « transition numérique » n’est en réalité qu’un slogan publicitaire qui perpétue l’illusion d’un monde aux ressources infinies. La « dématérialisation » annoncée n’existe pas. Le numérique est une activité profondément matérielle, en termes de consommation d’eau, d’électricité ou de minerais.

En Isère, les Verts soutiennent la méga-usine et ses méga-nuisances !

En Isère, nous avons un cas d’école de la matérialité du numérique. C’est l’usine de puces électroniques de la multinationale STMicroelectronics qui consomme 160 litres d’eau potable par seconde, 64 tonnes de produits chimiques quotidiennement et l’équivalent en électricité d’une ville de 290 000 habitants. Le tout, en produisant chaque jour 32 tonnes de déchets dangereux et en rejetant dans la rivière Isère des concentrations pharaoniques de phosphore, d’azote, de cuivre et de PFAS. (sources)

C’est pourtant cette usine et son projet d’agrandissement (visant à tripler sa production) que soutiennent la majorité des élu-es Écologistes locaux au motif de « la relocalisation des productions dont nos sociétés ont besoin » (position d’EELV38, 2023). Mais la vraie question ne serait-elle pas plutôt de savoir de quoi nous avons justement « besoin » ? Les puces produites par ST servent principalement aux smartphones, aux objets connectés, à l’automobile, à l’IA, à la robotique et à l’armement. Ses principaux clients sont Tesla, Apple, Starlink ou Huawei… (sources) La production de semi-conducteurs n’est ni une nécessité ni une fatalité mais un choix politiques dessinant certains modes de vie – des modes de vie connectés, c’est à dire industriels et impérialistes.

L’industrie microélectronique est indissociable du capitalisme mondialisé et ses violences. Elle nécessite une concentration de capitaux très élevée, des ressources indisponibles sur les territoires français et européen (métaux, minerais, technologies) et une division internationale du travail extrême. La chaîne de production électronique s’étend aux quatre coins du globe : extraction des minerais et métaux dans des pays en guerre, procédés industriels polluants, assemblage dans des villes-usines d’Asie de l’Est… Rappelons qu’au cours de sa production, une puce électronique fait en moyenne 2,5 fois le tour du monde et franchit 80 frontières. Agrandir ici revient inévitablement à agrandir ailleurs aussi (mines, sous-traitants, clients…). Nous l’expliquons dans le livre Anatomie d’une puce, paru en 2026. L’argument fallacieux de la « relocalisation » invoqué par EELV ne sert qu’aux industriels de l’électronique !

On ne peut pas soutenir l’agrandissement d’une usine qui consomme 14000 d’eau potable par jour et affirmer en même temps que « l’heure est grave ». A moins de n’avoir aucune honte à soutenir des positions si contradictoires sur un sujet aussi préoccupant.

Ne pas s’opposer explicitement à l’agrandissement de STMicroelectronics à notre époque revient à réclamer « des puces, pas de l’eau ! ». Une approche écologiste cohérente et conséquente impose de sortir des postures idéologiques d’adhésion automatique aux « impératifs » capitalistes, y compris ceux déguisés en choix éthiques ; donc de refuser la participation à la fuite en avant numérique imposée par la mondialisation. Par conséquent : s’opposer aux projets d’agrandissement des usines de microélectronique du Grésivaudan.

Le temps d’une écologie molle et de compromission est révolu.
L’urgence du moment nécessite une toute autre trajectoire.

DE L’EAU, PAS DES PUCES

Collectif STopMicro – Août 2026
https://stopmicro38.noblogs.org/
stopmicro@riseup.net

Nos autres textes sur le même sujet :
Faites de l’écologie, coupez le robinet à ST
Ce que nous voulons, c’est l’autonomie
Se battre contre le capitalisme, c’est s’opposer à l’industrie électronique

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Être écologiste, c’est s’opposer à l’industrie microélectronique

Sécheresse : STopMicro coupe l’eau à la DREAL

Le collectif STopMicro se bat contre les agrandissements de deux usines de puces électroniques dans la région grenobloise. Ces deux entreprises consomment 185 litres d’eau potable par seconde pour fabriquer la dystopie numérique (6G, IA, etc.). Elles bénéficient pour cela d’autorisations taillées sur mesure par la DREAL, un service de la Préfecture. Ainsi, elles ne sont tenues, ni de rendre publique leur consommation, ni de réduire leurs prélèvements.

Vendredi 17 juillet, nous nous sommes rendu-es devant les locaux de la DREAL en présence de journalistes et lui avons coupé l’eau en signe de protestation.

Sécheresse et canicule

Alors que nous affrontons la troisième vague de canicule de l’année, avec des températures inédites, les communes de Crolles et Bernin (comme celles de la moitié de l’Isère) ont été placées par arrêté préfectoral le 10 juillet en « Alerte renforcée » sécheresse (niveau 3/4). Une autre partie de l’Isère est en « Alerte » (2/4). Seule la région de Grenoble n’est encore qu’en « Vigilance » (1/4) mais tout le monde sait que le relèvement des seuils et le passage pour tout le monde en « Crise » (4/4) n’est qu’une question de jours.

STMicroelectronics consomme 160 litres par seconde

Pendant ce temps, les industriels du numérique du Grésivaudan consomment sans limite l’eau potable pour la fabrication de puces électroniques pour les voitures autonomes, la 6G, l’intelligence artificielle et les smartphones. À Crolles, STMicroelectronics consomme 160 litres par seconde, sa voisine de Bernin, Soitec en consomme elle 25 litres par seconde, pour rincer les plaques de silicium sur lesquelles sont gravées les puces, avec des produits chimiques, des acides et des métaux (chiffres 2023, en hausse depuis). Ainsi, STMicroelectronics n’est pas un gros consommateur d’eau, mais le gros consommateur, qui accapare à lui seul 20 % de toute l’eau captée dans la nappe de la Romanche, l’équivalent d’une ville de 100 000 habitants.

Deux poids, deux mesures : l’industriel n’envisage que des mesures ridicules

Particuliers et agriculteurs sont obligés de limiter leur consommation. ST, de son côté, envisage des mesures ridicules qui ne concernent que ses eaux sanitaires (0,7 % de sa consommation d’eau) : « report des nettoyages de vitres des bâtiments », « interruption du nettoyage des sols avec les autolaveuses », « planification des tests des poteaux incendie au printemps », envoi d’un « message ‘Crolles Communication’ pour inciter les salariés à réaliser des économies d’eau professionnellement et individuellement ». Concernant son usage industriel de l’eau potable, ST n’évoque qu’une vague « réduction des débits de rinçage de qualification des installations de production d’eau extra-pure », sans annoncer aucun objectif concret. 

extrait de l’étude d’impact (p. 286) de l’enquête publique de STMicroelectronics (2024).

Aucun contrôle des autorités : les promesses de ST valent de l’or

Et encore ne s’agit-il que de promesses ! Personne ne sait quelles mesures ST met réellement en place ni combien l’entreprise consomme en 2026. ST refuse de rendre public son niveau de prélèvement depuis deux ans, contrairement à l’engagement pris par l’entreprise en 2023, au moment où l’État français lui versait une subvention de 1 milliard d’euros. Aucune nouvelle donc de ses déclarations environnementales 2024 et 2025.

Pouvoirs publics complices

La Préfecture a demandé à l’industriel d’élaborer un « Plan de sobriété hydrique » (PSH) mesurant son niveau de prélèvement et listant les mesures en cas de sécheresse. Ce Plan de sobriété hydrique existe-t-il ? On en doute : la Préfecture n’a jamais demandé à l’industriel de lui communiquer ce document important. Un jour, dixit la DREAL « en cas de contrôle sur ce thème », elle vérifiera peut-être son existence. Et pendant ce temps, c’est open bar !

Mail reçu de la Préfecture en réponse à une demande de communication du PSH.


Un plan taillé sur mesure

Notons la manipulation : en période de sécheresse « Alerte renforcée », les entreprises doivent réduire leur consommation de 25 %. Une exception s’applique : les industries ayant élaboré des mesures spécifiques sécheresse. C’est le cas de STMicroelectronics, avec son Plan de sobriété hydrique… dont nul ne sait s’il existe ni ce qu’il prévoit. Ainsi, dans les faits, l’entreprise est exonérée de faire le moindre effort.


S
ource : Préfecture de l’Isère.

Les canicules sont politiques

Ce que nous vivons cet été : canicules à répétition, sécheresse, incendies, restrictions, n’a plus rien d’exceptionnel. Ce n’est que la conséquence de choix politiques tournés vers la fuite en avant technologique, la course à l’innovation et à l’augmentation des capitaux. Les analyses sont unanimes : si rien n’est entrepris, cet été 2026 deviendra la norme et le moins pire des étés à venir. Avons-nous envie de subir ça ?

Durant l’été 2022, Emmanuel Macron s’était rendu à Crolles pour annoncer en grande pompe le projet d’agrandissement de ST, porté par 3 milliards d’argent public, alors qu’au même moment la France subissait une importante sécheresse. Le collectif STopMicro s’est créé à ce moment pour dénoncer ce choix politique de fuite en avant, refuser tout projet d’extension, contre l’accaparement des ressources par les industriels de la dystopie numérique. En quatre ans, notre mobilisation porte ses fruits: changement dans le projet d’extension de ST, grandes manifestations, colloque international, publication de livres et brochures, retrait du parking illégal de Soitec, retrait de Soitec dans son projet d’agrandissement. Tout reste encore à faire, rejoignez-nous pour contrer ces choix politiques !

De l’eau, pas des puces !

No puçaran !

 

Collectif STopMicro, 17 juillet 2026

https://stopmicro38.noblogs.org

suivi du traitement médiatique de notre action dans notre revue de presse

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , | Commentaires fermés sur Sécheresse : STopMicro coupe l’eau à la DREAL

Contre la « souveraineté numérique »

Début juin, inquiet de la puissance de calcul développée par deux IA de l’entreprise Anthropic, le gouvernement américain a imposé à cette dernière de bloquer l’accès à certains de ses programmes pour les utilisateurs qui ne sont pas citoyens des États-Unis. C’est ainsi que vendredi 12 juin, Anthropic a coupé l’accès à ses deux IA Mythos 5 et Fable 5 pour le monde entier1.

Inquiets à leur tour de cette situation nouvelle, dans laquelle un pays d’origine d’une IA peut décider à tout instant d’en couper l’accès, journalistes et politiques européens en arrivent tous à la même conclusion. Face à la dépendance des Européens aux technologies américaines, il faudrait développer une « souveraineté numérique », c’est-à-dire une industrie du numérique locale (semi-conducteurs, logiciels, hébergement de données). Or, cette proposition de « souveraineté numérique » qui fait consensus nous semble à la fois irréaliste – du fait de la nature mondialisée de l’industrie du numérique – et politiquement inconséquente – car elle ne remet pas en cause le modèle de développement technologique qui est précisément la cause de notre dépendance. Mieux : elle encourage la fuite en avant technologique et ses multiples nuisances. Nous refusons donc ce mot d’ordre illusoire.

/// cet article en pdf brochure ///

Constat de dépendance

Commençons par le constat. C’est un fait, la France et l’Europe sont dépendantes du reste du monde pour leur accès au numérique. Dépendantes des États-Unis, bien sûr, car ceux-ci sont leaders dans le domaine des logiciels. Mais la dépendance va plus loin. En effet, le monde numérique se divise en plusieurs marchés : les logiciels, dont font partie les IA comme celles d’Anthropic ; l’hébergement de données, ces serveurs sur lesquels sont stockées les données et qui sont physiquement situés un peu partout (les données de Google sont stockées aux États-Unis, en Irlande, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, au brésil, au Chili, au Japon, en Chine…2) ; la production matérielle de puces électroniques, matériau de base du numérique : pour ces semi-conducteurs, la recherche et développement (R&D) se fait principalement aux États-Unis, la production en Asie du Sud-Est (notamment à Taïwan où est concentrée 75 % de la production mondiale3) ; il faudrait encore ajouter la fabrication des machines de gravure (aux Pays-Bas avec l’entreprise monopolistique ASML), le domaine du packaging des puces (en Asie essentiellement)4 ; le tout fondé sur l’indigne supplice de l’extraction minière disséminée aux quatre coins du globe (Amériques, Afrique, Asie…) et nécessaire à la fabrication des puces et des batteries alimentant les petits, moyens et gros objets numériques5.

De tout cela, on déduit que la France et l’Europe ne sont pas indépendantes dans le domaine du numérique. La coupure du service par Anthropic, tout comme l’avait été en 2021 la pénurie de puces électronique pour l’industrie européenne, ne fait que révéler une situation installée depuis longtemps.

Face à la dépendance numérique : « relocaliser » ?

La réponse tiendrait en un mot : « relocaliser ». C’est ainsi que la majorité des politiques en appellent à mettre en œuvre la « souveraineté numérique », autrement dit à favoriser les centres de données hébergés localement (comme ceux projetés dans le nord de la France6 ou en Isère7), des logiciels et des IA françaises (la plus connue étant MistralAI), et à produire des semi-conducteurs en France (en particulier à Crolles, avec le projet Liberty de « méga-fab » de STMicroelectronics).

Cette proposition autour de la « souveraineté numérique » est politiquement consensuelle. BFMTV décrivait ainsi « une sorte de moment de grâce politique, où tout le monde était d’accord »8. Anne Le Hénanff, ministre déléguée à l’IA, affirmait ainsi que « la souveraineté numérique européenne est une nécessité »9. Mais des propos similaires ont été tenus par quasiment tous les politiques. Citons Bruno Retailleau, Jordan Bardella, Edouard Philippe, Gabriel Attal, Olivier Faure… Même chez les opposants déclarés au capitalisme, on se rengorge de « souveraineté numérique » : la France Insoumise défend dans son programme que puisque « la France ne doit pas dépendre d’autres pays et des multinationales comme les Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft (GAFAM) » et « doit pouvoir prendre ses propres décisions », il faut « créer une fonderie française pour microprocesseurs »10. Le Monde diplomatique n’est pas en reste, réclamant la « souveraineté numérique » et enjoignant « les gouvernements européens [à] bâtir leur propre industrie en copiant le modèle américain » 11. La CGT, quant à elle, demande « une politique d’investissement nationale et européenne » visant en particulier « les fondements [du numérique] » et précisément STMicroelectronics (car « le problème, c’est qu’aujourd’hui nos fabricants sont en retard »12). Et tous ces appels politiques, médiatiques et syndicaux de ces dernières années semblent suivis – en partie au moins – d’effets. Pendant que l’État français a promis en 2022 un soutien de 2,9 milliards d’euros à la « méga-fab » de STMicroelectronics (la fameuse « fonderie française pour microprocesseurs » réclamée par LFI), la Commission européenne vient d’annoncer un paquet législatif pour « réduire sa dépendance face aux États-Unis et à la Chine »13 tandis qu’Emmanuel Macron a ajouté 1,55 milliard d’argent public « pour la filière quantique et les semi-conducteurs » lors du sommet Choose France début juin 202614.

De tout cela, le monde « souverainiste de gauche », anti-libéral, syndicaliste, écologiste, ne peut que se féliciter. Les uns parce que si c’est fait chez nous, c’est mieux qu’ailleurs ; les autres parce que tout cela est censé permettre de combattre les entreprises privées de la Tech et le fasciste Trump ; d’autres encore s’illusionnent sur le fait que les nuisances produites ici ne le seront pas ailleurs – c’est touchant de naïveté.

Car cette proposition de « relocalisation » qui semble relever du bon sens est en réalité une impasse. Pour deux raisons : l’une pratique, l’autre politique.

La souveraineté numérique : une proposition irréaliste

La raison pratique tient à la nature même de l’industrie des semi-conducteurs. Comprenons bien qu’il ne s’agit pas ici de relocaliser la production de tomates, de vêtements ou de chaussures, mais une technologie industrielle d’une complexité extrême. « La fabrication de semi-conducteurs est l’activité de fabrication la plus complexe que l’on connaisse actuellement », explique l’Association européenne des entreprises de semi-conducteurs (ESIA)15.

Quand la CGT affirme qu’« il faut maîtriser la chaîne de production de bout en bout »16, il est nécessaire de rappeler que les puces électroniques sont un pur produit de la mondialisation capitaliste. À la différence des tomates par exemple, elles nécessitent une division du travail extrêmement poussée : extraction de minerais, purification, conception de machines, recherche logicielle, fonderie, assemblage, tests… à l’heure actuelle, une puce électronique « made in France » fait 2,5 fois le tour du monde et franchit 80 frontières17. Imaginons une reprise en main autogestionnaire, socialiste et écologiste du secteur, une « programmation », une « planification » comme le réclame la CGT18 : peut-être pourrait-on baisser ce nombre de tours du monde à 1,5 (?), mais quoiqu’il en soit, en aucun cas une puce électronique ne peut être un bien local, issu de ressources proches, traité en circuit court, dont la chaîne de production serait maîtrisée de bout en bout et qui serait commercialisé aux seules échelles nationale ou européenne.

D’une part, parce que les ressources nécessaires pour fabriquer ces matériaux aux propriétés électriques particulières que sont les semi-conducteurs ne sont pas également réparties sur la planète. Il n’y a pas besoin uniquement de silicium pour faire des puces, mais d’un nombre incalculable de minerais et métaux (cuivre, aluminium, or, étain, germanium, cobalt, mica, tungstène, indium…19). Les ressources indispensables à la fabrication de puces ne se cantonnent pas aux seuls minerais, on peut penser au cas de l’hélium, gaz essentiel à l’industrie microélectronique qui a été également mis en avant avec la fermeture du détroit d’Ormuz20. La liste est presque infinie, on n’ira pas plus loin, mais on précisera néanmoins que ces ressources proviennent bien souvent des pays du Sud (il faut citer le cas paradigmatique du Congo, documenté par Fabien Lebrun dans Barbarie numérique21). Parler de « relocalisation », c’est occulter les rapports d’exploitation coloniaux nécessaires à la production du monde connecté. Que la gravure des puces ait lieu à Crolles ou à Taïwan, le coltan proviendra toujours du Congo – qui possède les deux tiers des réserves mondiales – et pas d’une carrière autogérée du Massif central.

La seconde raison qui fait qu’une puce électronique ne peut pas être un bien local tient aux nécessités capitalistiques des industries numériques. Contrairement au mythe propagé par la Silicon Vallée de deux-trois petits génies bricolant dans leur garage, les entreprises qui fabriquent des semi-conducteurs nécessitent des partenariats mondiaux afin de réunir les capitaux suffisants. Pléthores d’exemples démontrent ce point. Quand STMicroelectronics annonce son agrandissement à Crolles en 2022 pour la « souveraineté numérique européenne », le projet est monté en association avec l’entreprise états-unienne GlobalFoundries, qui est censée apporter près de 60 % des fonds privés. Précisons que GlobalFoundries, domiciliée aux Îles Caïman22, est détenue à 82 % par les Émirats Arabes Unis23. Quand le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) de Grenoble inaugure sa ligne de production pilote Fames pour l’innovation dans les semi-conducteurs en mars 2025, afin de « renforcer l’écosystème des semi-conducteurs en Europe et réduire les dépendances », le projet est soutenu par des acteurs du monde entier comme Intel, Meta, GlobalFoundries, Nokia… et la directrice de la recherche technologique du CEA Julie Galland rappelle que « la microélectronique se construit avec des acteurs mondiaux »24. Quand 75 milliards sont investis pour des data centers dans le nord de la France, c’est une entreprise japonaise qui est à la manœuvre. Idem en Isère, où le projet de « plus grand supercalculateur d’Europe » est à l’initiative d’une entreprise basée à Dubaï avec des capitaux émiratis25. Et ainsi de suite.

Ces capitaux gigantesques ne sont pas optionnels. Pour l’industrie des puces électroniques, qui exige les machines-outils les plus chères de l’histoire industrielle, des centres de recherche avancés maîtrisant une technologie en complexification permanente, un complexe d’infrastructures de fabrication bien organisées et installées, etc., ces capitaux ont toujours été une nécessité vitale. Leurs montants ont depuis longtemps dépassé ce que peut investir une nation seule : il faut atteindre une masse critique. Et comme il est également nécessaire de les rentabiliser, une production de masse pour un marché d’export a toujours été une condition d’existence de l’industrie des puces électroniques. Les investissements massifs et réguliers sont d’autant plus nécessaires dans un marché en évolution très rapide qui exige de se tenir à la pointe pour ne pas être éliminé.26

Voilà pourquoi l’échelle multinationale, l’échelle de la production planétaire, de la compétition pour accumuler les plus grands capitaux mondiaux, est la véritable échelle de l’industrie du numérique et la seule possible.

Ainsi, si par « souveraineté » on entend la capacité à maîtriser la chaîne de production de bout en bout, alors « souveraineté numérique » est un oxymore. Le numérique est en effet une technologie impériale intimement liée au capitalisme mondialisé.

Dans les exemple cités plus haut – et en particulier dans celui de l’agrandissement de STMicro à Crolles – ce n’est pas d’une quelconque « relocalisation » dont il s’agit, tout au plus d’une modification dans les rapports de forces inégaux dus à la maîtrise de certains segments stratégiques de la production.

Parer des projets industriels de ce type d’atours anticapitalistes, vanter les progrès de l’électronique européenne comme nous émancipant des États-Unis ou de Taïwan tout en copiant leur modèle revient à propager une illusion, et à masquer le véritable problème : notre dépendance croissante à cette technologie impériale qu’est le numérique.

Combattre la fuite en avant numérique

Pour ne pas dépendre des puces produites par d’autres régions du monde, pour ne pas se mettre en situation de vassalité, le plus simple n’est pas de produire nos propres puces – on a d’ailleurs vu que c’était impossible – mais de sortir de la dépendance à l’infrastructure numérique. De faire d’autres choix politiques, qui rompent radicalement avec la fuite en avant technologique à l’œuvre.

Les puces électroniques sont qualifiées aujourd’hui de « pétrole du XXIème siècle » pour le rôle central qu’elles jouent dans l’économie mondiale, et la dépendance au numérique de nos sociétés ne fait que croître. Face à une addiction toujours plus ancrée, et entretenue par des choix politiques, l’essentiel n’est pas de changer de dealer, mais de décrocher. Non pas produire plus de puces chez nous, mais utiliser chez nous moins de puces. Non pas « dématérialiser » toujours plus (les services publics notamment), mais refuser d’œuvrer à cette accélération. Non pas copier l’industrie américaine, mais développer un autre modèle. La revendication d’une « souveraineté numérique » perpétue l’addiction en refusant de la nommer et de la combattre, se contentant de poser la question du fournisseur de la came.

La course à l’innovation n’est pas inexorable, pas plus que le fruit d’une prétendue évolution naturelle ou d’une « loi de l’Histoire ». Il s’agit d’un choix politique et d’un choix de société porté par des acteurs institutionnels. Les milliards qu’on investit dans ce domaine sont des milliards volés à d’autres secteurs : production de tomates, par exemple, ou de vêtements, de chaussures, ou autres activités agricoles, artisanales, ou relevant des services publics. Voilà des domaines où une autonomie territoriale est possible, à la différence de l’électronique.

Comme nous le disons depuis trois ans, le collectif STopMicro ne prône pas une illusoire « souveraineté », mais l’autonomie. Le premier terme perpétue le fantasme de puissance propre au capitalisme industriel, renvoyant à la conquête, à la prédation, à l’impérialisme, au choc des Titans, bref : à la domination que nécessite tout pouvoir pour se maintenir. Ce n’est pas par hasard que les apôtres de la « souveraineté numérique » ne semblent guère avoir de problème avec le colonialisme induit par le numérique : la souveraineté, c’est l’autre nom du nationalisme à l’ère de la mondialisation.

L’autonomie, quant à elle, nous semble esquisser une piste de sortie pour affronter les défis qui se posent à nous à l’heure de la catastrophe environnementale27. Autonomie ne signifie pas autarcie, mais le fait de choisir ses dépendances et ses alliances, d’édicter ses propres normes. Elle n’implique pas non plus la dépendance à une autorité supérieure ou la conquête, c’est-à-dire qu’elle n’implique pas de rapports de domination. Elle revient à prendre en compte la limite de ce qui nous entoure, à penser l’autorégulation de nos besoins et de nos désirs, à prendre en compte la finitude des ressources28.

C’est pourquoi nous prônons une économie de la subsistance qui laisse plus de place aux activités essentielles comme l’agriculture paysanne et l’artisanat, qui accroissent l’autonomie et la résilience des territoires. Il ne s’agit pas d’une utopie de baba cool, mais d’une nécessité vitale. C’est très concret et actuel : les exemples récents et locaux de Vencorex ou de Teisseire montrent qu’il n’est pas raisonnable de concentrer des centaines d’emplois dans des entreprises à la merci de la moindre fluctuation du marché mondial ou de décisions d’actionnaires29. Tout comme il n’est pas raisonnable de développer et de maintenir des industries qui sapent nos conditions d’existence en polluant les sols et les rivières ; là encore l’exemple de l’entreprise Vencorex – à présent qualifiée de « bombe à retardement chimique » par les élus30 – est éloquent.

Sobriété numérique vous dites ?
Lutte contre la « life.augmented » nous répondons !

Si l’on partage ce constat, alors on doit lutter contre le projets de connexion généralisée, contre l’utopie de la « life.augmented » (le slogan de STMicroelectronics), et contre les agrandissements d’usines de puces iséroises ; et non prôner une illusoire « relocalisation » de cette vie prétendument « augmentée ». Contre cette utopie dystopique, nous voulons établir un rapport de force politique.

En effet, refuser l’accélération numérique ne peut pas se faire individuellement. S’il est louable de se passer de smartphone, de boycotter les réseaux sociaux, d’utiliser le moins possible internet, de refuser la dématérialisation des services publics, etc., rappelons que ce sont les choix politiques qui modifient les rapports sociaux et nous forcent à utiliser toutes ces nouvelles technologies. La technologie n’est pas un outil qui se greffe au monde existant : c’est le monde qui devient technologique : disparition des guichets, formations scolaires sur l’IA, imposition des compteurs Linky et des QR codes… Les plus vifs de nos lecteurs remarqueront ainsi – pour nous en faire critique – que ce texte par exemple, quoique critique du numérique, est rédigé sur un logiciel informatique et mis en circulation par Internet. Eh oui, vifs lecteurs ! Nous aussi nous vivons dans le monde numérique, dont les en-dehors ne cessent de s’amenuiser. Nous participons à cette société, à notre corps défendant. Et c’est avec les outils que nous connaissons et qui sont ceux de la majorité que nous cherchons à briser le consensus social. Au delà de l’éthique individuelle, ce que nous voulons en tant que collectif est d’influer sur les choix de société, sur une prise de conscience collective et de plaider pour un changement des rapports sociaux. Vaste programme !

En effet, refuser l’accélération numérique ne peut pas se contenter d’une « sobriété numérique », même collective. Après sa naissance militaro-industrielle, l’industrie moderne de l’informatique a été construite par le capitalisme avancé, et avant tout pour lui donner les moyens de son avancement. Le capitalisme développe en permanence les outils de production, afin de se reproduire et de croître, il ne peut pas faire de sur-place : il doit par essence innover, se développer, détruire et reconstruire, construire et re-détruire. C’est un système économique et politique maladif basé sur l’innovation permanente, la création de nouveaux marchés et de nouveaux outils de production, et de subjugation, de gestion et de contrôle de la population.

Or, la façon dont le capitalisme innove aujourd’hui, c’est par le développement de l’électronique et tous les projets futuristes d’« augmentation » numériquement assistée, enrobés d’un vocabulaire publicitaire écolo, social et éthique : dématérialisation transition, relocalisation, souveraineté, responsabilité, etc. La réalité est hélas plus crue : accélération, renforcement, concentration, exploitation, domination.

On l’a compris, l’innovation fait partie du capitalisme. Il n’existe pas et ne peut exister de capitalisme immobile, sobre ou décroissant, découplé de son impact matériel. Ainsi, imaginer se passer de l’électronique, en dépendre moins, faire preuve de « sobriété numérique », engager une « désescalade numérique », voire un « démantèlement numérique », tout cela sans mettre à terre le capitalisme, c’est une aberration.

C’est dans cette perspective que nous luttons contre les extensions d’usines de semi-conducteurs du Grésivaudan : la question d’une Europe souveraine en puces électroniques est une aporie. Le numérique est une technologie impériale intimement liée au capitalisme mondialisé et aux rapports coloniaux. Sortir du capitalisme implique de remettre en cause le développement du numérique, tout comme combattre la « life.augmented » implique de remettre en cause le capitalisme. Il n’y a pas de demi-mesure.

La lutte contre l’industrie numérique ne connaît pas de frontières.

Ne nous laissons pas avoir par les mots d’ordre des politiciens réformistes et idolâtres du Progrès !

No puçaran !

Buvez de l’eau !

Collectif STopMicro,
sous la canicule,
juillet 2026

A lire :
Anatomie d’une puce, livre collectif sous la direction de STopMicro.
Éditions Le monde à l’envers, 2026.

Notes :

4Nous avons détaillé ces deux sujets dans des chapitres de notre livre récemment paru : Anatomie d’une puce, Le monde à l’envers, 2026.

5Sur ce dernier point, lire Fabien Lebrun, Barbarie numérique, L’échappée, 2024 et Celia Izoard, La ruée minière au XXIe siècle, Seuil, 2024.

8Raphaël Legendre, éditorialiste, BFMTV, 15/06/2026 https://www.youtube.com/watch?v=AD_BDrwnYqs

11Robin Lambert, « Souveraineté numérique, le jour d’après », Le monde diplomatique, avril 2026, https://www.monde-diplomatique.fr/2026/04/LAMBERT/69457

12Sylvain Delaître, représentant CGT au comité stratégique de la filière sécurité (CSF) du Conseil national de l’industrie, La vie ouvrière, mai 2026, https://nvo.fr/sylvain-delaitre-les-cyberattaques-prolongent-les-conflits-qui-ont-lieu-dans-la-vraie-vie/

15https://www.eusemiconductors.eu/sites/default/files/Leaflet%20digital.pdf, cité par Celia Izoard, dans Anatomie d’une puce.

17https://www.eusemiconductors.eu/sites/default/files/Leaflet%20digital.pdf, cité par Celia Izoard, dans Anatomie d’une puce, op. cit.

19Nous détaillons la liste de minerais et métaux qu’utilise le site STMicroelectronics de Crolles dans Anatomie d’une puce, op. cit.

21Fabien Lebrun, Barbarie numérique, L’échappée, 2024.

26Voir à ce propos Chris Miller, La guerre des semi-conducteurs, 2022.

28Aurélien Berlan, Terre et Liberté. La quête d’autonomie contre le fantasme de délivrance, La lenteur, 2021.

29Pour rappel : Vencorex (propriété d’un groupe thaïlandais repris par la filiale hongroise d’un groupe chinois) a supprimé 400 emplois à Jarrie en 2024, Teisseire (racheté par un groupe danois) 200 cette année à Crolles, dans les deux cas pour des raisons boursières. Cela laisse songeur quand on pense aux 6 000 emplois pourvus par STMicroelectronics en Isère, qui se cumulent avec les 1600 de sa voisine Soitec.

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Contre la « souveraineté numérique »

L’IA augmentée

Le rôle de STMicroelectronics et Soitec dans l’IA

/// Ce texte en pdf ///

De janvier à juin 2026, l’action en bourse de STMicroelectronics a augmenté de 186 %, une hausse justifiée par l’élargissement de son marché pour l’intelligence artificielle (IA)1, en particulier un gros contrat signé en février avec Amazon Web Services. Chez Soitec, le développement de l’IA est également pour beaucoup dans les prévisions de croissance de l’entreprise.

Il y a trois ans, nous nous étions livrés à une enquête visant à comprendre à quoi servaient concrètement les puces fabriquées dans les usines du Grésivaudan2 (dont nous dénoncions déjà l’impact social et environnemental3). Il y a trois ans, ChatGPT venait tout juste de naître et les bouleversements causés par l’IA n’étaient pas encore si perceptibles. Une mise à jour de cette enquête était donc nécessaire. Quoique non-spécialistes du sujet, nous avons cherché à comprendre dans quelle mesure ST et Soitec travaillent pour l’IA, et pour quelles applications servent leurs puces. Comprendre, pour mieux lutter.

1
Quelle IA se fabrique chez ST ?

Il faut commencer par bien saisir de quoi il est question quand on parle d’« intelligence artificielle ». Il s’agit d’un domaine de l’informatique qui s’appuie sur des modélisations mathématiques de fonctions (décider, catégoriser, créer) inspirées des réseaux de neurones biologiques, du cortex visuel notamment, nourries de données massives produites et étiquetées par des humains (comme les textes et les photos échangés sur les réseaux sociaux). L’IA a la capacité de résoudre des problèmes à forte complexité logique ou algorithmique. Néanmoins, le terme d’« intelligence » est plus que déplacé : il s’agit avant tout de calculs énergivores, qui ne fonctionneraient pas sans une nouvelle économie de larbins humains (les « travailleurs du clic ») et de très grosses machines (les supercalculateurs). Mais dans le langage courant, le terme d’IA s’est imposé et élargi aux dispositifs imitant, simulant ou remplaçant les humains dans la mise en œuvre de certaines fonctions cognitives : tout cela, vous le savez déjà puisque les médias s’épanchent depuis dix ans en articles pseudo-inquiets mais viscéralement en extase devant le phénomène.

L’intelligence artificielle est en réalité un concept fourre-tout assez large : réseaux de neurones profonds, convolutionnels, antagonistes (à la base des IA génératives) ; apprentissage par renforcement ; grands modèles de langage ; etc. Ces différents modèles permettent de reproduire des raisonnements, de trier des documents, de synthétiser des données, de générer du contenu (textes ou images) en se basant sur des données existantes. Tout cela repose, comme pour tout autre outil numérique, sur une matérialité bien concrète  : des mines aux décharges numériques en passant par des labos de recherche, des usines de puces, des usines d’assemblage et, à chaque étape, une consommation outrancière de ressources (eau, électricité, métaux).

Mais où se situent STMicroelectronics et Soitec dans l’économie de l’IA ? Les deux entreprises ne gèrent pas de data centers, n’hébergent pas de données ni ne fournissent de services de type ChatGPT. Elles sont bien en amont dans la chaîne de production : elles fabriquent les puces électroniques, les composants de base permettant de faire fonctionner l’infrastructure électronique de l’IA.

On peut distinguer deux façons de concevoir des systèmes d’IA : une approche consistant à déployer de gigantesques centres de calcul auxquels se connecter à distance, c’est le « Cloud IA » (typiquement ce qu’il se passe quand on utilise ChatGPT) ; et la version « omniprésente » qui consiste à disséminer des microcontrôleurs et des micro-programmes d’IA partout où il est possible de le faire (internet des objets, smart city, mouchards électroniques), c’est l’« Edge IA ».

Soitec et STMicroelectronics se positionnent sur ces deux marchés, tous deux hyper lucratifs et hyper nuisibles. Allons voir de quoi il en retourne précisément…

2
Quand la photonique alimente le Cloud IA

Le cloud, c’est l’infrastructure qui sert à faire tourner les services numériques dits « dématérialisés », c’est-à-dire le stockage massif de données et les centres de calcul derrière les services web, les applications, les algorithmes. Le terme de « cloud » occulte poétiquement (c’est probablement intentionnel) le fait que les données ne circulent nullement dans de vaporeux nuages mais bien dans des ordinateurs géants faits de silicium et de métaux rares, abondamment alimentés en électricité et en eau. Le cloud est aujourd’hui largement utilisé par l’intelligence artificielle, pour faire tourner les algorithmes et pour le stockage de données.

La bulle spéculative et la course à l’IA se traduisent, comme il se doit, par une fuite en avant irréfléchie : un data center en cours de construction est déjà presque trop vieux, alors recherche publique et industriels se mobilisent, car plus les data centers et les algorithmes d’apprentissage seront rapides et performants, plus l’IA sera efficace et utilisable… Et donc lucrative.

ST et Soitec se doivent de participer à la course ! Fiers d’un savoir-faire CEA-augmenté, des « puces photoniques » – c’est-à-dire des semi-conducteurs optiques – sont ainsi développées pour assurer des liaisons par fibre optique encore plus rapides entre les centres de calcul et les centres de données.

Le 23 septembre 2025, un consortium européen piloté par STMicroelectronics4 est lancé sur la production d’équipement photonique sur des plaquettes de 300 mm. C’est le projet STARLight. Il regroupe 24 entreprises et universités européennes : on y retrouve, outre ST et Soitec, des noms connus dans la région grenobloise à l’instar du CEA-Leti et Thalès. Le projet vise le marché des data centers, de l’intelligence artificielle, des télécommunications et de la détection radar. Le secteur militaire n’est évidemment jamais bien loin.

Soitec détient au passage le brevet mondial « wafers Photonics-SOI ». Elle serait aujourd’hui le leader sur la fabrication de plaques silicium avec la technologie photonique. Les dernières versions des serveurs IA Nvidia ou Broadcom (qui sont les leaders du marché) sont conçues avec les wafers de Soitec5.

STMicroelectronics, quant à elle, vient d’annoncer le lancement d’une plateforme dédiée à la fabrication industrielle de ses puces (PIC100) sur son site de Crolles6. Puces qui utilisent le support Photonics-SOI de Soitec et qui permettraient de multiplier par un facteur quatre à seize la vitesse de connexion des data centers.

Cette puce de ST a tapé dans l’œil d’Amazon pour sa filiale AWS (Amazon Web Services), un acteur majeur du web. AWS est en effet un fournisseur de services d’hébergement détenant 30 % du marché de l’infrastructure cloud7 et placé à la première place mondiale de l’hébergement web, avec 6 % des données mondiales stockées. Fin 2025, AWS a signé un contrat de 38 milliards de dollars (!) avec le concepteur de ChatGPT, OpenAI8. 38 milliards, c’est le budget annuel total du Pérou ou de la Serbie. Faut-il encore souligner la démesure du totalitarisme numérique ?

Pour conclure, rappelons que l’évolution constante de la technologie impose de remplacer régulièrement le matériel électronique des data centers. Ces derniers ont une durée de vie de trois à six ans9, du fait de cette obsolescence technologique. L’impact environnemental des data centers ne se limite donc pas à la consommation d’eau et d’électricité due à l’utilisation (bien que cela pèse déjà lourd), mais est aussi (et en grande partie) dû à la fabrication des composants électroniques.

Grâce à la technologie photonique développée avec l’aide du CEA, ST et Soitec apportent ainsi leur modeste pierre à l’édifice de l’IA. Et ce, sur un paramètre essentiel pour les data centers : la rapidité des échanges et, en conséquence, la démultiplication des usages.

3
Edge IA : big data is watching you

L’IA ne se limite pas au cloud. Voyons maintenant ce qu’est le « Edge IA », c’est-à-dire l’IA embarquée à l’intérieur même des objets de la vie quotidienne en dehors des data centers.

Prenons l’exemple d’une caméra de surveillance. Avant les données n’étaient tout simplement pas analysées, ou (on le voit de plus en plus) envoyées sur des serveurs pour faire de la surveillance algorithmique, pour identifier des individus ou des comportements. Avec le Edge IA, l’information est directement analysée et traitée dans la caméra. Étant donné que la caméra n’a ni la puissance des data centers ni la base de donnée, l’analyse est simplifiée. Mais l’« avantage » du Edge IA c’est qu’il n’y a plus de délai d’attente et l’information est traitée en temps réel. Une caméra peut par exemple disposer dans sa mémoire des visages d’une famille, de sorte que si un visage inconnu est repéré, une alarme est déclenchée.

Le Edge IA doit faire face à la puissance limitée du matériel. Il faut que ce soit miniature, transportable et peu énergivore. C’est une IA frugale disent certains ! Une IA Edge sera ainsi restreinte à un besoin spécifique, embarquée sur une puce dimensionnée à une tâche précise, et prémâchera une analyse éventuellement complétée (avec envoi à moindre frais) par le Cloud IA. Pour les lobbyistes, le Edge IA permet d’être moins dépendant du réseau, donc de réduire la consommation en énergie et éviter les problèmes de confidentialité. Alléluia !

Bien évidemment, l’idée marketing derrière le Edge IA est de déployer un maximum d’objets connectés et « IA-augmentés », capables d’analyser tout, et à tout instant. On en mettra dans les magasins, les bus, les compteurs d’eau, les cafetières, les machines-outils de travail, les lampadaires. On ne trouvera pas forcément ça utile, ni révoltant ou révolutionnaire au départ mais bien vite on sera contraint de les utiliser (souvent sans s’en apercevoir), puis on les oubliera, on ne verra plus à quel point ils ont encore plus transformé nos vies en celles de vaches à données.

Contrairement à ce que vante la propagande technolâtre, le Edge IA accélérera sans commune mesure l’impact du numérique. Par sa consommation d’énergie (ressources, infrastructures matérielles, démultiplication des nouveaux usages) comme par sa pénétration sociale (collecte permanente de nos données personnelles, analyse en temps réel, flicage intensif).

STMicroelectronics, entreprise du gadget augmenté, qui se gargarise de son nauséabond slogan life.augmented, ne peut passer à côté du Edge IA, presque taillé pour elle. Mettre des capteurs partout, c’est la raison d’être de l’entreprise. Les services de recherche et développement de ST, particulièrement en Italie, sont à pied d’œuvre pour trouver des solutions d’implantation de l’IA dans leurs puces. On en trouve des traces de prototype made in ST dès 201710. Le site de Crolles n’est pas en reste : le projet européen NeAIxt11 visant à accélérer le développement du Edge AI et impliquant le CEA, l’UGA, Thalès et une soixantaine d’autres acteurs à l’échelle européenne est ainsi piloté par ST Crolles12. Soitec y participe également : son produit phare, le subtrat FD-SOI, est d’ailleurs au centre du projet13.

Voyons maintenant comment STMicroelectronics intègre l’IA dans ses puces :

D’abord, le logiciel. La base se retrouve dans leur suite informatique, ST Edge AI suite14, qui permet de programmer une IA dans une puce. Soit en prenant un bout de code déjà existant, soit en créant une nouvelle IA via les données du capteur.

Ensuite, l’architecture même de la puce STM dispose entre autres de deux puces spécialement conçues pour l’IA15 la STM32N616 sortie en 2024 et la Stellar P3E17 sortie en février 2026,cette dernière dédiée aux ordinateurs de bord des voitures.

Quelques exemples bien réels, tous aussi absurdes les uns que les autres, d’idées « innovantes » made in ST et dont l’entreprise se vante :

  • Autotrak, une caméra embarquée dans une voiture qui détecte si le conducteur utilise son téléphone portable et produit un signal sonore pour l’en avertir18. Comment vendre en même temps le poison et l’« antidote »…
  • Un capteur pour moteur de lave-linge19 qui, via un algorithme d’IA, estime le poids du linge, et adapte la quantité d’eau à mettre dans le lave linge. Ce qui réduirait la consommation en eau, en courant et en détergeant de 15 à 40 %. Soit peut-être 30 litres économisés si la machine n’est pas assez remplie en linge, là où ST Crolles consomme 160 litres par seconde et 647 GWh par an.
  • Le dispositif Smart detection de l’entreprise Lacroix. Utilisant des technologies ST et qui, via un partenariat avec AWS (encore), permet de « reconnaître des coups de feu, des cris d’alerte ou des mouvements de masse en milieu urbain pour prévenir les secours en conséquence20 ». On voit aisément comment les dispositifs de contrôle urbain peuvent se transformer en outils de fichage des populations et de formatage des comportements.

Pour Soitec, c’est plus difficile à suivre. La communication de l’entreprise est tournée sur le Edge IA21 mais l’industriel n’a pour le moment pas de produit dédié dont on trouve trace. La technologie de Soitec est néanmoins intéressante pour le Edge IA : elle permet aux puces de consommer moins d’énergie et de mieux résister aux perturbations. Parmi les applications, Soitec pointe la Smart City, la reconnaissance faciale, les véhicules autonomes, les robots industriels22, sans oublier les lunettes connectées de Meta (le leader du marché)23. Celles-ci utilisent en effet les substrats SOI de Soitec (couplés cette fois-ci à une puce de Qualcomm et non de ST) et peuvent vous rappeler où votre voiture est garée, pratique.

Avec le Edge IA, l’intelligence artificielle s’immisce donc au plus près de nous. Leur capteurs et micro-contrôleurs seront (si on ne fait rien) partout. Une chose est sûre : le Edge IA va augmenter les besoins en semi-conducteurs.

Conclusion
S’opposer à leur monde diminué

L’infrastructure du monde connecté se fabrique et se conçoit aussi ici. Il n’est pas possible de mettre en œuvre ChatGPT sans les puces qui en permettent le fonctionnement. Pas possible de fabriquer des lunettes connectées sans les professionnels des technologies embarquées.

Mais réfléchissons ensemble.

Avons-nous envie d’être filmé·es, identifié·es, jugé·es par n’importe quel·le inconnu·e équipé·e d’une paire de lunettes connectées ou par n’importe quelle caméra placée ici ou là ? Est-il acceptable qu’une puce fixée à nos compteurs d’eau ou d’électricité analyse et fiche nos profils de consommation pour les intérêts du marché ? Pour conditionner les aides sociales ? A-t-on sérieusement besoin de ChatGPT ? De cet outil de la quête de l’immédiateté aveugle et de la rupture consommée du lien social ? Produisant par là même une société toujours plus dépendante à la gabegie technologique ? Pour nous, le constat du déclin écologique et social nous pousse à sortir de cette spirale du toujours plus (de tech) qui alimente le toujours moins (de vie).

Concevoir l’IA comme une opportunité, ou a minima comme un « outil comme un autre » qu’il s’agirait « juste » de bien utiliser, de réguler, c’est ignorer que le développement technologique n’est pas neutre et ne sert in fine que l’agenda capitaliste. Derrière les promesses de progrès social se cachent des régressions bien concrètes : l’automatisation du monde, la dépendance, la dépossession de nos capacités cognitives, l’accaparement des ressources, la marchandisation de toujours plus de pans de nos existences, l’intrusion dans les sphères les plus intimes, la perte de lien social et l’isolement généré par le numérique, le fichage et le contrôle généralisé dont les premières victimes seront toujours les plus précaires (pauvres, migrant-es…).

S’opposer aux agrandissements des usines de puces électroniques du Grésivaudan, c’est s’opposer à cette dystopie connectée !

No puçaran !

Collectif STopMicro, juillet 2026.

La vallée du Grésivaudan

Image peinte avec gestes et intelligence humaine au XIXème siècle, par Alexandre Debelle.

Notes :

9La société DataOne qui construit un datacenter au sud de la métropole grenobloise annonce que ses GPUs devront être renouvellés tous les 3 ans https://www.youtube.com/watch?v=ANerHGnlW-4 Les plus optimistes disent que les serveurs peuvent en durer six https://www.sudouest.fr/sciences-et-technologie/intelligence-artificielle/intelligence-artificielle-la-duree-de-vie-des-puces-ia-pourrait-avoir-ete-surestimee-et-couter-des-milliards-de-dollars-27057182.php

15Avec une architecture NPU (Neural Processing Unit), hautement parallélisée.

Publié dans General | Marqué avec , , , , , | Commentaires fermés sur L’IA augmentée

Deux brochures du collectif

Le collectif STopMicro réalise un travail de documentation et d’analyse. C’est sur ce travail indispensable que s’appuient les mobilisations que nous portons. Les deux faces de notre activité sont indissociables.

  • un travail d’enquête, de collecte de données, de documentation. Il s’agit souvent de données accessibles publiquement, sur internet et dans la presse (précisons qu’« accessibles » ne veut pas dire qu’elles sont faciles à trouver : il faut savoir où et comment chercher). Il s’agit parfois également de données qu’il faut réclamer à l’administration, ou de sources internes. Dans nos restitutions, nous essayons d’articuler cette montagne d’informations avec des analyses, de façon à leur donner un sens. On pourrait dire, d’une certaine façon, qu’il s’agit d’accéder à la réalité, de produire un discours de vérité.
  • la mobilisation : intervenir dans l’espace public, faire pression sur les industriels et les pouvoirs publics, participer à la bataille culturelle, mais aussi (et surtout) se mettre en mouvement physiquement, mettre nos corps en jeu, se confronter aux structures du pouvoirs – celles-ci étant loin d’être impersonnelles, mais incarnées dans des lieux, des personnes, des institutions. On peut dire ici qu’il s’agit d’intervenir sur le réel, de le transformer, de produire un discours opérationnel.

Sans enquête, la mobilisation est impossible ou rate sa cible. Sans mobilisation, l’enquête est vaine.

Nous publions nos enquêtes sur notre site. Il nous tient également à coeur de les rendre accessibles en papier, dans des brochures que nous éditons à plusieurs centaines d’exemplaires et disponibles sur nos évènements.

Nous avons publié ces deux derniers mois deux nouvelles brochures.

  • « Ouvrir un front contre la numérisation du monde », suivi de « S’opposer au cerveau de l’armement ». Deux textes écrits en 2024/25 qui reprennent l’histoire et la stratégie du collectif. Cette brochure est téléchargeable ici.
  • « Cul et chemise. Les pouvoirs publics au service des industriels de l’électronique » compile des textes sur l’implication de la Communauté de communes Le Grésivaudan dans le soutien à ST, Soitec et leur sous-traitant Ectra (dirigée par un conseiller municipal de Crolles et à l’époque conseiller communautaire). Cette brochure est téléchargeable ici.

Nos quatre précédentes brochures sont disponibles ici.

Bonne lecture !

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Deux brochures du collectif

Retour sur la rando pas des puces

La Rando Pas des Puces, partie des champs captants de Varces le jeudi 4 juin, s’est terminée dimanche 7 juin devant les usines de microélectronique de ST et Soitec. Bilan de ces quatre jours de marche à travers la région grenobloise pour s’opposer à l’accaparement des ressources par les industries de la «vie-connectée» (dont l’appel est lisible ici).

Pause du premier panneau-balise de la Rando pas des puces au départ de la marche.

—————-
Jeudi 4 juin

La première journée de marche a commencé par une prise de parole sur les champs captants de Varces, là où 185 litres d’eau potable sont pompés chaque seconde avec pour destination les usines de STMicroelectronics et de Soitec. De l’eau, il n’en manque d’ailleurs pas dans le ciel noir qui nous tombe très vite sur la tête, réduisant le cortège à quelques unités. C’est donc ici que débute notre aventure à la fois épique et… hippique, car à notre arrivée à Varces nous découvrons 6 chevaux – et leurs cavaliers gendarmes – de la Garde Républicaine, venus spécialement de Vincennes pour surveiller le « bon déroulement » de la marche. Contraste saisissant entre ce prestige d’État et notre humble assemblée d’une vingtaine de valeureux marcheurs équipés de cirés et de sacs à dos.

Bâton de marche en main, sous une pluie battante, rien n’a pu nous arrêter : nous avons chanté, écouté un conte, assisté à une présentation sur le projet d’aménagement du Drac et mangé en bord de Drac.

La soirée s’acheva aux Vouillants, sous les taules du ball trap, où nous avons été rejoints par la cantine et ses plats réchauffés au « rocket stove », dont la chaleur était bienvenue, ainsi que par la Chorale « Archet Cassé » qui a fermé cette première journée joyeusement mouillée en beauté avec un concert.

Pause de banderole au départ des Champs Captants.

La garde républicaine venue expressément de Vincennes pour nous tenir compagnie.

—————-
Vendredi 5 juin

Affaires plus ou moins sèches, c’est au parc Karl Marx que nous descendons prendre le petit déjeuner. Bien plus de monde que la veille en cette journée nuageuse mais pas pluvieuse.

Direction la Presqu’Île scientifique, où sont élaborées les technologies par les labos et les start-ups de la vie connectée. Les grilles du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA), d’où sont issues ST et Soitec, étaient bien gardées, mais pas assez pour empêcher les incursions d’avions-drones en papier fabriqués à partir des tracts « de l’eau pas des puces ».

À midi, la cantine débarque pour un repas sous les yeux ébahis des chercheur·euses venu·es manger à la cafétéria du CEA. Au moment du départ, alors qu’il faut remplir nos gourdes, on constate que le centre de R&D de STMicroelectronics est à deux pas et qu’ils ont un bon réseau d’eau. Arrivés devant leurs grilles, malgré nos demandes répétées, personne ne vient pour nous hydrater, et on se dit qu’on aurait dû se déguiser en puces… Il n’y a que pour elles qu’ils donnent de l’eau ! Nous tentons d’accrocher une banderole sur les grilles de ST mais c’est sans compter sur les très très territoriaux et corporatistes vigiles de l’entreprise qui déboulent en trombe sur la foule, ciseaux brandis, pour venir couper la banderole.

Sous quelques huées taxant les vigiles de « gros bébés cadum », nous repartons pour prendre la Bastille ! Sur le chemin une animation botanique est suivie par une partie du groupe. Arrivé·es en haut, Vincent Peyret nous présenta son nouveau livre Le refroidissement technologique, qui fait état de la glaciation des liens humains due au numérique et ce parallèlement, mais non sans lien, avec le réchauffement climatique. Faisant fi de cette glaciation annoncée, nous avons pu profiter d’un repas bien chaud. La chorale « La Cagette » nous a quant à elle réchauffé le cœur au coucher du soleil en reprenant de célèbres chants remaniés en airs de lutte contre ST, Soitec et le déferlement numérique. 

Nous ne l’avons appris que la semaine suivante, mais c’est également ce vendredi 5 juin qu’a été publié un communiqué anonyme sur le site Indymedia Nantes, qui salue « les marcheurs et marcheuses de la randonnée à Grenoble« , et qui revendique une tentative de sabotage visant des pylônes électriques à Froges desservant l’alimentation des sites d’ST et Soitec, avec pour motif « De l’eau, des étoiles, pas des puces et du nucléaire. »

Vol d’avions-tracts en papier à travers les grilles du CEA.

Concert de la chorale La Cagette en haut de la Bastille.

[Sur l’air de Remembrement :]

J’étais un pays humble et beau,

j’étais une terre nourricière
J’étais un pays humble et beau,
de l’Isère j’étais le berceau
J’étais un riche pays facile,
on n’avait pas b’soin d’arroser.
Les nappes phréatiques étaient là,
pour irriguer ce qui poussait.
C’est la faute à St Micro si dans l’Isère
y’a des métaux
C’est la faute à St Micro si dans l’Isère
on pollue l’eau.
En été tout est rationné,
les litres d’eau sont décomptés
Les paysans des alentours,
leur sifflaient des chansons d’amour
Avec des pompes et des labos les ingés
prenaient toute l’eau
Existe-t-il un seul ruisseau, qui-n’-s’est-
pas-fait-pomper toute son eau.
Refrain
Les ingénieurs sont arrivés les ingénieurs
ont ordonnée
Aux politiques manipulables toutes les
nappes ont acheté
Aux paysans ils ont racheté Et toute l’eau
ils ont pompé
Et dans l’Isère ils ont rejeté Tous les
métaux empoisonnés

————–
Samedi 6 juin

Descendu·es de notre Bastille-bivouac, le petit-déjeuner nous attend à la Casemate pour reprendre des forces avant de traverser la ville au son immanquable de la Combatucada qui nous accompagnera jusqu’au Campus universitaire de Saint Martin d’Hères.

Sous le soleil matinal (enfin!), on traverse la ville en percussions, distribuant des tracts de-ci de-là sous le regard amusé et curieux des passant·es. Avant notre passage devant la mairie, nous écoutons une présentation sur les soutiens inconditionnels des pouvoirs publics au développement de la microélectronique locale.

Un petit groupe d’une vingtaine de personnes se sépare ensuite des autres pour prendre le Tramway avec pour objectif de jouer une scènette sur la lobotomisation causée par les smartphones. L’action dans le tram se conclue par la déclamation d’un poème invitant à se libérer des écrans pour retrouver le regard. Des sources non fiables nous ont indiqué que des usagers et usagères on jeté leur smartphone suite à notre prestation !

La marche continue jusqu’au campus universitaire, où tout est fermé, où tout est désert : nous sommes un samedi du mois de juin. Nous passons devant le bâtiment IMAG, ensemble de laboratoires d’informatique et de mathématiques appliquées dont certaines recherches sont menées avec les industries de l’électronique et de l’armement. Les stores électriques sont fermés mais la Brigade Anti-Criminalité est là et nous surveille : vraiment pas accueillant ce « machin »…

Heureusement, l’Université Autogérée, elle, est toujours ouverte. Il y a du monde et une cantine pour nous accueillir ! Pendant la sieste digestive, un membre du collectif StopDataOne nous présenta la lutte contre le projet d’implantation d’un supercalculateur pour l’intelligence artificielle à Eybens. D’autres iront tester le « trébuchet » (catapulte médiévale) de l’Université Autogérée, projetant en direction de l’IMAG dans une logique de « retour à l’envoyeur » quelques vieux déchets numériques.

Nous repartons, direction les usines ! En chemin sur les berges de l’Isère, on croise des Guêpiers d’Europe, des oiseaux migrateurs, ainsi que la garde républicaine à cheval qui est de retour pour veiller sur nous (ou plutôt « nous sur veiller »). La traversée le long des berges est encore l’occasion de riches échanges entre les participant·es, certaines et certains parlent du numérique, d’autres de luttes, de chants d’oiseaux ou de fonctionnement des caméras argentiques du groupe MTK. On avait pensé cette rando pour se laisser le temps de divaguer dans nos réflexions, et ça fonctionne !

Après la chaleur et le soleil des sentiers bitumés, la baignade au Bois français est un régal ! La journée se clôture par une discussion en grand groupe pour trouver un point d’ancrage et des perspectives de lutte face à la numérisation du monde et aux projets d’extension de ST et Soitec.

Traversée de la ville samedi matin.Campement au Bois Français.

——————-
Dimanche 7 jui
n

C’est le dernier jour, celui où s’achève « le chemin de l’accaparement de l’eau et les voies de la numérisation du monde », celui où l’on rejoint les usines. Mais avant de partir, les plus motivés·es se lèvent très tôt pour écouter les oiseaux chanter et s’aimer dans leur monde pas connecté. Après le petit-déjeuner, nous reprenons la route sous un soleil qui donne soif.

Le soleil cogne dur. Plus on s’approche des usines, plus on se dessèche ! Tout un symbole. On s’arrête pour observer sur notre chemin les tuyaux qui passent sous le Pont de la Bâtie et qui approvisionnent une partie du Grésivaudan, et dont 80 % de l’eau est destinée à ST et à Soitec.

On arrive à midi à Bernin, via de petits chemins à travers les champs menacés par le projet d’extension de la ZAE des Fontaines censé accueillir l’agrandissement de Soitec. En voyant toutes ces terres que des technocrates veulent destiner à la monoculture de puces, c’est tous et toutes ensemble que nous entonnons « des terres, de l’eau, pas des puces ! ».

On file ensuite vers le deuxième ogre de la zone : STMicroelectronics ! Une fois devant les grilles, la cantine nous accueille pour prendre un dernier repas collectif face aux barbelés, aux caméras et au ballet des camions de produits chimiques ECTRA du site d’ST.

Nous sommes une soixantaine pour manger et discuter, mais la police est elle encore plus nombreuse : en plus des chevaux, toujours là, une rangée de camions chargés de gendarmes patiente vainement sous la canicule. Certains de Grenoble, d’autres de Lyon. Malgré le ridicule de la situation, la gendarmerie, dans son rôle de milice des intérêts privés et étatiques, n’hésite pas à fouiller et prendre l’identité de ceux et celles qui s’éloignent du groupe pour accueillir un parapentiste descendu de la Chartreuse avec une banderole « De l’eau pas des Puces ». Pire : un petit groupe qui venait nous rejoindre pour le pique-nique s’est fait embarqué au poste pour avoir refusé de donner son identité. Gardé·es à vue, ils et elles n’ont pu ressortir des commissariats que le lendemain matin.

Nous terminons le repas avec des chants et une invitation à continuer la lutte. Nous nous séparons, mais le collectif et tous ceux et celles qui le souhaitent sont invités à se retrouver le soir-même pour un apéritif de célébration à Grenoble.

Nous l’avons fait ! Quatre jours d’arpentage des infrastructures grenobloises de la tech, et une arrivée au bout du tuyau face aux usines. Quatre jours passés loin de leur « vie connectée », mais bien accrochée au moment présent, aux rires, aux échanges, aux divagations, à la construction, à la contestation. Cette année nous avions envie de proposer autre chose qu’une manifestation, de parier sur l’échange, la construction de liens et le temps long plutôt que sur la masse. Le pari est réussi, STopMicro remercie chaleureusement les participants et participantes et toutes les équipes qui nous ont aidé à préparer cet évènement.

De l’eau pas des puces
No puçaran !

Notre parapentiste avec sa banderole « De l’eau pas des puces » entortillée.

Planté d’étendard STopMicro sur les terres agricoles menacées par l’extension de Soitec (visible en arrière-plan).

La couverture médiatique de l’évènement est consultable dans notre revue de presse.

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Retour sur la rando pas des puces

STMicro dissimule sa consommation d’eau

STMicroelectronics est une multinationale qui fabrique des puces électroniques. Son usine de Crolles (Isère) utilise une quantité d’eau extrêmement importante. Mise en cause depuis trois ans pour son impact environnemental par le collectif STopMicro, le géant du numérique a opté pour une solution simple : la dissimulation des informations. Cela fait plus de deux ans qu’il n’a pas publié la déclaration environnementale de son usine de Crolles, contrairement à ses engagements. Cette dissimulation servirait-elle à masquer le non-respect de ses objectifs environnementaux ?

En avril 2024, dans la déclaration environnementale du site de Crolles pour l’année 2023, le directeur du site, Eric Gérondeau, vantait la « volonté de communication, de transparence et d’engagement en faveur du développement durable ».

Un impact environnemental conséquent

Dans cette déclaration, on trouvait des données sur l’impact environnemental de l’usine. On apprenait notamment que :

– l’usine de Crolles produit quotidiennement 32 tonnes de déchets dangereux par jour, en supplément des 30 tonnes de déchets non-dangereux (page 31) ;

– cette production de déchets est en hausse permanente (idem) ;

– l’usine de Crolles consomme 160 litres d’eau potable par seconde (5067000 m3/an, page 19) ;

– la consommation d’eau du site est en hausse permanente (idem) ;



–  idem pour la consommation d’électricité, qui est l’équivalent d’une ville de 290 000 habitant-es (647 Gwh/an, page 20) ;

la consommation de produits chimiques s’élève à 64 tonnes par jour (23 481 tonnes par an, page 21), et est en hausse constante ;

– etc.

Un rapport qui présentait positivement des faits accablants

Malgré ces faits objectifs accablants, la déclaration était rédigée dans la novlangue habituelle du greenwashing de l’entreprise (« transformation durable », « neutralité carbone », « programmes ambitieux et novateurs », « recherche de l’Excellence », « approvisionnement à 100 % en énergie renouvelable d’ici 2027 », « améliorer en permanence la gestion de l’eau », etc.)

La déclaration 2023 présentait également les données de façon orientée, comme ces encarts émaillant le rapport où la consommation est ramenée à celle par plaquette, occultant le fait qu’en valeur absolue le niveau des prélèvements est en hausse perpétuelle.

En consommation absolue, sur cette période on a en réalité assisté à une augmentation de 45% pour l’eau et de 60% pour l’électricité.

La dissimulation d’informations

Mais depuis 2024, l’entreprise a changé de stratégie. Plutôt que de communiquer en présentant les chiffres de manière trompeuse, comme précédemment, ST a tout simplement choisi de dissimuler ses chiffres.

En effet, depuis deux ans, l’entreprise ne publie plus la déclaration environnementale du site de Crolles. En effet, alors que l’entreprise avait annoncé pour mars 2025 la publication de sa prochaine déclaration  : aucun rapport n’a été rendu public ni pour l’année 2024, ni pour l’année 2025.

Drôle de « déclaration environnementale annuelle » celle qui est publiée au mieux une fois tous les trois ans ! On mesure à ce détail le poids qu’il faut accorder aux promesses de l’entreprise. En d’autres termes, peut-on accorder un quelconque crédit aux déclarations promettant du « recyclage », de la « réutilisation », voire un « développement durable » de la part d’une entreprise incapable de tenir ne serait-ce que l’engagement de rendre publiques des données une fois l’an ?

Pour notre part, nous y voyons un lien évident avec la hausse de la contestation portée par notre collectif, qui dénonce depuis trois ans l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique.

Le bilan serait-il à ce point mauvais que le rendre public desservirait l’industriel et ses projets controversés ?

Collectif STopMicro,
de retour de rando,
8 juin 2026

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur STMicro dissimule sa consommation d’eau

Canicules, sécheresses… plus que jamais : de l’eau, pas des puces !

Communiqué de presse

Canicules, sécheresses…
plus que jamais : de l’eau, pas des puces

Le collectif STopMicro organise une randonnée contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique et la « vie connectée », de Varces à Crolles (Isère), du 4 au 7 juin 2026.

Des milliards sans contrôle : l’histoire se répète

Il y a dix jours, vendredi 22 mai 2026, Emmanuel Macron annonçait un financement de 1,55 milliard pour la filière quantique et les semi-conducteurs lors du sommet Choose France. STMicroelectronics et Soitec, acteurs majeurs de la filière française semi-conducteurs profiteront largement de cette aide. Une annonce osée, alors que la Cour des comptes vient de publier un rapport ciblant ST et les aides publiques allouées à son projet d’extension et dénonçant qu’« en dépit de leur ampleur, les subventions de l’État reposent sur un schéma juridique qui encadre insuffisamment l’ensemble du projet ». L’an dernier, une commission d’enquête sénatoriale sur les aides aux entreprises avait déjà vivement critiqué la multinationale et la faiblesse de son impôt sur les sociétés.

Il y a quatre ans, déjà, Emmanuel Macron était venu à Crolles annoncer une aide publique de 2,9 milliards d’euros pour STMicrolectronics, pour un projet d’agrandissement aujourd’hui encore au point mort. En vue : le triplement des capacités de production de l’usine de Crolles. Autre point commun : la canicule. L’été 2022 avait vu de nombreuses restrictions sur l’usage de l’eau potable, y compris en Isère. Aujourd’hui, en 2026, l’ONU affirme que la Terre est entrée dans une « ère de faillite hydrique mondiale » et en France le printemps 2026 a été le plus chaud jamais enregistré.

Eau ou puces, il faut choisir

Le numérique est parfois présenté comme répondant à une nécessité de « transition écologique ». Or, la production de puces électroniques est particulièrement gourmande en eau. ST et Soitec utilisent abondamment l’eau potable du réseau grenoblois pour produire des puces électroniques. Bilan : près de 200 litres d’eau potable par seconde sont accaparés et souillés de produits toxiques (PFAS, cuivre, nitrate, phosphore…).

Dans ce contexte, nous sommes révoltés de constater que, plus il fait chaud et sec, plus l’argent public, lui, ruisselle vers les industriels qui accaparent l’eau. Nous ne sommes pas dupes : aucune innovation technologique ne répondra à la crise écologique à laquelle nous faisons face. Ce n’est pas avec le quantique, l’intelligence artificielle, les pommeaux de douche connectés ou autres lave-linges « intelligents » qu’on sauvera la planète. Bien au contraire, c’est cette même fuite en avant technologique qui aggrave considérablement la situation et menace nos conditions d’existence.

Rando, pas des puces !

C’est pourquoi le collectif STopMicro marchera du 4 au 7 juin 2026 contre les extensions de STMicroelectronics et Soitec, les nuisances de l’industrie microélectronique et la « vie connectée ». Nous suivrons le chemin de l’accaparement de l’eau et les voies de la numérisation du monde, de Varces jusqu’à Crolles, en passant par Grenoble et sa Presqu’île Scientifique.

Les temps forts de la randonnée

  • Jeudi 4 juin 10h, au départ des champs captants (Varces). Départ de la marche et conférence de presse. (accès détaillé sur notre site)

  • Vendredi 5 juin midi, sur la Presqu’Île Scientifique (Grenoble). Pique-nique et animations.

  • Dimanche 7 juin midi, devant les usines (Bernin et Crolles). Arrivée de la marche.

Publié dans General | Commentaires fermés sur Canicules, sécheresses… plus que jamais : de l’eau, pas des puces !

Solidarité avec Bassines Non Merci

Mercredi 6 mai, la cour d’appel de Poitiers a condamné Julien Le Guet, porte parole du collectif Bassines Non Merci à six mois de prison aménagée sous forme d’assignation à résidence avec un bracelet électronique. Il a également été condamné à verser plus de 16 000 € de dommages et intérêts et 4 000 € de frais de procédures. En outre, il lui est interdit de paraître à Sainte-Soline et à Mauzé-sur-le-Mignon pendant trois ans.

Nous étions présent-es à Sainte-Soline il y a trois ans, tout comme Bassines Non Merci était à Crolles l’an passé. C’est lors de cette dernière manifestation que Julien Le Guet nous avait transmis ces échanges de messages avec le maire de Grenoble Eric Piolle.

Le collectif STopMicro assure Bassines Non Merci de sa solidarité. Les luttes contre l’accaparement de l’eau sont reliées, qu’elles concernent l’agriculture productiviste ou l’industrie numérique. Face à la répression, nous ne nous laisserons pas faire. Faisons front collectivement.

Rendez-vous à Paris et Poitiers pour les prochains procès de Bassines Non Merci, et à Grenoble et alentours du 4 au 7 juin pour la Rando pas des puces.

No bassaràn, no puçaràn !

En savoir plus :
le communiqué de BNM
l’article de Reporterre
la cagnotte de soutien

Collectif STopMicro, 15 mai 2026 (MAJ 17 mai)

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Solidarité avec Bassines Non Merci

27/05 : Apéro/réunion pour préparer la Rando pas des puces

Vous voulez aider avec vos moyens à l’organisation de la mobilisation de juin ? Qu’il s’agisse de décorer des choses, de prêter du matériel, de cuisiner, de prendre des rôles et des responsabilités le jour-J ?

> 27 mai (18h30) : une réunion pour préparer et distribuer les rôles de la mobilisation de juin (rando pas des puces) à la Salle des tickets à Grenoble (14 place Saint-Bruno)

Vous voulez prêter main-forte pour les quatre jours de mobilisation de STopMicro ? Aider sur la logistique, l’organisation de la marche, les cantines, prendre en charge des rôles, etc. ? Alors rendez-vous mercredi 27 mai à 18h30 à la salle des tickets. On fera un topo sur le programme de la randonnée, les besoins de dernière minute et les divers rôles à se répartir.

On est ouvert-es à toutes vos propositions, vous pouvez nous écrire à stopmicro@riseup.net !

En outre, ces deux journées ont déjà eu lieu :

> 10 & 16 mai : deux journées de création pour préparer la Rando pas des puces de juin à l’Université Autogérée (921, rue des Résidences à Saint-Martin-d’Hères) :

  • le dimanche 10 mai (10h-18h) et le samedi 16 mai (10h-18h) :

Au programme : on bricole, on dessine, on invente des chants…
Apportez tout ce que vous jugerez nécessaire : peinture, banderoles, pinceaux, colle, tissus, machines à coudre, matériel de bricolage, objets de récup, livrets de chants, parapluie et ombrelles à décorer pour la marche, etc. 

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 27/05 : Apéro/réunion pour préparer la Rando pas des puces

Trois ans après, STMicroelectronics exporte toujours des composants à usage militaire vers la Russie

(Photo : Ivan SAMOILOV / AFP)

Lors d’une conférence de presse, le 10 avril 2026, les autorités ukrainiennes ont affirmé avoir trouvé des composants fabriqués par STMicroelectronics et par d’autres entreprises occidentales dans les drones-suicides de l’armée russe. Il est donc attesté que les puces électroniques de l’entreprise STMicroelectronics étaient utilisés jusque dans les derniers mois de 2025, malgré le fait qu’elle soit connue et dénoncée depuis 2023. Une illustration de l’immoralité du « modèle grenoblois ».

Rappel

On se souvient qu’à plusieurs reprises en 2023 (mars, avril, juin) l’Observatoire de l’armement avait révélé que malgré l’embargo de 2014, de grandes entreprises françaises continuaient d’exporter des composants liés à la défense vers la Russie, et ce jusque après le début de la guerre avec l’Ukraine.

Le cas de STMicroelectronics était symptomatique : les puces électroniques du fabricant de semi-conducteurs (en particulier les microcontrôleurs STM32) étaient retrouvées dans des drones russes utilisés en Ukraine (Orlan-10, E95M, Eleron-35V, Koub-B1A) (source) ainsi que dans les drones tueurs Lancet (source) et drones kamikazes KUB-BLA (source), et des puces dans les systèmes de guidage des missiles Kh-101 utilisés contre les civils et les infrastructures en Ukraine. (source). Le média Blast avait également documenté la participation française à l’armement russe (1, 2, 3, 4). Ces informations avaient été reprises par Le Monde et France Culture. Nous avions à l’époque également relayé ces informations (ici).

Par la suite, en novembre 2023 et en janvier 2024, les commentateurs s’étaient étonnés de la poursuite des exportations. On a par exemple retrouvé en 2023 sur les champs de bataille ukrainiens l’équivalent de 94 millions de dollars (!) de puces STMicroelectronics. Ces exportations constituent pourtant un contournement des sanctions appuyé sur les exceptions contenues dans l’embargo (transfert de technologies spatiales, réseaux civils de télécommunication), le développement civil en Russie ou bien en passant par des pays tiers.

Aujourd’hui

Lors d’une conférence de presse tenue le 10 avril, les autorités ukrainiennes ont affirmé avoir retrouvé de nombreux composants européens dans les drones de combats russes. C’est le cas en particulier de puces électroniques STMicroelectronics, qu’on retrouve jusque dans les derniers mois de 2025 sur le champ de bataille. La participation de STMicroelectronics est à présent qualifiée de « traditionnelle ». Le fabricant de semi-conducteurs équipe en particulier les drones Герань-2 , également utilisés en Iran sous le nom Shahed 136. Il s’agit là encore de drones suicides, des mini-missiles destinés à exploser sur leurs cibles.

Concernant les responsabilités de STMicroelectronics, les autorités ukrainiennes dénoncent un « ping pong sans fin » entre les gouvernements italien et suisse. Pour rappel, les Etats français et italien figurent au capital de l’entreprise, qui dispose de son siège opérationnel en Suisse. Pour se dédouaner, les dirigeants européens affirment qu’il s’agit de composants fabriqués non en Europe, mais en Chine. Rien d’étonnant, quand on connaît la complexité de la chaîne de fabrication de semi-conducteurs, que nous avons documenté dans un ouvrage à paraître le mois prochain.

L’information a retenir est donc que malgré les multiples alertes fournies par les autorités ukrainiennes, STMicroelectronics poursuit ses exportations illégales de composants à usage militaire vers la Russie.

Immoralité des entreprises grenobloises

Cette situation nous choque mais ne nous étonne pas. Nous savons que la prospérité des entreprises de high-tech grenobloise est bâtie sur des champs de bataille. C’est ce qui a conduit Grenoble a hériter du surnom de « cerveau de l’armement » : les semi-conducteurs et autres équipements électroniques produits à Grenoble trouvent de nombreuses applications militaires, de l’IA à la dissuasion nucléaire, des radars des avions Rafale aux capteurs infrarouges. Cette situation est bien documentée, et concerne en premier lieu d’importantes entreprises locales : STMicroelectronics, Soitec, Lynred.

Au delà de l’échelle grenobloise, la France est connue pour être le deuxième pays exportateur d’armes au monde. Il ne s’agit pas d’une dérive : le modèle économique de l’industrie de l’armement française repose sur ce principe. Il faut exporter 40 à 60 % de la production française pour atteindre la rentabilité. Pour assurer notre « souveraineté technologique » il faut vendre la mort aux quatre coins du monde. C’est une situation que nous avons déjà dénoncée.

En outre, cette situation profondément immorale se pare des atours de la vertu. Les industriels se cachent derrière la complexité des chaînes d’approvisionnement, qui atteint des niveaux inimaginables dans le domaine des semi-conducteurs. Les puces électroniques représentent en effet un secteur où la division internationale du travail est poussée à l’extrême, en amont comme en aval des fonderies. Sans doute les dirigeants de STMicroelectronics s’imaginent-ils que « divisée par mille, la saleté est propre » (selon le mot du philosophe Günther Anders). De notre côté, nous combattons cette insouciance meurtrière. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous mobiliserons du 4 au 7 juin prochains en marchant de Varces à Bernin.

Collectif STopMicro
26 avril 2026

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Trois ans après, STMicroelectronics exporte toujours des composants à usage militaire vers la Russie

Rando pas des puces : les modalités pratiques

[mise à jour : 4 juin INFOS DERNIÈRE MINUTE]

Sommaire :

————————————————————

Le programme complet de la randonnée en pdf

Le collectif STopMicro vous invite à une marche de quatre jours, depuis les champs captants de l’eau potable grenobloise jusqu’aux usines de semi-conducteurs qui en accaparent 185 litres par seconde (lire notre tract).

Nous partirons du sud de la métropole, là où l’eau est captée. Nous traverserons les laboratoire de technologie, là où se mature l’expansion permanente de l’industrie de l’électronique. Nous terminerons devant les usines, où l’eau est souillée pour fabriquer la dystopie connectée.

Trajet détaillé jour par jour
Jour 1 : Varces – Seyssins (bois des Vouillants) (12,4 km)
plat toute la journée et majoritairement ombragé, bitume et chemin en terre, montée d’environ 200m de dénivelé pour arriver au lieu de bivouac.

  • Départ : Varces, au bout du Chemin de la Digue. (carte) –> si vous ne trouvez pas, allez à l’arrêt de bus Le Rochefort (le long de la D1075) et quelqu’un vous guidera. Possibilité de se garer au parking relais Le Rochefort.
    > 9h petit déjeuner
    > 10h départ
  • Pause du midi : Sur le chemin sous le rocher de Comboire, au bord du Drac. (carte)
  • Arrivée (lieu de bivouac) : Seyssinet, Pré Fauré (bois des Vouillants). (carte)

    INFO DE DERNIÈRE MINUTE : la soirée aura lieu à l’abri au ball trap à côté du pré fauré. Du monde sera présent à 19h au pré fauré pour indiquer le chemin.
    –> Possibilité de nous rejoindre en cours de route à l’arrêt de bus/tram E « le Prisme » à Seyssins à 17h. Quelqu’un attendra sur place et emmènera au lieu de bivouac. (carte)

Accès en transports en commun :

  • Départ :
    Arrêt le Rochefort (Varces) – bus 25 ou C14 depuis Grenoble
    > Horaire conseillé pour le C14 départ à l’arrêt Gare (Grenoble) à 8h05, 8h25, 8h50 lien horaires C14
    > Horaire conseillé pour le 25 départ à l’arrêt Vallier Libération (Grenoble) à 8h18, 8h35, 09h10 lien horaires 25
    > À l’arrêt le Rochefort à Varces une équipe vous accueillera pour aller jusqu’au point de départ. (env. 20min de marche)
  • Pause de midi :
    Arrêt Marielle Franco Technisud (Grenoble) et nous rejoindre par la rive gauche du Drac (côté Seyssins).
  • Arrivée :
    Arrêt Seyssins le Prisme : retour possible à Grenoble avec le tram C.
Jour 2 : Fontaine – Grenoble (la Bastille) (7,3 km)
plat et route goudronné durant tout le trajet jusqu’au jardin des Dauphins. Montée de la Bastille pour le bivouac par chemin en terre, environ 300m de dénivelé positif. Entre le parc Karl Marx et le jardin des Dauphins : accessible aux personnes en fauteuils roulants, possibilité de rejoindre le haut de la Bastille par la route en voiture.

  • Départ : Fontaine, parc Karl Marx (à côté de la borne à eau). (carte)
    > Petit déjeuner à 9h
    > Départ à 10h
  • Pause du midi : Grenoble, Presqu’île Scientifique, Rue Jules Horrowitz. Entre 12h et 14h.
  • Arrivée (lieu de bivouac) ~19h : Grenoble, la Bastille (l’esplanade sous le Pèr’Gras / parking du glacis)*.
    *accessible en voiture
    > Rendez-vous pour rejoindre la marche en cours de route : 17h, en bas du jardin des Dauphins (Grenoble). Quelqu’un attendra jusqu’à 17h30. (carte)
Jour 3 : Grenoble (la Bastille) – Domène (Bois Français) (13,5 km)
plat et goudronné, très exposé au soleil. Accessible fauteuils roulants et vélos.
Prendre des jumelles pour observer les oiseaux

  • Départ : Grenoble, devant la Casemate (place Saint-Laurent). (carte)
    > petit déjeuner à 9h
    > départ à 10h
  • Pause du midi : Saint-Martin-d’Hères, devant l’IMAG. (12h-14h) (carte)
  • Arrivée : Domène, au Bois Français. Vers 19h. (carte)
    (lieu de bivouac) : Domène, au Bois Français.
Jour 4 : Domène (le Bois Français) – Bernin/Crolles (8 km)
Parcours sans dénivelé sur bitume puis chemin de terre (exposé soleil). Parcours alternatif possible sur bitume tout le long pour fauteuils roulants.
Prendre des jumelles pour observer les oiseaux
  • Départ : Domène, parking du Bois français.
    > petit-déjeuner à 8h.
    > départ à 9h. (carte)
    Accès en transports en commun : arrête « les Vernes » via bus Proximo 15 depuis Verdun (voir la fiche horaire, page 3 « dimanches et jours fériés »). L’arrêt « Les Vernes » est proche du terminus. 
  • Arrivée : Crolles et Bernin, devant les usines de Soitec et STMicroelectronics. À 12h30. (carte) Pique-nique et autres. Fin à 15h.
    Pour rentrer, deux possibilités : le bus 80 et le TER.
    Attention, ce jour-là les horaires bus 80 sont modifiés : pas de bus avant 17h. (fiche horaires).
    – en TER via la gare SNCF de Brignoud (à 40 minutes de marche de ST) (fiche horaires). En direction de Grenoble, les départs sont à 15h29 et 16h58. En direction de Chambéry, 17h32.

La marche est rejoignable à n’importe quelle étape. Nous nous organisons pour proposer des repas à prix libre. Nous ne prévoyons pas d’hébergement : à vous d’être autonomes (bivouac, logement chez des ami-es…). N’hésitez pas à être inventifs, à nous proposer des choses pour ces quatre jours.

Les modalités que nous prévoyons sont : cantines partielles, couchages autonomes, marche tranquille, encadrement minimal, festivités multiples, malice appréciée. 

Où et comment dormir ?

2 options sont possibles :

> vous loger par vos propres moyens à Grenoble ou dans ses environs. Les lieux d’arrivée et de départ sont desservis par les transports en commun (voir précisions jour par jour).

> bivouaquer. Pour chacun des soirs nous avons repéré un lieu où il est possible de bivouaquer (voir précisions jour par jour). Nous ne prêterons pas d’affaires : amenez votre matelas, votre duvet et une tente si vous le voulez.

Quelles affaires apporter ?

  • De l’eau (au moins 2L)
  • Une frontale
  • De bonnes chaussures pour marcher
  • Un sac à dos
  • De quoi vous protéger du soleil et prévenir les insolations : casquette, chapeau, manches longues, foulard, crème solaire, lunettes de soleil, ombrelle…
  • Vos affaires pour dormir : duvet, matelas, tente
  • Un pull ou une veste pour la soirée
  • Un pique-nique pour le jeudi midi
  • De quoi grignoter en cas de fringale
  • Un maillot de bain pour le premier jour et le troisième
  • De l’argent liquide pour les prix libres
  • Des jumelles pour le samedi et le dimanche pour observer des oiseaux

Où et comment manger ?

Des cantines* vegan/végétariennes à prix libre sont prévues le jeudi soir, le vendredi midi, le vendredi soir, le samedi midi, le samedi soir et le dimanche midi. Il faut donc prévoir son propre pique-nique uniquement pour le repas du jeudi midi. Pour les petits-déjeuners nous prévoyons du pain, de la confiture, du thé et du café. Soyez autonomes sur vos besoins alimentaires, pensez à prendre des encas pour la marche.

Par ailleurs, la journée du vendredi et du samedi nous traverserons la ville et il sera donc possible de vous ravitailler en magasin.

*Si vous voulez aider les équipes cuisines pour un des repas, contactez-nous à stopmicro@riseup.net

Aider avant la rando

Cette randonnée est un évènement participatif.
Nous cherchons des gens notamment pour :

  • cuisiner
  • prendre des photos
  • porter des carrioles pendant la marche
  • conduire des véhicules

ou toute autre idée : faire des dessins, chanter, jouer de la musique… CONTACTEZ-NOUS !

Médias

Si vous faites partie d’un média, vous pouvez nous contacter via l’adresse stopmicro@riseup.net et au 07.51.51.53.19

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Rando pas des puces : les modalités pratiques

[29-30/05] Deux jours de festivités et de réflexion

À l’occasion de la sortie du livre dirigé par STopMicro Anatomie d’une puce (éd. Le monde à l’envers – présentation ici), nous organisons deux jours de festivités et de réflexion.

Lieu : Salle Rouge, 15 rue des Arts & métiers, Grenoble
Entrée : prix libre en soutien à STopMicro

Au programme :


Vendredi 29 mai

– 18h45 : repas
– 20h : concert de Compost Collaps.
Compost Collaps vient du tRufu, à la 22ème siècle. Un monde dans lequel beaucoup de choses ont changées, mais où on fait toujours la teuf.
Compost Collaps, c’est un percussionniste et sa CC-220 : un instrument fait-maison 100% récup, la soundsystem du futur.

https://youtu.be/4kNvVUBKGfo?si=N3DTGVE0MukR6NfW


Samedi 30 mai

– 16h : goûter
– 16h30 : présentation du livre Anatomie d’une puce.
Loin de l’image écolo qu’on aime à leur prêter, les puces électroniques sont issues d’un extractivisme forcené et de pratiques coloniales. Le livre collectif Anatomie d’une puce est issu du colloque international tenu à la Bobine l’an dernier.


– 17h30 : conférence « pourquoi nous marcherons de Varces à Bernin du 4 au 7 juin ».
Présentation de la randonnée organisée par le collectif la semaine suivante.

– 18h45 : repas
– 20h : spectacle Petit caillou (une épopée géopolitique dans un de nos téléphones portables, tout public à partir de 10 ans, durée 1h20).
Petit caillou, personnage éponyme, est l’incarnation d’un morceau de coltan, minerai nécessaire à la fabrication des appareils électroniques. Entre tragique et comique, Petit Caillou nous fait vivre son parcours initiatique à travers les aliénations du monde productiviste. Site de la compagnie.

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur [29-30/05] Deux jours de festivités et de réflexion

Parution du livre de STopMicro Anatomie d’une puce

A paraître le 7 mai 2026 :

Collectif STopMicro (dir.) : Anatomie d’une puce
éditions Le monde à l’envers
979-10-91772-63-1
12×18,5cm, 244 pages
12 euros
distribution Makassar

Présentation :
Alors que la crise écologique s’aggrave, le numérique se présente comme un acteur de la « transition écologique » et l’Europe investit des milliards dans la relocalisation de l’industrie électronique.

Dans cet ouvrage grand public, activistes, journalistes et universitaires démontrent faits à l’appui que cette « relocalisation » n’est qu’un slogan publicitaire. En effet, loin de l’image écolo qu’on aime à leur prêter, les puces électroniques sont issues d’un extractivisme forcené et de pratiques coloniales. Elles parcourent en outre des centaines de milliers de kilomètres avant de finir dans nos objets quotidiens.

Ce livre collectif est issu du colloque international tenu dans le cadre de la lutte du collectif STopMicro en mars 2025.


Celia Izoard, qui préface l’ouvrage, est journaliste. Elle a publié La Ruée minière au XXIe siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition.

Contributions d’Azul Blaseotto (universitaire, Argentine), Lila Chouli (universitaire, France), Fairphone (entreprise, Pays-Bas), Marc Fafard (activiste, Québec), Génération Lumière (association, France/Congo), Fabien Lebrun (universitaire, France), Minas não sim à Vida (collectif de lutte, Portugal), Romain Mainieri (universitaire, France), Roger Moreau (activiste, Argentine), Nicolas Rouillé (écrivain, France), Stop Mines 03 (collectif de lutte, France), Tesla Stoppen! (collectif de lutte, Allemagne) et Hélène Tordjman (universitaire, France).

Retrouvez ici le sommaire avec un résumé de chaque contribution, suivi de la préface de Celia Izoard. 

La page de présentation sur le site de l’éditeur.

À l’occasion de la sortie du livre, nous organisons deux jours de festivités et de réflexion, les 29 et 30 mai à la Salle Rouge de Grenoble (plus d’infos ici).

 

Publié dans General | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur Parution du livre de STopMicro Anatomie d’une puce

De l’eau pas des puces : le tract 2026

DU 4 AU 7 JUIN 2026
DE L’EAU, PAS DES PUCES !
CONTRE L’ACCAPAREMENT DES RESSOURCES
PAR LES INDUSTRIES DE L’ÉLECTRONIQUE
ET LA « VIE CONNECTÉE »

/// Ce tract en pdf ///

Depuis trois ans nous luttons contre les agrandissements de deux usines de microélectronique, STMicroelectronics et Soitec, à Crolles et Bernin. Accaparement de l’eau, pollution des rivières, extractivisme, néo-colonialisme : ces deux entreprises cumulent les nuisances environnementales et sociales au nom d’un monde connecté et militarisé. Nous invitons toutes celles et ceux qui refusent ces extensions à rejoindre la quatrième mobilisation du collectif !

Une consommation d’eau potable aberrante

ST et Soitec pompent aujourd’hui 185 litres par seconde dans le réseau d’eau potable, soit presque autant que les deux tiers des foyers grenoblois. Les usines n’ont aucune restriction et prévoient d’augmenter encore leur consommation avec leurs agrandissements. À l’heure de la multiplication des sécheresses, une telle privatisation est aberrante.

Des sites dangereux et polluants

L’eau utilisée pour le rinçage des puces est retraitée puis rejetée dans l’Isère chargée en produits chimiques. Amoniac, azote, cuivre, hexafluorures, phosphore figurent parmi les déchets, auxquels s’ajoutent les PFAS, ces polluants éternels connus pour provoquer cancers et infertilité. ST a été reconnu comme étant l’un des plus gros émetteur de la région. En outre, ST et Soitec sont deux sites Seveso dont l’usage massif de produits chimiques hautement toxiques fait planer la menace permanente d’une catastrophe industrielle.

Nous refusons la « life.augmented »

Les puces de ST et Soitec sont principalement destinées à des objets faits pour accumuler et analyser des données. Voitures connectées, smartphones et réseaux comme la 5G et la 6G, caméras, tondeuses à gazon et gourdes connectées… et bien sûr de l’IA. La «life augmented» (le slogan de ST) est faite d’autant de faux besoins qui renforcent le contrôle et la gestion de nos vies au détriment des rapports humains. Le mythe du progrès salvateur et de la croissance infinie a assez duré. Refusons cette dystopie !

ST et Soitec fabriquent la guerre

Fondées par le Commissariat à l’Énergie Atomique de Grenoble, ST et Soitec produisent des puces destinées tant à l’usage civil qu’à l’usage militaire. L’Observatoire de l’armement a par exemple montré que les puces de ST étaient utilisées dans les drones et missiles russes, et que l’entreprise collabore avec le complexe militaro-industriel israélien. Quant à Soitec, sa technologie est intimement liée au nucléaire militaire. Ces deux entreprises fabriquent les guerres en cours et s’enrichissent sur la mort de milliers de civils.

Subventions publiques pour profits privés

Les subventions de l’État français pour l’agrandissement de ST s’élèvent à 2,9 milliards d’euros, pendant que l’entreprise paye ses impôts aux Pays-Bas ! Le PDG de ST a reconnu que les 1000 emplois promis par l’agrandissement n’avaient jamais été garantis, et pendant ce temps l’entreprise supprime 1000 emplois en France. Loin d’être attristés, les élus du Grésivaudan financent le projet à hauteur de 13 millions d’euros et l’un d’entre eux en bénéficie directement en étant le PDG d’un important sous-traitant.

L’illusion du numérique soutenable

La croissance du numérique est anti-écologique. La « dématérialisation » n’est pas immatérielle (extractions minières, infrastructures immenses et énergivores, pollutions, déchets… ). Ces extensions ne sont en rien des relocalisations : ce sont les maillons d’une chaîne de production hyper-mondialisée qui grandit sans cesse. La course à l’innovation dans laquelle nous jettent industriels comme élus est désastreuse et sans avenir. Désertons-la !

Depuis trois ans, la vague contre l’industrie microélectronique grossit et ne laisse pas les multinationales indemnes. Travaux d’agrandissement de ST mis à l’arrêt pendant un an ; augmentation de la tarification sur l’eau potable pour les deux industriels ; réputation dégradée des usines… Les effets de notre action peuvent se mesurer. Il y a quelques mois, nous avons chassé Soitec d’une parcelle agricole de 7000 m² qu’elle avait artificialisée illégalement. Ils veulent s’agrandir : nous les faisons reculer. A Crolles, le chantier d’extension de ST est au point mort : rien n’est joué. Et à Bernin, dans les mois qui viennent, les élus de la Communauté de communes veulent agrandir la zone d’activités économiques taillée sur mesure pour Soitec. Contre la bétonnisation de ces 11 hectares, c’est maintenant qu’il faut se mobiliser ! Ce projet d’extension n’en est qu’à ses débuts : les agriculteurs cultivent encore les terres concernées par l’agrandissement. Il faut protéger ces terres maraîchères contre cette industrie qui depuis des décennies grappille la vallée, pollue aux quatre coins de la planète et enserre nos vies dans la trame asphyxiante du monde connecté. Ces trois dernières années, nous étions plusieurs milliers à manifester contre les extensions des usines. Cette année, nous invitons tous et toutes les réfractaires à ces projets, à la numérisation du monde, à l’accaparement des ressources, toutes celles et ceux qui se retrouvent dans ces lignes, non pas à une manifestation mais à une rando pas des puces !

RANDO PAS DES PUCES
DU 4 AU 7 JUIN 2026

Pour suivre le chemin de l’accaparement de l’eau et les voies de la numérisation du monde, nous partirons de Varces, là où l’eau potable est captée pour approvisionner les usines, nous traverserons les laboratoires de technologie grenoblois et marcherons jusqu’aux usines.

Modalités prévues : cantines partielles, bivouac autonome, marche tranquille, encadrement minimal. Rencontres et spontanéités bienvenues ! Prévoyez casquettes, gourdes, pique-nique, etc. Plus d’infos pratiques ici.

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés sur De l’eau pas des puces : le tract 2026

Procès du 15 juin 2021 : le délibéré

Le 19 et 20 mars 2026, nous étions présent-es à Limoges au procès des inculpé-es du 15 juin 2021, un procès qui s’est transformé en procès du numérique : de son caractère autoritaire, aliénant et de ses nombreux impacts environnementaux et sociétaux. Se sont relayés à la barre 8 témoins, venus donner du contexte à la critique de la numérisation du monde et aux raisons de s’y opposer. STopMicro faisait partie des collectifs/personnes invité-es à venir témoigner, aux côtés de Stop 5G, de Célia Izoard, d’Écran Total et d’autres. 

Les personnes convoquées risquaient 10 ans de prison et des centaines de milliers d’euros d’amendes. Le comité de soutien et les inculpé·es ont fait de ce procès une tribune contre le numérique, qui a réuni plusieurs centaines de personnes. Nous relayons ci-dessous le communiqué du Comité 15 juin relatif au délibéré (exceptionnel) du procès :

Le vendredi 3 avril 2026, le tribunal de Limoges a rendu son délibéré concernant l’affaire du 15 juin.
Les deux prévenus sont condamnés : l’un à une peine de 3 ans d’emprisonnement avec sursis simple, l’autre à une peine de 2 ans d’emprisonnement avec sursis simple. Ils ont en outre l’interdiction de se fréquenter pendant 3 ans. Le jugement sur les les intérêts civils (dommages intérêts) a été renvoyé au 2 septembre.
Le comité de soutien aux inculpés considère que ces condamnations expriment la prise en compte par la justice de deux éléments essentiels :

– d’abord, une considération pour la dureté d’un contrôle judiciaire de presque cinq ans préalable au procès, qui a constitué pour les prévenu•es une véritable « peine avant la peine », qu’il semblait juste de ne pas lourdement aggraver.
– ensuite, le signal de la percée ô combien nécessaire et urgente dans le débat public de la principale question que soulevait ce procès : celle de la remise en question du déferlement numérique imposé, à l’œuvre dans nos sociétés depuis plusieurs dizaines d’années, source de dégâts colossaux sur l’environnement et les sociétés humaines.

Les parties ont 10 jours pour faire appel de cette décision.

Vous retrouverez sur le site La Bogue un compte-rendu de ce procès politique et de la mobilisation qui l’a accompagné.

Bonne lecture !

NO PUÇARAN

 

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Procès du 15 juin 2021 : le délibéré

[1/04] OuiNano accueille le nouveau PDG de Soitec

Venez à la rencontre du collectif OuiNano, qui accueillera le nouveau PDG de Soitec, Laurent Rémont, pour son premier jour de prise de poste. OuiNano est un collectif qui se bat pour l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique et la « vie augmentée ».

Rendez-vous le 1er avril à midi devant Soitec
pour accueillir Laurent Rémont

Défendons les agrandissements de ST et Soitec ! Des puces, pas de l’eau ! Remplaçons les humains par des robots, les terres agricoles par des parkings, l’eau potable par de l’eau aux PFAS ! Life.augmented ! Life.augmented !! Bienvenue au nouveau PDG !

PS : le soir, réunion d’accueil de STopMicro à Grenoble

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [1/04] OuiNano accueille le nouveau PDG de Soitec

Rando pas des puces, du 4 au 7 juin 2026

Mobilisation annuelle contre l’accaparement des ressources par les industries du numérique et la « vie connectée »

RANDO, PAS DES PUCES
du 4 au 7 juin 2026
Varces – Grenoble – Crolles

Marche, bivouac et plus encore.
Amenez vos chaussures et votre duvet!

Pourquoi nous marcherons

Vous pouvez trouver le tract d’appel ici (et ici en pdf). Ce tract détaille les raisons de notre mobilisation. Il explique également pourquoi il est important de se mobiliser cette année encore, pour mettre la pression aux industriels et aux pouvoirs publics et obtenir l’abandon du projet d’agrandissement de la zone d’activités économiques de Bernin.

Nous tiendrons en outre une réunion publique quelques jours avant la marche, samedi 30 mai à 17h30 à la salle Rouge de Grenoble (infos ici).

Modalités pratiques

La marche ira des champs captants de l’eau potable grenobloise jusqu’aux usines de semi-conducteurs qui en accaparent 185 litres par seconde, en quatre étapes. Les modalités pratiques de la marche sont détaillées sur cette page.

Organiser la marche

Si vous souhaitez aider à l’organisation de la marche, qu’il s’agisse de bricoler, de créer des choses ou de prendre des rôles et des responsabilités, venez nous rencontrer sur l’une des trois dates que nous prévoyons en mai. Informations à retrouver ici.

Diffuser l’information

Si vous souhaiter diffuser l’information autour de la marche vous pouvez nous écrire pour commander des affiches et des tracts (stopmicro@riseup.net). Vous pouvez également trouver ici une version imprimable de l’affiche.

Si vous êtes journaliste et que vous souhaitez des informations, contactez-nous : stopmicro@riseup.net.

Buvez de l’eau!
No puçaran!
Non à la « life augmented »!

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Rando pas des puces, du 4 au 7 juin 2026

Venez aider à préparer la marche !

Le collectif STopMicro vous invite à préparer la RANDO PAS DES PUCES

/// Tract d’invitation complet ///

Avec le collectif STopMicro, nous vous invitons cette année à une grande marche du 4 au 7 Juin, pour suivre le chemin de l’accaparement de l’eau et les voies de la numérisation du monde. Une manifestation ? Non, une RANDO PAS DES PUCES.

Nous vous invitons aussi à venir préparer cette marche avec nous, et à y apporter votre touche. Venez ce Mercredi 1er Avril à 18h30 à la Salle des Tickets, à l’anniversaire des trois ans de notre première manifestation, prendre un apéro d’accueil. Ce sera l’occasion pour vous d’aider ou de proposer des choses, et pourquoi pas de rejoindre le collectif.

Nos besoins d’aide :

  • fabriquer des toilettes mobiles
  • jouer de la musique
  • fabriquer des décorations
  • former une équipe de prévention des insolations
  • discuter avec des gens qui ont déjà organisé des marches
  • … apporter votre touche et être créatifs/ves pendant la marche!

Rejoignez-nous !
Mercredi 1er avril à 18h30
Salle des tickets (14 place Saint Bruno à Grenoble)

STopMicro est un collectif ouvert. Toute personne désireuse de lutter contre les agrandissements de ST et Soitec, l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique et la « vie augmentée » peut nous rejoindre.

Nous nous réunissons en général les mercredi à 18h30.

Vous pouvez nous prévenir avant ou non.

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Venez aider à préparer la marche !

Votez pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner

Les affiches de Monsieur Puce fleurissent à Grenoble et dans le Grésivaudan.
Ce candidat fictif à tête de puce affirme « Peu importe le candidat, c’est Monsieur Puce qui gagnera ». En effet, tous les candidats aspirent à une foisonnante industrie des puces.

Nous vous proposons un tour d’horizon des principaux/ales candidat-es à Grenoble, Crolles et Bernin.

A Grenoble


Si les usines de ST et Soitec ne sont pas situées sur le territoire de Grenoble, le ou la maire de Grenoble doit se positionner sur le sujet. Et ce à plusieurs titres :

– en tant que maire de la commune principale de l’agglomération ;

– en tant que co-dirigeant de la structure qui vend l’eau à la communauté de communes du Gresivaudan et aux industriels (via Grenoble Alpes Métropole) ;

– en tant que maire de la commune où ST a un centre de recherche et développement qui emploie 1000 personnes (sur la Presqu’Ile) ;

– et parce que la « maison-mère » de ST et Soitec est le Commissariat à l’Energie Atomique de Grenoble, situé lui aussi sur la Presqu’Ile, avec 4500 salariés.

Un silence de la part des candidat-es grenoblois-es sur le sujet de la « vie augmentée » et de l’accaparement des ressources par le numérique équivaut donc à un soutien implicite !

Laurence Ruffin (liste Oui Grenoble)
Dans le programme de la l’héritière d’Eric Piolle, rien ne traite de STMicroelectronics ou des nouvelles technologies. Le Commissariat à l’Energie Atomique n’existe pas, il n’est nulle part question du rôle de la capitale des Alpes dans la conception et la fabrication de puces qui alimentent l’internet des objets, les voitures intelligentes, les satellites d’Elon Musk ou les armes du monde entier.
Est-ce parce qu’Eric Piolle trouvait « réjouissant » l’agrandissement de STMicroelectronics (source) ? Ou parce que Laurence Ruffin est co-fondatrice de French Tech in the Alps, la « start-up nation » à la Grenobloise, « pour le développement des startup et le rayonnement de l’économie du numérique, des nouvelles technologies et de l’innovation sur le sillon alpin » ?

Alain Carignon (liste Réconcilier Grenoble)
Le programme d’Alain Carignon veut « recréer le ’triptyque’ ville-recherche-industrie » et « identifier les futurs projets industriels et de recherche internationaux » (engagement n°173). Autrement dit : accroître le pouvoir du CEA sur la ville et encourager le développement de la high-tech dans l’agglomération, ainsi que les transferts de brevets déposés par le public en direction du secteur privé. Avec Carignon, la liaison recherche-industrie sera à l’honneur avec le soutien affirmé des pouvoirs publics.

Allan Brunon (Liste Faire mieux pour Grenoble)
Pour le candidat LFI, l’eau est « un bien commun de première nécessité ». Il affirme dans son programme que « des grandes entreprises comme STMicroelectronics ou Soitec consomment à elles seules 20 % de l’eau de la métropole. En période de sécheresse, le partage de l’eau doit privilégier la consommation humaine et les activités agricoles qui nous nourrissent ». En dehors des périodes de sécheresse, le candidat insoumis ne semble rien avoir à redire aux productions des industriels de la Tech, se positionnant même « pour l’innovation scientifique », ce qui à Grenoble signifie soutenir le CEA. La « charte locale de la recherche responsable » prônée par Alan Brunon, qui veut « conditionner l’octroi d’aides économiques au respect d’engagements précis sur les conditions salariales, la prise en compte de l’environnement et le partage des données » ressemble surtout à une belle intention plus qu’à un dispositif contraignant.
Rappelons qu’au niveau national, LFI souhaitait dans son programme de 2016 « créer une fonderie française pour les microprocesseurs », c’est-à-dire développer les activités de STMicroelectronics.

Valentin Gabriac (liste Grenoble capitale des Alpes)
Le candidat du Rassemblement national vante la « Silicon Valley à la française » et affirme que « Grenoble était reconnue pour sa technologie, aujourd’hui pour le burkini ». Le soutien aux industriels de l’électronique sera donc au programme du maire Gabriac.

Romain Gentil (Grenoble capitale citoyenne)
Le candidat divers gauche veut lui aussi « faire de la justice sociale et écologique » le fil conducteur de son action. Et lui aussi a oublié que des entreprises de taille mondiale et des centres de recherche internationaux sont situés sur la commune, plaçant notre ville dans la course mondiale à l’innovation, la fabrication d’armement et la mise en place d’une « vie augmentée » dystopique. Enfin, oublié… d’en parler ! Car Romain Gentil a été président de la French Tech in the Alps de 2021 à 2025 (c’est indiqué dans sa profession de foi – en lire plus ici). Circulez, y’a rien à voir : le business doit continuer.

Hervé Gerbi (Liste Nous Grenoble)
La liste divers droite souhaite « réindustrialiser proprement en accompagnant la création d’usines-laboratoires » et « soutenir les technologies propres et pilotables (innovations issues des recherches sur la fusion, technologies de chaleur bas-carbone, petits réacteurs modulaires nouvelle génération…) ». Retenez bien le mot « propre », il nous montre qu’avec Hervé Gerbi, tout va continuer comme avant, en plus propre… peut-être !

Grenoble Alpes Collectif
Cette liste citoyenne axée sur la démocratie directe, la justice sociale et l’écologie populaire a elle aussi… oublié que nous sommes à Grenoble, une métropole positionnée en pointe dans la course mondiale à l’innovation. C’est le running gag des listes de gauche ! Dans le programme du GAC, rien sur l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique, rien sur l’hégémonie de la high tech dans l’économie grenobloise. Le CEA n’existe pas. On trouve tout juste un timide positionnement contre « les data centers à destination d’intérêts privés » (pas un mot sur l’inflation de données, l’IA…). Avec Grenoble Alpes collectif, les industriels de la Tech peuvent bosser tranquilles, on mangera bio à la cantine !

Les trois listes anticapitalistes
Citons enfin les trois listes anticapitalistes : Grenoble ouvrière & révolutionnaire du NPA-R, la liste de Lutte ouvrière et celle du Parti des travailleurs. Toutes dénoncent la course à la guerre et à l’armement, réclament une production sous le contrôle des travailleurs/ses et des citoyen-nes. Mais là encore, pas un mot sur la Silicon Valley française. Changer la propriété des entreprises comme ST ou ST, les placer sous le contrôle public plutôt qu’au service d’intérêts privés changerait-il la donne ? Sans doute non, puisque le CEA est bel et bien un centre de recherche public. Avec les nouvelles technologies, le problème n’est pas celui de la propriété des moyens de production, mais de la nature de cette production, intrinsèquement anti-écologique et mondialisée.
Nous avons déjà traité de la nécessité, pour qui se revendique d’écologie, de justice sociale ou d’anticapitalisme, de contester le monde connecté et les agrandissements d’usines de puces. Lire par exemple cet article ou celui-ci.

En résumé, à Grenoble vous pouvez voter pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner !

A Bernin

La situation est-elle la même à Bernin, la commune où se situe Soitec et donc concernée par l’extension de la ZAE des Fontaines ?

Anne-Françoise Besson (Liste Avançons ensemble pour Bernin)
La maire sortante proclame dans son programme au sujet de l’extension de la ZAE pour Soitec la nécessité d’« être vigilants quant à l’extension de la ZAE des Fontaines, optimiser et négocier sa taille en fonction des besoins réels et ne pas artificialiser pour artificialiser, sans nécessité pour les entreprises ; garder à l’esprit, d’une part l’intérêt de la ZAE pour Bernin. Tel est notre engagement, car elle reste un atout pour la vitalité et le dynamisme de la commune et du territoire ».
Soitec ayant été jugée d’utilité publique par le gouvernement et par l’Europe (projet PENE), nul doute que les promoteurs de la ZAE n’auront pas de mal à affirmer sa « nécessité »… Mais avouons que poser comme cadre les besoins est salutaire. Prochaine étape, la politique de l’offre ou la demande ?

Laurence Bellicard (Coeur et action pour Bernin)
Ici au moins on y va tout schuss : « Aider l’installation de nouvelles entreprises de haute technologie, dynamisant l’emploi local ». Par ailleurs, la liste proclame son « engagement écologique pragmatique ». Comprenez bien l’expression : le terme « pragmatique » ne sert qu’à dévaloriser le mot « écologique » et à affirmer que ce n’est pas avec Laurence Bellicard que Soitec se mettra à respecter la loi et l’environnement.

En résumé, à Bernin vous pouvez voter pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner !

A Crolles

C’est la commune où se situe STMicroelectronics. Elle est donc concernée par son extension en cours visant à tripler la production.

Phillipe Lorimier (Vivre Crolles)
Le maire sortant qui souhaite que notre collectif STopMicro déménage dans l’Aveyron n’a jamais caché son attachement pour l’industrie de la tech. Avec son adjoint Serge Pommelet (PDG de l’entreprise Ectra, un fournisseur très stratégique de ST), ils ont été au front pour défendre le projet d’extension de ST. C’est tout naturellement qu’il fait la promotion dans son programme de « la veille foncière pour le développement de l’activité économique ». Mais attention M. Lorimier surveille car il souhaite « une politique des ZAE (Zones d’Activité Économique) plus vertueuse (perméabilité des sols, production d’énergie décarbonée, couvert végétal, économie foncière, parking silo, etc.) ». Allons bon ! Philippe Lorimier : le candidat de l’artificialisation des sols et de la vie augmentée.

Laure Fayolle (La parole aux Crollois)
La liste citoyenne de droite ne mentionne pas une seconde ST dans son programme. Il est fascinant de constater comment une entreprise de 6 000 employés.es avec un impact environnemental important peut disparaître. La vie est-elle meilleure les yeux fermés ? La seule mention qu’on a est un commentaire de Laure Fayolle sur le site de la liste proposant la transparence sur le risque Seveso de ST (seuil haut), « Cela fait 21 ans que j’habite sur Crolles, et je ne sais pas encore à quoi me tenir ».

Adelin Javet (Agir pour demain)
La liste d’opposition de gauche et écologiste souhaite, elle, mettre en action la transition écologique et renforcer la démocratie à Crolles. Mais là aussi on ne trouve aucune mention du géant de l’électronique son programme ! La liste de gauche aurait-elle pris des cours de cécité auprès des listes grenobloises ?
L’élève se révèle presque meilleure que ses maîtres. En témoigne cette carte de Crolles 2032, sur laquelle ST n’existe pas (l’usine a la même taille qu’un… lapin!). Il fallait oser, quand on sait que l’agrandissement en cours de ST est le plus grand projet industriel français hors centrales nucléaires, et que les méfaits des productions de l’entreprise sont désormais de notoriété publique.
Ci-dessous, la carte du pays des Bisounours :

Rappelons que l’opposition a été favorable au projet d’agrandissement de ST (pour la création d’emploi et la prise en compte de la consommation en eau grâce au recyclage). Aujourd’hui l’agrandissement a bien commencé, mais ST licencie et n’a financé aucun projet de recyclage d’eau…
On constate que les maires sortants de Bernin et Crolles évoquent les problématiques liées aux usines dans leur programme, alors que c’est le néant dans la liste de « gauche et écologiste »…

En résumé, à Crolles aussi vous pouvez voter pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner !

De notre côté, nous allons continuer à nous mobiliser contre l’accaparement des ressources et la vie augmentée.

Prochain temps fort : du 4 au 7 juin 2026 : Rando, pas des puces !

Collectif STopMicro,
13 mars 2026

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Votez pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner

[12/03] Rencontre avec le collectif Écran Total

Ce que le numérique fait à nos vies : à l’école, au travail, dans le quotidien
Rencontre et discussion avec le collectif Écran Total*

Jeudi 12 mars, 19h.
MDH centre-ville (2 rue du Vieux Temple, Grenoble)
19h : repas
20h : présentation et discussion

« Presque tout le monde considère l’informatisation du monde comme un processus « naturel », une toile de fond de ce qui nous arrive, avec ses bons et ses mauvais côtés. À de rares exceptions près, aucun mouvement politique ne remet en cause la numérisation. Au contraire tous veulent aller plus loin, plus vite ! Le numérique est un angle mort de la vie politique alors qu’il est un problème politique central de notre époque.

Nous sommes convaincus que cette évolution est une formidable régression sociale à laquelle il est possible de s’opposer : ce qui a été fait par des choix humains peut être défait, par le débat et l’action politique. Notre critique du numérique est une critique plus générale de l’ordre social actuel. Nous dénonçons le progrès technologique qui aggrave les inégalités économiques, restreint les libertés, dévaste la nature et les cultures. »

Extraits du Manifeste contre la gestion et la numérisation de nos vies publié par le collectif Écran Total en 2025.

(*) Écran Total est un collectif né en 2013 et composé de personnes originaires de toute la France, de professions et de conditions variées, réfractaires à la numérisation – de leur travail, de leur vie quotidienne, de l’école et des relations sociales. Le collectif soutient et suscite la désobéissance aux injonctions de faire toujours plus de choses sur les écrans et par Internet.

 

L’affiche de la soirée en pdf

Le tract de la soirée en pdf

 

 

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [12/03] Rencontre avec le collectif Écran Total

Contre l’escroquerie organisée et la casse sociale, désertons la compétition économique !

L’année dernière, un groupe chinois licenciait 400 salariés de Vencorex sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix. Aujourd’hui, pendant que Carlsberg licencie 200 salarié-es de l’usine Teisseire pour de pures raisons financières, sa voisine STMicroelectronics profite de l’argent public au mépris de ses promesses d’embauches faites il y a trois ans, et en annonçant même des licenciements ; en réponse, l’État lui octroie un nouveau financement.

Entreprise géante et « stratégique », STMicroelectronics a pour seules lignes directrices le profit et la promotion de la « life.augmented ». Ses intérêts sont contradictoires avec ceux de ses salarié-es. Alors, notre colère ne doit pas se cantonner à contester les choix économiques les plus scandaleux de ces entreprises, comme les licenciements. Pour être conséquent-es, il faut s’opposer à leur projet politique. Contre la compétition économique et la fuite en avant technologique, construisons l’autonomie !

Trois ans d’une grotesque entourloupe

Rappelez-vous. En 2022, Emmanuel Macron accordait la plus importante aide publique à un projet industriel (hors centrales nucléaires) : 2,9 milliards d’euros pour tripler la production de puces électroniques de l’usine de Crolles 300 de STMicroelectronics. À la clef, la création de 1000 emplois. Une promesse très officielle : « Cet investissement de plus de 7,5 milliards d’euros, soutenu par l’État, permettra notamment de créer 1 000 emplois nouveaux et d’ancrer durablement sur notre territoire les technologies d’avenir. » (Frédérique Le Grevès, présidente de ST France, dossier de concertation préalable, 2024).

Cette annonce de création d’emplois sera ensuite régulièrement reprise par les élus nationaux et locaux. Ainsi, le maire de Crolles, Philippe Lorimier, se livrait en ouverture du conseil municipal de mars 2025 à une leçon d’arithmétique : selon lui, à surface égale, les salles blanches de ST ou Soitec ramènent bien plus d’emplois que si les terres étaient laissées à des agriculteurs. Conclusion : il faut agrandir encore les usines de puces électronique, les soutenir financièrement et politiquement.

Heureusement que Philippe Lorimier n’est pas prof de maths, car il raconte des âneries. C’est en effet un drôle de calcul, quand on sait que 2,9 milliards d’euros, cela équivaut aux salaires et aux cotisations sociales de 1000 salariés pendant 80 ans. L’industrie de la microélectronique vit sous perfusion de l’argent public, qui n’est pas seulement celui de l’État, mais aussi celui de la Communauté de communes : 38 millions d’euros pour les deux derniers « plans nanos », 13 millions pour les conduites d’eau de ST…

STMensonges

Non seulement ces 1000 emplois coûtent très cher à la collectivité, mais il n’est même pas dit qu’ils existent réellement un jour. La « promesse » de création de 1000 emplois par ST a commencé à prendre une drôle de tournure quand ST a annoncé un plan de suppression d’emplois : 2800 dans le monde dont 1000 en France, avec la fermeture de l’autre usine de ST à Crolles, Crolles 200. Comme le relève la CGT, d’un côté l’entreprise supprime 1000 emplois, de l’autre elle touche 2,9 milliards pour en créer le même nombre. En 2024, ST, qualifié par la presse de « roi de l’optimisation fiscale » a fait 66 millions de bénéfices et a divisé la participation des salariés par 5. La seule gagnante de ce jeu est l’entreprise et en aucun cas les salarié-es.

La manipulation va plus loin. L’entreprise menace même de ne pas créer les emplois à Crolles 300. Ainsi, interpellé par une association lors de son Assemblée Générale du 28 mai 2025, le PDG de STMicroelecronics affirme : « Nous n’avions jamais promis que des emplois seraient créés à Crolles ».

Ne s’agissait-il que d’une promesse en l’air, ou l’entreprise est-elle en train de s’assoir sur un engagement formel ? Depuis trois ans, journalistes, associations, syndicalistes et élus cherchent à obtenir la convention qui lie l’État et la multinationale et conditionne le versement des 2,9 milliards d’euros. Une exigence démocratique minimum, pour un projet soutenu par l’État dans ces proportions. Mais depuis trois ans, les services de l’État refusent de communiquer le document, malgré les avis donnés par la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada). Cette opacité administrativement entretenue vise à couvrir les mensonges et les magouilles des industriels. En effet, comme l’apprend la lettre d’engagement, l’industriel s’est contractuellement engagé à créer des emplois.

Ce reniement va -t-il coûter cher à ST ? Pas du tout. C’est même exactement l’inverse qui vient de se produire : la Banque Européenne d’Investissement vient d’annoncer le 11 décembre dernier qu’elle accorde un financement supplémentaire de 1 milliard d’euros à ST, sous forme de prêt.

Malgré le goût amer de déjà-vu, rien n’arrête la détermination de l’État qui continue à verser nos deniers pour l’un de ses projets privés, soi-disant d’intérêt général. En psychologie sociale, on appelle ça un « piège abscons » : continuer à respecter un engagement en dépit de tout bon sens. Il faut dire que l’entreprise, comme tout le secteur de la microélectronique, est intriqué avec les pouvoirs publics. À l’échelle nationale : ST (comme Soitec) est une entreprise issue du CEA-Leti, un centre de recherche public qui créée des start-up pour industrialiser ses brevets ; les deux premiers actionnaires de ST sont l’État français et l’État italien, ce qui explique que depuis 1994 l’entreprise ait déjà touché 4,2 milliards d’euros. À l’échelle locale, le PDG de l’entreprise Ectra (l’un des principaux sous-traitants de ST et de Soitec) est conseiller communautaire à la CCLG, l’organisme public qui pilote le futur agrandissement de Soitec, met à disposition des terrains à ST, finance ses travaux d’infrastructure et subventionne à hauteur de plusieurs millions le secteur de la microélectronique… En réalité, les pouvoirs publics et les entreprises de la microélectronique ont depuis le début des relations incestueuses malsaines, qui expliquent le soutien sans faille des autorités à ce gouffre à argent public.

Sortir de la spirale infernale

Quelle est la leçon à retenir des épisodes Vencorex à Pont-De-Claix et Teisseire à Crolles ? Que lorsqu’un grand nombre d’emplois sont concentrés dans des entreprises multinationales qui dépendent structurellement d’un marché mondialisé et qui prennent leurs décisions essentiellement sur des motifs financiers, la résilience du territoire est en danger. Une entreprise qui peut supprimer d’un coup 200, 500, voire 5000 emplois n’est pas une manne providentielle. C’est une menace.

Dans le Grésivaudan, la microélectronique représente 19 % des emplois ; 15 % pour les seules entreprises ST et Soitec. Est-il bien raisonnable de se reposer à tel point sur un secteur qui est fortement dépendant d’approvisionnements mondialisés, et plus largement de logiques économiques exogènes ? Lasservissement à des logiques qui nous dépassent produit des fluctuations imprévisibles qui peuvent impacter le territoire de façon impromptue. Plus le secteur de la microélectronique sera hégémonique, moins le territoire saura faire face à ces fluctuations, qui pourront avoir des répercussions extrêmement importantes.

Mais cela, les élus « vaccinés à la high-tech » (selon l’expression de l’ancien député François Brottes) s’en fichent. L’important pour eux, c’est d’innover, de créer de l’emploi et de soutenir nos fleurons nationaux ! Autrement dit, de ne pas passer pour des ploucs ou des crétins des Alpes.

Unissons-nous face à l’inconséquence de ST

Que fait ST avec tout cet argent public ? La promotion de la « life.augmented » (slogan de l’entreprise). Dernière innovation idiote en date, représentative de l’ensemble : l’« épicerie intelligente » dans laquelle des caméras épient chacun de nos gestes pour prélever le ticket de caisse directement sur la feuille de paye. Cette dystopie électronique, nous la leur laissons bien volontiers, et nous appelons chacun à résister. Pas besoin pour cela d’actes héroïques. Cela commence très simplement. On peut demander l’arrêt des subventions publiques destinées à développer ou à sauver le secteur du numérique. On peut défendre le financement des réels besoins sociaux, des vrais projets d’intérêt général à soutenir : crèches, hôpitaux, centres d’hébergement d’urgence, décontamination de sites industriels, installation de paysan-nes, promotion de l’autonomie territoriale

Agrandir les usines de puces du Grésivaudan est un projet à courte vue, qui nous enferme dans une dépendance à des logiques qui nous dépasse. Au passage, on hérite de trois sites dangereux classés Seveso (ST, Soitec, Ectra) ; de pollution au cuivre, au zinc, à l’azote, aux PFAS ; et d’une consommation en ressources naturelles pharaonique, avec les déchets associés (34 000 tonnes par an pour ST, dont 18 000 tonnes de déchets dangereux).

Les élus locaux et les syndicalistes semblent pour l’instant enfermés dans la défense d’un modèle qui ruine notre avenir. De leur part, ce serait faire preuve de courage politique en s’opposant aux extensions. Ce serait aussi faire preuve de lucidité : c’est un devoir des maires d’assurer la subsistance alimentaire et la sécurité hydrique et sanitaire de leur territoire ; c’est un devoir des syndicalistes de défendre les intérêts des travailleurs, et non de les enfermer dans le développement « hyper-capitaliste » de l’industrie des semi-conducteurs (Le Monde, 22/12/2025).

Contre le détournement d’argent public par la « vie augmentée ».
Pour l’autonomie territoriale et une vie digne d’être vécue.

No puçaran!

Collectif STopMicro

https://stopmicro38.noblogs.org

stopmicro@riseup.net

PS : Nous avions déjà évoqué le sujet dans notre texte « Plan social chez ST : nommer les responsables, s’organiser ensemble ».

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Contre l’escroquerie organisée et la casse sociale, désertons la compétition économique !

Chips, clairette et chapeaux pointus : retour sur le 7 février

Suite aux révélations et à la mobilisation du collectif STopMicro, le fabricant de semi-conducteurs isérois Soitec est en cours de démontage son parking illégal, installé sans autorisation sur une parcelle agricole en zone humide. Nous avons expliqué dans cet article en quoi cela constitue une victoire pour le collectif, et appelé à célébrer cette victoire le 7 février. Ils veulent s’agrandir : on les fait reculer. La lutte paye!

Samedi 7 février, après la visite guidée de la zone industrielle que nous organisons mensuellement, 30 personnes se sont rassemblées sur la butte en limite du champ libéré par Soitec pour célébrer cette victoire : 7000 m2 de parking d’un industriel des semi-conducteurs sont en train de retrouver leur usage de terres agricoles.

Nous avons sablé le champagne, déployé une banderole, et c’est au son des tambours de la Combatucada que nous avons rappelé à l’industriel notre intention d’empêcher l’agrandissement de la zone d’activités économiques (ZAE) des Fontaines. En effet, nous préférons 10 hectares de terres agricoles à 10 hectares d’usines produisant des puces électroniques pour l’internet des objets, l’automobile, les smartphones et la dissuasion nucléaire.  

Chips, clairette de Die et chapeaux pointus étaient de rigueur.

Nous espérons revenir bientôt sur ce même terrain pour célébrer d’autres victoires contre les industriels de la « life.augmented » et leur monde connecté.

Des terres, de l’eau, pas des puces !
No puçaran !

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Chips, clairette et chapeaux pointus : retour sur le 7 février

[7/02] Soitec recule : on sabre le champagne!

STopMicro : 1 / Life.augmented : 0

Comme relaté dans notre article, Soitec recule et démonte son parking illégal : on sabre le champagne!
Sam. 7/02 à 12h30
à Bernin
(rdv : bennes à verre devant Soitec)

Mettez des bonnes chaussures et vos habits de lumière !

(affiche imprimable)

voir aussi l’article du Dauphiné Libéré sur le sujet.

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [7/02] Soitec recule : on sabre le champagne!

STopMicro : 1 / Life.augmented : 0

Suite à la mobilisation de STopMicro, le démontage du parking illégal de Soitec est en cours

Suite à la mobilisation du collectif STopMicro, le fabricant de semi-conducteurs isérois Soitec est en train de démonter son parking illégal, installé sans autorisation sur une parcelle agricole en zone humide. Une victoire pour le collectif, qui n’en restera pas là : contre la « life.augmented », l’abandon des projets d’extensions de la ZAE et de Soitec sera la prochaine étape. No puçaran!

/// On sabre le champagne le 7 février pour fêter le recul de Soitec ///
/// Plus d’infos ici ///

Fin novembre 2025, le collectif STopMicro révélait que l’entreprise Soitec (basée à Bernin, 38) utilisait illégalement 7 000m2 de terres agricoles pour un usage de parking, au mépris total du règlement d’urbanisme de la commune. En parallèle, le 24 septembre, des particuliers signalaient cette infraction à la commune, instance chargée de faire respecter le plan local d’urbanisme. Nous avions alors détaillé tout le dossier dans cet article, complété ensuite par celui-ci. Nous avons entre autres documenté cette période par une série de photos.

(le parking concerné, début janvier 2026)

Lors des premiers contacts avec la commune, celle-ci avait minimisé l’affaire, semblant justifier l’action de l’industriel. Après deux mois de mobilisation et de mise sous pression, le collectif se félicite d’avoir obtenu une victoire : le parking est en cours de démontage. Cette victoire est le fruit d’une action menée conjointement avec l’association ADES et en lien avec le collectif Berninformé.

(démontage en cours, janvier 2026)

Cette réduction de la surface du fabricant de substrats pour puces électroniques intervient à un moment déterminant. L’enquête publique pour l’agrandissement de la zone d’activités économique (ZAE) des Fontaines, taillée sur-mesure pour Soitec, doit se tenir dans quelques semaines. Le collectif STopMicro, opposé à cet agrandissement, a déjà mené plusieurs actions.

Nous tirons aujourd’hui plusieurs enseignements de l’affaire du parking illégal :

– nous constatons le mépris avec lequel les industriels de la « vie augmentée » (life.augmented est le slogan de STMicroelectronics) traitent les règles de la commune et le respect de l’environnement. Ne pas consulter le PLU, ne pas contacter la mairie pour un aménagement. Au Grésivaudan, les industriels de l’électronique se croyaient tout puissants.

– nous déplorons l’impunité dont ont joui les industriels pendant des années. Ni la Chambre d’agriculture, la DDT ou la Safer, informées du projet, n’ont interrogé sa conformité au plan d’urbanisme. La DREAL, qui contrôle le site sur l’aspect environnemental, n’a rien vu. Quant à la mairie, elle n’a pu jouer son rôle que mise en mouvement par une mobilisation militante. Le soutien institutionnel dont jouissent les industriels, relève d’une forme de collusion public-privé malsaine, d’autant plus grave qu’il s’agit d’un site classé Seveso (c’est à dire dangereux) comme ses voisins STMicroelectronics et Ectra.

– nous nous félicitons, avec ce démontage, du retour sur terre des entreprises de la microélectronique. L’impunité, le sacrifice de dizaines d’hectares de terres agricoles, la surconsommation d’eau, les aides publiques pharaoniques accordées à ces entreprises pour leur implantation et leur agrandissement n’ont que trop duré. L’abandon du projet d’extension de la ZAE des Fontaines sera la prochaine étape. No puçaran !

STopMicro, 26 janvier 2026

Prochain évènement STopMicro : conférence « Qui est aux manettes » sur le rôle des pouvoirs publics dans le développement de l’industrie de la microélectronique à Grenoble. Jeudi 5 Février à la salle municipale de l’Île Verte (37 rue Blanche Monier à Grenoble), 19h.

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur STopMicro : 1 / Life.augmented : 0

26.02 Soirée de soutien au Comité 15 juin – Résistances à la numérisation du monde

Jeudi 26 février nous organisons à la librairie Antigone (22 rue des Violettes – Grenoble) une soirée de soutien au Comité 15 juin sur les résistances à la numérisation du monde, dans le cadre des procès à venir des inculpé-es du 15 juin 2021.

Au programme :

  • 19h : Ouverture des portes et repas à prix libre
  • 20h : discussion avec le Comité 15 juin et STopMicro autour des résistances à la numérisation du monde
  • 21h : projection du documentaire If a tree falls (1h30 en VOSTFR) sur l’action de l’Earth Liberation Front et de sa répression aux États-Unis.

Que s’est-il passé le 15 juin 2021 ?

Le 15 juin 2021, la répression antiterroriste (SDAT, GIGN, PSIG) s’abattait en Limousin sur plusieurs personnes soupçonnées d’avoir provoqué des incendies pour dénoncer le déploiement du compteur Linky, puis de la 5G. Les chefs d’inculpation sont : destruction et dégradation de biens par explosif ou incendie commises en bande organisée (véhicules Enedis, antennes TDF et Orange), atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation (antenne militaire), association de malfaiteurs, et tracé d’inscription, signe ou dessin n’ayant entraîné qu’un dommage léger. Les peines encourues, en fonction des chefs d’inculpation, vont de 5 à 20 ans d’emprisonnement et de 75 000 à 225 000 € d’amende*.

Les procès auront lieu les 19 et 20 mars 2026. Dans ce cadre, le comité de soutien organise une série de présentations publiques pour appeler à venir soutenir les inculpé-es.

Pour rappel, la tribune dont nous sommes signataires : Pourquoi nous soutenons les inculpé-es du 15 juin 2021.

* Finalement, l’ordonnance de renvoi abandonne les termes « commises en bande organisée » et surtout l’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Cela implique que le procès est correctionnalisé et la peine maximum est de 10 ans.

Publié dans General | Commentaires fermés sur 26.02 Soirée de soutien au Comité 15 juin – Résistances à la numérisation du monde

Une extension = des extensions

Quand le béton de la microélectronique ruisselle sur le Grésivaudan

Une extension = des extensions : voici l’équation simple et toujours vérifiée dans le Grésivaudan. Dès que STMicroelectronics et Soitec, les deux mastodontes de la microélectronique implantés dans le Grésivaudan, s’étendent, ils entraînent systématiquement dans leur sillage d’autres extensions. Ce sont celles de leurs sous-traitants locaux, mais aussi d’infrastructures (réseau électrique, adduction d’eau, ouvrages routiers, etc.), ou encore des aménagements associés comme celui du torrent du Craponoz ou de la gare SNCF à proximité. Tout cela accompagné de son lot de modifications administratives : changements de PLU, classifications Seveso, etc. Une extension n’est jamais seulement une extension, elle s’inscrit dans un système qui se renforce et consolide son emprise matérielle à chaque fois que l’un de ses acteurs grossit. Elle résulte toujours de choix politiques, dont une partie est prise à échelle très locale, en particulier par les affreux bétonneurs de la communauté de communes Le Grésivaudan (CCLG).


Vue en perspective de divers projets d’extensions en lien avec les agrandissements de ST et Soitec.

Projet d’agrandissement de ST : un bref rappel

L’extension de ST, annoncée à l’été 2022, prévoit la création de 18 000 m² de salles blanches divisées en 6 nouveaux bâtiments de production, appelés gateways, d’une hauteur de 23 mètres (en rouge sur le schéma), en complément des trois bâtiments déjà existants1. À l’heure actuelle, les lignes de production qui devaient être construites n’ont pas été achevées : sur les six prévues (en rouge sur le plan ci-dessus), trois ont obtenu l’arrêté préfectoral qui rend possible leur mise en fonctionnement, l’une a ses fondations terminées mais pas sa salle blanche, et deux ne sont toujours pas sorties de terre2. Mais cette extension pharaonique ne s’arrête pas là, le projet prévoit également : une extension de la plateforme gaz, au nord de la plateforme existante ; le déménagement de la plateforme de gestion des déchets d’exploitation ; l’aménagement de deux nouvelles stations de traitement des effluents liquides (STEL, en orange sur le schéma ci-dessous), en complément de la STEL existante ; la création d’un parking silo (en violet) ; ainsi que la réalisation de trois nouveaux forages, d’une capacité de pompage de 150 m³/h chacun, destinés à approvisionner le site en eau en cas de défaillance ou maintenance d’un des dispositifs de recyclage des eaux.

Mais les aménagements pour l’extension de ST ne s’arrêtent pas là, car, lorsque le monstre de la microélectronique décide de doubler sa production, il faut également le nourrir toujours davantage : plus d’eau, plus d’électricité, plus de ressources… Les infrastructures existantes qui l’approvisionnaient deviennent pour certaines obsolètes et doivent être restructurées pour correspondre aux nouveaux besoins du monstre.

Ainsi, en 2023, en vue de l’extension de ST et de l’augmentation de sa demande en eau, les conduites qui acheminent l’eau potable, issue du réseau public, à l’usine ont été doublées sur 6 kilomètres aux frais de la CCLG (pour 14 millions d’euros), permettant de passer d’une capacité quotidienne d’approvisionnement de 21 500 m³ à 29 000 m³. La même année, un surpresseur plus puissant a également été ajouté pour augmenter le débit d’eau arrivant aux usines, l’ancien permettait un débit de 700 m³ par heure, le nouveau de 1 000 m³ par heure.

Le réseau électrique lui aussi a dû être reconfiguré, à cause des extensions de STMicroelectronics3 et Soitec (mais aussi suite au sabotage des lignes électriques qui passaient sous le pont de Brignoud) : les capacités du réseau ont été drastiquement augmentées, une nouvelle ligne électrique de 225 kV qui passe sous l’Isère et dans sa ripisylve a été enterrée par RTE pour desservir le site4, et un nouveau transformateur électrique plus puissant a été construit pour ST au nord de la STEL n°1.

En dehors de l’approvisionnement en ressources et des infrastructures afférentes, le développement des industriels pose d’autres problématiques pour le territoire : la question du logement et de la mobilité notamment5. Ainsi, l’extension de la gare de Brignoud6 avec la création d’un terminus ferroviaire et l’ajout d’une troisième voie pour le projet de RER urbain (SERM) est directement liée à la présence des industries microélectroniques et de leur flux quotidien de travailleurs. Ce projet de près de 26 millions d’euros, principalement financé par l’État (45%) et par la CCLG (33%) est prévu à horizon 2035. L’agrandissement de la gare de Brignoud a pour le moment déjà conduit à l’expropriation de plusieurs agriculteurs, dont l’un de ceux également menacé d’expropriation par le projet d’extension de la ZAE des Fontaines. Dans le Grésivaudan, les agriculteurs sont souvent les premiers impactés par les agrandissements successifs du monstre de la microélectronique. Depuis des décennies celui-ci grappille toujours davantage de leurs terres.

Un « écosystème » industriel interdépendant 

L’extension de la zone d’activité économique (ZAE) des Fontaines à Bernin, qui a été lancé à l’initiative de Soitec pour ses projets de nouvelles usines7 prévoit une large place aux entreprises sous-traitantes. Ainsi, il est écrit dans la version provisoire de la demande d’autorisation environnementale de la ZAE des Fontaines : « Des entreprises de services et d’équipements des usines de semi-conducteurs (Applied Materials, Plasma-Therm, 40-30, Fluid’Inox, etc.) sous-traitantes de Soitec et de STMicroelectronics (…) actuellement localisées sur la ZAE actuelle du Parc des Fontaines dans des conditions contraintes souhaitent avoir un espace adapté à leur souhait de développement. » Il faut néanmoins souligner que cette extension de la ZAE des Fontaines, soit plus de 10 hectares pris sur des terres agricoles, ne répond officiellement à aucune demande. En effet, Soitec a publiquement renoncé à toute procédure d’extension, au moins pour l’instant, tandis que les sous-traitants ne semblent pas se précipiter pour « réserver des lots ».

Qui dit extension et doublement de la production dit aussi nouvelles machines et infrastructures pour faire fonctionner les salles blanches, nouveaux raccordements, etc. Ainsi, c’est tout un « écosystème » industriel qui se renforce car une entreprise dépend nécessairement d’autres entreprises, d’autres services et d’autres produits pour fonctionner.

« Une grande entreprise de semi-conducteurs peut s’appuyer sur pas moins de 16 000 fournisseurs hautement spécialisés » indique le Parlement Européen ; si l’immense majorité de ces fournisseurs est dispatchée aux quatre coins du globe8, une partie d’entre eux se trouve à proximité des usines. Cela s’explique notamment car les contrats qui les lient à ST et Soitec peuvent impliquer une présence sur site, par exemple pour l’entretien et la maintenance de machines. Ainsi, un coup d’œil à une carte des environs de STMicroelectronics et Soitec nous apprend que dans un rayon d’un kilomètre autour des usines se trouvent plusieurs de leurs principaux fournisseurs et sous-traitants : c’est le cas par exemple d’Ectra (qui assure le stockage et la logistique pour ST et Soitec) à Crolles ; de Fluid’Inox (entreprise spécialisée dans la tuyauterie industrielle inox et plastique, dont les clients sont les industriels de semi-conducteurs) ; d’Applied Materials (équipementier étasunien majeur dans l’industrie des semi-conducteurs, notamment en machines de dépôt et gravure)9 ; d’ASML (entreprise néerlandaise de fabrication de machines de photolithographie pour l’industrie des semi-conducteurs) ; de Corial-Plasma Therm (équipementier en machines de gravure et dépôt pour l’industrie microélectronique) ; ou encore de 40-30 (entreprise de maintenance qui travaille pour ST et Soitec) à Bernin.

Un peu plus loin, dans la région grenobloise, on retrouve également d’autres fournisseurs de Soitec et ST : citons notamment l’équipementier Lam Research à Meylan, KLA à Montbonnot (un équipementier en métrologie qui travaille pour Soitec), Novelus qui fait de l’électrochimie pour les industries de la microélectronique, Vêpres à Claix qui conçoit les salles blanches de Soitec. Mais aussi des dizaines et dizaines d’autres comme Equans qui fait la ventilation des salles blanches de STMicroelectronics ou Ponticelli qui s’occupe de chaudronnerie industrielle.

Parmi ces entreprises de services et d’équipements pour les industriels de la microélectronique, certaines se sont agrandies ou prévoient de s’agrandir du fait des extensions de ST et Soitec. C’est notamment le cas d’Ectra, le principal sous-traitant de STMicroelectronics et Soitec qui assure le stockage et la logistique de tous les produits qu’utilisent les deux usines, notamment les produits chimiques. En 2023, pour accompagner l’extension de ST, l’entreprise a augmenté sa capacité de stockage, ce qui lui a valu de passer en classification Seveso Seuil Haut. Mais cela ne suffit pas à répondre aux demandes des industriels, l’entreprise est également en train d’agrandir ses bâtiments logistiques, dont plus de la moitié serviront à la mise en œuvre du projet d’agrandissement d’STMicroelectronics (3 837 m² pour STMicroelectronics, 2 171 m² pour ses autres clients)10. Le site d’Ectra est d’ailleurs situé juste en face de celui de ST et cet emplacement n’est pas dû au hasard : « [ST] c’est notre principal client (…) Leur site est situé juste en face de notre entrepôt nouvelle génération. Il était évident que nous devions géographiquement nous rapprocher d’eux, pour leur apporter des solutions performantes dans les meilleurs délais. » Nous avons publié un article entier à Ectra.

L’entreprise de tuyauterie Fluid’Inox a elle aussi entamé des démarches pour s’agrandir du fait de la croissance de son activité corrélée aux projets d’extension de ST et Soitec, ses principaux clients : plus de salles blanches, c’est plus de tuyaux pour qu’elles fonctionnent. Pour ce faire, en décembre 2024, La Communauté de Communes le Grésivaudan a vendu à l’entreprise 2 340m2 de surface boisée au sein de la zone technologique de Crolles11.

Aménager l’espace : le public au service du privé

On l’a vu avec l’extension de la ZAE des Fontaines : pas besoin d’un projet bien établi ou de demandes effectives pour bétonner à tout va. On bétonne, on goudronne et ça finira bien par trouver preneur… Telle est la stratégie foncière depuis plusieurs décennies dans le Grésivaudan : artificialiser à tout va afin de paver la voie et faciliter les futurs développements industriels. Récemment, Jean-François Clappaz, l’élu à l’économie de la communauté de communes du Grésivaudan venait clamer dans les pages du Daubé que « Le Grésivaudan n’est pas un territoire d’affreux bétonneurs ». Pourtant, force est de constater qu’elle l’est. En effet, la CCLG joue un grand rôle dans les divers projets d’extensions de l’industrie microélectronique locale. C’est notamment elle qui cède, loue ou acquiert des parcelles pour les besoins des industriels12. Elle ne cache d’ailleurs pas son projet de soutien indéfectible aux usines de semi-conducteurs : « afin de faciliter les projets économiques en cours, et en particulier le développement de la société STMicroelectronics, il convient de procéder à l’acquisition de foncier économique. »13 ; « La communauté de communes souhaite accompagner la croissance de l’entreprise [ST] »14.

Mais la soumission du public au privé ne s’arrête pas à la Communauté de Communes. Autre exemple : en juillet 2024 la mairie de Crolles a discrètement révisé son plan local d’urbanisme (PLU) pour permettre la construction de bâtiments industriels pouvant atteindre jusqu’à 50 mètres de hauteur (au lieu de 26m), soit l’équivalent d’une tour de 17 étages, sur la parcelle actuellement occupée par le parking P10 de ST. Le sujet est traité dans un article dédié. Nous avons matérialisé cette tour de 50 m que permet la révision.

Puisque c’est maintenant permis, ce serait vraiment dommage que ST s’en prive… Gageons que l’entreprise a déjà quelques projets d’empilements de salles blanches prêts à sortir de ses cartons quand l’occasion se présentera…

Enfin, les deux municipalités (Crolles et Bernin) agissent de concert pour l’aménagement des berges du Craponoz, le ruisseau qui passe entre ST et Soitec. Contrairement à ce que laisse présager la communication officielle, là encore, il s’agit de travaux directement liés aux industries de la microélectronique. En effet, 1,2 million d’euros du projet de l’extension de la ZAE des Fontaines est destiné à l’aménagement du Craponoz.

Ainsi, les « affreux bétonneurs » du Grésivaudan font plus qu’accompagner le développement industriel des usines de puces, ils les anticipent décennie après décennie. La bête a toujours faim, donnons-lui le béton dont elle se nourrira bien un jour. Et, par la même occasion, pavons le terrain pour ses rejetons. Voici donc la philosophie des élus du Grésivaudan dopés à l’illusion d’une croissance sans fin et à l’illusion que l’industrialisation se fait sans impacts, ou si peu au regard des bénéfices induits. Pertes de terres agricoles, accroissement des risques industriels et des pollutions (eau, air, sols), impacts sur le trafic routier et sur la vie des riverains, déferlement numérique et informatisation de nos vies, nuisances aux quatre coins du globe, etc. : rien de tout cela ne compte, ou si peu, au regard d’une souveraineté fantasmée. À ces choix politiques venus d’en haut, nous opposons une extension de la lutte depuis le bas.

Sur le même sujet que cet article, nous organisons mensuellement des visites guidées de la zone industrielle de Crolles et Bernin.

STopMicro,
8 janvier 2026

1Cela, afin d’augmenter l’activité de production de puces sur des plaquettes de 300 mm de diamètre pour passer de 10 000 plaquettes par semaine à 22 000 (soit une augmentation de 120 %).

3En 2023, la consommation électrique du site ST de Crolles était de 647 GWh ; après extension il est prévu qu’elle soit de 1100 GWh. (Source : Dossier de la concertation préalable du projet d’extension du site de Crolles de STMicroelectronics, p.50)

4Rapport et conclusion de l’enquête publique de l’agrandissement de STMicroelectronics, page 87.

5 « Le développement des industriels nous impose de résoudre les problèmes d’alimentation en eau, mais aussi de logement, d’alimentation et de mobilité. » François Bernigaud

6 Gare la plus proche de ST et Soitec.

7Lors du Conseil communautaire de la CCLG de décembre 2022. Voir https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/11/23/contre-lagrandissement-de-soitec-et-de-la-zae/

8Voir notre enquête « Ce que signifie ‘relocaliser’ », https://stopmicro38.noblogs.org/files/2024/11/se_que_signifie_relocaliser.pdf

10Source : 2ème avis de la MRAE sur l’extension de STMicroelectronics (31/07/2024) https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/20240731-ap-1729-icpe-extensionst-crolles-38_definitif.pdf

11 DEL 2024-0438 de la CCLG

12 En octobre 2022, elle a par exemple acquis 44 314 m² sur la ZAE des Iles du Rafour et 85 536 m² sur la ZAE du Pré Noir « afin de faciliter les projets économiques en cours, et en particulier le développement de la société STMicroelectronics, il convient de procéder à l’acquisition de foncier économique.

13DEL-2022-0327, conseil communautaire du 17 octobre 2022

14 DEL-2022-0020

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , , | Commentaires fermés sur Une extension = des extensions

Ectra : la machine à transformer les produits toxiques en or

Nos lecteurs et lectrices se souviennent que lors de notre rassemblement contre la collusion public-privé du 29 septembre dernier, nous avions été violemment pris à parti par un conseiller communautaire, M. Serge Pommelet. Surpris par la véhémence de son intervention (qui avait nécessité l’intervention des forces de l’ordre), nous avons mené l’enquête. D’où vient l’argent qui lui permet de fumer à la chaîne des cigares cubains ?

Il apparaît que M. Pommelet dirige une entreprise très liée aux industriels des semi-conducteurs (STMicroelectronics et Soitec en tête). Le secteur de l’électronique étant fleurissant, M. Pommelet s’est versé cette année, salaires non compris, 893 000 euros de dividendes. Plongeons dans l’univers de la logistique de la high-tech, cette alchimie moderne qui transforme la manipulation de matières dangereuses en espèces sonnantes et trébuchantes.

(M. Pommelet lors de sa participation à notre rassemblement contre les collusions public-privé devant la CCLG, en septembre 2025)

Que fait Ectra ?

Les riverains de l’usine STMicroelectronics de Crolles ont l’habitude de voir ces petits camions blancs ornés du logo « Ectra ». L’entreprise Ectra, dirigée par M. Pommelet, est en effet un sous-traitant privilégié de ST. Spécialisée dans la logistique et les services associés auprès des entreprises industrielles, c’est un « super sous-traitant » qui fournit aux usines les produits – en particulier les produits dangereux, toxiques et inflammables – dont elles ont besoin. L’entreprise exploite plusieurs entrepôts et sites de stockage principalement en région Rhône Alpes et gère une flotte de petits camions.


Tout commence en 1981. L’entreprise Emballage Conditionnement Transit Rhône Alpes, alors située sur le site Bouchayer-Viallet de Grenoble s’occupe d’emballage. Ses activités évoluent, et à partir de 1993, elle se tourne vers la prestation logistique. Dès 1997, le secteur du semi-conducteur est déjà l’un des secteurs phares d’Ectra et ST est l’un de ses gros clients. La même année, elle créé un département « marchandises dangereuses » et Serge Pommelet rejoignent l’entreprise1. C’est en 2007 que M. Pommelet prend la présidence d’Ectra. Son objectif ? « Développer les activités logistiques et d’implanter le siège Ectra à Crolles pour pérenniser le partenariat avec STMicroelectronics et asseoir son image dans le secteur du semi-conducteur. »2

Logistique + électronique : il y a comme un hic

A l’heure actuelle, les liens avec ST sont nombreux, et les deux entreprises sont des partenaires privilégiés l’une pour l’autre, même si évidemment elles n’ont pas la même ampleur. Rappelons que ST est un groupe international employant 45 000 personnes à travers le monde, dont 5 000 sur le site de Crolles, alors qu’Ectra emploie 80 personnes dont 60 à Crolles3. Pour ST, Ectra est donc un sous-traitant bien pratique, mais microscopique. Pour Ectra, par contre, ST est la poule aux œufs d’or. Ainsi, le site de site de Crolles, construit en 2019 en face de STMicroelectronics, est un projet à destination spécifique de la microélectronique4. Plus de la moitié de la surface y est consacrée à ST5.

« C’est notre principal client, avec qui nous réalisons 25% de notre chiffre d’affaires, explique Serge Pommelet, dirigeant d’Ectra. Leur site est situé juste en face de notre entrepôt nouvelle génération. Il était évident que nous devions géographiquement nous rapprocher d’eux, pour leur apporter des solutions performantes dans les meilleurs délais. Ainsi, tous les produits qui entrent dans la fabrication de leurs composants micro-électroniques seront stockés dans des conditions optimales de sécurité et de fiabilité ».6

L’intrication des activités des deux entreprises est telle que lors de la deuxième enquête publique sur l’extension de ST, en 2024, les commissaires enquêteurs avaient considéré que l’agrandissement à venir d’Ectra font partie intégrante de l’extension de ST7.

« Les principaux clients de ce site d’ECTRA sont le CEA, Soitec et STMicroelectronics8. » Soitec est une entreprise qui conçoit et fabrique des substrats pour l’électronique, et le laboratoire d’électronique et de technologie de l’information du CEA (CEA-LETI) est un centre public de recherche et développement en électronique sur la Presqu’Ile de Grenoble. Rappelons que tant ST que Soitec sont des entreprises privées issues des brevets développés par le CEA-Leti, qui est l’institution mère de toute la microélectronique grenobloise.

Aujourd’hui,

« Ectra travaille à moitié pour la microélectronique, notamment pour ST et Soitec. L’autre moitié se répartit entre l’industrie “classiqueˮ, la pétrochimie et la distribution »9.

Outre ST, Soitec et le CEA, on trouve parmi les clients d’Ectra les autres acteurs locaux de l’électronique10. Mentionnons :

  • MEMSCAP, un fournisseur de composants électroniques travaillant notamment pour le marché de la défense, situé à côté de Soitec à Bernin, donc à quelques centaines de mètres de l’entrepôt11,
  • Tronics Microsystems, un fabricant de matériel électronique travaillant partiellement pour l’industrie de la défense12, situé à à Crolles, près de ST, donc également à très faible distance de l’entrepôt,
  • Trixell – Thalès, un fabricant de matériel électronique situé à Moirans lié à l’industrie de la défense,
  • Teledyne E2V, un fournisseur de semi-conducteurs travaillant notamment pour le marché de la défense basé à Saint-Egrève,13.

On notera que toutes ces entreprises dirigent une partie de leurs activités vers l’industrie de l’armement. On peut aussi rappeler que Teledyne E2V (anciennement Atmel) avait connu son heure de célébrité l’an dernier lorsque une centaine de militants avaient repeint sa façade en rouge pour dénoncer son rôle dans la guerre menée par Israël contre les Gazaouis.

La mission de Serge Pommelet – pérenniser le partenariat avec STMicroelectronics et asseoir son image dans le secteur du semi-conducteur semble donc menée à bien ! .

Dangers publics

Concrètement, l’activité d’Ectra, c’est de la gestion de stocks et l’approvisionnement des clients en produits chimiques. Nous avons documenté ailleurs la multiplicité des minerais, fluides, acides etc nécessaires à la fabrication de composants électronique14. En effet, ce qu’on appelle parfois « dématérialisation » est en fait un processus très matériel.

Ectra stocke ainsi une grande variété de marchandises liquides, solides et gazeuses, dans des flacons de quelques centilitres jusqu’à des containers de 1000 litres15 ou des palettes. Au total : 33 330 emplacements, 40 000 objets en stock, 30 000 références actives en stock16. Un tiers de la surface est dédiée à la zone « chimie », particulièrement sensible et sécurisée17. Le site fonctionne 24h/24h, avec 500 à 1000 opérations quotidiennes. La nuit une équipe de 2 à 3 personnes reste présente18.

De quels produits s’agit-il exactement ? Il est quasiment impossible de le savoir. En effet, la préfecture ne publie à ce sujet que des documents où les informations sensibles ont été supprimées. En voici un exemple19 :

Malgré le caviardage de la préfecture, on peut grappiller quelques informations sur les substances stockées par l’entreprise dans des rapports administratifs. Parmi les produits « non dangereux » (préparations soumises à étiquetage au titre de la réglementation CLP mais pas par l’ICPE) on trouve essentiellement des préparations acido basiques : des acides sulfurique, chlorhydrique, phosphorique, nitrique…, des solutions de soude ou potasse, des solutions ammoniacales, des solutions peroxyde d’hydrogène…20

Pour le reste, à défaut se savoir précisément quels types de produits l’entreprise stocke, on peut apprendre les propriétés de ces produits. Globalement, « les produits spécifiques entreposés sont des substances comburantes, des liquides inflammables ainsi que des substances toxiques pour l’une des voies d’exposition. »21 Il s’agit notamment de « préparations aqueuses acido basiques dont certaines présentent des caractéristiques toxiques, des préparations organiques et des solvants ».22 On sait en outre qu’Ectra pratique

« le stockage de produits chimiques ayant des caractéristiques de toxicité aigüe de catégorie 1, 2 et 3 (rubriques 4110-2, 4120-2, 4130-2, 4140-2) et dangereux pour l’environnement aquatique de catégorie aigüe ou chronique 1 (rubrique 4510-1). »23

De façon plus large, les produits qui justifient un classement ICPE du site peuvent avoir les propriétés suivantes : explosifs (13XX), inflammables (14XX, 43XX), combustibles (15XX), corrosifs (16XX), radioactifs (17XX), toxiques (41xx), explosifs (42xx), autoréactifs (44xx), dangereux pour l’environnement (45xx)24 Impossible cependant d’affirmer avec certitude quels produits l’entreprise manie du fait du secret industriel qui entoure les activités de l’entreprise.

La préfecture caviarde les documents communiqués au public pour la raison que les matières utilisées par les industriels de l’électronique et stockés par Ectra sont dangereux. Le site de Crolles est ainsi classée Seveso seuil haut et ICPE, pour « installation classée pour la protection de l’environnement. ».

Concernant l’ICPE, ce terme désigne les bâtiments qui peuvent avoir des impacts (pollution de l’eau, de l’air, des sols, etc.) et présenter des dangers (incendie, explosion, etc.) pour l’environnement, la santé et la sécurité publique. Les installations classées ICPE sont classées selon le niveau de danger qu’elles présentent. Des moins dangereuses aux plus dangereuses : déclaration, enregistrement, autorisation25. Dans notre cas, depuis 2023, le site d’Ectra relève du domaine de l’autorisation26, autrement dit le plus dangereux.

Concernant la classification « Seveso seuil haut », c’est la quantité de substances toxiques pouvant être stockées27 (rubrique 4410, ceux figurant sur le tableau censuré de la préfecture) qui impose à l’entrepôt des obligations en terme de sécurité, de contraintes spécifiques en terme de prévention, de mise en place de plans d’urgence, de limitation de l’urbanisation alentours, d’information des riverains. De ce fait, il est interdit à M. Pommelet de fumer des cigares cubains dans l’entrepôt. Comme le rappelait la mairie de Bernin dans un document de prévention à destination des riverains : « Evitez toute étincelle ! »28

Précisons que l’entrepôt d’Ectra est dans le voisinage immédiat de deux autres sites Seveso (l’un seuil haut, l’autre seuil bas) : STMicroelectronics et Soitec, deux des principaux clients d’Ectra29.

Par ici la moula

En société capitaliste, le but de l’entreprise n’est pas exactement de transporter, stocker et mettre à disposition de ses clients des substances dangereuses. C’est surtout de transformer le fruit de ce travail en argent bien concret. Comme les alchimistes du Moyen-Âge transformaient le plomb en or, Ectra, transforme les produits toxiques en or ! Venons-en donc maintenant à l’organisation économique d’Ectra. Comme on va le voir, ce n’est pas la partie la moins importante de l’affaire.

En 2015, Ectra a rejoint le groupe Rezolog/Huro, dirigé par Serge Pommelet et Jean-Baptiste Nicola, qui regroupe des entreprises basés en Isère, Savoie et Haute-Savoie.

De façon générale, un groupe est composé :

  • D’une maison-mère (holding) qui prend des participations dans une ou plusieurs filiales. La holding est une personne morale et n’a pas vocation à faire de chiffre d’affaires commercial : elle a vocation à percevoir des dividendes versés sur les résultats de la filiale.
  • D’une ou plusieurs filiales qui sont aussi des personnes morales et ont une activité commerciale. Les filiales majoritaires sont détenues à plus de 50 % par la maison-mère. Quand la filiale fait du bénéfice, la holding peut décider de verser des dividendes qui remontent à la maison-mère en produits financiers.
  • De participations dans d’autres entreprises dont elle détient une part minoritaire du capital (10 à 50%).

Dans le cas du groupe Huro, on trouve quatre filiales détenues à plus de 50 %30. Outre Ectra, détenue à 100 %, on trouve Bonzi Emballages (emballages, Haute-Savoie), Interlogistic (logistique et stockage, Haute-Savoie), Logidyne (transport, Haute-Savoie). Le groupe compte également cinq entreprises en participation (de 10 à 50 % du capital) : Multi-services Grésivaudan (nettoyage de locaux, Crolles), Elodica (société de conseil, Lyon31), Espace logistique des Roches (location de biens immobiliers, Crolles, propriétaire du bâtiment d’Ectra32), Evos Infogérance (prestations informatiques, Montbonnot), Axeriel (bureau d’études pour équipements électrotechniques, Gières).

Toutes ces entreprises sont chapeautées par Huro SAS, un fond de placement domicilié à l’adresse d’Ectra, lui même détenu à 70 % par la maison-mère : Vitalog Finances, domiciliée elle à l’adresse de M. Pommelet.

Concrètement, la majeure partie des bénéfices de ces entreprises remontent vers Vitalog. Pour cette dernière, les activités sont prospères : en 2025 Vitalog a reversé 893 000 € de dividendes aux actionnaires. Or, il se trouve que Vitalog a pour particularité d’être détenue par un actionnaire unique : Serge Pommelet . Ce dernier s’est donc versé le 30 septembre dernier ces copieux dividendes (qui s’ajoutent aux éventuels salaires perçus au titre de ses activités de dirigeant d’entreprises) et aux 80 000€ de dividendes versés en 2024, ainsi qu’aux 80 000€ de 202333.

Comme on le voit, le développement des capacités de production de STMicroelectronics profite directement à Ectra, donc à Serge Pommelet.

Un conseiller au dessus de tout soupçon

L’année suivant l’inauguration du site de Crolles d’Ectra, Serge Pommelet était élu conseiller municipal à Crolles, sur la liste conduite par Philippe Lorimier. Il est depuis conseiller municipal délégué aux finances, à l’économie et à l’emploi depuis 2020. Cela l’a amené à être élu la même année au poste de Conseiller Délégué aux Finances, à l’économie et à l’emploi à la Communauté de communes Le Grésivaudan.

Cette double casquette d’entrepreneur et de conseiller communautaire lui permet une connaissance fine des dossiers, même si cela produit parfois une confusion des genres. Ainsi, le 2 avril 2024, dans la cadre de la concertation sur l’agrandissement de ST, une réunion publique se tenait à Crolles. L’introduction de cette réunion publique était assurée par le conseiller municipal Serge Pommelet34. À aucun moment de la réunion, les participants à cet exercice de démocratie n’ont été informés des activités professionnelles de M. Pommelet qui, comme on l’a vu, tire une partie substantielle de ses revenus de l’agrandissement concerné. Dans un tel cas, la transparence et la neutralité qui font partie des valeurs de la CNDP en prennent un sacré coup.

Autre agrandissement, même mélange des genres : le projet d’extension de la Zone d’activité économique des Fontaines à Bernin, porté par la Communauté de communes Le Grésivaudan. Ce projet, dédié intégralement aux industries de la micro et nano électronique profitera nécessairement aux activités professionnelles du dirigeant d’Ectra, également élu à la CCLG.

Au travers du cas de M. Pommelet, c’est un système qui apparaît. Dans celui-ci, les intérêts privés et l’intérêt général sont sans cesse confondus : ST comme Soitec sont des entreprises privées issues des recherches publiques du Commissariat à l’Energie Atomique ; les deux actionnaires principaux de ST sont les Etats français et italien ; le projet d’agrandissement de Soitec est porté par la Communauté de Communes Le Grésivaudan (et non par l’industriel lui-même) ; les mairies modifient complaisamment leurs PLU pour satisfaire (ou anticiper) les besoins des industriels ; etc. Intérêts privés, intérêt public : tout se mélange, tout se confond. M. Pommelet ne forme qu’un cas extrême de cette confusion public-privé.

(M. Pommelet lors de sa participation à notre rassemblement contre les collusions public-privé devant la CCLG, en septembre 2025)

Prenons un peu de recul historique sur cette confusion. Il y a déjà trois cents ans, le philosophe Bernard de Mandeville, écrivait sa Fable des abeilles35, dans laquelle on trouvait la démonstration que « les vices privés font la vertu publique », une thèse reprise plus tard par Adam Smith.

« Soyez aussi avides, égoïstes, dépensiers pour votre propre plaisir que vous pourrez l’être, car ainsi vous ferez le mieux que vous puissiez faire pour la prospérité de votre nation et le bonheur de vos concitoyens. »36

« Pour Bernard Mandeville, le vice, qui conduit à la recherche de richesses et de puissance, produit involontairement de la vertu parce qu’en libérant les appétits, il apporte une opulence supposée ruisseler du haut en bas de la société. Aussi, Mandeville soutient que la guerre, le vol, la prostitution, l’alcool et les drogues, la cupidité, etc. contribuent finalement ‘’à l’avantage de la société civile’’ »37.

On ne sait si la consumation de cigares cubains fait partie de la liste des activités qui contribuent finalement à l’avantage de la société civiles. Néanmoins, si l’on suit cette théorie libérale, on peut tout de même comprendre pourquoi le Grésivaudan est un territoire prospère et à quel point ses habitants sont heureux. En effet, avec des ingrédients tels que la manipulation de produits chimiques dangereux, l’approvisionnement de la filière électronique et de ses débouchés militaires et la circulation des bénéfices de l’entreprise vers « l’actionnaire unique », sans compter l’intrication générale public-privé et les passe-droits institutionnalisés, le Grésivaudan réunit tous les atouts pour une vertu publique très importante.

Collectif STopMicro,
5 janvier 2026

Notes :

2Les informations sur l’histoire d’Ectra proviennent de https://www.rezolog.com/il-etait-une-fois-ectra/ et de https://www.ectra.fr/entreprise-ectra-logistique

8DREAL Isère, Rapport de l’Inspection des installations classées, visite d’inspection du 15/12/2023, http://georisques.gouv.fr

14Lire STopMicro (dir), Anatomie d’une puce, à paraître en 2026 aux éditions Le monde à l’envers.

18DREAL Isère, Rapport de l’Inspection des installations classées, visite d’inspection du 15/12/2023, http://georisques.gouv.fr

21DREAL Isère, Rapport de l’Inspection des installations classées, visite d’inspection du 15/12/2023, http://georisques.gouv.fr

27DREAL Isère, Rapport de l’Inspection des installations classées, visite d’inspection du 15/12/2023, http://georisques.gouv.fr

28La feuille de Bernin, journal municipal, n°31, décembre 2019, https://www.bernin.fr/uploads/Document/52/WEB_CHEMIN_5338_1577710925.pdf

36Dany-Robert Dufour, « Les prospérités du vice », Le monde diplomatique, décembre 2017. Lire aussi Lire Dany-Robert Dufour, Baise ton prochain. Une histoire souterraine du capitalisme, Actes Sud, 2019.

37Idem

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , | Commentaires fermés sur Ectra : la machine à transformer les produits toxiques en or

Présentation-discussion le 5 février

« Qui est aux manettes ? »

Présentation-discussion avec le collectif STopMicro sur le rôle des pouvoirs
publics dans le développement de l’industrie de la microélectronique à Grenoble.

Jeudi 5 Février à la salle municipale de l’Île Verte (37 rue Blanche Monier Grenoble).
Repas à 19h puis présentation à 19h30.

 

 

Qui prend les décisions sur la gestion de nos biens communs ? Comment sont autorisées l’accaparement de l’eau et l’urbanisation des terres ? Où sont pris les choix politiques qui favorisent les industries ? De qui nos institutions servent-elles les intérêts ? Où vont nos sous ?

Depuis les trois ans que nous nous opposons aux agrandissements des usines STMicroelectronics et Soitec, nous nous sommes confronté à leur puissance et nous avons essayé différents leviers pour la déstabiliser. Nous avons compris que leurs agrandissements se réalisaient grâce au concours de nombreux organes publics : l’État, les agences de l’eau et de l’aménagement, les laboratoires …

Cette soirée sera l’occasion de décortiquer ce système liant public et privé, et la façon dont se joue le pouvoir dans les institutions. Et de discuter de ce qu’il est possible de faire pour taper sur les doigts de ces petites et grandes mains du capital, et instaurer un rapport de force.

Voir le tract en pdf

Voir l’affiche en pdf

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Présentation-discussion le 5 février

Ton épicerie augmentée : allez-y sans nous dans votre dystopie de merde !

Nouveauté chez ST, une épicerie sauce life.augmented ! Caméras, collecte de données, disparition de l’humain au profit de la machine : entrez dans le futur avec votre industriel préféré !

Première en Europe : une épicerie intelligente et autonome testée à Crolles - ESSOR Isère

Depuis le 10 novembre 2025, un conteneur tout automatisé est installé sur le site de STMicro à Crolles. En collaboration avec Elior (restauration collective), l’entreprise propose une épicerie en complément de son offre de restauration. Celle-ci est autonome, fonctionne 24h/24, 7j/7 et fonctionne sans humains. Elle est bourrée de capteurs dont certains sont équipés en puces ST. Véritable fierté de l’entreprise, première Européenne – les superlatifs manquent pour les fanatiques de la life.augmented – , cette épicerie est un essai en vue d’un possible déploiement sur d’autres sites.

Dans cette « épicerie du futur », déclarée « intelligente » par la presse, le client se badge à l’entrée, puis prend ce qui lui plaît dans les frigos et sort sans même avoir à dire « au revoir ». Tout au long de ses emplettes, des caméras l’ont filmé et le système, boosté à l’intelligence artificielle, a généré un ticket de caisse virtuel. Le client verra sur sa feuille de paie le débit de ses achats, ou sur son application Elior s’il n’est pas un employé de ST.

Passé l’effet d’annonce – de sidération pour nous – une petite critique s’impose. En effet, ce nouveau gadget peut être vu comme une synthèse de la vision que porte un groupe comme STMicroelectronics, une image du monde auquel il nous prépare. Derrière une apparente liberté, celle de pouvoir aller faire ses courses à n’importe quelle heure et en toute autonomie, se cachent pêle-mêle :

  • la destruction de l’emploi : la concurrence est rude lorsqu’un commerce est mis en compétition avec une structure qui se passe de l’humain et donc qui n’est pas contrainte par le droit du travail, qui peut rester ouverte à la moindre heure de la nuit, qui n’a pas à verser de salaires, qui n’est jamais menacée par le risque que ses salarié.es fassent grève, etc.
  • la perte du lien social : ni un.e caissier.e, ni un.e vigile pour parasiter vos emplettes en vous adressant la parole ! Quel bonheur de pouvoir faire ses courses enfin seul.e, de n’avoir à saluer personne…
  • la disparition de la monnaie : déjà que certain-es commençaient à s’habituer au paiement avec leur smartphone, maintenant il n’y aurait même plus à sortir quoi que ce soit de sa poche : ce sera toujours plus de profits pour les banques, toujours plus d’informations que l’on collectera sur vous et votre mode de vie, toujours plus excluant pour les exclus qui ne possèdent pas de compte bancaire (sans-papiers, SDF, etc.)
  • un risque évident de flicage permis par la collecte des données : imaginez un peu, la RH à un salarié : « tu m’étonnes que tu sois fatigué, avec ce que tu manges… ». Ou pire, le prix de votre mutuelle qui augmenterait car celle-ci aurait la preuve que vous ne suivez pas le régime alimentaire adapté à votre taux de cholestérol…
  • l’incitation permanente à la consommation : plus de contraintes aucunes, vous pouvez consommer à toute heure de la nuit, même les jours fériés. Et puisque c’est là, disponible, facile, qu’il y a un choix tellement vaste, les personnes qui continueront à amener leur gamelle pour la nuit seront vite regardées bizarrement : à quoi bon cuisiner son tupperware quand on peut acheter un plat surgelé ? Ainsi, lentement et insidieusement, tout le monde s’habituera à aller faire ses petites courses dans cette grande poubelle de l’agro-industrie.

Semaine de l'industrie. En images : comment sont fabriquées les puces de STMicroelectronics à Crolles

« Life.augmented », ces mots qui accompagnent le logo de ST, sont écrit en gros dès l’entrée de l’entreprise. Traduction : la vie augmentée – grâce aux capteurs, caméras, bases de données, algorithmes, intelligence artificielle, etc. En fait, ce slogan constitue le projet politique que porte ST : ses technologies doivent venir transformer, modeler la société, au point de devenir incontournables et de générer toujours plus de profits. Car la « vie augmentée », c’est d’abord la marchandisation de toujours plus de pans de nos existences, la collecte et l’utilisation de données sur les moindres de nos faits et gestes afin de capitaliser sur ceux-ci, l’ouverture de quantité de nouveaux marchés et secteurs d’activité devenus 4.0 : agriculture connectée, maison intelligente, ville algorithmique, voiture autonome, etc.

Est-ce vraiment ce que l’on souhaite ? Être filmé.e pendant qu’on fait nos courses, avoir un historique d’achat chez notre patron.ne (ou n’importe qui), ne plus avoir de lien social avec un.e marchand.e, n’être qu’un flux de données sur pattes qui alimente la bête… Ces choix ne nous sont jamais proposés, ils nous sont imposés. Toute la société se transforme sur cette vision proprement dystopique et nous n’aurions pas notre mot à dire ?

Au contraire, nous pensons qu’il est encore possible, et plus que jamais nécessaire, de s’opposer – localement d’abord – à ces monstres et au déferlement technologique. Le progrès, ce n’est pas cela. Les extensions sans fin de ces entreprises et des labos qui les servent (CEA, CNRS) ne sont pas une fatalité.

A Grenoble – la silicon valley à la française – il existe des oppositions à la numérisation du monde : STopMicro est dans ce sillon depuis trois ans et lutte frontalement contre les extensions des usines ST et SOITEC.

Un monde nouveau est à définir, par nous tous.tes et pour tout ce qui compose le vivant sur terre. Et donc, de fait, loin du projet politique de ST !

Rejoignez la lutte ! Bifurquez ! Résistez ! Agissez ! Stop à l’immobilisme ! Ne nous laissons pas déposséder de nos moyens !

NO PUÇARAN !

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Ton épicerie augmentée : allez-y sans nous dans votre dystopie de merde !

Concours photo contre les infractions de Soitec

Cette page relaye des photos relatives au parking illégal de Soitec, révélé par le collectif STopMicro en septembre 2025.
Reportez-vous à nos autres articles pour le fond de l’affaire et son suivi :
Soitec s’agrandit illégalement avec la complicité des pouvoirs publics (29/09/2025)
Soitec doit démonter immédiatement son parking illégal! (16/11/2025)
STopMicro : 1 / Life.augmented : 0 (26/01/2026)

ÉVOLUTION DE LA PARCELLE 102 – PHOTOGRAPHIES

 

25 janvier 2026

8 janvier 2026

22 décembre 2025

29 novembre 2025

octobre 2025

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Concours photo contre les infractions de Soitec

Retour sur la fête de la noix

Le 13 décembre 2025 à midi, à l’initiative de STopMicro, 40 personnes se sont réunies à Bernin, sur l’un des terrains menacés par l’agrandissement de la ZAE des Fontaines et les projets de développement de l’industrie électronique. Nous avons été rejoint-es par les Gilets jaunes de Crolles et les participant-es à la visite guidée du site qui avait lieu à 10h (et que nous organisons tous les mois).

Lors de cette « Fête de la noix contre les projets à la noix des industries du numérique », nous avons partagé dans une ambiance conviviale de la croziflette et du vin chaud, pendant qu’étaient mis à disposition des sacs de noix et des plans d’arbres.

Cette journée marque une fois de plus notre détermination à empêcher l’extension de la ZAE des Fontaine. L’après-midi s’est clôturé par la plantation d’un noyer sur le site. Longue vie à lui!


De l’eau, des noix, pas des puces!

PS : merci à toutes les personnes qui ont participé

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Retour sur la fête de la noix

Évitez toute étincelle !

Tract en PDF

« Évitez toute étincelle !»

Risque de catastrophe industrielle : les habitant.e.s du Grésivaudan doivent vivre dans l’insécurité permanente. Pourquoi ?


 

STMicroelectronics

20 000 tonnes de produits chimiques utilisés / ani

Depuis 10 ans classée Seveso* seuil haut.

L’entreprise Soitec

Seveso* seuil bas.


ECTRA
Seveso* seuil haut.

stocke les produits chimiques qu’utilisent ST et Soitec.


*Seveso seuil haut
Entreprises exposant leur environnement à des risques élevés de catastrophe industrielle par l’utilisation de produits chimiques inflammables et toxiques.


De quels risques parle-t-on ?

ST et Soitec : risques d’incendie, d’explosion ou de pollution du sol, de l’eau et de l’air.

Soitec : le principal risque est celui d’incendie. « Cette catastrophe disséminerait des produits toxiques dans l’environnement et empoisonnerait directement les gens autour (létalité, perte d’audition, de vision, d’odorat) et persisterait dans la nature. »ii

Des produits très nocifs sont stockés
(arsine, phosphine, ammoniac…)iii

En 2001, à Toulouse, l’explosion de l’usine AZF, elle aussi Seveso, fait 31 morts, 2500 blessés, 26000 logements endommagés dans un rayon de 3 km.


Plusieurs accidents ont déjà eu lieu ces dernières années :

ST : mai 2019 le camion d’un intervenant a pris feu à proximité de cuves chimiquesiv

SOITEC : juillet 2023, début d’incendie qui a dégagé un inquiétant nuage de fuméev

La CGT ST informe que les budgets des organismes responsables de la sécurité du site sont réduits, et dénonce le recours aux emplois précaires qui multiplient les accidents.

Le risque zéro n’existe pas !
Ce risque nous est imposé au nom d’une production dont on ne discute jamais l’utilité sociale : la production de puces pour des objets connectés, l’IA et les smartphones justifie-elle de vivre sous la menace permanente de la catastrophe industrielle ?


La norme Seveso : oblige la préfecture à mettre en place un Plan Particulier d’Intervention* (PPI) (*dispositif pour protéger les populations, les biens et l’environnement, pour faire face aux risques liés à l’existence d’une ou de plusieurs installations industrielles) : malgré les sollicitations, les 5 derniers préfets de l’Isère ont refusé de le préparer ! Un PPI vient finalement d’être présenté en septembre 2025. Après 10 ans d’illégalité ! Malheureusement ce plan trop léger n’est pas conforme à loi.

Un PPI trop léger et pas conforme à la loi.

Selon l’ADESvi :

1/ Il ne considère pas les « effets domino » des dangers entre les 3 installations classées Seveso à proximité ST, Ectra et Soitec : ce scénario est préoccupant : les locaux d’ECTRA sont littéralement au milieu du site de ST. Les locaux de Soitec à peine plus loin, situés à quelques centaines de mètres de là. Un accident chez ST, une explosion par exemple, entraînerait très certainement des catastrophes de même ampleur chez Soitec et Ectra.

2/ Ce plan ne prend pas en compte les activités de la population avoisinante (écoles, crèches…) comme la loi le demande.

3/ Le périmètre à risque d’accident grave est sous-estimé. Un arrêté préfectoral annonce faussement un périmètre à risque de 1140m alors qu’il est évalué à 1326m dans le PPI.


« Évitez toute étincelle !»

Mesures de sécurité communiquées par la municipalité de Bernin à la population en cas d’accidentvii : « Mettez-vous à l’abri dans le bâtiment le plus proche. Fermez toutes les ouvertures, bouchez les entrées d’air. Ne fumez pas. Évitez toute étincelle. Écoutez les instructions données par les secours ou la mairie. »
En résumé, ne bougez plus et faites nous confiance : tout est prévu. Sauf que rien n’est prévu.

Que font les élus ? Ils continuent !

L’extension de la ZAE des Fontaines a été votée (Séance du 16/12/2022 à la CCLG → 60 voix pour, 4 abstention, 0 contre). 11 hectares au service de cette même industrie qui nous menace.
Les élus locaux soutiennent le développement de ces entreprises, quitte à exposer leur population à des risques industriels, à des pollutions éternelles (comme les PFAS) et à l’accaparement des ressources (83 % de l’eau potable qui va dans le Grésivaudan va pour ST et Soitecviii).


iDéclaration environnementale 2023, ST site de Crolles

iiRapport de l’enquête publique de 2024

iiiDéclaration environnementale 2023, ST site de Crolles

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , | Commentaires fermés sur Évitez toute étincelle !

Fête de la noix, vin chaud et croziflette (sam. 13/12)

Fête de la noix contre les projets à la noix de la microélectronique.

Oyez, oyez, vous voici convié-es !
Le samedi 13 décembre, sur des terres à défendre.
À partir de midi, et tout l’après-midi.
Ce sera à Bernin, en face de Soitec se trouve le terrain.
Au programme : croziflette et vin chaud, goguette et brasero.
Mais aussi, vente d’arbres fruitiers, de noix et animations de choix.
Sans oublier, un brin d’information sur le projet d’extension.
Venez discuter, échanger, se rencontrer… et festoyer !

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Fête de la noix, vin chaud et croziflette (sam. 13/12)

Soitec doit démonter immédiatement son parking illégal !

 

 

Soitec doit démonter immédiatement son parking illégal !
contre la collusion public-privé, obligeons la mairie à défendre les zones humides

Fin septembre 2025, nous révélions que l’entreprise Soitec a illégalement artificialisé 5000m² de terres agricoles en zone humide pour y construire un parking. Des riverains qui avaient signalé par courrier cette infraction à la mairie ont obtenu une réponse de celle-ci qui confirme nos révélations. Mais cette réponse montre aussi à quel point l’institution publique cherche à couvrir l’industriel et à le dédouaner de ses responsabilités.

[article en PDF]

Jetons un œil au courrier de réponse de la mairie et concentrons-nous particulièrement sur les parties soulignées :

Monsieur ,

Je reviens vers vous suite à votre signalement concernant l’aménagement d’un parking par l’entreprise SOITEC sur la commune de Bernin, cela sans autorisation de la commune.

Je tiens à vous préciser que c’est suite à votre courriel que la municipalité a découvert l’existence des interrogations autour de cet aménagement. Aucune démarche préalable n’avait donc permis à la commune d’être informée ou de se prononcer auparavant.

Aussi, dès que la commune en a eu connaissance, nous avons pris attache directement auprès de SOITEC. L’entreprise nous a alors indiqué qu’il s’agissait d’un aménagement réalisé de manière temporaire, mis en place dans le cadre d’un conventionnement avec le propriétaire du terrain, élaboré en lien avec la Chambre d’agriculture de l’Isère et la SAFER. Dans ce cadre, nous avons été informés que l’aménagement temporaire réalisé avait consisté à apposer du concassé sur une toile de protection permettant d’étanchéifier ce parking provisoire par rapport à la terre agricole située dessous, et qu’en amont la société SOITEC avait requis l’intervention d’un pédologue afin d’analyser la qualité et le fonctionnement des sols à ce niveau.

Nous avons également appris à cette occasion que la Direction départementale des territoires (DDT) avait été informée de cette opération directement par l’entreprise SOITEC. Nous restons dans l’attente d’un retour de leur part quant aux déclarations / autorisations que l’entreprise SOITEC aurait le cas échéant obtenue / du obtenir.

Au vu de ces informations recueillies, il ne semble pas que la société SOITEC ait cherché à s’exonérer d’une quelconque relation avec les pouvoirs publics, mais elle ne s’est en tout cas pas adressée à la Mairie de Bernin, ce que nous regrettons.

Nous rappelons par ailleurs qu’il ne s’agit pas d’une occupation définitive mais bien temporaire de ce terrain, jusqu’au mois de juin 2026 selon la convention conclue à cet effet, avec à terme sa remise dans son état initial selon constat opéré en amont des aménagements réalisés.

Aussi, nous ne manquerons pas de revenir une nouvelle fois vers vous lorsque la commune disposera de toutes les informations sur le sujet.

Cordialement,
Directeur Général des Services

 

1. Une triple infraction caractérisée

Que nous apprend cette réponse de la mairie ? Déjà, elle confirme le fait que Soitec est en infraction pour avoir artificialisé une parcelle agricole, qui plus est zone humide, alors que le règlement de la zone A du PLU de Bernin n’autorise pas la création de parkings1, y compris non-bitumés2 et provisoires. Il s’agit donc d’une infraction caractérisée au Code de l’urbanisme.

La réponse de la mairie nous apprend également qu’un revêtement en stabilisé sur du géotextile étanche a été réalisé sur la parcelle (« concassé sur une toile de protection permettant d’étanchéifier ce parking provisoire par rapport à la terre agricole située dessous ») : il s’agit d’un aménagement conséquent induisant une artificialisation des sols qui semble incompatible avec la vocation agricole et humide de la zone. Si Soitec met en avant que cette artificialisation est provisoire, le caractère supposément réversible de l’aménagement réalisé est hautement improbable : par quel miracle le sol d’origine ressusciterait-il après avoir passé plusieurs années sous des centimètres de gravats et sous le poids de voitures, de containers, d’engins et de matériel de chantier (voir photos). 

Photographies prises en octobre 2025 autour de la parcelle 102. On y aperçoit : des containers, des engins de chantier, du matériel stocké.

Ainsi, la réponse de la mairie confirme qu’il s’agit d’une triple infraction de Soitec : 1) un aménagement sans permis de construire ou autorisation d’urbanisme équivalente ; 2) en infraction avec ce que permet le règlement du PLU de la ville ; 3) et qui plus est, sur une zone humide (en violation du droit de l’environnement).

2. La mairie de Bernin ne « découvre » pas la situation

Dans ce courrier, la mairie de Bernin « tien[t] à [n]ous préciser » que « c’est suite à [n]otre courriel que la municipalité a découvert l’existence des interrogations autour de cet aménagement. Aucune démarche préalable n’avait donc permis à la commune d’être informée ou de se prononcer auparavant. »

La mairie découvrirait la situation ? Très peu probable ! Rappelons deux faits :

Premièrement, la présence de Claude Talon en tant qu’adjoint au maire sur la période 2014-2020, en charge des finances et des Travaux de Bernin. Claude Talon est l’un des dirigeants de Soitec, connu entre autre pour avoir signé la demande environnementale de l’extension de 2019 ! Ce même élu a voté en faveur du PLU de Bernin, approuvé en 2016, et donc, il savait nécessairement que le parking de la parcelle 102 était une infraction. Nous avons donc un ancien élu, qui dispose de liens avec la mairie, qui connaît le PLU, qui connaît le déroulement des autorisations et qui s’occupe des projets d’extensions de Soitec. Comment la mairie aurait-elle pu passer à côté de cette artificialisation ?

Deuxièmement, ladite parcelle faisait partie du projet d’extension de la ZAE des Fontaines, puis en a été retirée car son artificialisation présentait un risque trop élevé d’atteinte à la zone humide de Bernin. Lors du conseil communautaire du 7 avril 2025 votant l’avenant de modification des plans de cette extension3, les deux élus de Bernin (la maire Anne-Françoise Besson et l’adjoint Christophe Duret) ont voté favorablement à cette modification4. Dans le document remis aux élus lors du conseil communautaire, le plan a été modifié et la parcelle 102 a été retirée du projet pour préserver une zone humide et des terres agricoles. Pourtant, au moment du vote, cette même parcelle était déjà artificialisée par Soitec ! Comment les élus de Bernin ont-ils pu ignorer cette situation qui dure depuis plus de trois ans ?

Avant :

Après :

Ainsi, Soitec (via l’un de ses dirigeants) était au courant que le PLU de Bernin était incompatible avec la construction d’un parking sur la parcelle 102, et la mairie de Bernin avait sous les yeux une artificialisation illégale durant depuis plusieurs années. Au vu des liens entre élus et industriels, il semble très improbable que la Mairie ait été ignorante du dossier.

 

3. Grand seigneur, la mairie de Bernin « excuse » Soitec

Pourtant, à lire la réponse de la mairie, Soitec n’aurait à aucun moment cherché à « s’exonérer d’une quelconque relation avec les pouvoirs publics » en ne déposant pas de demande d’autorisation d’urbanisme auprès de la mairie : manque de bol, l’entreprise se serait juste trompée d’interlocuteur en informant, à la place de la mairie, la Direction départementale des territoires (DDT), la chambre d’agriculture et la SAFER. Il est quand même hautement improbable qu’une entreprise de l’envergure de Soitec oublie de s’adresser à l’autorité compétente dans le cadre d’une extension. Il est bien plus probable que Soitec escomptait passer entre les mails du filet pour avancer au plus vite sur ses travaux sachant que son projet n’était pas réalisable compte-tenu du PLU en vigueur.

Aussi peut-on se demander  si la DDT, à savoir l’instance chargée du contrôle de légalité des actes d’urbanisme pris par la commune, a bel et bien été informée par Soitec. Si oui, cela signifierait que la DDT ou le Préfet a couvert une infraction au droit de l’urbanisme en ne la signalant pas.

Conclusion : à Bernin, on n’embarrasse pas les industriels avec la loi

Le cas de la parcelle 102 apparaît comme une énième preuve du fait que les industries de puces sont vraiment chez elles dans le Grésivaudan et ne s’embarrassent même pas du peu de garde-fous légaux. Ainsi, la réponse de la mairie traduirait-elle un certain malaise à reconnaître cet état de fait et une tentative maladroite pour le masquer ? Serait-ce que la commune, censée porter plainte dans pareil cas, serait embarrassée et souhaiterait éviter d’en arriver là pour maintenir ses bonnes relations avec le premier industriel de son territoire ? Ou serait-ce qu’à l’approche des municipales, la maire, Anne-Françoise Besson, qui a été élue avec la promesse de campagne de réviser le PLU de manière concertée avec les Berninois-es souhaiterait mettre cette histoire sous le tapis ?

La mairie de Bernin a jusqu’ici complaisamment fermé les yeux sur l’artificialisation illégale de la parcelle 102. Il nous faut à présent nous mobiliser pour imposer la remise en état sans délai de cette parcelle et contraindre la mairie à défendre les zones humides (ce que tâche de faire ce courrier) !

Contre la collusion public-privé, les usines de puces et leurs nuisances, dégageons Soitec de la parcelle 102 !

NO PUÇARAN !

STopMicro, novembre 2025.

4Voir vidéo du conseil communautaire, à 1:49:00 https://www.youtube.com/watch?v=6Fjne68t5SM

FR0013227113 FR0013227113 FR0013227113 FR0013227113 FR0013227113

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Soitec doit démonter immédiatement son parking illégal !

Deux poids, deux mesures. Du traitement différentié des gens du voyage et des entreprises de la high tech dans le Grésivaudan

Dans le Grésivaudan, tandis qu’on rejette les gens du voyage on accueille à bras ouverts les multinationales de l’électronique. Une injustice qui s’incarne au quotidien dans les décisions des pouvoirs publics.

Mercredi 22 octobre, Le Dauphiné Libéré relate « le bras de fer lancé avec l’Etat » par la Communauté de Communes Le Grésivaudan (CCLG) avec les services de l’État sur l’accueil des gens du voyages.

C’est un dossier qui crispe les élus depuis plusieurs mois. Le projet de nouveau schéma départemental d’accueil des gens du voyage impose au Grésivaudan de créer une aire de grand passage de 150 place à Crolles sur trois hectares. Problème : une aire existe déjà dans la commune, le long de l’autoroute, avec une capacité de 50 places. Son extension, comme sa relocalisation ailleurs à Crolles, paraît impossible aux yeux des élus. « Il faudrait déboiser une zone humide, construire en zone inondable ou sur des terres agricoles », ont-ils rappelé lors du dernier conseil communautaire.

Tatiana Winterstein, déléguée de l’Association nationale des gens du voyage citoyens commente ces difficultés :

On est considérés comme des citoyens de seconde zone.

Comme on va le voir, le Grésivaudan accueille aussi des citoyens de première zone, qui bénéficient d’un accueil bien plus ouvert de la part des autorités et pour lesquels ce qui paraît « impossible » pour d’autres semble tout à fait possible.

On sait la mansuétude dont les industriels de l’électronique bénéficient de la part des pouvoirs publics dans le Grésivaudan. Qu’il s’agisse de subventions à hauteur de milliards d’euros ou d’autorisations de rejets de polluants dans l’Isère, les institutions sont prêtes à se plier en quatre pour Soitec et STMicroelectronics. C’est vrai également au niveau de l’urbanisme. En effet, pour bâtir des sites de cette ampleur les entreprises peuvent compter sur le soutien des communes concernées, qui gèrent la compétence urbanisme (Crolles et Bernin) et de la CCLG, détentrice de la compétence économique.

Modifier le PLU pour complaire aux industriels

Les plans locaux d’urbanisme (PLU) sont taillés sur mesure pour les industriels. Cette année, par exemple, la commune de Crolles a modifié son PLU pour autoriser sur une parcelle face à STMicroelectronics des constructions de 50 mètres de hauteur (l’équivalent d’un immeuble de 17 étages), anticipant les besoins futurs de ST.


(simulation d’une tour de 50m de hauteur sur la parcelle concernée, en face de ST)

Balayer les procédures démocratiques

Autre exemple : l’agrandissement de la zone d’activités économiques (ZAE) de Bernin dédiée aux entreprises de la filière microélectronique. Ce projet, porté pat la CCLG, vise à artificialiser 10 hectares de terres agricoles pour permettre à Soitec et/ou à ses sous-traitants de s’agrandir. Problème : le projet ne respecte pas le PLU, car il est impossible de construire des usines sur des parcelles agricoles. Qu’à cela ne tienne : il est tout simplement prévu de modifier le PLU pour l’adapter aux demandes des industriels. Cerise sur le gâteau : cette modification de PLU ne suivra pas les voies normales, mais une procédure dérogatoire à base d’un simple arrêté préfectoral précédé d’une « concertation » bidon. Précisons que l’agrandissement de cette ZAE, couplé aux autres extensions de ST et Ectra à Crolles, rend indispensable la canalisation du ruisseau torrentiel le Craponoz et, afin d’éviter les inondations, le déboisement d’une parcelle.

Couvrir les industriels qui s’agrandissent illégalement sur une zone humide

Troisième exemple de la flexibilité des autorités aux industriels en matière d’urbanisme : nous révélions le mois dernier que Soitec a artificialisé illégalement 5000 m² de zone humide pour aménager un parking, sans déclaration de travaux et sans respecter le PLU. Cet aménagement, datant de plusieurs années, est en infraction sur plusieurs points : 1/il n’a jamais bénéficié de demande d’autorisation de travaux, 2/il est situé sur une parcelle agricole, ce qui n’autorise pas l’aménagement de parkings, 3/il est situé en outre sur une zone humide. Pourtant, cet améngament sauvage n’a jusqu’à maintenant pas déclenché de procédure municipale, alors que la commune est en charge du respect des procédures d’urbanisme. Pour préserver les intérêts des industriels, la commune est prête à se mettre hors la loi.

(photo de la parcelle en octobre 2025)

Une politique à deux vitesses

Pourtant, quand il est question de respecter le cadre légal pour l’accueil des gens du voyage, les élus semblent d’un coup bien tatillons sur l’usage du foncier.

On le voit, en fonction des circonstance, la construction sur des parcelles agricoles, l’artificialisation de zones humides, le déboisement de parcelles boisées sera considéré comme « impossible » ou, au contraire, tout à fait souhaitable.

En 1980, Max Pécas réalisait le film Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu. En 2025, dans le Grésivaudan, on peut dire qu’il vaut mieux être riche et industriel dans les semi-conducteur que fauché et membre de la communauté des gens du voyage.

C’est contre une société qui reproduit de telles injustices que nous nous battons.

No puçaran !

STopMicro, 24 octobre 2025

Publié dans General | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur Deux poids, deux mesures. Du traitement différentié des gens du voyage et des entreprises de la high tech dans le Grésivaudan

« Tu déconnes, Serge, tu déconnes! »

Lundi 29 septembre, nous nous sommes réuni-es devant la Communauté de communes Le Grésivaudan (CCLG).

Crédit dessin Pierre Hébert – mesdessins.fr

Nous avons distribué aux élu-es le tract « Les magouilles de la Communauté de communes pour livrer les terres du Grésivaudan aux industries de l’électronique » qui dénonce la soumission de la CCLG aux intérêts des industriels de semi-conducteurs et la collusion public-privé. Étaient aussi présents le collectif Grignon, Bern’Informé, le collectif Grésivaudan Non au Lyon-Turin, GRENE et EELV Grésivaudan, soit au total une trentaine de personnes dans une ambiance bon enfant.

Artificialisation sans bornes

Nous étions déjà venu au même endroit deux ans auparavant pour proposer aux élus une dégustation d’eau, et nous avions commenté le conseil communautaire d’avril dernier, où il était question de nous. Cette fois, lors de ce rassemblement, nous avons montré comment depuis plusieurs années la CCLG œuvre à l’artificialisation du Grésivaudan en rendant possibles et en favorisant les projets des industriels de la microélectronique. Qu’il s’agisse de porter le projet d’extension de Soitec à sa place ou de fermer les yeux sur ses infractions. En effet, Soitec utilise illégalement une zone agricole, également zone humide, à des fins de parking, et ce avec la complaisance de la commune de Bernin et de la CCLG. Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres de la mansuétude dont font preuve les autorité avec ces entreprises.

 

Nous avons remis à Henri Baile (président de la CCLG) et à Jean-François Clappaz (adjoint à l’économie, au développement industriel et à la stratégie foncière) des tee-shirts avec leurs photos sur lesquels étaient inscrits « Non ! Je ne suis pas un affreux bétonneur. » (en référence à une déclaration des élus reprise dans le Dauphiné Libéré). Pour mieux rendre hommage à ces deux élus, plusieurs personnes dans l’assemblée portaient des masques à leur effigie. Nous avons également remis la Truelle d’Or à Jean-François Clappaz pour l’ensemble de son œuvre de bétonisation du Grésivaudan (lire le portrait que Le Postillon lui consacrait).

Quand les conseillers communautaires tentent de nous intimider

Dans un précédent article nous avions évoqué la quasi-impossibilité à porter une parole publique critique sur la microélectronique dans le Grésivaudan du fait de l’auto-censure. Quand celle-ci ne suffit plus à faire taire les opposants, certains conseillers communautaires passent à l’action pour tenter de les museler. Les prises de parole des collectifs ont en effet été marquées par l’intervention musclée de Serge Pommelet. 

À peine arrivé devant notre rassemblement, ce conseiller communautaire s’est dirigé vers les personnes au micro et leur a violemment ôté leurs masques. L’ambiance s’est immédiatement tendue, les gendarmes accourant vivement pour calmer ses ardeurs, tandis que l’entourage de M. Pommelet essayait de le raisonner : « Tu déconnes, Serge, tu déconnes !».

L’intervention de la maréchaussée ayant canalisé M. Pommelet, celui-ci commença par filmer les visages des opposants avec son téléphone (on se questionne sur l’utilisation que le conseiller communautaire compte faire de ces images), puis fut contraint de s’éloigner du rassemblement et de ronger son frein cigare au bec (« Un cigare cubain, pays communiste !», précisa-t-il). Nous nous sommes alors interrogée-es sur les raisons de l’ire de l’édile. On peut imaginer que Serge Pommelet s’est senti personnellement interpellé sur la question des collusions public-privé. Il est en effet le PDG du groupe HURO dont fait partie l’entreprise Ectra, partenaire privilégié de STMicroelectronics (on rappelle que les deux entreprises sont suffisamment liées pour que la deuxième enquête publique sur l’agrandissement de ST, en 2024, estimait que l’extension de Ectra faisait partie intégrante du projet). M. Pommelet peut donc être considéré comme un bénéficiaire direct de l’agrandissement de ST. Ceci explique-t-il pourquoi M. Pommelet s’en est pris physiquement à nous aujourd’hui, alors que nous dénonçons les collusions public-privé ?

Autre hypothèse : l’élu aurait-il été offensé de n’avoir pas été mis à l’honneur lors de ce rassemblement (ni masque, ni tee-shirt à son effigie) ? Dans une saine volonté d’apaisement des conflits, notre collectif veillera à réparer cette offense lors de son prochain rassemblement.

STopMicro, 30 septembre 2025.

Continuer la lecture

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur « Tu déconnes, Serge, tu déconnes! »

« Nous ne sommes pas d’affreux bétonneurs »

Les magouilles de la Communauté de Communes pour livrer les terres du Grésivaudan aux industries de l’électronique

Tract (ici en pdf) distribué lors du Conseil Communautaire de la Communauté de Communes le Grésivaudan du 29 Septembre 2025. Voir notre article qui raconte l’événement.

 

 

Les vergers ont disparu pour laisser place à une monoculture de puces électroniques. La commune a été envahie de bretelles d’autoroutes, d’usines gigantesques et de hangars commerciaux. Les clôtures lumineuses ont effacé les étoiles, les produits toxiques et les gadgets connectés prolifèrent. Ces dégradations ne se sont pas réalisées toutes seules. Voilà quelques années que la Communauté de Commune le Grésivaudan (CCLG) se fait la plus fervente alliée de l’expansion industrielle locale, peu importe son coût : qu’il soit en euros, en terres bétonnées ou en pollutions.

Cependant, la CCLG n’aiment pas qu’on dénonce la bétonisation qu’elle nous impose. Agacé des critiques touchant à sa gestion foncière, Jean-François Clappaz, en charge du développement industriel et de la stratégie foncière à la CCLG, se défendait : « Le Grésivaudan n’est pas un territoire d’affreux bétonneurs », écrivait-il au Dauphiné Libéré le 4 Juillet 2025. C’est un affreux mensonge et nous entendons le montrer.

Préparer les terrains, devancer les extensions

Aujourd’hui, c’est pour préparer l’extension de l’usine Soitec que la ComCom organise la destruction de dix hectares de terres cultivées à Bernin. En 2022, Soitec a déclaré vouloir encore s’agrandir pour augmenter sa production de substrats de silicium destinés à alimenter les gadgets électroniques qui prolifèrent partout : voitures connectées, smartphones, bombes … Pour la ComCom, le bienfondé de cette ambition ne se questionne pas, et elle s’est directement exécutée pour porter à leur place l’extension de la Zone d’Activités Économiques (ZAE) du Parc des Fontaines, sur laquelle est située l’usine. Elle a confié la réalisation du projet à l’entreprise Isère Aménagement, et a commencé à procéder aux démarches nécessaires pour rendre les terres bétonnables. En 2024, Soitec a officiellement suspendu son projet d’agrandissement. Cela n’a pas fait reculer la CCLG, qui maintient fermement son intention de bétonner ces terres (1). Après avoir organisé une enquête publique largement désertée, il lui restera à exproprier les agriculteurs et à viabiliser les terrains pour enfin les vendre à Soitec. Vous trouvez indigne le zèle servile auquel s’adonne la CCLG pour répondre à la voracité foncière des industries ? C’est pourtant sa spécialité. Dans cette région où le foncier est en tension, la CCLG a l’habitude de préempter les terrains pour les extensions futures de ses usines favorites. Elle en a déjà vendu à l’usine crolloise STMicroelectronics (ST) pour son extension actuelle, mais ça ne suffit toujours pas : elle en a acquis d’autres en octobre 2022, et assume son ambition : « afin de faciliter les projets économiques en cours, et en particulier le développement de la société STMicroelectronics, il convient de procéder à l’acquisition de foncier économique » (2).

Passe-droits et service premium

Il n’y a pas que pour le foncier que la ComCom se met au service des industriels. Pour fabriquer leurs puces, ST et Soitec consomment des quantités astronomiques d’eau potable et ont toujours plus soif. Ils achètent leur eau à la CCLG qui l’achète au réseau de Grenoble. Sur leur demande et en prévision des agrandissements à venir, la CCLG a financé entre 2022 et 2023 l’agrandissement des canalisations qui alimentent Crolles et Bernin : 10 millions d’euros (3). Un investissement d’autant plus à perte qu’avec les retards pris par les extensions, les usines leur achètent moins d’eau que prévu. Tandis que les profits restent privés, la CCLG décide de socialiser les risques. La dévotion de la CCLG n’est qu’une manifestation parmi d’autres de la soumission de tous les pouvoirs publics aux exigences des industries de la microélecronique. Leurs extensions auraient du être contraintes par la loi Zéro Artificialisation Nette ? L’État les en exonère. ST juge contraignant de rester en dessous des seuils de rejets de certains polluants (azote, cuivre …) après son extension ? Le préfet ré-élève ces seuils sous l’autorité de la DREAL (4). Etc. Cet assistanat aux entreprises de l’électronique se retrouve aussi sous forme de cash. En plus des divers plans Nanos qui font ruisseler chaque année des millions d’euros jusqu’à elles, ST a reçu 2,9 milliards d’argent de l’État pour financer son extension.

Le béton appelle le béton

Quand quelque chose grandit dans cet « écosystème » fait de canalisations métalliques et de camions poids lourds, de produits toxiques en symbiose avec des machines high-tech graissées au jus de cerveau, il faut que tout le reste grandisse pour suivre la cadence. À Crolles et Bernin, de nombreuses entreprises fournissent ST et Soitec et projettent déjà de s’étendre. FluidInox, qui fabrique des tuyauteries, a déjà acheté à la ComCom des terrains pour s’agrandir. UnitySC, qui fait des équipements d’inspection pour l’industrie de l’électronique, construit une nouvelle usine en ce moment à St-Ismier. ECTRA, qui entrepose les produits toxiques de ST et Soitec, a augmenté ses capacités de stockage pour suivre les extensions de ces dernières, et est passé Seveso Seuil Haut. Son directeur, Serge Pommelet est aussi conseiller communautaire. Conflit d’intérêt ? C’est plutôt le signe d’une collusion structurelle : leurs intérêts sont les mêmes. Comme le disait le premier adjoint au maire de Crolles François Brottes : « Ici, les élus ont été vaccinés à la high-tech. Cela permet d’avancer plus vite et d’éviter de se poser des questions métaphysiques ». Le dynamisme technologique exige qu’on adapte le territoire à ses contraintes. Les différentes extensions prévoient d’intensifier les flux de déchets, de marchandises et de travailleurs dans le coin. « Le développement des industriels nous impose de résoudre les problèmes d’alimentation en eau, mais aussi de logement, d’alimentation et de mobilité », nous dit François Bernigaud, un autre élu. Une tâche que la CCLG exécute avec autant de dynamisme ! Après avoir financé à plus de 5 millions d’euros la construction d’une bretelle d’autoroute à St-Ismier en 2019, elle s’attaque en ce moment à la construction d’une nouvelle voie de transports en commun sur l’A41 pour desservir Crolles et Bernin, ainsi qu’au projet de nouveau RER urbain. Elle finance ainsi à 30% les 26 millions d’euros investis pour agrandir la gare de Brignoud. Tous ces travaux sont motivés par l’intensification prévue des activités industrielles. Le fait que STMicroelectronics organise aujourd’hui un plan de licenciement, après sa promesse de recruter un millier de nouvelles personnes, ne semble pas semer le doute à la CCLG. Elle continue à préparer le terrain, pour plus tard, pour d’autres : pourvu qu’il s’agisse de béton prêt à l’emploi pour produire des puces.

On ne va pas les laisser bétonner notre avenir ?!

Voulons-nous continuer à voir le Grésivaudan transformé en Silicon Valley française ? À être envahi-es de gadgets connectés ? Que nous soyons riverain-es des usines ou simples habitant-es de ce monde qui se dégrade et se numérise, ces choix nous appartiennent à toutes et à tous. Les transformations que nous subissons ne sont pas inéluctables, elles sont le fruit de projets politiques, portés ici-même. Lors de ce Conseil Communautaire du 29 Septembre 2025, la CCLG délibérera sur le contrat de cession d’aménagement de l’extension de la Zone d’Activité Économique qui doit accueillir Soitec. Si c’est ici que s’organise le projet de dégrader nos conditions d’existence, c’est ici que nous devons nous y opposer.

Collectif STopMicro, 29 Septembre 2025

(1) Les informations complètes dans notre article : Contre l’agrandissement de Soitec. https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/11/23/contre-lagrandissement-de-soitec-et-de-la-zae/

(2) Délibération du conseil communautaire du 17 octobre 2022, 18DEL-2022-0327.

(3) 1,7 pour les travaux de renforcement (DEL–2021-0334), le reste pour les travaux de remplacement des canalisations.

(4) Voir notre article: ST écocidaire, préfecture complice. https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/12/15/st-ecocidaire-prefecture-complice/

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , , | Commentaires fermés sur « Nous ne sommes pas d’affreux bétonneurs »

Soitec s’agrandit illégalement avec la complicité des pouvoirs publics

L’entreprise Soitec produit des semi-conducteurs à Bernin (38). Le projet d’extension de la ZAE des Fontaines, à l’initiative de Soitec, est porté par la Communauté de communes Le Grésivaudan (CCLG). Ce projet, qui menace 10 hectares de terres agricoles, est contesté par le collectif STopMicro.
Dans l’enquête ci-dessous, nous révélons qu’en outre, Soitec s’est déjà agrandie illégalement en 2020, en aménageant un parking sur une zone agricole, également zone humide et zone inondable, et ce, sans autorisation de la commune. La CCLG, de par son implication sur le projet de ZAE est nécessairement au fait de l’urbanisation illégale de cette parcelle.
Cette enquête a été menée en collaboration avec le collectif BernInformé.

Un parking sur des terres agricoles et une zone humide

La parcelle concernée est référencée dans le Plan local d’urbanisme de la commune sous le numéro 102 et recouvre une superficie d’au moins 5000 m². Il s’agit de terres agricoles inconstructibles. Elle est propriété d’un privé et tout indique qu’elle est louée par l’entreprise Soitec (présence de véhicules et de matériel lié au chantier de l’entreprise).
Voici une photo antérieure à l’urbanisation de la parcelle :

On constate la différence avec cette photo d’avril 2025 :

Or, dans le Plan local d’urbanisme actuel de Bernin, la parcelle est très clairement classée en zone agricole et en zone humide.


Aucune autorisation délivrée

Contacté par un riverain, le service urbanisme de la Commune indique qu’aucune autorisation d’urbanisme n’a été délivrée sur cette parcelle.

 

Dans tous les cas, l’installation sur une zone agricole d’un parking, même non bétonné, en tant qu’activité principale est illégale au regard du droit.

Pouvoirs publics complices

On peut légitimement supposer que des élus et des techniciens de la commune de Bernin et de la CCLG sont informés de l’état de la parcelle 102 sans que cela ne suscite de réaction de leur part.

LA COMMUNAUTÉ DE COMMUNES LE GRÉSIVAUDAN (CCLG) EST INFORMÉE

Pour rappel : la CCLG porte le projet d’extension de la ZAE des Fontaines qui n’est autre que le projet masqué d’agrandissement de Soitec. De l’aveu du président de la CCLG lui-même : « Le projet c’est une extension de la zone économique des Fontaines pour permettre à Soitec d’agrandir son usine et répondre au marché de la micro-électronique en fabriquant les produits qu’ils ont l’habitude de fabriquer ».

Les plans du projet d’extension ont été modifiés plusieurs fois. Lors d’une de ces modifications, la parcelle 102, qui figurait jusqu’alors dans les projets d’extension a été retirée.

Plan initial de l’extension de la ZAE en 2024 incluant la parcelle :Plan de l’extension de la ZAE modifié par l’avenant du 7 avril 2025 sur lequel la parcelle 102 ne fait plus partie de la zone d’agrandissement :

Cela prouve que la CCLG est au courant de l’état de cette parcelle qui ne peut faire partie d’un projet d’urbanisation future dans la mesure où elle est déjà urbanisée. Malgré cela, la CCLG n’a exprimé publiquement aucune préoccupation quant à l’urbanisation, manifestement illégale, de cette zone agricole. On peut aussi supposer que certains élus aux portefeuilles stratégiques et chargés de ces délibérations détenaient cette information sans en avoir informé l’ensemble du Conseil.

LA COMMUNE DE BERNIN EST INFORMÉE

L’un des dirigeants de Soitec en charge de l’extension de l’usine à l’époque de l’artificialisation de la parcelle 102 était le Director Facilities Operations Claude Talon (c’est par exemple lui qui signe la demande d’autorisation environnementale relative à l’extension de 2019). Or, il était également à la même période (de 2014 à 2020) adjoint au maire de Bernin en charge des finances et des travaux.

 

 

La commune de Bernin était donc elle aussi nécessairement informée de l’urbanisation de cette parcelle. Nous n’avons connaissance d’aucune procédure engagée par la commune pour régulariser la situation.

Conclusion

Nous nous sommes réunis le 29 septembre 2025 devant le conseil communautaire de la CCLG pour dénoncer les collusions public-privé et la soumission de la CCLG aux intérêts des industriels de la microélectronique. La CCLG a beau jeu de prétendre que les élus ne sont pas d’affreux bétonneurs : ils couvrent tous les projets, même illégaux, des industriels.
En 2002, le député de l’Isère François Brottes déclarait « Ici les élus ont été vaccinés à la high-tech. Cela permet d’avancer plus vite sans se poser de questions métaphysiques. ». En effet, dans le Grésivaudan, voilà 30 ans que les industriels de la micro-électronique font ce qu’ils veulent, quitte à enfreindre la loi, avec le soutien indéfectible des pouvoirs publics locaux. Depuis 2 ans et demi, cette impunité est mise à mal par une importante contestation locale.

Mobilisons-nous contre l’agrandissement de Soitec et de la ZAE.

Prochaine échéance : l’enquête publique sur l’agrandissement de la ZAE à la fin de l’année. Plus d’infos

 

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , | Commentaires fermés sur Soitec s’agrandit illégalement avec la complicité des pouvoirs publics

Rassemblement au conseil communautaire des affreux bétonneurs du Grésivaudan

Lundi 29 septembre – 17h30
À l’espace Agora à Saint-Ismier
Rassemblement au conseil communautaire du Grésivaudan
contre la collusion public-privé et la soumission de la CCLG aux industriels de puces

Les extensions de STMicroelectronics et Soitec, ainsi que le lot de nuisances qu’elles génèrent, ne se font pas toutes seules : elles sont le résultat de décisions politiques, dont une partie est prise à échelle très locale par les affreux bétonneurs de la communauté de communes du Grésivaudan (CCLG).

Chargée de la compétence économique et fervente défenseuse de l’industrie micro-électronique, la CCLG est un des acteurs centraux qui rend possible la bétonisation et la pollution du Grésivaudan au profit des multinationales de puces : vente et location de parcelles, financement des travaux sur les infrastructures dont dépendent les usines (adduction d’eau, extension de la gare de Brignoud), collusion public-privé (Serge Pommelet, le PDG d’Ectra est conseiller communautaire à la CCLG), etc. Sans oublier le fait que c’est la CCLG qui rend possible l’extension future de Soitec en portant, à sa place, le projet d’extension de la ZAE des fontaines (voir article)  !

Nous avons localement des responsables politiques des nuisances de l’industrie microélectronique dans la région. Rendez-vous lundi 29 septembre pour faire savoir quels affreux bétonneurs ils sont.

Rendez-vous lundi 29 septembre à 17h30 à l’espace Agora, à Saint-Ismier.
Départ collectif à vélo à 16h30 devant la mairie de Grenoble.
Soyons nombreuxses.
DE L’EAU, PAS DES PUCES !

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Rassemblement au conseil communautaire des affreux bétonneurs du Grésivaudan

Pourquoi nous soutenons les inculpé-es du 15 juin 2021

Fin juin 2025, STopMicro s’est rendu aux journées de rencontres et de discussions contre l’informatisation de la société organisé à Royère de Vassivière par le comité 15 juin, en soutien aux inculpé-es du 15 juin 2021. Nous relayons ci-dessous et en PDF le communiqué signé par un regroupement de collectifs et d’individus contre l’informatisation de la société et dont STopMicro fait partie.

Pourquoi nous soutenons les inculpé·es du 15 juin 2021

« Nous, “public”, “usagers”, “simples citoyens”, avons été placés devant le fait accompli. Ou plus exactement, comme c’est la règle en matière de nouvelles technologies, le débat n’a pas existé, car la technologie n’est pas censée être politique. […] Il n’existe ni lieu ni moment pour en débattre ».

Célia IZOARD, Merci de changer de métier,
é
ditions de la Dernière lettre, 2020

Le 15 juin 2021, la répression antiterroriste (SDAT, GIGN, PSIG) s’abattait en Limousin sur plusieurs personnes soupçonnées d’avoir provoqué des incendies pour dénoncer le déploiement du compteur Linky, puis de la 5G. Les chefs d’inculpation sont : destruction et dégradation de biens par explosif ou incendie commises en bande organisée (véhicules Enedis, antennes TDF et Orange), atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation (antenne militaire), association de malfaiteurs, et tracé d’inscription, signe ou dessin n’ayant entraîné qu’un dommage léger. Les peines encourues, en fonction des chefs d’inculpation, vont de 5 à 20 ans d’emprisonnement et de 75 000 à 225 000 € d’amende.

Le procès est en attente et aura lieu vraisemblablement en 2026.

Nous, regroupement de collectifs et d’individus, luttons contre l’informatisation de la vie et de la société et voulons ouvrir ce débat dans la société comme nous l’avons fait entre nous ce week-end. En ce sens, nous sommes solidaires des manifestations en actes de la critique du numérique.

Ces technologies sont voraces en eau, énergie, ressources minières et territoires. De plus, elles s’appuient sur une exploitation du travail allant jusqu’à l’esclavagisme dans certaines régions du monde (RDC, Chine…). Elles entraînent militarisation et guerres.

La numérisation engendre des dégâts sociaux, sanitaires (addictions, dépressions, effets des ondes…), de surveillance et de limitation de la démocratie.

Face à ces constats, toute opposition est légitime et ce d’autant plus que, contrairement à ceux qui déploient ces technologies, notre résistance n’use jamais de moyens létaux.

Pour les inculpé·es, nous exigeons la levée immédiate des poursuites et l’annulation des chefs d’inculpation.

Nous appelons à une désescalade de la numérisation imposée et, comme nous l’avons fait ce week-end de fin juin 2025, à ouvrir des espaces dans lesquels il soit possible de faire la critique du numérique en public. Nous appelons également à s’organiser pour résister à la numérisation. Pour cela, rejoignons les contestations des vitrines des technologies numériques :

-SIDO (Salon de l’Internet Des Objets) à Lyon le 17 septembre 2025
-SIM (Salon de l’Industrie Minérale) à Orléans du 15 au 17 octobre 2025
-Tech&Fest à Grenoble les 4 et 5 février 2026
-Vivatech à Paris du 17 au 20 juin 2026

Étendons la solidarité aux autres personnes poursuivies dans ces luttes, aux employé·es menacé·es de licenciement pour leurs résistances à l’usage du numérique dans le cadre de leur métier ainsi qu’aux personnes qui y résistent dans leur quotidien.

Regroupement de collectifs et d’individus
Contre l’informatisation de la société

À Royère de Vassivière le 29 juin 2025

 

 

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Pourquoi nous soutenons les inculpé-es du 15 juin 2021

ST nous empoisonne éternellement !

ST nous empoisonne éternellement !

[Tract en PDF ]

En plus d’accaparer une quantité outrancière d’eau potable pour fabriquer ses composants électroniques, STMicroelectronics nous empoisonne avec tout un tas de produits chimiques : nitrates, phosphore, fluorures, cuivre, platine, etc. Dans la liste nous trouvons aussi les déjà tristement célèbres PFAS, substances toxiques provoquant cancers, infertilité, dérèglements hormonaux et baisse de l’immunité. Rejetés dans l’environnement par les industriels depuis des décennies sans aucun contrôle ni mesure, ces « polluants éternels » ne se dégradent jamais. En Isère, les plus gros pollueurs sont les usines Arkema (Jarrie), Vencorex (Pont-de-Claix), STMicroelectronics (Crolles) et Framatome (Jarrie). Cet empoisonnement doit cesser immédiatement.

Les PFAS, des polluants éternels :

Les « per-et-polyfluoalkylées » ou PFAS sont une famille de composés chimiques dont les propriétés anti-adhésives, imperméabilisantes et résistantes aux fortes chaleurs sont recherchées par de nombreux industriels. Rejetés dans l’environnement par les usines qui les utilisent, on les retrouve partout : dans les eaux potables et souterraines, les effluents et les boues de stations d’épuration, les déchets solides, l’air, les terres maraîchères, l’alimentation, les animaux sauvages et d’élevage… jusqu’aux œufs des poules, et bien sûr dans nos corps ! 100% des Français sont contaminés aux PFAS; en majorité via notre alimentation, notamment de produits d’origine animale exposés à ces polluants.

Et surprise ! les concentrations sont plus élevées aux abords des usines qu’ailleurs.

Qui nous empoisonne ?

D’après les données recueillies par les Directions Régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL), 5,4% des industries sont responsables de 99% des rejets de PFAS. ST figure parmi les plus gros émetteurs en France. Les PFAS sont en effet indispensables à la production de puces électroniques pour plusieurs raisons :

D’abord, ST consomme environ 20 000 tonnes de produits chimiques par an pour graver

ses circuits électroniques, et des dizaines de milliers de mètres cubes d’eau par jour pour les rincer. Les PFAS, résistants aux produits chimiques, sont utilisés dans les joints, tuyaux et valves, pour protéger les canalisations de tous ces produits agressifs. Mais les PFAS se dissolvent partiellement au contact des énormes flux qui traversent ces équipements. Et comme les PFAS ne sont presque pas filtrés, c’est un désastre pour la rivière Isère qui les accueille à la sortie.

De plus, les industriels se servent de cette même résistance aux produits chimiques pour réaliser des couches photosensibles déposées sur les plaques de silicium, couches qui seront ensuite gravées. Les PFAS sont également utiles pour la transparence et l’absence de reflets que demandent les gravures les plus fines.

Et les plus gros pollueurs collaborent : Arkema, premier émetteur en PFAS de la région (principalement sur son site de Pierre-Bénite – 69), s’est déjà jointe au CEA de Grenoble pour développer un procédé de fabrication de nano-composants électroniques, puis à ST pour l’industrialiser dans toute l’Europe. La « Vallée de la Chimie » à Lyon et la « Sillicon Valley française » à Grenoble forment ainsi un « écosystème » interdépendant.

Un scandale sanitaire :

Dans le sang humain, les PFAS peuvent persister plusieurs dizaines d’années. Ils sont à l’origine de problèmes de fertilité, troubles autistiques, problèmes cardio-vasculaires, maladies du foie, augmentation du taux de cholestérol, impact sur le développement des fœtus, cancers… Plusieurs d’entre eux sont classés comme cancérigènes certains. Dans un article du Monde, on peut lire que « 16 millions d’Européens, dont 2 millions de Français, seraient affectés par des pathologies dues à une exposition aux substances per- et polyfluoroalkylées. »

Malgré leurs effets dramatiques sur la santé, ces polluants sont encore très peu réglementés. Si des lois ont été promulguées ces dernières années au niveau européen ou national pour les eaux de consommation, des pans entiers restent non réglementés. Ainsi, les PFAS s’accumulent dans les jardins depuis des dizaines d’années mais aucune expertise n’a jamais été menée sur la quantité à laquelle nous sommes exposés quotidiennement dans le Grésivaudan. Surtout, aucun seuil n’est défini. L’agrandissement prévu par ST pour augmenter sa production (autorisé récemment par la préfecture de l’Isère) va entraîner une augmentation des rejets de polluants dans l’Isère mais également dans les sols à proximité et dans l’air. Pourtant, ni la préfecture, ni la communauté de commune du Grésivaudan ne semblent s’inquiéter de l’impact de cette pollution toujours croissante sur l’environnement et sur les populations locales.

Stop aux nuisances des industries de la microélectronique !
Life.augmented = pollutions.augmented = death.augmented !
De l’eau, pas des puces !

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur ST nous empoisonne éternellement !

Comment STMicroelectronics coopère avec Israël (rapport de l’OBSARM)

En juin 2025, l’ONG l’Observatoire des Armements (OBSARM) sortait sa huitième note d’analyse : Comment la France coopère avec Israël.

Dans ce document de 24 pages, toute une partie est consacrée aux liens qu’entretient STMicroelectronics avec Israël, notamment concernant des technologies militaires. On y apprend notamment que :

  • STMicroelectronics prélève certaines des dernières technologies militaires de pointe « éprouvées » lors des dernières offensives contre les Palestiniens. C’est le cas notamment de la technologie Adasky (une technologie de reconnaissance infrarouge) dont ST se sert pour son secteur automobile mais dont pourrait également se saisir l’armée française.
  • ST fournirait des puces à l’entreprise israélienne Semiconductor devices spécialisée dans le domaine des composants militaires, à usage des drones et missiles notamment.
  • ST est implantée  dans la ville israélienne de Netanya où elle joue le rôle d’« accélérateur » auprès de la tech israélienne, notamment à travers son programme « ST up » lancé en 2018.

L’OBSARM conclue concernant STMicroelectronics :
« Va-t-on enfin discuter de la soutenabilité du « modèle grenoblois » qui se fonde en partie sur l’économie de guerre ? Une telle réflexion ne doit pas se limiter aux syndicalistes et conduire à séparer artificiellement les usages militaires des usages civils. Si ceux-ci peuvent être mutualisés dans le but de réduire les coûts de développement, c’est autant de bénéfices pour le fabricant et pour les armées ! « Lorsqu’il est devenu évident que la menace des drones ennemis était plus grave que prévue, Elbit s’est associée à des startups automobiles pour convertir leurs technologies de caméra, de capteur, de radar et d’intelligence artificielle en capacités à faible coût et à grande échelle dont l’armée avait besoin. Cela n’a pris que trois jours » souligne un article de The Times of Israel. L’économie de la ville de Grenoble s’est construite en garantissant bien-être et prospérité à la population, mais sans égards quant à son implication, directe ou indirecte, dans les guerres actuelles. Une réalité que les élus locaux refusent d’examiner. Ils ont en effet renouvelé les aides de la métropole à la filière micro-électronique (plan Nano 2026). Fin 2024, le RAMI, membre grenoblois du Réseau de surveillance des entreprises d’armement, a sollicité à cette fin la présidence de la métropole et différents conseillers. Seule Jacqueline Madrennes, membre de la majorité, a répondu en affirmant qu’elle a obtenu « lors du dernier plan Nano qu’aucune subvention ne soit versée », ce qui semble inexact. Des PME liées pour partie au monde de la défense ont bien obtenu des subsides lors du conseil métropolitain du 29 septembre 2023. De quoi donner des arguments supplémentaires au mouvement Stop Micro à Grenoble qui questionne l’épuisement en eau généré par ST et Soitec, et plus généralement les impacts néfastes cachés de l’industrie du numérique. »

Publié dans General | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur Comment STMicroelectronics coopère avec Israël (rapport de l’OBSARM)

[16/05] Visite guidée de la zone industrielle de Crolles et Bernin

Visites guidées

Dernière date de la saison :
– Samedi 16 mai 10h30-12h30

Tract en PDF

Nous vous invitons à des visites guidées de l’extérieur des sites de STMicroelectronics et Soitec afin de se représenter matériellement ces usines contre lesquelles nous luttons.

Nous cheminerons à pied pour expliquer de visu les projets passés, actuels et futurs d’agrandissement des usines de micro-électronique du Grésivaudan. Durant le parcours, nous parlerons de l’activité et de l’histoire de ces entreprises, de leur implantation et de l’évolution de leurs sites, des infrastructures dont elles dépendent, de leur consommation en ressources, de leurs rejets et de leurs nuisances, notamment via des témoignages de riverains.

Le parcours est tout public, accessible pour les personnes en fauteuil roulant.
Pour celles et ceux que ça intéresse : rendez-vous
devant l’arrêt de bus STMicroelectronics à Crolles. Pas besoin d’inscription / gratuit.

Cet autre article de notre site traite du même sujet.

dates passées :
– Samedi 11 avril 10h30-12h30
– Samedi 28 mars 10h30-12h30
– Samedi 7 février 10h30-12h30
– Samedi 17 janvier 2026 10h30-12h30
– Samedi 13 décembre 2025 10h30-12h30
– Samedi 22 novembre 2025 10h30-12h30
– Samedi 18 octobre 2025 10h30-12h30
– Samedi 13 septembre 2025 10h30-12h30
– Samedi 28 juin 2025 10h30-12h30

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur [16/05] Visite guidée de la zone industrielle de Crolles et Bernin

Au pays des contre-vérités

Lundi 7 avril 2025. C’est une réunion des élus de la Communauté de communes Le Grésivaudan comme une autre. On y parle des projets en cours et on y vote des délibérations. Mais lorsque arrivent les délibérations 25 et 26 au bout de 1h49, on ne peut pas faire abstraction qu’une semaine auparavant une grande manifestation a eu lieu à Crolles et à Bernin : 3000 personnes ont manifesté dans une bonne ambiance contre les extensions de STMicroelectronics et Soitec, contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique, et plus largement contre le projet de « vie connectée ».

La présentation des délibérations – qui visent à modifier légèrement l’emprise du projet de ZAE à Bernin, autrement dit l’agrandissement de Soitec – prend des allures de justifications. En effet, les choix politiques de la Communauté de communes (porteuse du projet) ont été largement mis en cause les semaines précédentes par le gros travail de documentation et d’analyse fourni par le collectif STopMicro. Le 21 mars dernier, en ouverture du conseil municipal de Crolles, le maire Philippe Lorimier avait consacré plus de dix minutes à répondre aux tracts distribués dans sa ville par celles et ceux qu’il accuse d’être des « agissants bien-pensants » (c’est nous). Il s’était lancé dans de laborieux calculs sur le taux d’emploi au mètre carré, duquel il ressortait – scoop – que la microélectronique produit plus d’emploi à surface égale que le maraîchage. Ce qui est sans doute vrai, mais qui fait abstraction des surfaces impactées par l’électronique en dehors du Grésivaudan (mines au Congo, en Chine, en Argentine et ailleurs, entrepôts logistiques, toute l’infrastructure nécessaire à la production et à la circulation des matériaux semi-conducteurs en amont et en aval des usines du Grésivaudan que nous avons mis en avant lors du colloque des 28 et 29 mars derniers). Quoi qu’il en soit, on sentait que Philippe Lorimier en avait gros sur la patate, et qu’il avait besoin de répondre aux critiques injustes dont il était la cible.

Le 7 avril, la même ambiance, quoi qu’un peu plus feutrée, semblait régner sur le conseil communautaire. Mais la ligne de défense avait changé : désormais, en plus de se justifier, les élus pratiqueraient l’attaque. Mais l’attaque perfide, par sous-entendus. Et cette manière d’attaquer s’est incarnée dans le mot « contrevérité ». Mot prononcé trois fois au cours de la soirée à notre sujet, par Henri Baile, Philippe Lorimier et Martin Gerbaux. On a donc appris ce soir-là que le collectif STopMicro propage des « contre-vérités ».

Qu’est-ce qu’une contrevérité ? Le Larousse en donne la définition suivante :

Contrevérité n. f. Affirmation contraire à la vérité ; mensonge.

Une part non négligeable du travail fourni par STopMicro depuis deux ans et demi consiste en la documentation, la recherche d’informations, leur recoupement et leur vérification. Qu’il s’agisse de notre foire aux questions, de notre enquête visant à comprendre à quoi servent les puces de ST et Soitec, de celle retraçant la chaîne d’approvisionnement de ces entreprises et de tant d’autres disponibles sur notre site, nous indiquons scrupuleusement nos sources et tâchons de ne pas diffuser de fausses informations. Nous avons sans doute commis des erreurs au cours de nos deux années de recherche : la profusion d’information est telle que parfois, sur certains sujets techniques, on peine à démêler le vrai du faux, l’ancien du nouveau, le sérieux de l’amateur. Mais nous affinons notre documentation, et prenons position uniquement sur des faits avérés.

Nos enquêtes de fond sont telles que les sections syndicales CGT ST et Soitec comme les élus locaux admettent ouvertement que nous sommes bien plus informé·es qu’eux-mêmes (ainsi des déclarations récentes de Pierre Mériaux, adjoint grenoblois à la stratégie numérique).

La rigueur que nous appliquons, on aimerait la retrouver également du côté de la Communauté de communes. Or, force est de constater que s’il se propage des « contrevérités », c’est plutôt du côté de cette institution qu’il faut regarder.

Ainsi, lors de la concertation sur l’extension de la ZAE, fin 2024, la Communauté de communes prétendait que « l’activité agricole peut soumettre cette zone humide à des pressions considérables liées à l’utilisation excessive d’éléments nutritifs et de pesticides, à la dérivation ou au prélèvement non durable de l’eau, et à la surexploitation de la biodiversité ». Une phrase étonnante, quant on sait que les cultures sur le site ne sont pas irriguées. Sans doute cette « contre-vérité » visait-elle avant tout à décrédibiliser les agriculteurs et à passer sous silence que c’est bien l’industrie de l’électronique qui pratique un « prélèvement non durable de l’eau ».

Plus largement, tout le processus de concertation autour de cette extension a été marqué par un double-discours autour de la présence puis l’absence de Soitec. On se souvient que tout ce projet d’extension avait démarré par la longue prise de parole de Cyril Menon, directeur général adjoint de Soitec lors du Conseil communautaire du 16 décembre 2022 : l’entreprise devait s’agrandir, la Communauté de communes devait donc étendre la ZAE. Depuis, Soitec s’est retiré du projet, en suspendant ses projets d’agrandissement. Alors, aujourd’hui, pour qui agrandit-on ? Pour Soitec ou pas pour Soitec ? On aura les deux versions. Par exemple, « cette extension de ZAE n’est pas dédiée à une entreprise unique, mais à toute entreprise manifestant son intérêt à venir sur la zone et démontrant son inscription dans les objectifs de programmation, à savoir la filière des nanotechnologies, semi-conducteurs, et son respect des prescriptions environnementales et réglementaires de la ZAE. » (dans le dossier de concertation) et, quelques semaines plus tard, « Le projet c’est une extension de la zone économique des Fontaines pour permettre à Soitec d’agrandir son usine et répondre au marché de la micro-électronique en fabriquant les produits qu’ils ont l’habitude de fabriquer » (le président de la Communauté de communes, sur France Bleu).

A quoi servent ces déclarations contradictoires entre elles ? Sans doute, assez prosaïquement, à embrouiller le débat. En effet, plus celui-ci est complexe, truffé de chiffres contradictoires, d’informations tronquées, plus il relève d’une querelle d’experts et plus le public comprend que « ça le dépasse ».

Or c’est bien ce que cherchent les décideurs : que le public ne s’implique pas, et qu’on leur laisse les mains libres pour gérer l’avenir du territoire et pour agrandir les entreprises de high tech. Comme le disait l’ancien député PS et premier adjoint au maire de Crolles François Brottes : « Ici, les élus ont été vaccinés à la high-tech. Cela permet d’avancer plus vite et d’éviter de se poser des questions métaphysiques » (Le Monde, 17 avril 2002).

Face à ce parti-pris, nous rétablissons quelques faits et les dénonçons. Il semble qu’aujourd’hui les élus sont en train de se rendre compte qu’ils ne peuvent plus uniquement évoluer dans le monde idéal qu’ils se sont construits, mais qu’ils doivent rendre des comptes à ce juge intraitable qui s’appelle « la réalité ». Nous nous en félicitons. Et s’il faut pour cela que nous soyons taxé·es d’« agissants bien-pensants » et de propagateurs de « contrevérités » par les élus vaccinés à la high-tech, nous en passerons par là.

No puçaran !

STopMicro,
10 avril 2025

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Au pays des contre-vérités

Contre la «loi simplification», ralentissons et osons faire front commun

Parce qu’il est urgent de reprendre le contrôle sur les infrastructures du numérique, plusieurs communautés s’organisent déjà pour résister. Un collectif de responsables d’associations, de syndicats et de militants demande un moratoire sur la construction de nouveaux «datacenters» ainsi que la mise en place de débats publics.

STopMicro est co-signataire de cette tribune, qui a d’abord été publiée sur Libération.fr.

Du 8 au 11 avril, l’Assemblée nationale débat du projet de loi de simplification de la vie économique (PLS). On y trouve de nombreuses mesures dérogatoires au droit commun, une perte de pouvoir de la Commission nationale du débat public, un retour en arrière sur la loi Zéro artificialisation nette, sur la protection des espèces menacées, une perte des compétences des collectivités territoriales. Il s’agit d’un démantèlement lent mais assuré des maigres législations écologiques et démocratiques qui encadraient encore les élans du capitalisme technologique.

Le PLS concerne aussi la facilitation des installations industrielles notamment minières, prétendument de transition énergétique et paradoxalement associées aux infrastructures du numérique, comme les data centers, dont il s’agirait de faciliter l’installation en France pour une supposée souveraineté numérique.

Les infrastructures du numérique, qui permettent à l’information numérique de circuler et aux services du cloud d’apparaître sur nos écrans, sont organisées en data centers interconnectés par les câbles de fibres optiques sous-marins. Et pour faire des data centers, des câbles et les usines de production énergétique pour les alimenter, il faut des mines, d’où sont extraits les minerais qui composeront les puces des serveurs et des cartes graphiques, nécessaires au fonctionnement desdites intelligences artificielles.

Le cloud était sous nos pieds : le déploiement des infrastructures du numérique est soutenu par une relance débridée de l’extractivisme et des prédations qui y sont liées. Elles sont les nouvelles infrastructures de la domination impérialiste : il faut en être pour continuer à faire partie des grandes puissances mondiales, quitte à ouvrir grand les portes à tous ces investisseurs privés pour faire de la France une «data center nation». Alors que les dépendances technologiques envers les multinationales étasuniennes alignées derrière le programme d’extrême droite de Donald Trump sont croissantes, le temps ne peut pas être à la dérégulation.

Rester dans la course de l’IA

Le projet de loi Simplification propose de conférer aux data centers le statut de projet d’intérêt national majeur. Par là, il faut entendre le statut de raison impérative pour rester dans la course à l’IA. Tant pis si vous devez attendre dix ans de plus l’électrification d’activités polluantes ; tant pis si les massacres en République démocratique du Congo redoublent d’intensité ; tant pis pour les terres que les paysannes abandonnent, faute d’eau disponible, tant pis si on ne sait toujours pas réemployer les puces et si les décharges de déchets du numérique s’étendent à perte de vue ; tant pis si les data centers dans lesquels on stocke les données de l’Etat sont soumis aux lois états-uniennes ; tant pis si la vitalité des quartiers populaires est sacrifiée aux chaleurs produites des réfrigérateurs géants. Il n’y a pas de négociations à avoir. Au contraire, le gouvernement propose de graver dans la loi une fiscalité allégée et un accès prioritaire au réseau électrique public. Le numérique dominant s’impose, rendant obsolète nos machines, nos compétences et parfois même nos corps.

Nous pensons que le moment est venu de reprendre le contrôle collectivement sur les infrastructures du numérique. La souveraineté numérique, ça ne peut pas être de tenter désespérément d’arracher un segment d’une chaîne de valeur contrôlée par des multinationales étrangères en les attirant sur le territoire français avec une législation et une fiscalité aguicheuse.

D’autres manières d’hériter de ce monde abîmé

Partout sur le territoire et à l’étranger, de nombreuses communautés s’organisent déjà pour résister à ce numérique dominant : collectifs en lutte contre les projets miniers, contre les fonderies de puces microélectroniques dédiées à l’armement et aux gourdes connectées, contre les implantations de data centers s’appropriant l’eau des rivières ou l’eau potable, ou les importations croissantes des minerais de sang ; riverain·e·s qui suffoquent déjà trop de la toxicité de ce monde industriel, qui voient des projets d’intérêt général rendus impossibles par la saturation des réseaux d’électricité ou qui cherchent à privilégier des lieux de vie où on privilégie l’humain ; comme les chercheur·euse·s qui documentent les impacts écologiques du numérique, les déchets produits, qui étudient la déchéance des utopies d’Internet ou encore les dimensions géopolitiques croissantes ; comme les artistes et designers qui cherchent à fabriquer d’autres récits et d’autres manières d’hériter de ce monde abîmé, ou qui inventent des réseaux sociaux qui tiennent avec un téléphone portable pour serveurs ; comme les communautés de logiciels libres et leshackerspacesqui fabriquent des serveurs low tech.

A l’opposé de cette loi, nous demandons collectivement un moratoire sur la construction de nouveaux data centers et la mise en place de débats publics, qui pourraient prendre la forme de conventions citoyennes, ainsi qu’un soutien aux projets de recherches actions ayant pour objectif de mettre au travail des alternatives réelles et de célébrer la joie qui circule quand on parvient à penser ensemble.

Contre la fuite en avant, ralentissons et osons faire monde commun.

Signataires : Julie Ferrua Codéléguée générale de l’Union syndicale Solidaires Raquel Radaut Porte-parole de la Quadrature du Net Ophélie Coelho Chercheuse associée à lInstitut de relations internationales et stratégiques(Iris), Centre Internet et Société, autrice Baptiste Hicse Membre du collectif StopMicro Annick Ordille Membre du collectif le Nuage était sous nos pieds Sébastien Barles Adjoint au maire de Marseille, en charge de la transition écologique Camille Etienne Autrice et militante écologiste David Cormand Député européen écologiste Clément Marquet Chargé de recherches en sciences techniques et société, Mines Paris-PSL David Maenda Kithoko Président de Génération Lumière Aurora Gómez Delgado Porte-parole du collectif TuNubeSecaMiRío Manuel Bompard Député des Bouches-du-Rhône (LFI), Adrien Montagut Codirigeant de la coopérative Commownen charge des affaires publiques Lou Welgryn Secrétaire générale de Data for Good Jérôme Moly Président de l’association GreenIt…

La totalité des signataires est ici.

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Contre la «loi simplification», ralentissons et osons faire front commun

Eric Piolle nous écrit

Pour la mobilisation « De l’eau, pas des puces » que nous organisions les 28, 29 et 30 mars derniers, les camarades de Bassines Non Merci (en lutte contre les méga-bassines du marais poitevin) avaient fait le déplacement.
Ils nous ont transmis ces échanges de messages avec Eric Piolle, le maire « écologiste » de Grenoble qui, comme on va le voir plus bas, ne voit aucun problème à l’extension du site de STMicroelectronics, souhaitant uniquement que cette extension se fasse dans de bonnes conditions. Sa position est cohérente avec celle prise par EELV38 en juin 2023, qui estimait que « ces industries sont indispensables aux transitions vers un monde bas carbone ». Le maire de Grenoble affirmait même il y a deux ans à propos de ces extensions que « c’est réjouissant ! »
Nous avions répondu à cette version très particulière de l’écologie par deux textes (lisibles ici et ). En effet,
nous estimons pour notre part que la seule attitude écologiste valable est de s’opposer au développement exponentiel de ces industries qui, loin de rompre avec le modèle capitaliste et productiviste, en sont l’expression la plus achevée.
Nous publions ces échanges afin de poursuivre ce débat.
(note : nous avons corrigé les fautes et supprimé les passages personnels)


De : Bassines Non Merci
A : Eric Piolle, maire de Grenoble
Bonjour Éric. C’est Julien Le Guet, de Bassines Non Merci.
Tu étais venu pour soutenir la liste « il est temps » dans le marais poitevin en 2021 dans les tourbières du Bourdet.
Tu t’en doutes bien, un projet comme l extension STMicro consommateur de 16 mégabassines par an nous inquiète et nous mobilise.
On est toute une équipe à être venu du Poitou ce we et ça aurait fait plaisir de te voir (on a vu un de tes adjoints aux conférences cet après midi)
On se dit que ça serait chouette de te croiser ce soir (à la Bobine) et/ou de montrer ta bobine demain à la manif a Bernin.
En tout cas, nous, ça nous ferait très plaisir de te croiser.
Julien (Le Guet)
No bassaran


De : Eric Piolle

A : Bassines Non Merci
Salut Julien, (…)
Je ne fais pas les manifs stop micro. J’ai fait une contribution très critique lors de l’enquête publique parce qu’ils demandent n’importe quoi (je peux te l’envoyer si tu veux, ainsi que quelques interviews que j’ai faites). Mais en fait je bosse avec le boss et les deux directeurs des sites pour qu’ils s’engagent à ne pas consommer plus d’eau qu’aujourd’hui. Ils en ont largement les moyens, ceux qui bossent dessus en interne le confirment. Il suffit qu’ils aient la pression côté R&D sur ce sujet et qu’ils y mettent les moyens nécessaires. La clé, c’est de les forcer à prendre un engagement public d’un part, et d’autre part de s’opposer aux travaux qui leur permettraient de faire autrement.
Bonne soirée !
C’est cool d’avoir fait le déplacement, tous les ponts sont bons à prendre !
Eric


De : Bassines Non Merci
A : Eric Piolle
Grand merci Eric de ta réactivité et de la sincérité de ta réponse. J’irai lire tes contributions et vais continuer a me documenter sur ce sujet.
Sur les bassines, je crois qu on tient le bon bout mais tu le sais les lobbies sont puissants et Macron et sa bande certainement les pires qu’on ait vu sur l’écologie au sens large.
Je peux partager ta réponse aux camarades ? Le mouvement pour l’eau prend une dimension nouvelle et les solidarités sont de plus en plus fortes.
En tout cas, bonne chance pour la suite (…).
Au plaisir de te recroiser ici ou dans le marais.
Bonne soirée
Et question importante : tu t’opposes à toute extension de site ?
Désolé de t’embêter, mais c’est LA question à clarifier.
J’arrête de t’embêter .
Bonne soirée

De : Eric Piolle
A : Bassines Non Merci
Oui oui bien sûr tu peux partager. Mes positions sont publiques.
Et non je ne suis pas opposé à l’extension du site. Je suis favorable à une stratégie européenne de la micro électronique. L’extension se fait sur le site industriel déjà. Et Grenoble est l’un des 3 sites majeurs européens sur la micro donc c’est normal qu’on contribue, comme d’autres territoires contribuent dans d’autres domaines. L’important est que cela ne se fasse pas sur les habitants des sites stratégiques ni avec leurs thunes.
Sur le dos, il faut lire. D’où aussi la pression qu’on met sur les liaisons en train. Les bouchons matin et soir sur les accès aux sites du Grésivaudan sont aberrants.
La complexité avec la micro électronique est de contrôler les usages tout en continuant à la source. Plus compliqué que sur la bioéthique où on peut contrôler à la source.
Là l’enjeu est l’explosion des puces dans tout un tas de trucs débiles. J’avais proposé un conseil citoyen du numérique pour réglementer et restreindre l’effet rebond des technos dans les objets de tous les jours.

De : Bassines Non Merci
A : Eric Piolle
Éric, je t encourage a imaginer l après puce🙃

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Eric Piolle nous écrit

Retour en images sur la mobilisation des 28, 29 et 30 mars 2025

Suite au grand week-end de mobilisation « De l’eau, pas des puces! », dont le compte-rendu est ici, voici quelques images.

(crédit photo : Léo Previtali / Engrainages)

Vendredi : vernissage des expositions de Azul Blaseotto (Vidas de litio), Maud et Elsa Lecarpentier (Toujours puce), Nicolas Rouillé (L’or et l’arsenic) et Berninformé (les paysages du Grésivaudan).

Collecte de déchets numériques.

Conférence d’Agnès Crépet de Fairphone et du Mouton numérique sur les chaînes d’approvisionnement de l’industrie high-tech.

Table-ronde sur l’extractivisme aux Amériques, avec Marc Fafard et Azul Blaseotto.

Concert de la Chorageuse.

Fabien Lebrun et David Maenda Kithoko de Génération Lumière sur les liens entre l’extractivisme et la situation politique de la République Démocratique du Congo.

Samedi : présentation de STopMicro sur l’industrie des tests, assemblage et packaging des semi-conducteurs.

Préparation des repas.

Table-ronde sur le lithium, avec Stop Mines 03, Minas não, sim à Vida et Disrupt Tesla.

Lectures du livre de Nicolas Rouillé L’Or et l’arsenic.

Décoration de la tour Perret.

Prise de parole de STopMicro et des Soulèvements de la terre « Pourquoi nous luttons contre les agrandissements des usines de microélectronique dans le Grésivaudan ».

Concert de Première Partie, suivie-s des Chevals Hongrois.

Dimanche : manifestation à Bernin et à Crolles.

 

 

 

(crédit photo : Antoine Lapras)

(crédit photo : Léo Previtali / Engrainages)

(crédit photo : Léo Previtali / Engrainages)

(crédit photo : Léo Previtali / Engrainages)

(crédit photo : Léo Previtali / Engrainages)

(crédit photo : Léo Previtali / Engrainages)

(crédit photo : Léo Previtali / Engrainages)

Merci à toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de ce week-end.
On continue, on lâche rien!
Arrêt des extensions d’usines de micro-électronique de Crolles et Bernin!
De l’eau, pas des puces!

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Retour en images sur la mobilisation des 28, 29 et 30 mars 2025

3000 personnes déterminées à stopper l’extension de l’industrie des puces à Grenoble

A Bernin, près de Grenoble, plus de 3000 personnes ont manifesté ce dimanche à l’appel de STopMicro et des Soulèvements de la terre. Après un passage devant l’usine STMicroelectronics, les manifestant.es ont construit une vigie sur les terres agricoles et vergers menacés d’expropriation pour l’extension de Soitec.

Ils et elles exigent l’abandon des projets d’extension des usines de STMicroeletronics et de Soitec, deux industriels fabriquant des puces électroniques, qui projettent d’artificialiser des terres agricoles et d’accaparer de très grandes quantités d’eau potable. En parallèle de la manifestation un « Comité Essentiellement Antipuces » a informé la presse du désarmement à Saint-Egreve du site de Teledyne, complice du génocide en Palestine. Vendredi et samedi, plus de 1000 personnes s’étaient déjà réunies à Grenoble pour un colloque international intitulé « Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation ».

C’est aujourd’hui la manifestation la plus massive du collectif à ce jour : la première en 2023 avait réuni 1000 personnes devant les usines de STMicroelectronics à Crolles. En 2024, 2000 personnes ont défilé sur la presqu’île scientifique de Grenoble où est situé leur centre de recherche et développement. La contestation menée par le collectif STopMicro ne fait que croître et la lutte paye : le chantier de STMicroelectronics est toujours à l’arrêt en attente d’autorisation préfectorale et Soitec a annoncé la suspension de son projet d’extension. Cependant, la Communauté de communes du Grésivaudan poursuit sa volonté d’étendre l’usine. Pour cela, elle menace d’exproprier plusieurs agriculteurs et de bétonner les 11 hectares de terres agricoles jouxtant Soitec.

Dès midi, les manifestant-es ont rejoint Bernin pour un grand repas confectionné par les cantines militantes.

Le numérique à l’intersection des luttes anticapitalistes

La manifestation s’est ensuite élancée derrière la banderole du collectif STopMicro – De l’eau, pas des puces, contre l’accaparement des ressources par les industriels et la « vie connectée » – suivie de cinq cortèges thématiques, regroupant des collectifs en lutte contre l’extractivisme, pour la paysannerie, anti-militariste, critique du numérique sur un cortège regroupant les luttes écologistes. Le numérique est la pierre angulaire du capitalisme moderne, elle se trouve à l’intersection de toutes ces luttes. Divers collectifs  pour la défense de l’eau ont aussi fait le déplacement. Un convoi de militant.es anti-bassines est même venu du marais poitevin avec une loutre géante sur une barque.

Devant les grilles de STMicrolectronics pour dénoncer ses nuisances

La manifestation a défilé devant les immenses usines STMicroelectronics. Une prise de parole s’y est tenue, énumérant les nuisances locales, l’accaparement et la pollution de l’eau, ainsi que les nuisances globales comme celles liées à l’extractivisme.

La fabrication de puces pompe des quantités astronomiques d’eau potable. STMicroelectronics et Soitec, après agrandissement, devraient consommer plus d’eau que la ville de Grenoble, alors que les habitant·es et les agriculteur·ices connaissent des restrictions lors des sécheresses. La nappe phréatique sous Grenoble est déjà lourdement polluée par les industries chimiques. Les usines de semi-conducteurs, quant à elles, polluent l’Isère en rejetant du phosphore, de l’azote, du cuivre, des hydrocarbures et des PFAS dans des quantités faramineuses. 

Une centaine de personnes s’en prennent au site de puces de Teledyne, complice du génocide en Palestine

En milieu d’après-midi, alors que la manifestation s’était arrêtée devant l’usine de STMicroelectronics, nous avons appris qu’en parallèle, un groupe d’une centaine de personnes ont désarmé le site de Teledyne à Saint-Egreve de l’autre côté de Grenoble. Le communiqué du Comité Essentiellement Antipuces publié sur différents médias (https://dijoncter.info/grenoble-100-personnes-s-en-prennent-au-site-de-puces-de-teledyne-complice-du-6115) explique les raisons de leur action. Teledyne partenaire de STMicroelectronics est « un acteur majeur de la production de puces dans le bassin grenoblois ». Ces puces sont notamment dédiées à la production d’armes vendues à l’Etat israëlien qui sont actuellement utilisées dans les massacres de population en Palestine. Le site de Saint-Egreve a été repeint, ses grilles coupées et différents dommages matériels effectués en vue de mettre l’usine « hors d’état de nuire ».

Une vigie pour prévenir l’agrandissement de Soitec sur des terres agricoles et vergers

Enfin, les manifestant-es ont marqué la fin de la manifestation avec la construction d’une vigie dans l’une des parcelles agricoles sur les 11 ha de terres et vergers menacés d’artificialisation. Pour permettre l’expropriation des quatre agriculteur-ices concerné-es, ces terres devront être déclarées « zone urbaine industrielle » afin de les rendre constructibles, lors d’une enquête publique qui se déroulera dans les semaines à venir. L’un des quatre agriculteur-ices concerné-es prend la parole : « L’usine va m’entourer complètement, elle condamne l’exploitation. Je suis à 6-7 ans de la retraite, il n’y aura aucune transmission possible… Aucun jeune ne se mettra au milieu des bâtiments » Mais rien n’est encore joué.  Cette vigie fait aujourd’hui figure d’avertissement et de base pour réagir : ce sera « la seule construction qu’il y aura sur ces terres. On ne les laissera pas s’agrandir », ont conclu les militant-es dans une dernière prise de parole.

Le collectif STopMicro continuera de s’opposer aux agrandissements des usines de la microélectronique, ici comme ailleurs. Le front contre l’emballement numérique se constitue, renforçons-le.

(plus d’images ici)

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur 3000 personnes déterminées à stopper l’extension de l’industrie des puces à Grenoble

Déjà 700 personnes réunies au colloque avant la manifestation de dimanche contre l’extension de STMicroelectronics et Soitec

Une grande mobilisation contre l’accaparement des ressources par les industries du numérique et la « vie connectée » a lieu ce weekend à Grenoble à l’appel de STopMicro et des Soulèvements de la terre, avec deux jours de colloque vendredi et samedi et une manifestation dimanche à Bernin contre l’extension de STMicroelectronics et Soitec.

Plus de 700 personnes sont déjà réunies à la Bobine pour le colloque international  « Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation ».  Cet afflux reflète l’essor pris par la lutte ainsi que le travail d’enquête et de transmission des enjeux faits depuis des années par le collectif STopMicro. Pendant ces deux jours des intervenant.es de nombreux pays (Argentine, Congo, Portugal, Canada, etc.) ont exposé un panorama mondial de la filière des semi-conducteurs et de ses nuisances. A l’extérieur, un village associatif s’est déployé où sont présents une série d’ateliers, des tables de presse, des expositions, des concerts et des spectacles. En parallèle, la manifestation de dimanche se prépare avec des ateliers de chants, la confection de banderoles et la construction de chars.

Les exposés ont mis en avant la matérialité de toute la chaine d’approvisionnement et de production des semi-conducteurs dans le monde entier, allant de l’extraction de métaux au Canada, au Congo et en Argentine, jusqu’aux usines d’assemblage en Asie du sud-est. Ce colloque dénonce ainsi les conséquences environnementales et les conditions de travail désastreuses induites par l’industrie du numérique au quatre coins du globe. En effet, derrière le mensonge de la relocalisation se cache en réalité une forte division internationale du travail au détriment des pays du Sud global, reposant ainsi sur des rapports coloniaux. Face à ces nuisances globales et locales et aux extensions annoncées de ces usines, la mobilisation continuera demain devant les usines du Grésivaudan.

Ce week-end, nous avons vu la ville de Grenoble se décorer de peintures, affiches, grandes banderoles du haut d’une tour ou du périph’ et même d’une projection sur les falaises appelant à la grande manifestation de dimanche à Bernin. ( https://stopmicro38.noblogs.org/post/2025/03/25/a-grenoble-on-naime-pas-les-puces/ )

Rejoindre la manif – Pour la rejoindre, rendez-vous est donné dès midi au Cube, 170 Le Clôt, 38190 Bernin. Des cantines militantes proposeront des repas à prix libre. Il est possible de venir jusqu’au point de départ en train, depuis la gare de Brignoud, en vélo avec un rendez-vous à Grenoble à 10h devant la Bobine, en covoiturage avec un rendez-vous entre 11h et 11h30 au parking de l’anneau de vitesse de Grenoble (Boulevard Clémenceau) ou sur la plateforme Mobicoop dédiée. Sur place, les voitures pourront se garer au parking du parc des Écoutoux et du château de la Veyrie.

Rendez-vous presse – Nous donnons rendez-vous aux journalistes à 13h pour un point presse au Cube avant le départ de la manifestation qui aura lieu à 14h, en présence de STopMicro, les Soulèvements de la terre, l’Atelier paysan, l’observatoire des armements, Génération Lumière et Écran Total.

A l’heure de la catastrophe écologique et sociale, nous défendons les terres nourricières face aux usines qui produisent des puces pour les Tesla, l’intelligence artificielle et la bombe atomique.

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Déjà 700 personnes réunies au colloque avant la manifestation de dimanche contre l’extension de STMicroelectronics et Soitec

À Grenoble on n’aime pas les puces !

Suite à notre appel à se réapproprier l’espace contre la tech et ses nuisances, des peintures et des banderoles ont fleuri un peu partout dans la ville… Fleurs bien éphémères car enlevées ou repeintes en quelques heures à peine.

Photos ci-dessous de celles aperçues :

Sur la Chartreuse

Sur la Bastille

 

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur À Grenoble on n’aime pas les puces !

Appel à se réapproprier l’espace contre la tech et ses nuisances

Le déferlement technologique vous débecte ?  L’accaparement des ressources par les industries vous révolte ? Les nuisances de Soitec et STM vous indignent ? Les extensions qui exproprient des agriculteurs et artificialisent des terres agricoles vous écœurent ? La vie connectée vous donne la nausée ?

Nous aussi !

Pour faire valoir que nous sommes plein à ne pas vouloir de leur monde connecté et de ses multiples nuisances, on appelle à une grande réappropriation de l’espace avant le weekend de mobilisation du 28-29-30 mars. Peintures, banderoles, sculptures ou toute autre manière de se réapproprier l’espace sont les bienvenues : des plus audacieuses au plus créatives !

 

Et notamment :

– DES BANDEROLES : on vous invite à tendre à vos balcons des banderoles à partir du lundi 24 mars, pour appeler à la manif du 30/03 à Bernin ou pour marquer votre soutien à la lutte !

– DES DESSINS ET DES MOTS : avec de la peinture et de la prose, on fait de belles choses dans les rues.

Envoyez-nous les belles décos que vous aurez croisées ! Elles seront publiées ici.

La cuvette n’ignora pas la mobilisation contre les industries de la micro !

 

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Appel à se réapproprier l’espace contre la tech et ses nuisances

11 hectares contre le numérique

11 hectares contre le numérique

Mettre un coup d’arrêt à la numérisation du monde

Les lecteurs et lectrices de Lundi.am connaissent la lutte menée par le collectif STopMicro contre les agrandissements de deux usines de puces électroniques et l’accaparement des ressources naturelles qu’ils impliquent et le projet politique de « vie augmentée » que ces entreprises promeuvent.

On se souvient que l’an dernier, la mobilisation du collectif avait participé – dans une sorte d’« alliance objective » avec les forces cycliques du marché des semi-conducteurs – à l’annonce de la suspension du projet d’extension d’un de ces deux industriels.

Aujourd’hui, STopMicro et les Soulèvements de la terre appellent à une mobilisation encore plus large pour transformer cette suspension en abandon pur et simple, et pour empêcher l’artificialisation de 11 hectares de terres agricoles. Des noix, pas des puces : ça se passe à Grenoble les 28, 29 et 30 mars.

 

Le décor

Le décor, c’est au choix : de vastes salles blanches de 26 mètres de haut, avec une circulation de l’air contrôlée, un niveau d’hydrométrie constant, des racks d’alimentation en fluides (électrique et chimique) provenant des installations techniques nécessaires au fonctionnement des équipements de production, ainsi que certains éléments de ces réseaux (VMB, échangeurs de chaleur, panoplies de distribution), des équipements de production (pompes, systèmes de traitement des rejets gazeux, échangeurs de chaleur)… hum, bref, vous voyez. Mais c’est aussi des champs de maïs, de soja et des noyers. De maïs non irrigué parce qu’ici la nappe phréatique affleure tellement qu’il n’est pas nécessaire de procéder à une irrigation complémentaire.

Contrairement à la fable du chat de Schrödinger, on ne peut pas avoir « à la fois » les vastes salles blanches et en même temps les champs de maïs, le soja, les noyers. L’univers est ainsi fait que, lorsque l’on veut construire de nouvelles salles blanches, il faut artificialiser les terres agricoles.

 

Une histoire d’eau


C’est ce qui se passe dans le Grésivaudan, la vallée de l’Isère entre Grenoble et Chambéry, depuis les années 1970. Sous l’impulsion du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) de Grenoble, désormais spécialisé en micro et nanotechnologies, et grâce à la présence d’un réseau d’eau potable de très bonne qualité, de nombreuses entreprises du secteur de la micro-électronique s’implantent sur les rives de l’Isère. La présence du CEA leur garantit ce qu’elles appellent un « écosystème technologique »1 (en fait : la forte présence d’autres entreprises et centres de recherche publique ou privé du secteur). L’eau pure leur sert aux processus industriels nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs. En effet, la fabrication de puces électroniques nécessite la gravure sur une plaque de silicium de nombreux métaux et produits chimiques (cuivre, tantale, cobalt, azote, phosphore…). Chaque étape – il y en a plusieurs centaines – est suivie du rinçage de la plaque par une eau abondante. Cette eau abondante est fournie aux industriels par le réseau d’eau publique local : il s’agit bel et bien d’eau potable. Laquelle, après utilisation et retraitement, est rejetée dans l’Isère, chargée des résidus de l’opération.

Précisons que lorsque l’on parle d’« eau abondante », ce n’est pas de la rigolade, mais bien de quantités titanesques. La gravure d’une seule plaque de puces électronique de 30 centimètres de diamètre (sur laquelle on trouve 300 à 400 puces) nécessite entre 5 et 15 mètres cubes d’eau. Le projet d’agrandissement de l’une des deux usines que nous contestons vise à porter sa production annuelle à 620 000 plaques. Alors là on arrive sur des volumes à peine croyables, quand on multiplie ces 620 000 plaques par 5 000 litres, qu’on fait des conversions, qu’on cherche quelle est l’unité la plus parlante, le litre ? le mètre cube ? On tente le litre par seconde, le million de mètre cube par an. On s’essaye à la comparaison avec la méga-bassine de Sainte Soline, avec le volume d’une piscine olympique. On parle en kilomètres de palettes de bouteilles d’eau, on compare avec la consommation des villes voisines… S’il faut synthétiser tout ça, vous pouvez retenir que cette seule usine demande l’autorisation de consommer jusqu’à 260 litres d’eau potable par seconde, ce 24h/24 et 7j/7. L’eau est précieuse, économisons-là, alors pensez bien à couper l’eau sous la douche quand vous vous savonnez ! Une autre comparaison, c’est que 20 % de l’eau potable du réseau d’eau de Grenoble, de sa communauté de communes et de la communauté de communes voisine est actuellement absorbée par cette industrie.

 

Retour à la terre


Mais revenons à nos terres agricoles. Car toute cette consommation d’eau a lieu quelque part. Ce quelque part, ce sont les communes de Crolles et Bernin, où sont installées les usines de STMicroelectronics, entreprise du CAC40 et premier employeur isérois, et de Soitec, certes cotée en Bourse mais pas au CAC40, mais qui est tout de même le quatrième employeur local. Deux entreprises ayant le point commun d’être issues de recherches publiques – et militaires – menées au CEA de Grenoble et aimablement transférées au secteur privé avant d’être perfusées aux subventions publiques. Deux usines situées sur deux communes différentes mais en réalité distantes de 300 mètres et séparées par un charmant ruisseau dénommé de façon non moins charmante le Craponnoz.

Deux entreprises qui, depuis leur installation dans le Grésivaudan, respectivement en 1992 et 1999, n’en finissent pas de s’agrandir et de baptiser leurs extensions de doux intitulés : Crolles 300, Crolles 2, Alliance, Bernin 2, Bernin 3, Bernin 4 (on peut aussi dire B4, c’est cool).

Comme le savent les lecteurs et lectrices de LM qui sont aussi amateurs de Paris Match, il faut parfois savoir ajouter au poids des mots le choc des photos. Alors voici quelques images satellite du site, en 1989, 1992 et 2021.

 

Comme on le voit, ça se remplit et il n’y aura bientôt plus de place. Et pourtant…

Lors de l’été 2022, Emmanuel Macron en visite à Crolles venait injecter 2,9 milliards d’argent public dans le joujou et évoquait « le plus gros investissement industriel depuis les centrales nucléaires »2 : un triplement des capacités de production (et de la consommation d’eau) et la mise en route d’une « méga-fab » pour produire ici les semi-conducteurs nécessaires à notre mode de vie toujours plus connecté. L’hiver suivant, un dirigeant de Soitec venait plaider sa cause lors d’une réunion de la Communauté de communes. Pour construire les usines Bernin 5 et Bernin 6, il fallait que la Comcom agrandisse la zone d’activités économiques (ZAE) et bétonne 11 hectares de terres agricoles. Ni une ni deux, la Comcom s’empressa de délibérer et d’exaucer l’industriel : la ZAE s’agrandirait. Et qu’importe que le plan local d’urbanisme ne corresponde pas : on le modifiera, et vogue la galère !

Ces deux beaux projets d’agrandissement, de STMicroelectronics et de Soitec, issus de la même « stratégie » de monoculture de puces électronique sous la coordination du CEA, s’ils se concrétisent, poursuivraient la bétonisation de la zone. Appliquons une seconde fois la méthode Paris Match :

 

En violet, les surfaces liées à l’agrandissement de ST (les « gateways » sont les salles blanches elles-mêmes, la « STEL3 » est la station de retraitement des eaux usées que l’entreprise se propose de construire en prolongement de la STEL et de la STEL2. En mauve, le parking dit « provisoire » qui doit à terme disparaître. Et en rouge, l’agrandissement de la zone d’activités économiques liée à Soitec. C’est beau !

On notera la forme originale de l’agrandissement de la ZAE, qui permet à la ferme de l’un des agriculteurs lésé d’être bien entourée : on lui a laissé un petit coin bien au chaud en frontière de l’usine, qui lui permettra d’être aux premières loges des innovations disruptives du monde de demain : fabrication de composants électroniques pour la dissuasion nucléaire, pour les radars des avions de chasse Rafale, pour des tondeuses à gazon autonomes, pour des gourdes connectées, pour des dispositifs de guidage GPS du bétail… (comme détaillé dans l’une de nos enquêtes3).

 

Vaccination

Il y aurait long à détailler sur les aspects techniques : nous renvoyons vers la plantureuse documentation que nous avons produite4 (en particulier pour Soitec5 et pour ST6). Mentionnons seulement ce détail croquignolesque : l’an dernier, alors que les membres de STopMicro distribuaient depuis des mois tracts et affiches contre les agrandissements, Soitec annonçait discrètement la suspension de son extension7. Tout aurait pu en rester là… mais c’était sans compter le soutien aveugle des pouvoirs publics à l’industrie de la microélectronique. La communauté de communes, porteuse de la ZAE poursuit, elle, le projet d’artificialisation des terres agricoles. On bétonnera les terres, on coupera les noyers. Faut-il y voir une conséquence de la situation décrite il y a vingt ans par le député de l’Isère (et élu municipal de Crolles) ? « Ici, les élus ont été vaccinés à la high-tech. Cela permet d’avancer plus vite et d’éviter de se poser des questions métaphysiques »8. Après une concertation préalable en novembre, on va attaquer très prochainement la phase de l’enquête publique, préalable à divers arrêtés préfectoraux et à des expropriations fin 2025, début 2026.

Heureusement, certaines personnes soulèvent ces questions métaphysiques. L’agitation portée par le collectif STopMicro depuis deux ans et demi9 est largement prise en compte par les industriels et les élus vaccinés. Alors que six organisations paysannes viennent de prendre position contre ce projet industriel10, nous espérons empêcher la réalisation de ce projet. Transformer la « suspension » en « abandon ».

Il arrive parfois que la vague du « progrès » technologique se fracasse contre le mur du réel. C’est ce que nous comptons provoquer ce printemps, depuis ces 11 hectares contre le numérique. Est-ce l’effet des « questions métaphysiques » que nous nous sommes posées ? Nous pensons en effet qu’il est préférable de cultiver des noix plutôt que de fabriquer des bombes atomiques.

 

En conséquence


C’est pourquoi, les 28, 29 et 30 mars, STopMicro et les Soulèvements de la terre organisent trois jours de réflexion et de mobilisation contre la numérisation du monde et l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique.

Vendredi 28 et samedi 29 mars à Grenoble (La Bobine), colloque international « Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation » sur l’emprise technologique néo-coloniale. Avec la participation de Génération Lumière, Fabien Lebrun, Fairphone, Azul Blaseotto, Marc Fafard, Hélène Tordjman, Nicolas Rouillé, Stop Mines 03… et un grand village associatif la journée du samedi (et le soir, le tirage de la tombola « Des lots, pas des puces »)

Dimanche 30 mars à Bernin, manifestation festive « De l’eau, des terres, pas des puces » contre les extensions de ST et Soitec, avec cantine à midi et départ à 14h.

Pendant tout le week-end on mangera des noix et on boira de l’eau. À part ça, toutes les informations pratiques, le texte d’appel et le programme sont disponibles ici.

No puçaran !

Article publié sur Lundi Matin.

8Le Monde, 17 avril 2002.

Publié dans General | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur 11 hectares contre le numérique

Lundi 17/03 à Grenoble : présentation publique de la lutte et de la mobilisation

Lundi 17 mars 2025
Présentation publique à la Maison des associations de Grenoble (6 rue Berthe de Boissieux)

Deux ans et demi après les premières annonces d’agrandissement de ST, où en est la lutte ?

Nous reviendrons sur la lutte menée depuis deux ans contre les nuisances et l’accaparement des ressources par les industries de la microélectronique, nous parlerons des actualités des projets d’agrandissement de ST et Soitec et nous présenterons le grand week-end de mobilisation »De l’eau, pas des puces! » des 28, 29 et 30 mars.

Rendez-vous dès 19h pour un repas partagé.
Réunion publique à 20h.

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Lundi 17/03 à Grenoble : présentation publique de la lutte et de la mobilisation

Bruno Le Maire & les semi-conducteurs : des subventions à la reconversion

Nous relayons ci-dessous deux articles parus dans le dernier numéro du Postillon :
  • un sur le nouvel emploi de Bruno Le Maire chez ASML, l’un des principaux équipementiers de STMicroelectronics… Et, souvenez-vous : ST c’est justement cette entreprise qui s’agrandit (et qui donc aura besoin de nouvelles machines !) et pour laquelle l’ancien Ministre de l’économie avait annoncé 2,9 milliards de subventions publiques en 2022 !
  • un autre court article sur le retrait de GlobalFoundries du projet d’agrandissement d’ST.

Suivez l’argent, il mène à Le Maire

Imaginez. Un ministre conclut fièrement un accord prévoyant de verser des milliards d’euros à un fabriquant de kouign-amann, contre la promesse de mille emplois. Deux ans et demi plus tard, il n’y a aucun emploi créé ; par contre le ministre, viré depuis, est embauché par le producteur de beurre salé fournissant le fabricant de kouign-amann pour des centaines de millions d’euros par an. Scandaleux, non ?

Et pourtant, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique ne voit pas où est le problème. C’était une métaphore d’une histoire entre l’ancien ministre Bruno Le Maire et les multinationales STMicroelectronics et ASML.

Sont quand même sacrément polyvalents ces macronistes ! On savait déjà que Bruno Le Maire trouvait le temps d’écrire des livres tout en étant ministre. On apprend aujourd’hui qu’il a créé une société alors qu’il était toujours en poste au ministère de l’Économie, des finances et de la souveraineté industrielle, qu’il a occupé pendant sept années. Quelques jours avant d’être débarqué en septembre 2024, il crée la société par actions simplifiées unipersonnelle 48 Jacob (c’est son adresse dans le 6ème arrondissement de Paris). Son objet est « l’organisation, l’animation, la tenue de, et la participation à des conférences  ». Rien que du classique pour un ancien homme d’État, les exemples d’anciens ministres ou présidents se faisant payer des centaines de milliers d’euros pour quelques heures de blablabla à l’étranger étant légion.

Mais moins de deux mois plus tard, Bruno Le Maire a déjà changé d’idée de business. Le 5 novembre 2024, il saisit la HATVP (Haute autorité pour la transparence de la vie publique) pour une «  demande d’avis sur son projet de modifier l’objet social de sa société par actions simplifiées 48 Jacob dans le but de délivrer des prestations de conseil auprès de la société ASML Holding, société néerlandaise spécialisée dans le secteur des semi-conducteurs. »

Polyvalent… et prévoyant. Bruno Le Maire ne veut pas se faire accuser de «  prise illégale d’intérêt » ni d’une activité qui soulèverait « des difficultés d’ordre déontologique », c’est pour ça qu’il demande à l’HATVP son avis. Aurait-il lui-même quelques raisons d’avoir des doutes ?

Il y a prise illégale d’intérêts quand un membre du gouvernement a pris ou reçu « une participation par travail, conseil ou capitaux dans une entreprise privée alors qu’il a été chargé, dans le cadre des fonctions qu’il a effectivement exercées au cours des trois dernières années, soit d’assurer la surveillance ou le contrôle de cette entreprise, soit de conclure avec elle un contrat de toute nature ou de formuler un avis sur un tel contrat, soit de proposer à l’autorité compétente des décisions relatives à des opérations de cette entreprise ou de formuler un avis sur de telles décisions. »

Pour la HATVP, ce n’est pas le cas en l’espèce : « Il résulte de l’attestation de Monsieur Le Maire que l’intéressé n’a accompli, dans le cadre de ses fonctions gouvernementales au cours des trois dernières années  » aucun de ces actes à l’égard de la société ASML Holding ou d’une entreprise du même groupe. Les membres de la HATVP en concluent donc que « dans ces conditions et en l’état des informations dont dispose la Haute Autorité, le risque de prise illégale d’intérêts peut donc être écarté, sous réserve de l’appréciation souveraine du juge pénal  ».

On touche là à la fameuse différence entre la lettre et l’esprit de la loi. Si on s’en tient à la lettre de la loi, effectivement, le ministre Le Maire n’a jamais aidé la société ASML. Si on se préoccupe plus de «  l’esprit » de la loi, on ne peut qu’être dubitatifs face aux conclusions de la HATVP. Rentrons donc dans les détails de cette affaire.

Une des plus grandes fiertés du ministre Bruno Le Maire est d’avoir présidé à la signature, en juillet 2023, du contrat entre l’État français, STMicro et GlobalFoundries (voir encart) pour l’extension du site de ST Micro de Crolles. Dans la balance : 2,9 milliards d’euros d’argent public pour 1 000 emplois créés. Ça fait déjà très cher payé (2,9 millions par emploi soit 116 années au Smic) mais pour l’instant même cet objectif est très loin d’être rempli : de nouveaux emplois il n’y a point et STMicro vient même d’annoncer de futures suppressions de postes (voir l’article page suivante).

Si le rapport entre argent investi (7,5 milliards d’euros en tout en comptant l’argent mis par les entreprises) et nombre d’emplois créés est si faible, c’est parce que pour l’industrie de la microélectronique, l’investissement en machines est colossal, les salles blanches étant de plus en plus automatisées. Les plus coûteuses de ces machines sont celles de photolithographie : pour la précision des gravures des puces électroniques actuelles, elles peuvent coûter jusqu’à 350 millions d’euros, soit quatre fois le prix d’un Airbus A320. Actuellement, il y a une entreprise qui a quasiment le monopole sur la fabrication de ces machines dernière génération : c’est la société ASML.

L’économie relevant pratiquement du secret défense, on ne peut trouver aujourd’hui aucune trace écrite prouvant que les machines achetées pour l’extension de STMicro à Crolles sont achetées à ASML. Mais comme on dit en termes judiciaires, on dispose quand même d’un « faisceau d’indices concordant ». Déjà, remarquons que le siège d’ASML France se situe à Crolles, à quelques centaines de mètres des salles blanches de STMicro. Ensuite, il est très peu probable que STMicro se fournisse ailleurs, comme nous l’ont confirmé plusieurs salariés. «  De toute façon, tous les équipements dans les salles blanches de Crolles, c’est de l’ASML » nous confie l’un d’eux. « Au moment de l’annonce de l’extension, le module 4 était construit mais pas encore équipé. Depuis, ce sont des équipements ASML qui ont été mis dedans  », confirme une déléguée syndicale. Un cadre de STMicro abordé au Tech&Fest abonde : « Pour les dernières technologies avec des gravures très précises, on n’a pas le choix, leurs concurrents n’y arrivent pas. Et puis le principal concurrent c’est Nikon, un japonais, alors on préfère quand même acheter à une boîte européenne. » En dehors de l’achat de machines neuves, il y a de toute façon l’entretien de celles qui sont déjà là, comme nous le raconte une autre salariée : « On achète du matériel à ASML en permanence et on a aussi un contrat de maintenance avec eux et un partenariat industriel qui existe depuis de nombreuses années. Les pièces fournies par ASML pour l’entretien des machines sont très coûteuses. On parle pour certaines de plusieurs centaines de milliers d’euros… »

Bref. Ce faisceau d’indices nous permet d’affirmer qu’ASML facture pour des dizaines – voire des centaines – de millions d’euros par an à STMicro Crolles. Dans les derniers comptes disponibles pour STMicro Crolles, on voit que le site a reçu pour 521 millions d’aides en 2023, la première partie des 2,9 milliards de l’État qui doivent s’étaler sur 5 ans. Quelle part de cette somme a donc servi à payer les factures d’ASML ? L’association « actionnaires pour le climat » a fouillé les comptes 2023, et trouvé que 67,6 % des investissements annuels de STMicro vont aux équipements (le reste allant aux constructions immobilières).

Apparemment, la HATVP ne s’est pas posé la question, même si, côté déontologie, elle doit nuancer quand même son avis positif : «  Il ne saurait être exclu que Monsieur Le Maire soit amené à entreprendre des démarches auprès des responsables et agents publics avec lesquels il travaillait durant l’exercice de ses fonctions gouvernementales. » D’où deux réserves : il devra s’abstenir « de toute démarche, y compris de représentation d’intérêts  » auprès « des membres du gouvernement en exercice en même temps que lui » et « des services sur lesquels il avait autorité ». D’avoir à effectuer ce genre de recommandations est quand même assez représentatif de l’état de la prise illégale d’intérêts dans notre pays.

Même le rapport d’enquête publique d’octobre 2023 pour l’extension du site de STMicro soulève « que le maître d’ouvrage reste silencieux » sur la question des modalités et de l’utilisation de cette aide et « regrette que le maître d’ouvrage n’ait pas donné plus de précisions sur cette aide substantielle de l’État.  » Comme les syndicats, nous avons demandé à avoir accès aux détails de l’accord signé entre l’État et STMicro… Réponse en une seule phrase du ministère de l’économie : «  Nous ne commenterons pas à ce stade.  » Son ancien patron Bruno Le Maire doit néanmoins avoir une idée bien précise de combien de millions sont allés dans les poches d’ASML.

———————————————————————————————————————————-

Et sinon ? GlobalFoundries a posé un lapin à STMicro

Tous les industriels sont des menteurs, en microélectronique peut-être encore plus qu’ailleurs.

L’économie est un grand jeu de poker menteur : entre les déclarations prétentieuses et la réalité, il y a souvent un gouffre. Ça n’empêche pas la plupart des journalistes de copier-coller généralement toutes les énormités que peuvent dire les industriels ou les élus qui les soutiennent. Ainsi des hourras médiatiques avaient accompagné l’annonce de l’extension de STMicro Crolles. L’accord signé prévoyait notamment un partenariat entre STMicro et GlobalFoundries, un autre géant des semi-conducteurs, domicilié aux îles Caïmans, qui a pour principal actionnaire le groupe Mubadala, un fonds souverain des Émirats arabes unis. « C’est le plus grand investissement industriel des dernières décennies hors nucléaire et un grand pas pour notre souveraineté industrielle », se félicitait à l’époque le ministre de l’économie et des finances, M. Bruno Le Maire. Le président Macron renchérissait : « C’est la première fois qu’un tel projet associe ces deux types d’acteurs jouant sur des synergies, des complémentarités, de manière totalement inédite. »

Dans la réalité, il semble que ce jour de juillet 2022 soit le seul moment où les représentants de GlobalFoundries aient mis les pieds à Crolles. Depuis, on ne les a plus revus et pour cause, l’entreprise n’aurait en fait jamais véritablement envisagé d’investir en France. D’après la CGT de ST Crolles, en 2022, l’année où l’accord crollois était annoncé, le PDG de GobalFoundries avait assuré que son entreprise ne mènerait pas plusieurs projets de développement en même temps. En mars 2024, L’Usine Nouvelle révèle : « Depuis fin 2023, on nous dit que GlobalFoundries ne répond plus, confie [un cadre opérationnel sur le site de STMicro Crolles] On devrait avoir déjà des dizaines de salariés de GlobalFoundries sur le site. Il n’y a à ce jour personne de cette société. » En novembre 2024, GF annonce avoir reçu une subvention de 1,5 milliard de dollars aux États-Unis. Un syndicaliste de la CGT explique l’entourloupe : GlobalFoundries a utilisé STMicro et l’État français pour faire du chantage à la subvention aux États-Unis. Et le pire c’est que ça a marché, l’État et les médias français se faisant complètement avoir. Même si a priori GF n’a pas reçu d’argent.

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Bruno Le Maire & les semi-conducteurs : des subventions à la reconversion

Acqua, non chip!

Tutti e tutte a Grenoble dal 28 al 30 marzo 2025

Il collettivo STopMicro e i Soulèvements de la terre organizzano una grande mobilitazione a Grenoble contro lo sfruttamento delle risorse da parte delle industrie del digitale e contro la “vita connessa”. Soitec e STMicroelectronics, due industriali fabbricanti di semiconduttori (chip), prevedono di distruggere terreni agricoli e di consumare sempre più acqua potabile per ampliare le loro fabbriche. Per impedire queste espansioni e rafforzare il fronte contro la fuga in avanti tecnologica e i disturbi industriali, vi invitiamo a due giorni di conferenze e dibattiti a Grenoble, il 28 e 29 marzo, e a una grande manifestazione a Bernin, nei pressi di Grenoble, il 30 marzo.

La microelettronica ci prosciuga e ci avvelena

Grenoble, cuore della «Silicon Valley» francese, è il regno delle micro e nanotecnologie. In questo regno popolato dalle aziende del Commissariato per l’energia atomica (CEA) dove domina una politica pubblica di sostegno impeccabile alla microelettronica, le due aziende STMicroelectronics (ST) e Soitec sono centrali. Le fabbriche di ST e Soitec consumano 185 litri d’acqua potabile al secondo, il che equivale a svuotare un mega bacino come quello di Sainte-Soline ogni 40 giorni. In piena siccità, quando è vietato ai privati innaffiare l’orto e mentre i contadini sono razionati, la ST e la Soitec continuano ad inghiottire l’acqua potabile dalle reti pubbliche, senza restrizioni. Infatti, l’elettronica è uno dei settori industriali più voraci in acqua perché è necessaria per la produzione dei chip. ST e Soitec inquinano il fiume Isère con i loro rigetti industriali beneficiando di deroghe per tali inquinamenti. Dopo il trattamento, l’acqua scaricata nell’Isère dalle due fabbriche è caricata con sostanze molto tossiche – ammoniaca, cloro, esafluoruro, fosforo, PFAS… Come per le mega-vasche, sono le questioni della condivisione delle risorse e delle scelte di società che ci vengono oggi poste con questi progetti di ampliamento.

Proliferazione di oggetti connessi

I chip prodotti nella regione di Grenoble sono principalmente destinati ai mercati delle macchine elettriche, degli oggetti connessi e della telefonia mobile. Vanno trovati ad esempio nelle macchine Tesla e le reti satellitari Starlink di Elon Musk, nella videosorveglianza aumentata con l’IA, negli elettrodomestici, nella 5G e anche nei costumi di bagno e le borracce connesse. L’industria microelettronica opera per la numerazione del mondo : una manna finanziaria e un attrezzo di controllo senza paragone, che riconfigura il sistema capitalista e che cambia radicalmente il nostro modo di vita.

Il digitale contro l’agro-ecologia contadina

Fra i numerosi usi dei chip, si trova l’agricoltura digitale. Così, i chip della ST partecipano ai sistemi di controllo a distanza dei branchi o per dei sistemi d’irrigazione “intelligenti”. Queste tecnologie costringono a una sovracapitalizzazione delle aziende agricole e al perseguimento delle logiche di dipendenza e di espropriazione ai vantaggi dell’agroindustria. In tal modo, le industrie di semiconduttori partecipano attivamente alla sparizione dei contadini e di tutta possibilità di autonomia alimentare.

I chip al servizio della guerra

I semiconduttori sono utilizzati sia nel civile che nel militare, due facce indissociabile di una stessa medaglia. La ONG francese Observatoire des Armements ha dimostrato che i chip della ST attrezzano i missili e i droni kamikaze russi. Invece, il sindacato CGT-ST denuncia la partecipazione attiva dell’azienda nel complesso militare-industriale israeliano. Non è da meno della Soitec che è specializzata nei chip “critici” per l’arma atomica e gli aerei militari Rafale.
ST e Soitec sono complici delle guerre e della minaccia nucleare. Peggio, fanno profitto su questi crimini alimentando coscientemente il commercio della morte.

La “dematerializzazione” non esiste

Secondo i suoi promotori, il digitale permetterebbe di fare a meno del petrolio e parteciperebbe alla costruzione di un “mondo decarbonizzato”. In realtà, i risparmi permessi dall’elettrificazione sono ampiamente controbilanciati dall’esplosione degli usi del digitale e dalle esigenze legate all’estrazione dei materiali necessari alla sua fabbricazione -che hanno per conseguenza di aumentare il consumo di energie fossili.
Lontanissimo della cosiddetta “dematerializzazione”, il digitale ha un impatto enorme sugli ambienti, qui come altrove : miniere che distruggono ettari di foreste e che rovinano i fiumi, consumo eccessivo di acqua potabile e di elettricità, inquinamenti e rifiuti… Il fatto che questa devastazione sia condotta per conto di una pretesa transizione ecologica -che non è mai accaduta e che probabilmente non accadrà mai- dimostra il cinismo di quelli e quelle che la difendono. Il digitale non “smaterializza” le attività umane : al contrario, ogni oggetto connesso dipende da una gigantesca infrastruttura tecnologica, molto materiale. I disturbi locali dell’industria digitale sono ben lungi dall’essere gli unici: dalle miniere congolesi fino alle gigantesche discariche di rifiuti elettronici ghanesi passando per le fabbriche di sfruttamento asiatiche, il digitale si basa sullo sfruttamento coloniale.

Ritrovare la nostra autonomia con la lotta e le solidarietà

Non manifestiamo contro i dipendenti di queste industrie. Se le aziende fanno ricatto all’occupazione, bisogna ricordare che il loro scopo non è quello di creare lavoro ma di generare profitti. Quando non hanno più bisogno dei loro lavoratori, li licenziano.
Sappiamo quant’è diventato impossibile vivere “fuori” dal sistema tecnologico. Di fronte alla scelta politica della life.augmented dello slogan della ST, della 6G e del digitale, la nostra opposizione non può che essere collettiva !
Sono proprio le strutture che miriamo, nella fattispecie queste grandi industrie che mettono in pericolo le nostre condizioni di vita presenti e future contribuendo alla fuga in avanti tecnologica.
Questa escalation di dispositivi digitali ci conduce lentamente verso un mondo alla mercé dei potenti, sempre più liberati da qualsiasi contro-potere. D’altronde, i giganti del tech non nascondono il loro gusto del potere autoritario, il loro razzismo, sessismo e la loro transfobia. Di fronte alla società che disegnano e ai valori che portano, la nostra lotta riposa sulla solidarietà e la cooperazione.
La lotta paga ! Da due anni, la mobilizzazione condotta dal collettivo STopMicro non fa altro che crescere e gli industriali finora onnipotenti si ritrovano in difficoltà. Soitec ha annunciato la sospensione del suo progetto, mentre il cantiere della ST è finora fermato dopo le dimissioni di uno dei suoi partner. Mentre gli industriali tengono un basso profilo, la comunità dei comuni del Grésivaudan -dove ci sono le fabbriche- prosegue la sua volontà di estendere le industrie, proiettando di espropriare degli agricoltori e di ricoprire di cemento 11 ettari di terreni agricoli.

Insieme otteniamo l’abbandono definitivo di questi due progetti di estensione !

28 & 29 marzo a Grenoble (Isère, Francia) : colloquio internazionale « semiconduttori : l’impossibile rilocalizzazione »

Programma del colloquio (in francese)

Prodotto puro della mondializzazione capitalista, i semiconduttori fanno parte di un sistema coloniale e anti-ecologico. Con degli invitati da Sudamerica, Nordamerica, Africa e da tutta Europa…

30 marzo a Bernin (Isère, Francia) :

12:30 Pasto (offerta libera, preparato da mense attiviste)

14:00 manifestazione festiva « Terra, acqua, non chip ! »

Esigiamo la sospensione definitiva degli ampliamenti delle industrie di semiconduttori a Bernin e a Crolles !

Collettivo STopMicro e i Soulèvements de la terre

Durante tutto il weekend, delle mense attiviste faranno i pasti mezzogiorno e sera (tranne domenica sera).

Per ulteriori dettagli : stopmicro38.noblogs.org et lessoulevementsdelaterre.org

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Acqua, non chip!

6 organisations paysannes prennent position contre l’agrandissement de Soitec

Alors que l’agrandissement de Soitec et de la ZAE des Fontaines menace de détruire 11 hectares de terres agricoles (comme expliqué ici), et qu’une concertation est en cours pour classifier ces terres comme « zone urbaine industrielle » dans le PLU de la commune et dans le SCoT sans passer par une délibération (voir ici), on apprend dans Le Dauphiné libéré que six organisations paysannes viennent de publier une lettre ouverte dans laquelle elles affirment que ces 11 hectares doivent rester des terres agricoles. Cette lettre est adressée aux élu-es du SCoT, un organisme auquel nous avions rendu visite en novembre et en musique (voir ici).

Aujourd’hui, nous vous appelons à vous positionner ouvertement et publiquement pour la défense des terres agricoles du territoire : celle-ci ne saurait être brandie comme une posture générale qu’on détricote à l’envi, selon les circonstances. Puisque l’État prépare une Déclaration d’utilité publique pour transformer ces 11 hectares en éventuelle usine future, nous attendons que vous vous exprimiez pour le maintien de leur vocation agricole, sans ambiguïté. L’agriculture ne peut pas être la cinquième roue de notre carrosse territorial, qu’on valorise et célèbre seulement là où les autres activités ne cherchent pas à se développer. La préservation de ces champs en zone de plaine – un trésor agricole, dans un territoire de montagne comme le nôtre – a désormais valeur de test.

 

Les structures signataires sont l’ADDEAR 38, l’Alliance PEC 38, l’Association locale Accueil Paysan AURA, la Confédération Paysanne 38, l’Atelier Paysan et la Fédération Nationale Accueil Paysan.

L’intégralité de cette lettre ouverte est à lire sur le site de l’Atelier Paysan.

Des terres, de l’eau, pas des puces !

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur 6 organisations paysannes prennent position contre l’agrandissement de Soitec

28-29-30 mars : informations pratiques [MAJ : 21/03]

Du vendredi 28 au dimanche 30 mars, le collectif STopMicro et les Soulèvements de la terre organisent le week-end de mobilisation « De l’eau, pas des puces! », dont l’appel est lisible ici. Cet évènement a lieu à Grenoble et à Bernin, en Isère.

 

Programme

Le programme complet en pdf
(mis à jour le 25/03)

//// Vendredi 28 et samedi 29 mars, nous organisons le colloque international « Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation » à Grenoble. Extraction de métaux, de terres rares, exploitation de main d’oeuvre à faible coût : loin de l’image écolo qu’on aime à leur prêter, les semi-conducteurs parcourent des centaines de milliers de kilomètres avant d’arriver à leur utilisateur final. Ils s’inscrivent dans un système colonial, qui détruit les vivants ici et surtout ailleurs.
Le programme détaillé est du colloque est disponible ici. Toutes les conférences et les ateliers ont lieu à La Bobine, 42 boulevard Clémenceau à Grenoble. Les repas sont assurés par des cantines militantes. Une radio FM diffusera les conférences : amenez votre poste de radio portable.

//// Vendredi 28 mars :
18h : Voyage vers la mine et eau-delà ! Spectacle

C’est l’histoire d’une éventuelle giga mine, d’une fausse bonne idée, d’un monumentale Green washing et de tout un pan de la population qui se lèvent et se soulèvent ici et partout, en France et dans le monde, pour conserver une terre habitable et aller vers un avenir désirable. N’hésitez pas, profitez du voyage !

19h30 : Concert de la chorale La Chorageuse, suivi d’une Jam (avec ou sans instrument !)

//// Samedi 29 mars, en parallèle des conférences du colloque, se tiendra devant la Bobine un village d’une multitude de collectifs invités pour l’évènement. Vous pourrez sur toute la journée participer aux ateliers qui se dérouleront dans le village. Au programme :

10h – 18h : Bambinerie. 
Pendant que les parents assistent à des conférences, les enfants aussi ont leurs ateliers.

10h – 18h : Ateliers de préparation de la manif.
Viens faire ta meilleure pancarte, ou autre accessoire qui rendra la manif du lendemain plus belle.

10h : Formation anti-répression
Le CAR 38, Collectif anti-répression à Grenoble, invite à se former aux pratiques de base de l’anti-répression : comment se préparer à une action, comment réagir en cas de contrôle policier, quels sont les droits en garde-à-vue, etc. Il y aura un temps de présentation suivi d’un échange.

11h : Expropriations : le droit bourgeois au services des luttes populaires ?
Face à la spoliation des terres et des habitats pour toujours plus d’artificialisation et de productivisme, les luttes s’organisent ! Lors de cet atelier, nous vulgariseront les éléments juridiques clés pour appréhender les expropriations avant d’ouvrir un temps d’échange sur les enjeux politiques associés à ce qui pourrait ressembler à la défense de la bourgeoisie et du droit de propriété plus généralement.

13h30 : Atelier transmission de chants
Pour connaître les chants et slogans de la lutte, et les chanter à la manif, avec la chorale la Cagette.

14h : Nourrir, ravitailler et outiller les luttes, pour que la subsistance soit subversive !Les Greniers des Soulèvements de la terre et l’Atelier paysan unissent leurs forces vers les dynamiques locales. Un atelier pour s’organiser concrètement, depuis nos bases de vie.

14h : Jeu de piste sur la société du contrôle, Vraiment SympA
Un jeu de piste interactif qui questionne la vidéosurveillance algorithmique (VSA), pépite du monde moderne d’analyse des flux vidéo cherchant à identifier les comportements suspects.

14h – 18h : Répétition et initiation à la Batucada
La Combatucada vous propose de venir apprendre et répéter les morceaux de Batuc pour la manif. Quelques instruments peuvent être prêtés sur place.

15h : Match de foot – ST contre STopMicro
Si toi aussi tu veux mettre des buts à ST et reprendre du terrain, rdv avec le FLAM (Foot Loisirs Alpes en Mixité choisie, pour une réappropriation de nos corps et de l’espace public et pour une visibilité des minorités dans le football). Le match sera exceptionnellement en mixité pour l’événement.

16 h : Nos vécus : technocritiques et féministes.
Discussions et partages d’expériences. Comment lier justice sociale et critique de l’industrialisation? Echanges à partir d’expériences sur la nécessité de penser ces luttes conjointement et les frottements que cela entraîne.

20h30 : Remise des prix de la Tombola « Des lots, pas des puces ! »

CONCERT

21h : Première Partie. Chants, tambourins, trompettes et accordéon. 12 musicien-es qui utilisent la musique traditionnelle comme terrain de jeux, et qui vous trimballeront du sud de l’Italie au nord de l’Espagne.

22h30 : Standard, suivi des Chevals Hongrois. Rap du coin.

 

 

//// Dimanche 30 mars à Bernin, manifestation « De l’eau, des terres, pas des puces! ». Rendez-vous à midi au Cube (170 Le Clôt, 38190 Bernin). Des cantines vous proposeront des repas à prix libre. Départ du cortège à 14h. (/!\ Attention passage en heure d’été /!\)

Bernin est à 17 kilomètres de Grenoble en direction de Chambéry.

Venir en train : la gare SNCF la plus proche est celle de Brignoud (1h à pied du point de RDV). Pensez néanmoins à vérifier la disponibilité des trains qui circuleront ce jour-là.

Venir en vélo : rendez-vous pour un départ à vélo depuis Grenoble : 10h devant la Bobine.

Venir en covoiturage : s’il vous reste des places libres, aidez celle et ceux qui n’ont pas de voiture ! Conducteurs/trices et autostoppeurs/ses, rendez-vous entre 11h et 11h30 au parking de l’anneau de vitesse de Grenoble (Boulevard Clémenceau). On s’arrangera sur place pour remplir les voitures et partir ensemble direction Bernin.
Vous pouvez également vous organiser sur l’évènement Mobicoop dédié (plateforme de covoiturage militant).

Pour vous garer : privilégiez les parking du parc des Écoutoux et du château de la Veyrie.

Horaires 

Attention : ce week-end est celui du passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été. Ne vous faites pas piéger !


Accessibilité

Tout l’événement sera accessible aux PMR

Météo

Cette année, Mars est capricieux dans la région Grenobloise. Prévoyez des vêtements pour résister au froid et à la pluie !

Méga Radio

Suivez les évènements du week-end sur notre radio éphémère. La Méga Radio émettra sur les ondes FM à proximité de la Bobine et sur https://mgrd.site/

 


Restauration

Des cantines militantes assureront des repas à prix libre.
Horaires des services :
– Vendredi : midi et 19h.
– Samedi : 13h et de 19h30 à 21h.
– Dimanche : de 12h à 14h.
(attention, pas de petit déjeuner).

Hébergement ⛺

Si tu n’as pas d’hébergement en arrivant sur place, adresse toi à la tente info à la Bobine.
Elle te redirigera vers une coloc au sec ou vers le petit camps en fonction de la place. Attention le week-end va être froid et humide !

Info du camps

Numero contact: 07 53 85 44 46
Ouverture du camps et accueil vendredi soir à partir 18h et samedi à partir de 16h30.
Transports : horticulteur collé à l’arrêt de tram Etienne Grappe
Depuis la bobine : 40 min à pied, ligne de bus 16 (depuis l’arrête Madeleine, rue jeanne d’arc à coté du palais des sport) jusqu’à 20h50. Puis Tram C Chavant>Tram D Neyrpic. jusqu’à 00:50.
Code du portail : 1312
Ne pas laisser d’affaire de valeur traîner. Possibilité de stocker ses affaires dans une salle sur place pendant la manif. »

Parking et camions : en ville ou sur le campus (où c’est possible de trouver des toilettes ouverts au gymnase, à la piscine)

Aider à la mobilisation

Si vous souhaitez nous proposer votre aide pour l’organisation du week-end, contactez-nous via l’adresse filerlamain.stopmicro@proton.me

L’organisation d’un évènement comme celui-ci occasionne de nombreux frais. Si vous souhaitez nous soutenir financièrement, contactez-nous via stopmicro@riseup.net

Si vous souhaitez participer à la mobilisation en diffusant des tracts et/ou des affiches, nous pouvons vous en faire parvenir. Contactez-nous via stopmicro@riseup.net

Presse

Pour tout contact presse, merci d’écrire à media-stopmicro@riseup.net

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 28-29-30 mars : informations pratiques [MAJ : 21/03]

28-29 mars, « Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation » (colloque international)

En 2022, le fabricant de puces électroniques STMicroelectronics annonçait le triplement des capacités de production de son usine de Crolles. Depuis, sa voisine Soitec a également inauguré une nouvelle usine à 300 mètres de là, et fait part de ses deux nouveaux projets d’agrandissement à Bernin. Ces projets bénéficient d’un soutien sans faille de tous les pouvoirs publics, locaux, nationaux et européens au motif de la « relocalisation » des activités de production.

Pourtant, l’industrie des semi-conducteurs est par nature mondialisée : elle ne peut pas être locale, et les tentatives d’implantation de mines « propres » en Europe ne sont que des mensonges. Extraction de métaux, de terres rares, exploitation de main d’oeuvre à faible coût : loin de l’image écolo qu’on aime à leur prêter, les semi-conducteurs parcourent des centaines de milliers de kilomètres avant d’arriver à leur utilisateur final. Ils s’inscrivent dans un système colonial, qui détruit les vivants ici et surtout ailleurs.

Ces deux jours de conférences et de discussion se donnent pour but d’offrir un panorama de la réalité de la « chaîne de valeur » des puces électroniques.

Lieu : La Bobine 42 boulevard Clémenceau 38000 Grenoble

/// Le programme complet en pdf ///
(mis à jour le 25/03)

VENDREDI 28/03 : EXTRACTIVISME

– 10h (durée : 1h30)
Ouverture
Combien de tours du monde faut-il pour fabriquer une puce « made in France » ?
Avec STopMicro
D’où viennent les matériaux utilisés par STMicroelectronics et Soitec ? Le collectif STopMicro a enquêté pour retracer les liens internationaux des entreprises iséroises. Restitution du document « Ce que signifie relocaliser », publié en octobre.

– 11h 30 (durée : 1h)
Vernissage : champagne et petits fours !
Vidas de litio, L’or et l’arsenic, Toujours puce
« Vidas de litio » de Azul Blaseotto documente l’impact de l’exploitation du lithium dans les Andes. « L’or et l’arsenic » est une série de photos autour du livre de Nicolas Rouillé sur une mine exploitée dans l’Aude. « Toujours puce » de Maud et Elsa Lecarpentier est une bande dessinée de docu-fiction sur une usine de puces électroniques du Grésivaudan qui consomme trop d’eau. Ces trois expositions seront visibles durant ces deux jours.

– midi
Repas (Cantine à prix libre sur place)

– 13h15 (durée : 2h15)
Arpentage
La ruée minière au XXIème siècle

Avec l’association Yapluka
Travail journalistique extrêmement documenté, le livre
La ruée minière au XXIème siècle de Celia Izoard nous fait découvrir la réalité de l’exploitation minière contemporaine. Alors que l’on s’apprête, au nom de la « transition » à extraire dans les prochaines décennies autant de minerais que depuis les débuts de l’humanité, c’est une lecture indispensable ! Cette après-midi sera dédiée à un arpentage, autrement dit une lecture collective et collaborative du livre. Attention, places limitées.

– 13h15 (durée : 2h15)
Arpentage
Minerais de sang
Avec l’association Croche-patte

En 2010, Christophe Boltanski cherche a reconstituer le trajet accompli par les minerais de cassittérite (étain oxydé). Depuis les mines artisanales du Congo sous surveillance de miliciens jusqu’à la City de Londres, en passant par Singapour, cette enquête de terrain nous fait rencontrer les « esclaves du monde moderne ». Arpentage du livre. Attention, places limitées.

– 15h30 (durée : 1h30)
Retour d’expérience
Enquêter pour reconstituer la chaîne d’approvisionnement
Avec Agnès Crépet et STopMicro
Devant la complexité de la division internationale du travail et du capitalisme mondialisé, est-il encore possible de retracer les chemins empruntés par les matières premières et les composants ? Fairphone s’y attelle depuis des années, pour tâcher de créer une filière « propre ». Discussion avec Agnès Crépet de Fairphone et du Mouton Numérique.

– 17h (durée : 2h)
Discussion

Logiques coloniales de l’extraction de terres rares et de lithium aux Amériques
Avec Azul Blaseotto, Marc Fafard et Roger Moreau
Avec l’explosion de la production des batteries électriques en Europe, la « transition énergétique » cache trop souvent des dommages sociaux et environnementaux. Loin du mythe de la dématérialisation du numérique, l’extraction et l’exploitation de terres rares et du lithium aux Amériques démontre au contraire la réalité et la brutalité de ce système. De la dépossession d’une population locale de ses ressources aux logiques colonialistes de ces industries minières, Azul Blaseotto (autrice de
Vidas de Litio, Argentine), Marc Fafard (Sept-Iles Sans Uranium, Canada) et Roger Moreau (militant contre l’extraction du lithium, Jujuy, Argentine) nous feront part des différentes stratégies pour lutter contre ce système.

– 19h
Repas (Cantine à prix libre sur place)

– 20h30 (durée : 2h)
Conférence
L’exploitation du cobalt en Congo
Avec Fabien Lebrun et Génération Lumière
L’explosion de la production de biens électroniques est le moteur d’une guerre des métaux technologiques au Congo (RDC). La région des Grands Lacs en Afrique subit depuis des siècles les ravages de la mondialisation : de la traite négrière à la terreur coloniale du roi belge Léopold II jusqu’aux minerais de sang actuels (dont le coltan, essentiel aux smartphones, et le cobalt, pour la transition énergétique). Discussion avec Fabien Lebrun (auteur de Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté) et l’association Génération Lumière.

SAMEDI 29/03 : « RELOCALISATION » ?

– 11h (durée : 1h)
Exposé et échange
Voyage au cœur des usines d’assemblage de puces électroniques
Avec STopMicro
Après leur gravure dans les salles blanches du Grésivaudan, les puces iséroises partent dans les autres usines de ST pour les phases de découpe, d’assemblage et de test. Partons pour un voyage dans ces pays où l’industrie électronique délocalise les tâches subalternes de la fabrication.

– 11h (durée : 1h30)
Atelier et discussion
Stratégies visuelles contre le discours dominant
Avec Azul Blaseotto

La stratégie visuelle est l’un des outils des mouvements de dénonciation du système capitaliste. Comment influencer à partir de l’image le discours dominant pour affirmer une critique des technologies ? Moment animé par Azul Blaseotto, autrice de la bande dessinée
Vidas de litio.

– midi
Repas (Cantine à prix libre sur place)

– 13h30 (durée : 1h30)
Table-ronde
L’Europe autonome en extraction de lithium et en fabrication de Tesla ?
Avec des opposant-es
à l’usine Tesla en Allemagne, Stop Mines 03 et Minas não, sim à Vida
Dans un contexte géopolitique tendu, les pays de l’Union européenne se sont lancés dans l’ouverture de mines de métaux critiques et d’usines. L’idée est simple : relocaliser l’industrie électronique au nom d’une prétendue « souveraineté industrielle ». Pour autant ces projets ne favorisent pas l’autonomie des territoires et accroissent au contraire une dépendance à un système capitaliste écocidaire. Discussion avec des opposant-es à l’usine Tesla en Allemagne, Stop Mines 03 (collectif luttant contre le projet d’une mine de lithium dans l’Allier) et Minas não, sim à Vida (collectif luttant contre des projets de mine au Portugal)

– 13h30 (durée : 1h30)
Lectures
Histoire d’une vallée minière en France
Avec Nicolas Rouillé
Jusqu’en 2004, la plus grosse mine européenne d’or et d’arsenic était exploitée dans l’Aude. Retour sur l’impact environnemental et sanitaire d’une mine en France au travers des paroles des habitants de la vallée. En présence de Nicolas Rouillé, auteur de L’Or et l’arsenic. Histoire orale d’une vallée minière.

– 15h30 (durée : 1h30)
Conférence
L’extraction de terres rares au Québec
Avec Marc Fafard
En octobre 2023, la France a signé un accord de coopération bilatéral avec le Canada, puis une « déclaration d’intention » avec le Québec sur « les métaux critiques indispensables à la transition énergétique et numérique ». Membre de Sept-Ile Sans Uranium, Marc Fafard nous décrira la réalité de ce qu’un tel accord implique pour les peuples autochtones du Canada.

– 16h (durée : 2h)
Atelier
« Mines propres », « dématérialisation » « transition écologique »: les mensonges du techno-capitalisme
Avec Elsa Lecarpentier et l’association Croche-patte
La bande dessinée Toujours puce, les macrodégâts de la microélectronique se moque allègrement de la novlangue technocratique et du greenwashing qui enrobe le désastre en cours dans un bel emballage vert. Atelier de décryptage et d’autodéfense intellectuelle. Attention, places limitées.

– 17h15 (durée : 1h45)
Conférence
La hi-tech, stade suprême du capitalisme
Avec Hélène Tordjman
Le capitalisme repose sur la croissance, donc la mondialisation : la hi tech n’est qu’une illustration de ce phénomène. À l’heure des illusions renouvelables, il faut lier critique du numérique et luttes contre le capitalisme. Hélène Tordjman, économiste, est l’autrice de La croissance verte contre la nature.

– 19h15 (durée : 1h)
Prise de parole
Pourquoi nous luttons contre les extensions d’usines du Grésivaudan
Avec STopMicro et les Soulèvements de la Terre
Deux ans après le début de la lutte, et à la veille de la grande manifestation à Bernin, présentation des enjeux de la lutte, retour sur nos petites victoires et esquisse de la suite à donner à la mobilisation.

– 19h30 – 21h
Repas (Cantine à prix libre sur place)
+ Remise des prix de la prix tombola « Des lots, pas des puces! »

 

ET LE LENDEMAIN, DIMANCHE 30/03/25

midi : repas à prix libre

14h, Grande manifestation « De l’eau, des terres, pas des puces » à Bernin. Plus d’infos ici.

 

A savoir :

– entrée à prix libre
– les évènements commencent 5 minutes après l’heure indiquée, soyez à l’heure !
– la librairie Antigone assurera un stand de livres tout au long du colloque
– tous les intervenants non-francophones seront traduits vers le français
– une partie des conférences sera diffusée sur https://mgrd.site/ et sur les ondes FM à proximité de la bobine. Amenez un poste radio portable!
– nous recherchons des personnes capables d’assurer la traduction du français vers l’anglais, l’allemand, l’espagnol (et autres) afin de permettre aux non-francophones d’accéder à l’ensemble des évènements. Si vous pouvez assurer une partie de cette tâche, manifestez-vous !
– en parallèle, le samedi de 10h au soir, village associatif avec des stands, des ateliers, une bambinerie… Informations pratiques ici.

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 28-29 mars, « Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation » (colloque international)

Wasser, keine Elektrochips !!!

Alle zusammen in Grenoble vom 28. bis 30. März 2025

Das Kollektiv StopMicro und die Soulevements de la Terre organisieren in Grenoble ein großes Aktionswochenende gegen die Aneignung von Ressourcen durch die Mikroelektronikindustrie und das vernetzte Leben. Die beiden Chiphersteller Soitec und STMicroelectronics planen durch Ausbauprojekte Agrarland zu zerstören und ihren Verbrauch von Trinkwasser zu drastisch zu steigern. Um diese Erweiterungen zu verhindern und die Front gegen den technologischen Amoklauf und die industriellen Belastungen zu stärken, laden wir am 28. und 29. März zum zweitägigen Kolloquium und Diskussionen in Grenoble sowie zu einer Großdemonstration in Bernin (bei Grenoble) am 30. März ein. No puçaran!

Die Hauptsprache der Veranstaltungen wird französisch sein, aber wir werden versuchen am gesamten Wochenende die Veranstaltungen auch in Englisch anzubieten (z.T. mit Übersetzung für Kleingruppen) – Nach Bedarf und Verfügbarkeit von ÜbersetzerInnen wird es ggf. auch eine Übersetzung auf Deutsch geben. (Falls ihr hier helfen wollt, auch Englisch – Deutsch ist willkommen, schreibt gerne eine Mailf filerlamain.stopmicro@proton.me )

Die Mikroelektronik trocknet uns aus und vergiftet uns

Grenoble, im Herzen des französischen„Silicon Valleys“ ist das Königreich der Mikro- und Nanotechnologie. In diesem Königreich, das von Unternehmen die aus der Atomenergiekommission (CAE) hervorgegangen sind, und in dem eine öffentliche Politik der lückenlosen Unterstützung der Mikroelektronik herrscht, sind die beiden Unternehmen STMicroelectronics (ST) und Soitec von zentraler Bedeutung. Die Fabriken von ST und Soitec allein verbrauchen jede Sekunde 185 Liter Trinkwasser, was des Volumens eines Mega-Beckens von Sainte-Soline (riesige grundwassergespeiste Wasserspeicher für die Bewässerung) alle 40 Tage gleichkommt. In Zeiten von andauernder Trockenheit in der dem gemeinen Bürger die Bewässerung des Gemüsegartens verboten wird und in der Bauern die verfügbare Wassermenge für den Erhalt ihrer Kulturen begrenzt wird, dürfen ST und Soitec weiterhin unbegrenzt Wasser aus dem öffentlichen Netz pumpen. Tatsächlich ist die Elektronikindustrie eine Sparte, die sehr viel Wasser für die Produktion von Elektrochips benötigt. Zusätzlich zu dem großen Wasserverbrauch verschmutzen ST und Soitec die Isère (Fluss) mit den Abwässern aus ihrer Produktion die durch Ausnahmegenehmigungen große Mengen an Schadstoffen enthalten dürfen. Selbst nach der firmeninternen Vorbehandlung ist das Abwasser, das die beiden Firmen in die Isère leiten weiterhin mit hochgiftigen Stoffen belastet – Ammoniak, Chlor, Hexaflourid, Phosphor, Per- und polyfluorierte Alkylverbindungen… Wie auch bei den Mega-Becken (die Grundlage anderer Aktionen der Soulevements de la Terre waren und sind), sind es auch hier die immer wiederkehrenden Fragen nach der Ressourcenverteilung und gesamtgesellschaftlichen Entscheidungen die durch derartige Projekte aufgeworfen werden.

Eine Verbreitung von vernetzten Objekten (Internet of Things / IoT)

Die in Grenoble und Umgebung produzierten Elektrochips sind vor allem für den Automobilsektor, vernetzte Objekte und den Mobilfunksektor bestimmt. Man kann sie unter anderem in den Autos von Tesla, den Starlink-Satelliten von Elon Musk, der durch künstliche Intelligenz unterstützte Videoüberwachung, Putzrobotern, im 5G-Netz und auch in Gadgets wie vernetzten Badeanzügen bzw. Trinkflaschen wiederfinden. Die Mikroelektronikindustrie dient der Digitalisierung der Welt: ein Geldsegen und Überwachungswerkzeug von unfassbarem Ausmaß, die den Kapitalismus bestimmt und unsere Art zu Leben radikal verändert.

Digitalisierung gegen bäuerliche Agrarökologie

Unter den vielseitigen Verwendungsmöglichkeiten von Elektrochips finden wir auch die digitalisierte Landwirtschaft. Die Chips von ST tragen dazu bei, dass Systeme wie die Herdenkontrolle vom Smartphone und „intelligente“ Bewässerungssysteme zum landwirtschaftlichen Alltag werden. Diese Entwicklungen führen unter Anderem dazu, dass es zu einer Überkapitalisierung der Landwirtschaftsbetriebe kommt und diese in eine immer stärkere Abhängigkeit auf wirtschaftlicher und technologischer Ebene zum Nutzen der Agro-Industrie gedrängt werden. Die Halbleiterindustrie trägt daher aktiv dazu bei, dass kleinbäuerliche Landwirtschaft und mit ihr die Hoffnung auf Nahrungsmittelautonomie verschwindet.

Die Elektrochips im Dienste des Kriegs

Halbleiter werden sowohl für zivile, als auch für militärische Zwecke genutzt – zwei untrennbare Facetten des selben Ursprungs. Das Observatoire des armements (unabhängige Institution für Rüstungsbeobachtung) hat gezeigt, dass von ST produzierte Chips in russischen Kamikaze-Dronen verbaut wurden. Ihrerseits hat die CGT-ST (Gewerkschaft) die aktive Beteiligung des Unternehmens an der israelischen Militärindustrie angeprangert. Auch Soitec – ein Unternehmen, das sich auf „kritische“ Chips für die nukleare Abschreckung und die Rafale-Flugzeuge spezialisiert hat – steht dem in nichts nach. ST und Soitec sind Komplizen des Krieges und der nuklearen Bedrohung. Und schlimmer noch, sie machen Profit mit diesen Verbrechen indem sie wissentlich das Geschäft mit dem Tod anheizen.

Es gibt keine „Dekarbonisierung“ durch Technologie

Laut ihren Befürwortern würde die Digitalisierung den Verzicht auf Erdöl ermöglichen und am Aufbau einer „kohlenstoffarmen Welt“ mitwirken. In Wirklichkeit werden die durch die Elektrifizierung ermöglichten Einsparungen durch die explosionsartige Zunahme der Nutzung und die Anforderungen an die Gewinnung der dafür benötigten Ressourcen, die den Verbrauch fossiler Energieträger erhöhen, weitgehend ausgeglichen. Weit entfernt von ihrer angeblichen „Dekarbonisierung“ hat die Digitalisierung enorme Auswirkungen auf die Umwelt, hier wie anderswo: Minen, die hektarweise Wälder ausrotten und Flüsse ruinieren, übermäßiger Verbrauch von Trinkwasser und Strom, Verschmutzung und Müll… Dass diese Zerstörung im Namen eines angeblichen ökologischen Wandels betrieben wird – der nie stattgefunden hat, nicht stattfindet und sicher auch nicht stattfinden wird, zeigt den Zynismus derjenigen, die ihn verteidigen. Die Digitalisierung „entmaterialisiert“ die Aktivitäten nicht: Im Gegenteil, jedes vernetzte Gadget benötigt eine immense technologischen Infrastruktur, die durchaus materiell ist. Die lokalen Schäden durch die digitale Industrie sind bei weitem nicht die einzigen: Von den kongolesischen Minen über die riesigen ghanaischen Elektronikschrottdeponien bis hin zu den asiatischen Sweatshops beruht die Digitalisierung auf einer kolonialen Ausbeutung.

Unsere Autonomie durch Widerstand und Solidarität zurück gewinnen

Wir demonstrieren nicht gegen die ArbeitnehmerInnen dieser Unternehmen. Auch wenn die Unternehmen mit der Schaffung und dem Erhalt von Arbeitsplätzen argumentieren, sollten wir bedenken, dass ihr Ziel nicht die Schaffung von Arbeitsplätzen ist, sondern die Erwirtschaftung von Profit. Wenn die Arbeitnehmerinnen und Arbeitnehmer nicht mehr gebraucht werden, werden sie entlassen.

Wir wissen, wie unmöglich es geworden ist, „außerhalb“ des technologischen Systems zu leben, sowohl hier, als auch im Rest der Welt. Angesichts der politischen Entscheidung für das life.augmented (Slogan von ST), 6G und der Digitalisierung, kann unser Widerstand nur kollektiv sein! Unser Widerstand richtet sich gegen die Strukturen, die dieses System fördern, in diesem Fall auf die Großunternehmen, die die gegenwärtigen und zukünftigen Lebensbedingungen gefährden, indem sie zur technologischen Flucht nach vorn beitragen.

Der Aufstieg digitaler Geräte führt uns nach und nach in eine Welt, die der Gnade der Herrschenden ausgeliefert ist und immer mehr von jeglicher Gegenmacht befreit wird. Die Tech-Giganten machen im Übrigen keinen Hehl aus ihrer Vorliebe für autoritäre Macht, aus ihrem Rassismus, Sexismus und ihrer Transphobie. Angesichts der Gesellschaft, die sie entwerfen, und der Werte, die sie vertreten, beruht unser Widerstand auf Solidarität und gegenseitiger Hilfe.

Und der Widerstand zahlt sich aus! Seit zwei Jahren wächst der Widerstand, der vom Kollektiv StopMicro geleistet wird und die Industrie, die bis jetzt allmächtig schien, hat vermehrt Schwierigkeiten ihre Projekte durchzusetzen. Soitec hat den Stopp seines Erweiterungsprojekts bekannt gegeben während die Baustellen auf dem Gelände von ST ruhen, seit sich ein Kooperationspartner aus dem Projekt zurück gezogen hat. Doch während sich die Unternehmen zurückhalten, verfolgt der Gemeindeverband Grésivaudan (Gemeinden in denen sich die Fabriken befinden) sein Ziel, die Fabriken zu erweitern, plant mehrere Landwirte zu enteignen und 11 Hektar landwirtschaftliche Nutzfläche zu betonieren.

Lasst uns zusammen den endgültigen Abschied von diesen beiden Erweiterungsprojekten erzwingen!

Am 28. und 29. März in Grenoble: Internationales Kolloquium „Die Halbleiter: Eine Relokalisierung ist Unmöglich“

Die Halbleiterindustrie ist ein reines Produkt der kapitalistischen Globalisierung und Teil eines kolonialen und anti-ökologischen Systems. Mit Gästen aus Nordamerika, Südamerika, Afrika, ganz Europa…

Am 30. März in Bernin (bei Grenoble): Große friedliche Demonstration „Land, Wasser, keine Elektrochips!“

Wir setzen ein Statement für den endgültigen Stopp der Erweiterungen der Halbleiterfabriken in Bernin und Crolles!

Das STopMicro-Kollektiv und die Soulevements de la Terre
https://stopmicro38.noblogs.orghttps://lessoulevementsdelaterre.org

Wenn ihr eine Unterkunft benötigt füllt einfach diesen Fragebogen (leider nur auf Französisch – aber eine Onlineübersetzung, oder eine mail an stopmicro@riseup.net helfen euch gerne weiter)

Für Essen wird am Freitag und Samstag Mittag und Abends gegen Spende gesorgt und auch am Sonntag bleibt der Magen Mittags bei der Demo nicht leer!

Für alle sonstigen Fragen schreibt gerne eine Mail (auf Englisch oder auch auf Deutsch) an stopmicro@riseup.net

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Wasser, keine Elektrochips !!!

WATER, NOT CHIPS!

See you all in Grenoble, on the 28th, 29th and 30th of March 2025!

STopMicro and Les Soulèvements de la Terre invite you to a large demonstration in Grenoble to denounce resources appropriation by the digital sector and broadly the ‘smart life’. The chips manufacturers Soitec and STMicroelectronics are planning to destroy agricultural lands and to corner even more drinkable water to extend their plants. To prevent these extensions and reinforce the struggle against the technological blind rush and industrial hazards, you are invited to two days of lectures and debates (28th and 29th of March) and to a large demonstration in Bernin (near Grenoble), on the 30th of March. NO PUÇARAN!

All events during this weekend will be mainly in french language. But English translation will be available (If you’re able to translate from French to English and vice versa and you want to join the translation team of the weekend just contact us at filerlamain.stopmicro@proton.me)

Microelectronics Is Drying and Poisoning Our Environment

Grenoble specialises in micro and nanotechnology, and likes to present itself as the ‘French Silicon Valley’. Most of its companies were partly created by the Commissariat à l’énergie atomique (CEA, French atomic energy agency), which supports resolutely any microelectronics initiative. STMicroelectronics (ST) and Soitec are major stakeholders in this ‘ecosystem’. Together they corner 185 litres of drinkable water every second, that is to say one Sainte-Soline mega basin in 40 days. During summer droughts, when residents are prohibited from watering their garden, ST and Soitec keep on gobbling the drinking water of the public network without any restriction. Electronics is one of the thirstiest industries, as they use pure water to manufacture chips. ST and Soitec pollute the Isère River with their chemicals, with the help of special authorisations from the local public authorities. The polluted water these companies throw in the river contains many toxic chemicals: ammonia, chlorine, hexafluoride, phosphorus, PFAS (forever chemicals)… As for the mega-basin in agriculture, the question is how resources are distributed and which society are we building with such extension projects?

Invasion of Smart Objects

Chips produced in the Grenoble area will mostly end up in electrical vehicles, smart objects and mobile phones. We find them in Tesla cars, in Elon Musk’s Starlink satellites, in AI video surveillance, food processors, 5G and even in smart swimsuits and smart flasks! Microelectronics is digitalising our world: big money and powerful policing tools for the capitalist system, with a previously unseen influence on our ways of life.

Digitalisation Is Killing Agroecological Farming

These chips are also used in digital agriculture. For example, ST chips are found in remote control systems for cattle or ‘smart’ irrigation systems. These technologies force farmers into overcapitalisation, dependence on agribusiness and prevent autonomy. Chips companies are actively contributing to ending agroecological farming and any hope of autonomy in food production.

Chips at War With the World

Chips are used for civil and military purposes, which are the two sides of the same coin. The Observatoire des armements (weaponry observatory collective) showed that ST chips are found in Russian missiles and drones. The CGT-ST union denounces STMicroelectronics’s active participation to the Israeli military-industrial complex. Soitec specialises in ‘critical’ chips for nuclear deterrence and Rafale fighter jets. ST and Soitec are accomplices of wars and nuclear threat. Even worse, they make profits out of these crimes, thus voluntarily contributing to the death trade.

Digital ‘Dematerialisation’ Doesn’t Exist

According to its advocates, digitalising the world is the solution to stop using oil and building a ‘low carbon’ economy. In fact, fossil fuels spared with electrification are offset by the proliferation of uses and by the extraction of necessary metals, both of which increase the fossil fuel consumption. Far from being ‘dematerialised’, the digital industry’s impact on the environment is huge: enormous water and electricity consumption here, mines destroying forests and rivers in the global south… pollution and waste everywhere. Such havoc occurs on behalf of a so-called ecological transition (no source of energy ever replaced another source of energy, they only add to one another). This simple fact should be enough to demonstrate its supporters’ cynicism. Digitalising does not dematerialise activities, each smart object depends on an enormous, material, technological infrastructure. Local hazards produced by the digital sector are only the tip of the iceberg: mines in Congo, landfill sites of electronic wastes in Ghana, sweatshops in Asia… the whole digital industry rests on colonial exploitation.

Conflict and Solidarity to Recover Our Autonomy

We do not protest against these companies’ employees. While these companies raise the threat of unemployment, their objective is and has always been profit, not employment. When they do not need employees anymore, they put an end to their contract.
We know that it is not possible to live ‘out’ of the technological system, here and in many places of the world. ST’s slogan ‘life.augmented’, 6G and the digital world are a political choice that can be defeated only by collective opposition. We target structures and big companies that are putting at risk our current and future living conditions by taking part to the technological blind rush.

This proliferation of technological devices is leading us all to a world submitted to a very wealthy and powerful elite freed from any counterweight. Tech bros are not hiding their taste for authoritarian power, racism, sexism and transphobia anymore. Opposing to the society they are making, the values they share, our fight is based on solidarity and mutual assistance.

Fighting eventually pays off! For two years, STopMicro’s protest is gaining momentum and the almighty industrialists are put in an awkward position. Soitec announced its project was suspended, while ST’s building works are stopped since one of its partners quit. The companies are waiting and bearing, but the Grésivaudan public authorities still want to extend these plants and intend to expropriate various farmers to cover 11 hectares of agricultural lands with concrete.

Come and join us! Let’s stop these extension projects forever!

28th and 29th of March, in Grenoble: international meeting on the impossible reshoring of chips (‘semi-conducteurs : l’impossible relocalisation’). With hosts from the Americas, Africa and the rest of Europe.

Chips are an emblematic, unsustainable product of capitalist globalisation and continue the colonial system.

30th of March in Bernin (close to Grenoble): festive demonstration ‘Lands, water, not chips!’

Let’s demand the withdrawal of these extension projects in Bernin and Crolles!

Collectif STopMicro and Les Soulèvements de la terre

More information on stopmicro38.noblogs.org and lessoulevementsdelaterre.org websites.

There will be meals prepared on every day (friday and saturday – lunch and dinner / sunday – lunch)

If you need help for accommodation just fill this form (sorry it’s only in french but online translators will help you – or write us a mail and we will help you 😉 ) Form for Accommodation

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur WATER, NOT CHIPS!

De l’eau, pas des puces!

Toutes et tous à Grenoble du 28 au 30 mars 2025

Le collectif STopMicro et les Soulèvements de la terre organisent une grande mobilisation à Grenoble contre l’accaparement des ressources par les industries du numérique, et la « vie connectée ». Soitec et STMicroelectronics, deux industriels fabricant des puces électroniques, projettent de détruire des terres agricoles et de consommer encore plus d’eau potable pour agrandir leurs usines. Pour empêcher ces extensions et renforcer le front contre l’emballement technologique et les nuisances industrielles, nous vous invitons à deux jours de conférences et discussions à Grenoble, les 28 et 29 mars, et à une grande manifestation à Bernin, près de Grenoble, le 30 mars. No puçaran !

Ce texte en pdf

Informations pratiques sur le week-end

La microélectronique nous assèche et nous empoisonne

Grenoble, cœur de la « Silicon Valley » française, est le royaume des micro et nanotechnologies. Dans ce royaume peuplé dentreprises issues du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) où règne une politique publique de soutien sans faille à la microélectronique, les deux entreprises STMicroelectronics (ST) et Soitec sont centrales. Les usines de ST et Soitec accaparent à elles seules 185 litres d’eau potable chaque seconde, ce qui équivaut à vider une méga bassine de Sainte-Soline tous les 40 jours. En pleine sécheresse, quand les particuliers n’ont plus le droit d’arroser leur potager et que les paysan∙nes sont rationné∙es, ST et Soitec continuent d’engloutir l’eau potable du réseau, sans restrictions. En effet, l’électronique est l’un des secteurs industriels les plus voraces en eau, nécessaire à la fabrication des puces. ST et Soitec polluent l’Isère avec leurs rejets tout en bénéficiant de dérogations pour ces pollutions. Après traitement, l’eau rejetée dans l’Isère par ces deux usines est chargée en substances très toxiques – ammoniac, chlore, hexafluorure, phosphore, PFAS… Comme pour les méga-bassines, ce sont les questions du partage des ressources et des choix de société qui nous sont aujourd’hui posées avec ces projets d’agrandissement.

Une prolifération d’objets connectés

Les puces produites dans la région grenobloise sont destinées principalement aux marchés des voitures électriques, des objets connectés et de la téléphonie mobile. On les retrouve par exemple dans les voitures Tesla et le réseau de satellites Starlink d’Elon Musk, la vidéosurveillance boostée à l’IA, les robots ménagers, la 5G et jusque dans les maillots de bain et gourdes connectés. L’industrie microélectronique œuvre à la numérisation du monde : une manne financière et un outil de contrôle sans commune mesure, reconfigurant le système capitaliste et changeant radicalement nos façons de vivre.

Le numérique contre l’agroécologie paysanne

Parmi les nombreux usages de ces puces, on retrouve l’agriculture numérique. Les puces de ST participent ainsi à des systèmes de contrôle à distance des troupeaux de bovins ou à des systèmes d’irrigation « intelligents ». Ces technologies contraignent à une surcapitalisation des fermes et à la poursuite des logiques de dépendance et de dépossession au profit de l’agro-industrie. Les industries de semi-conducteurs participent ainsi activement à la disparition de la paysannerie et de tout espoir d’autonomie alimentaire.

Les puces au service de la guerre

Les semi-conducteurs sont utilisés tant dans le civil que dans le militaire, deux facettes indissociables d’une même pièce. L’Observatoire des Armements a démontré que les semi-conducteurs de ST équipent notamment les missiles et drones kamikazes russes. De son côté, la CGT-ST dénonce la participation active de l’entreprise au complexe militaro-industriel israélien. Quant à elle, Soitec – entreprise spécialisée dans les puces « critiques » à la dissuasion nucléaire et aux avions Rafale, n’est pas en reste. ST et Soitec sont complices des guerres et de la menace nucléaire. Pire, elles font du profit sur ces crimes en alimentant sciemment le commerce de la mort.

La « dématérialisation » n’existe pas

Selon ses promoteurs, le numérique permettrait de se passer de pétrole et participerait à la construction d’un « monde bas-carbone ». En réalité, les économies permises par l’électrification sont largement contrebalancées par l’explosion des usages et par les exigences de l’extraction des matériaux nécessaires, qui ont pour conséquence d’augmenter la consommation d’énergies fossiles. Loin de sa prétendue « dématérialisation », le numérique a un impact énorme sur les milieux, ici comme ailleurs : mines qui éradiquent des hectares de forêts et ruinent les rivières, consommation outrancière d’eau potable et d’électricité, pollutions et déchets… Que cette dévastation soit menée au nom d’une prétendue transition écologique – qui n’a jamais eu, n’a pas et n’aura sûrement pas lieu – montre bien le cynisme de celles et ceux qui la défendent. Le numérique ne « dématérialise » pas les activités : au contraire chaque objet connecté dépend d’une immense infrastructure technologique, bien matérielle. Les nuisances locales de l’industrie du numérique sont loin d’être les seules : des mines congolaises aux immenses décharges de déchets électroniques ghanéennes en passant par les ateliers de misère asiatiques, le numérique repose sur une exploitation coloniale.

Retrouver notre autonomie par la lutte et les solidarités

Nous ne manifestons pas contre les salarié∙es de ces entreprises. Si celles-ci font naturellement du chantage à l’emploi, il faut rappeler que leur but n’est pas de créer du travail, mais de générer du profit. Quand elles n’ont plus besoin de leurs salarié·es, elles les licencient.
Nous savons combien il est devenu impossible de vivre « en dehors » du système technologique, ici comme dans de nombreux endroits du monde. Face au choix politique de la life.augmented qu’affiche le slogan de ST, de la 6G et du numérique, notre opposition ne pourra être que collective ! Ce sont bel et bien les structures que nous visons, en l’occurrence ces grandes entreprises qui mettent en péril les conditions de vie présentes et futures en contribuant à la fuite en avant technologique.

Cette escalade de dispositifs numériques nous entraîne peu à peu vers un monde à la merci des dominants, de plus en plus libérés de tout contre-pouvoir. Les géants de la tech ne se cachent d’ailleurs pas de leur goût du pouvoir autoritaire, de leur racisme, sexisme et de leur transphobie. Face à la société qu’ils dessinent et aux valeurs qu’ils portent, notre lutte repose sur la solidarité et l’entraide.

La lutte paye ! Depuis deux ans, la contestation menée par le collectif STopMicro ne fait que croître et les industriels jusqu’ici tout-puissants se retrouvent en difficulté. Soitec a annoncé la suspension de son projet, pendant que le chantier de ST est toujours à l’arrêt suite à la démission d’un de ses partenaires. Tandis que les entreprises font le dos rond, la Communauté de communes du Grésivaudan poursuit sa volonté d’étendre les usines, projetant d’exproprier plusieurs agriculteurs et de bétonner 11 hectares de terres agricoles.

Ensemble arrachons l’abandon définitif de ces deux projets d’extension !

28 & 29 Mars à Grenoble : colloque international « semi-conducteurs : l’impossible relocalisation »

Programme du colloque

Pur produit de la mondialisation capitaliste, les semi-conducteurs s’inscrivent dans un système colonial et anti-écologique. Avec des invité·es d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud, d’Afrique, de toute l’Europe…

30 mars à Bernin :

12:30h Repas (à prix libre préparé par des cantines militantes)

14:00h manifestation festive « Des terres, de l’eau, pas des puces ! »

Exigeons l’arrêt définitif des extensions d’usines de semi-conducteurs à Bernin et à Crolles !

Collectif STopMicro et les Soulèvements de la terre

 

Pour plus d’infos : stopmicro38.noblogs.org et lessoulevementsdelaterre.org

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur De l’eau, pas des puces!

Plan social chez ST : nommer les responsables, s’organiser ensemble

D’après Le Dauphiné Libéré du 31 janvier dernier, STMicroelectronics serait sur le point de licencier jusqu’à 3000 employé·es en France et en Italie, et et donc vraisemblablement une bonne partie sur son site isérois de Crolles. Fin du monde et fin du mois, même combat : dans les deux cas, ce sont les mêmes décideurs à l’œuvre, ce sont les mêmes qui créent les conditions du désastre politique, social et climatique. Les licenciements massifs sont une raison de plus de s’opposer aux extensions de ces usines et au monde qu’elles promeuvent. Une raison de plus de s’engager dans une redirection politique et sociale décidée collectivement.

[ce texte en pdf]

Licenciements, agrandissements : ainsi va le capitalisme

Ce à quoi nous assistons avec les probables licenciements chez ST, c’est à l’une des conséquences de la volatilité d’une économie mondiale hors-sol qui en tant qu’entreprise insatiable d’exploitation planétaire pour l’enrichissement de quelques-uns, brutalise sans scrupules des milliers de femmes et d’hommes pour son profit.

La probable fermeture de lignes de production en France et en Italie entraînant la vague de licenciements n’est pas due à une baisse mondiale de la production de semi-conducteurs: loin de là, celle-ci croît de 15 % chaque année. 

Si ST licencie, ça n’est pas que l’entreprise produit moins qu’avant, c’est qu’elle opère des réorientations stratégiques de sa production vers les marchés lui assurant le plus de débouchés. En l’occurrence, il délaisse une partie de sa production de puces sur plaques de 200 mm pour augmenter d’autres productions, notamment celle des plaques de 300 mm (d’où le projet d’extension de Crolles). Le PDG d’ST, Jean-Marc Chéry, annonçait ainsi le 31 octobre dernier : « Nous lançons un nouveau projet d’entreprise pour remodeler notre implantation industrielle, accélérant nos capacités de production en silicium vers le 300 mm (Agrate et Crolles) et en carbure de silicium vers le 200 mm (Catane), et redimensionnant notre base de coûts globale. Ce projet devrait aboutir à un renforcement de notre capacité à croître nos revenus avec une meilleure efficacité opérationnelle, se traduisant par des économies de coûts annuelles en millions de dollars. »1

Tant que l’activité en 200 mm était profitable, elle créait de l’emploi. Devenue moins intéressante, ST licencie. C’est cette recherche de profit qui justifie des délocalisations ou des « relocalisations ». Si STMicroelectronics a autant de centres de R&D en France, c’est parce qu’elle bénéficie de crédits impôt-recherche. Si ST s’agrandit à Crolles et à Catane, c’est parce qu’elle reçoit des milliards d’euros de subventions de la part des États italien et français. Si ST a ses centres de back-end en Malaisie et au Maroc, c’est parce qu’elle y tire profit du faible coût de la main d’œuvre. Si ST a son siège fiscal aux Pays-Bas, c’est parce que c’est très avantageux d’y payer ses impôts. Et cætera : ST va et ira là où l’argent est et sera.

C’est cette dépendance au capitalisme mondialisé qui rend l’industrie microélectronique particulièrement vulnérable aux divers enjeux géopolitiques, ne lui permettant d’assurer aucune pérennité dans les emplois qu’elle prétend créer.  En étant à peine caricatural, si demain, sur un coup de tête, Donald Trump ferme ses frontières aux puces européennes, ST licenciera à Crolles en un claquement de doigts. Combien : 1000 personnes ? Si après-demain la France décide de renforcer son arsenal nucléaire, ST embauchera 100 personnes de plus sur son site de Rennes.

Redessiner des perspectives politiques

Nous considérons que la microélectronique est une industrie nocive, et qu’il serait souhaitable d’envisager son arrêt et une transition sociétale organisée. Pour autant, des fermetures ou licenciements abrupts pour des considérations capitalistes ne peuvent en aucun cas constituer une victoire politique. D’une part parce que nous n’ignorons pas que dans le monde dans lequel nous vivons, un travail salarié peut apporter : de l’argent (vital), de la reconnaissance sociale (vitale), une sociabilité (vitale). Dans ces conditions, nous avons conscience de ce que perdre violemment son emploi représente.

D’autre part parce qu’un discours fort répandu alimente l’idée qu’il y aurait d’un côté les salariés et de l’autre les écologistes, que ces deux positions s’opposeraient l’une à l’autre. Segmenter les sujets, opposer les citoyen·nes en tentant de les convaincre qu’ils et elles ont des intérêts divergents, c’est un geste politique aux lourdes conséquences. Parce qu’il produit une conflictualité entre les individus, empêchant ainsi toute solidarité et réflexion collective. Et parce que cette opposition détourne notre attention des vrais responsables de ces situations, nous empêchant de faire front collectivement.

Cette séparation entre la question sociale et la question environnementale est absurde : elles sont intimement liées. Car ce qu’il nous faut rappeler, c’est que la situation sociale comme environnementale relèvent des mêmes choix politiques et d’intérêts économiques qui se font au détriment de la vaste majorité de la population comme de l’environnement : riverain·es victimes des pollutions, salarié·es traité·es comme de simples variables d’ajustement, humain·es exploité·es aux quatre coins du globe au nom de la tech, environnement exploité et contaminé par les nuisances de l’industrie numérique, terres maraîchères bitumées devenues incultivables…

Ce sont ces décisions politiques qu’il nous fait remettre collectivement en question pour penser d’autres perspectives qui soient pérennes et désirables. 

Un même ennemi : le capitalisme industriel

Une victoire politique serait pour nous l’annulation des projets d’agrandissement avec une anticipation du sort des salarié·es (dans le Grésivaudan 68% des emplois sont liés à l’industrie ou aux services de l’industrie), une réflexion commune sur ce que nous pourrions faire collectivement sur le territoire, à partir des besoins que nous aurions identifiés collectivement.

Il s’agit, à nos yeux, d’être cohérent·es et ambitieux·ses dans ce que nous souhaitons : nous ne désirons pas qu’une industrie au service de la guerre, de la prolifération d’objets connectés ou de dispositifs de surveillance, continue ses nuisances sous l’unique mot d’ordre de la sauvegarde de l’emploi. Ne nous laissons pas enfermer dans ce « chantage à l’emploi », utilisé sans restriction par tous·tes nos interlocuteur·ices politiques depuis deux ans : car il ne s’agit pas de choisir entre le plein emploi et le plein chômage, mais de s’attarder à redéfinir pour quoi et pour qui nous souhaitons livrer notre temps et notre énergie (d’autres disent notre « force de travail »). 

La CGT Soitec l’évoque très ouvertement dans un communiqué du 17 avril 2022 : « il nous est toujours apparu nécessaire de ne pas rester sur une position corporatiste vis-à-vis de notre filière et nous devons voir plus loin que la seule défense de nos emplois, car avant d’être salariés, nous sommes des citoyens. (…) On parle de “double besogne” entre les aspirations et revendications légitimes des salariés au quotidien et le plus long terme, visant, entre autres, une transformation sociale. »1

Riverain·es de Crolles et de Bernin, citoyen·nes du Grésivaudan, comme salarié·es, nous avons un ennemi commun : les grandes industries qui mettent en danger nos conditions d’existence, exploitent et détruisent les humain·es et la nature pour en tirer toujours plus de profit.

Rejoignez-nous les 28, 29 et 30 mars 2025 pour une grande mobilisation contre l’accaparement des ressources par l’industrie de la tech ici et ailleurs !

Collectif STopMicro, 16 février 2025

https://stopmicro38.noblogs.orgstopmicro@riseup.net

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Plan social chez ST : nommer les responsables, s’organiser ensemble

Agrandissement de Soitec : déni de démocratie

L’entreprise Soitec, basée à Bernin, fabrique des puces électroniques entre autres pour la dissuasion nucléaire et les voitures électriques Tesla d’Elon Musk. Notre collectif s’oppose à l’extension de cette entreprise car nous pensons qu’il vaut mieux cultiver des noyers, du blé et du tournesol que produire ces objets inutiles.

Ce mois de février 2025 est marqué par une « concertation MECDU », une étape administrative dédiée à modifier automatiquement le Plan local d’urbanisme (PLU) de la commune. Cette modification transformera 11 hectares de terres agricoles en zone urbaine industrielle. Cette « concertation » n’a de démocratique que le nom, puisqu’il s’agit d’une simple procédure administrative qui vise en réalité à empêcher les habitant.e.s de donner leur avis et de peser sur le projet.

[ce texte en pdf]

Le maquis administratif qui cache le projet

C’est par de petites étapes administratives que se déroule le bétonnage de ces 11 hectares de terres agricoles. On se souvient que c’est la Communauté de communes Le Grésivaudan qui porte un projet d’agrandissement d’une zone d’activités économiques (ZAE) ayant pour but d’accueillir les deux prochaines usines de Soitec, déjà installée à proximité immédiate.

Ces étapes administratives créent un véritable maquis, dans lequel même celles et ceux qui, comme nous, suivent de près le dossier peinent à se retrouver : concertation préalable, concertation MECDU, enquête publique, DUP, PLU, SCoT, etc. Tout est fait pour perdre les gens afin que le projet ne rencontre pas d’obstacles.

Comme nous l’avons expliqué, pour nous la démocratie ne peut se réduire à des procédures administratives. En l’espèce, on voit même en quoi la multiplication de ces procédures sert à créer de la confusion et de la complexité.

En outre, le dossier est volontairement embrouillé, la Communauté de communes communiquant sur un projet dans lequel, alternativement, Soitec n’aurait rien à voir ou au contraire serait central. Difficile pour les citoyen.ne.s de se faire un avis quand les éléments mis à disposition ont pour but de noyer le poisson.

Une concertation pour modifier automatiquement le PLU

Après l’échec de la concertation préalable cet hiver, l’heure est maintenant à une concertation pour la mise en compatibilité des documents d’urbanisme, dite « concertation MECDU ». Du 3 février au 4 mars, le rôle de cette concertation dont « Informez-vous et exprimez-vous ! » est le slogan, est théoriquement d’éclairer l’avis de la préfecture, qui délivrera à la fin de l’année une déclaration d’utilité publique permettant :

– de transformer ces terres agricoles en zones urbaines industrielles dans le plan local d’urbanisme de la commune et dans le schéma de cohérence territoriale (ScoT).

– de lancer des procédures d’expropriation contre les propriétaires récalcitrant.e.s à vendre leurs terres.

Cette « concertation » consiste en pratique en la possibilité offerte à quiconque d’envoyer un courrier à la Préfecture, qui dans son infinie sagesse en tiendra compte (ou pas) avant d’accorder une déclaration d’utilité publique (DUP) au projet.

Pour notre part, nous pensons que ce ne sont pas par les mécanismes institutionnels (qui sont essentiellement des dispositifs d’acceptabilité) que les opposant.e.s pourront faire entendre leur voix, mais en instaurant un vrai rapport de force.

Quelques questions impertinentes

Il y a quelques années, les habitant.e.s de Bernin ont été consultés pour travailler sur le nouveau PLU de la commune. Dans le cas de Soitec, la démocratie passera au second plan, car c’est la Préfecture qui décidera seule de l’opportunité du projet. Pourtant, dans un contexte économique tendu pour l’industrie électronique et pour Soitec en particulier, est-il bien raisonnable de procéder à une modification du PLU sans vraie consultation et sans révision avec les habitant.e.s ? En outre, donner le label d’« utilité publique » à un projet dont on ne connaît pas officiellement les acteurs nous semble pour le moins étrange. À moins que les décisions ne soient prises d’avance, et que l’avis des habitant.e.s n’ait aucune importance. Ce que le comportement de M. Clappaz, vice-président à l’économie et au foncier à la Communauté de communes lors de la concertation préalable semblait suggérer.

Protéger les terres agricoles, ou les bétonner ?

On apprend pourtant dans le dossier de concertation que la priorité, pour les terres concernées sont :
– Orientation 2.1 : Préserver les espaces agricoles pour pérenniser l’activité agricole ;
– Orientation 2.2 : Protéger et valoriser les espaces naturels remarquables ;
– Orientation 3.3 : Contenir l’enveloppe urbanisable : « […] les espaces à vocation artisanale et industrielle ne seront pas étendus au-delà de leur périmètre actuel ».
Des orientations probablement votées par les élu.e.s la main sur le cœur.
Sans oublier les orientations du SCoT en vigueur, un autre document d’urbanisme, qui sera lui aussi modifié automatiquement par la DUP : « Ils [ces terrains] se situent sur l’une des principales zones à enjeux agricoles de la grande région de Grenoble (carte des principales zones à enjeux agricoles, DOO page 109), en raison de la forte pression urbaine sur la plaine agricole de l’Isère ».
Alors, ne serait-il pas plus raisonnable de laisser ces terres agricoles être cultivées par des agriculteurs de la commune ou de Crolles, plutôt que vouloir à toute force les bétonner pour essayer d’y produire de la high-tech au service de la 6G, de l’intelligence artificielle et des voitures autonomes ?

Pour amplifier le rapport de force, nous organisons avec les Soulèvements de la terre les 28, 29 et 30 mars un grand week-end de mobilisation, dont une grande manifestation à Bernin le 30 mars à 14h.

Collectif STopMicro, 13 février 2025

 

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Agrandissement de Soitec : déni de démocratie

Réunions publiques – STopMicro Tour 2025

L’an dernier nous avons participé à une trentaine de réunions publiques pour présenter et faire connaitre notre lutte, nous sommes même allé-es parler en Italie. Cette année, nous organisons une nouvelle série de réunions publiques pour préparer la mobilisation des 28, 29 et 30 mars prochains.

Cette liste n’est pas définitive : d’autres dates de réunions et des précisions seront ajoutées au fil du temps.

Février

  • Samedi 01/02 (9h-12h) à Die (Rencontres de Die). Atelier du renoncement numérique. Plus d’infos.
  • Jeudi 06/02 (18h30) à Dijon (Tanneries). Réunion publique. Plus d’infos.
  • Lundi 24/02 à Tours. Réunion publique.

Mars

  • Mardi 04/03 (19h) à AnnecyRéunion publique à l’Ecrevis (36, rue de l’aérodrome, Meythet). Voir l’affiche
  • Mardi 04/03 (19h) à Lyon. Réunion publique à la Maison de l’Écologie (4 rue Bodin, 1er arr. Lyon) Voir l’affiche
  • Mercredi 05/03 (19h) dans les Monts du lyonnais. Réunion publique à la Microbrasserie La Chénou (364 route de soucieu, St-Laurent-d’Agny).
  • Mercredi 05/03 (19h) à Gap. Réunion publique au Local de Mobil’Idées (7 Place Jules Ferry, Gap). Intervention du collectif, Temps d’échanges informel, Documentation, Soupe et Boisson à prix libre ! Voir l’affiche
  • Vendredi 07/03 (19h) à St-Juste-de-Claix (Royans). Réunion publique au Poulailler (111 rue de l’Abbaye, Saint-Just-de-Claix), avec soupe et boissons à prix libre. Voir l’affiche
  • Mardi 11/03 (20h) à Mens. Réunions publique à Bombyx (308 rue Louis Rippert, Mens). Ouverture des portes à 18h30, Repas à 19h, Présentation à 20h. Affiche.
  • Vendredi 14/03 (19h) à St-Etienne. Réunion publique à La Gueule Noire (Espace autogéré 16 rue du Mont). Intervention du collectif, Temps d’échanges, Table de presse et documentation. Adhésion prix libre. Voir l’affiche.
  • Samedi 15/03 (19h30) à Montreuil (93). Soirée info et débat avec buffet à prix libre à la Maison Ouverte (17 rue Hoche, Montreuil). Voir l’affiche.
  • Lundi 17/03 à Grenoble. Réunion publique à la Maison des Associations (6, rue Berthe de Boissieux, Grenoble). Plus d’infos
  • Mardi 18/03 (20h) à Detrier. Réunion publique à la salle des fêtes de Detrier, à l’initiative de divers collectifs : Collectif Grignon, Belledonne a sa voix, Comité de Chapareillan contre le Lyon-Turin, le Torcol ensablé. Voir l’affiche
  • Vendredi 21/03 (19h) à Marseille. Réunion publique avec Le Nuage était sous nos pieds et les Soulèvements de la Terre à la cité de l’Agriculture (6, square Stalingrad) . Voir l’affiche.
  • Samedi 22/03 (14h) à Lyon. Conférence au salon Primevert avec Stop5G. Plus d’infos.
  • Mardi 25/03 (17h) à Saint-Martin-d’Hères. Réunion publique sur l’emprise des industries de microélectronique sur la fac grenobloise. À la Galerie des Amphis, avec Solidaires Étudiant-es. Infos à venir.

Et pour la présentation de la bande-dessinée Toujours Puce. Les macrodégâts de la microélectronique (ed. Le monde à l’envers) :

  • Lundi 10/02 (19h) à Crolles (Le Perchoir).
  • Jeudi 13/03 (19h) à Romans-sur-Isère, au PasSage, place de la fontaine couverte.
Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Réunions publiques – STopMicro Tour 2025

La tech n’est pas une fête !

Nous relayons le texte du collectif Tech&Fesse qui est intervenu lors du festival Tech&fest, car nous trouvons nous aussi que la Tech, ça pue.


La tech n’est pas une fête !

Le festival Tech&Fest se tenait hier et aujourd’hui à Alpexpo, grand moment de célébration du monde de la Tech. Dans le grand hall d’exposition, des dizaines d’entreprises et de start-up sont venues dorer leur blason.

Mais la Tech n’est pas une fête. La Tech pue. Elle empeste. Son odeur nauséabonde se répand partout sur la planète, et Grenoble en est un lieu d’émission particulièrement fort.

L’eau de l’Isère, grâce à la tech, ça pue.
Creuser des mines de partout, et y faire travailler des enfants, ça pue.
Les nouvelles armes dont la Tech inonde les guerres, ça pue.
Les SmartCities sécuritaires, équipées de caméra à chaque coin de rue, ça pue.
Les déchetteries de batteries usagées, impossible à recycler, ça pue.
Envoyer des fusées dans l’espace, ça pue.
La consommation d’énergie de tous les objets connectés, ça pue.
L’argent que le monde de la Tech brasse, ça pue.
La liste est encore longue, et elle pue déjà trop.

Il semblerait que depuis leurs bureaux, derrière leurs ordinateurs dernier cri, les agents de la Tech ne sentent pas à quel point le monde qu’iels cherchent à bâtir sent mauvais.

C’est pourquoi nous, le collectif Tech&Fesse, avons répandu la véritable odeur de la Tech dans Alpexpo. Nous avons trouvé important de leur remettre les pieds sur terre, afin qu’iels respirent un peu de l’odeur qu’iels dégagent.

N’hésitez pas à faire de même. La recette est facile : il suffit d’un peu d’acide butyrique et d’huile essentielle d’ail.

Amicalement,
Le collectif Tech&Fesse

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur La tech n’est pas une fête !

« L’intelligence artificielle accélère le désastre écologique, renforce les injustices et aggrave la concentration des pouvoirs »

STopMicro est cosignataire de la tribune « L’intelligence artificielle accélère le désastre écologique, renforce les injustices et aggrave la concentration des pouvoirs » publiée dans Le Monde aujourd’hui.

Ce texte est le manifeste fondateur de « Hiatus », une coalition composée d’une diversité d’organisations de la société civile française qui entendent résister au déploiement massif et généralisé de l’intelligence artificielle.


L’IA contre les droits humains, sociaux et environnementaux

Tout concourt à ériger le déploiement massif de l’intelligence artificielle en priorité politique. Prolongeant les discours qui ont accompagné l’informatisation depuis plus d’un demi-siècle, les promesses abondent pour conférer à l’IA des vertus révolutionnaires et imposer l’idée que, moyennant la prise en compte de certains risques, elle serait nécessairement vecteur de progrès. C’est donc l’ensemble de la société qui est sommée de s’adapter pour se mettre à la page de ce nouveau mot d’ordre industriel et technocratique. Partout dans les services publics, l’IA est ainsi amenée à proliférer au prix d’une dépendance technologique accrue. Partout dans les entreprises, les managers appellent à recourir à l’IA pour « optimiser » le travail. Partout dans les foyers, au nom de la commodité et d’une course insensée à la productivité, nous sommes poussés à l’adopter.

Pourtant, sans préjuger de certaines applications spécifiques et de la possibilité qu’elles puissent effectivement répondre à l’intérêt général, comment ignorer que ces innovations ont été rendues possible par une formidable accumulation de données, de capitaux et de ressources sous l’égide des multinationales de la tech et du complexe militaro-industriel ? Que pour être menées à bien, elles requièrent notamment de multiplier la puissance des puces graphiques et des centres de données, avec une intensification de l’extraction de matières premières, de l’usage des ressources en eau et en énergie ?

Comment ne pas voir qu’en tant que paradigme industriel, l’IA a dores et déjà des conséquences désastreuses ? Qu’en pratique, elle se traduit par l’intensification de l’exploitation des travailleurs et travailleuses qui participent au développement et à la maintenance de ses infrastructures, notamment dans les pays du Sud global où elle prolonge des dynamiques néo-coloniales ? Qu’en aval, elle est le plus souvent imposée sans réelle prise en compte de ses impacts délétères sur les droits humains et l’exacerbation des discriminations telles que celles fondées sur le genre, la classe ou la race ? Que de l’agriculture aux métiers artistiques en passant par bien d’autres secteurs professionnels, elle amplifie le processus de déqualification et de dépossession vis-à-vis de l’outil de travail, tout en renforçant le contrôle managérial ? Que dans l’action publique, elle agit en symbiose avec les politiques d’austérité qui sapent la justice socio-économique ? Que la délégation croissante de fonctions sociales cruciales à des systèmes d’IA, par exemple dans le domaine de la santé ou l’éducation, risque d’avoir des conséquences anthropologiques, sanitaires et sociales majeures sur lesquelles nous n’avons aujourd’hui aucun recul ?

Or, au lieu d’affronter ces problèmes, les politiques publiques menées aujourd’hui en France et en Europe semblent essentiellement conçues pour conforter la fuite en avant de l’intelligence artificielle. C’est notamment le cas de l’AI Act adopté par l’Union européenne et présenté comme une réglementation efficace alors qu’elle cherche en réalité à promouvoir un marché en plein essor. Pour justifier cet aveuglement et faire taire les critiques, c’est l’argument de la compétition géopolitique qui est le plus souvent mobilisé. À longueur de rapports, l’IA apparaît ainsi comme le marchepied d’un nouveau cycle d’expansion capitaliste, et l’on propose d’inonder le secteur d’argent public pour permettre à l’Europe de se maintenir dans la course face aux États-Unis et à la Chine.

Ces politiques sont absurdes, puisque tout laisse à penser que le retard de l’Europe dans ce domaine ne pourra pas être rattrapé, et que cette course est donc perdue d’avance. Surtout, elles sont dangereuses dans la mesure où, loin de constituer la technologie salvatrice souvent mise en avant, l’IA accélère au contraire le désastre écologique, renforce les injustices et aggrave la concentration des pouvoirs. Elle est de plus en plus ouvertement mise au service de projets autoritaires et impérialistes. Non seulement le paradigme actuel nous enferme dans une course technologique insoutenable, mais il nous empêche aussi d’inventer des politiques émancipatrices en phase avec les enjeux écologiques.

La prolifération de l’IA a beau être présentée comme inéluctable, nous ne voulons pas nous résigner. Contre la stratégie du fait accompli, contre les multiples impensés qui imposent et légitiment son déploiement, nous exigeons une maîtrise démocratique de cette technologie et une limitation drastique de ses usages, afin de faire primer les droits humains, sociaux et environnementaux.

Premiers signataires :

Annick Hordille, membre du Nuage était sous nos pieds
Baptiste Hicse, membre de STopMicro
Camille Dupuis-Morizeau, membre du conseil d’administration de Framasoft
David Maenda Kithoko, président de Génération Lumière
Denis Nicolier, co-animateur de Halte au contrôle numérique
Emmanuel Charles, co-président de ritimo
Éléonore Delatouche, fondatrice de Intérêt à agir
Judith Allenbach, présidente du Syndicat de la Magistrature
Judith Krivine, présidente du Syndicat des avocats de France (SAF)
Julie Le Mazier, co-secrétaire nationale de l’Union syndicale Solidaires
Julien Lefèvre, membre de Scientifiques en rébellion
Marc Chénais, directeur de L’Atelier Paysan
Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme)
Olivier Petitjean, co-fondateur de L’Observatoire des multinationales
Raquel Radaut, porte-parole de La Quadrature du Net
Sandra Cossart, directrice de Sherpa
Soizic Pénicaud, membre de Féministes contre le cyberharcèlement
Sophie Venetitay, secrétaire générale du SNES-FSU
Stéphen Kerckhove, directeur général d’Agir pour l’environnement
Thomas Thibault, président du Mouton Numérique
Vincent Drezet, porte parole d’Attac France
Yves Mary, cofondateur et délégué général de Lève les yeux

David Maenda Kithoko, président de Génération Lumière ; Julie Le Mazier, co-secrétaire nationale de l’Union syndicale Solidaires ; Julien Lefèvre, membre de Scientifiques en rébellion ; Marc Chénais, directeur de L’Atelier Paysan ; Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Raquel Radaut, porte-parole de La Quadrature du Net ; Soizic Pénicaud, membre de Féministes contre le cyberharcèlement ; Sophie Venetitay, secrétaire générale du SNES-FSU ; Stéphen Kerckhove, directeur général d’Agir pour l’environnement ; Vincent Drezet, porte parole d’Attac France. Liste complète des organisations premières signataires à retrouver sur : https://www.laquadrature.net/manifeste-hiatus/


English version

AI against human, social and environmental rights”

This text is the founding manifesto of “Hiatus”, a coalition made up of a diversity of French civil society organizations intent on resisting the massive and widespread deployment of artificial intelligence.

The massive deployment of artificial intelligence has become a political priority. Extending the rhetoric that has accompanied computerization for over half a century, promises abound to confer revolutionary virtues on AI and impose the idea that, provided certain risks are taken into account, it would necessarily be a vector of progress. The whole society is called upon to adapt to this new industrial and technocratic buzzword. Everywhere in public administrations, AI is set to proliferate, at the cost of an increased technological dependency. Everywhere in the private sector, managers are calling for AI to “optimize” work. Everywhere in our homes, in the name of convenience and a senseless race for productivity, we are pushed to adopt it.

Yet, without prejudging of certain specific applications and the possibility that they might actually serve the general interest, how can we ignore the fact that these innovations have been made possible by a formidable accumulation of data, capital and resources under the aegis of tech multinationals and the military-industrial complex? That, to be successful, they require among other things de-multiplying the power of computer chips and data centers, with comes down to an intensification in the extraction of raw materials and the use of water and energy resources?

How can we fail to see that, as an industrial paradigm, AI is already having disastrous consequences? That, in practice, it intensifies the exploitation of workers involved in the development and maintenance of its infrastructures, particularly in the countries of the Global South, where it prolongs neo-colonial dynamics? That downstream, it is most often imposed without any real consideration of its deleterious impacts on human rights and the exacerbation of discrimination based on gender, class or race? That, from farming to the arts and many other professional sectors, it amplifies the process of deskilling and dispossession vis-à-vis working tools, while reinforcing managerial control? That in public administrations, it acts in symbiosis with austerity policies that undermine socio-economic justice? That the increasing delegation of crucial social functions to AI systems, for example in healthcare or education, is likely to have major anthropological, health and social consequences on which we have absolutely no hindsight today?

Instead of tackling these issues, public policies in France and Europe today seem essentially designed to support the headlong rush to AI. This is particularly true of the AI Act adopted by the European Union, which is presented as an effective regulation when in fact it first and foremost seeks to promote a booming market. To justify this blindness and silence critics, the argument of geopolitical competition is most often used. Policy report after policy report, AI is portrayed as the stepping stone to a new cycle of capitalist expansion, with repeated calls to flood the sector with public money so as to keep Europe in the race with the United States and China.

These policies are absurd, since it seems unlikely that Europe will ever catch up, and that the AI race is probably already lost. But more importantly, they are dangerous because far from being the world-saving technology put forward by its promoters, AI is, on the contrary, accelerating ecological disaster, reinforcing injustice and worsening power concentration. It is increasingly being used to serve authoritarian and imperialist projects. Not only is the current paradigm locking us into an unsustainable technological race, it is also preventing us from inventing emancipatory policies in phase with the ecological stakes.

The proliferation of AI may seem inevitable. Sill, we don’t want to give up. Against the strategy of the fait accompli, against the blind-sided arguments that impose and legitimize its deployment, we demand democratic control over this technology and a drastic limitation of its uses, so that human, social and environmental rights can take precedence.

First signatories :

Annick Hordille, Member of Le Nuage était sous nos pieds

Baptiste Hicse, Member of STopMicro

Camille Dupuis-Morizeau, Board Member of Framasoft

David Maenda Kithoko, President of Génération Lumière

Denis Nicolier, Co-host of Halte au contrôle numérique (Stop Digital Control)

Emmanuel Charles, Co-president of ritimo

Éléonore Delatouche, Founder of Intérêt à agir

Judith Allenbach, President, Syndicat de la Magistrature

Judith Krivine, President, Syndicat des avocats de France (SAF)

Julie Le Mazier, National co-secretary of Union syndicale Solidaires

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur « L’intelligence artificielle accélère le désastre écologique, renforce les injustices et aggrave la concentration des pouvoirs »

Peut-on encore débattre de la microélectronique dans le Grésivaudan ?

Le secteur de la micro-électronique est le plus gros employeur de la vallée du Grésivaudan. Alors que l’accaparement des ressources par cette industrie est contesté depuis deux ans et que le collectif STopMicro prépare une mobilisation d’ampleur les 28, 29 et 30 mars prochain à Grenoble et Bernin, des signes inquiétants de bâillonnement du débat public apparaissent.

L’organisation de présentations de la bande dessinée de Maud et Elsa Lecarpentier Toujours puce. Les macrodégâts de la microélectronique (ed. Le monde à l’envers) dans le Grésivaudan – et la tenue de réunions publiques sur le sujet en général – s’avère semée d’embûches. Dernier épisode en date : l’annulation pure et simple d’une présentation qui devait se tenir dans une librairie. Mais il y en a eu d’autres auparavant. Est-il encore possible de débattre de l’emprise des grandes entreprises dans le Grésivaudan ?

Venez rencontrer Maud et Elsa Lecarpentier lors de la prochaine présentation de leur livre, qui aura lieu lundi 10 février à 19h au Perchoir (492 rue des Bécasses à Crolles).

Bonne nouvelle : une présentation de la bande dessinée Toujours puce était programmée le 7 février dans une librairie du Grésivaudan. Nous apprécions ce livre, dont nous avons signé la postface et organisé une présentation en octobre dernier à Grenoble. Pour cette nouvelle présentation, à laquelle STopMicro n’a pas pris part, la date, les horaires, tous les détails techniques étaient définis entre la maison d’édition et le libraire. Celui-ci, qui avait lu le livre, en avait commandé trente exemplaires pour les vendre lors de la soirée. Mais cette soirée n’aura hélas pas lieu…

Cette annulation fait écho aux difficultés rencontrées par la maison d’édition pour trouver des lieux disposés à accueillir des présentations de la bande dessinée dans le Grésivaudan. Voici par exemple la réponse envoyée par une autre librairie en septembre dernier.

 

Cette seconde réponse n’est certes pas équivalente à la première, puisqu’ici les libraires ont joué cartes sur table dès le début, et n’ont jamais fait croire qu’ils souhaitaient accueillir la rencontre, et on peut les féliciter de cette honnêteté.

Les librairies ont-elles reçu des menaces directes de la part de l’entreprise ? Ou, plus probablement, s’en sont-elles tenues à une posture « prudente » d’auto-censure ? Le résultat est hélas le même : il est extrêmement difficile de mettre en débat l’accaparement des ressources par l’industrie électronique dans les lieux mêmes où celui-ci a lieu.

On peut également rappeler les difficultés rencontrées par STopMicro pour trouver un lieu où organiser le colloque « Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation ». En témoigne par exemple cette réponse envoyée en octobre par un lieu culturel du campus géré par une association.

 

Il nous semble que ce lieu culturel a une lecture extensive de la notion de « prosélytisme », même si nous savons que l’UGA n’est pas neutre sur ce sujet, puisqu’elle se positionne depuis un siècle en soutien actif des industries « innovantes » et des entreprises comme STMicroelectronics, Soitec ou Lynred (outre les trois liens que nous fournissons, éclairants, on peut lire à ce sujet le livre du Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, également aux éditions Le monde à l’envers).

Finalement, ce colloque qui cherche à rendre visible la matérialité de la prétendue « dématérialisation » et la division internationale du travail sur laquelle repose la prospérité grenobloise et l’industrie des semi-conducteurs en particulier aura bien lieu les 28 et 29 mars prochain à La Bobine qui nous accueille – et ce malgré les menaces de fermeture qui planent sur elle pour d’autres raisons.

Saluons également le tiers-lieu Au Perchoir qui accueille une rencontre avec Maud et Elsa Lecarpentier le 10 février prochain à 19h. Y aura-t-il foule lors de cette présentation ? En tout cas, ce ne sera pas grâce à l’agenda en ligne des manifestations culturelles et sportives de la Communauté de communes Le Grésivaudan.

 

 

Depuis l’envoi de ce mail par la maison d’édition, pas de réponse, et l’évènement n’est hélas toujours pas apparu dans l’agenda… Faut-il y voir un rapport avec le fait que la Communauté de communes, gestionnaire de cet agenda, est très largement engagée en soutien à l’industrie de la microélectronique (au point que c’est elle qui porte le projet d’agrandissement de la zone d’activité économiques de Bernin, sur lequel repose l’agrandissement de Soitec que nous combattons) ?

Pour rappel, la présentation du livre Toujours puce au Perchoir ne signifie nullement que Le Perchoir partage les idées exprimées dans le livre : cela signifie simplement que le lieu a accepté de donner la parole à deux autrices de bande dessinée pour que leur travail soit mis en discussion, aussi bien sur ses aspects esthétiques et artistiques que sociaux et politiques. Le simple fait que nous soyons obligés de le préciser est un triste indicateur de la liberté de parole qui est possible aux alentours de STMicroelectronics et Soitec, contrairement aux litanies que les garants de la concertation publique déversaient il y a encore quelques semaines, invitant la population à « s’exprimer » et à « parler librement ».

Les manifestants de Mai 68 se demandaient s’il est « possible de penser librement à l’ombre d’une église ». Dans le Grésivaudan, au vu des pressions directes et indirectes qui s’exercent, on peut aujourd’hui se demander s’il est possible de penser librement à l’ombre d’une usine.

Collectif STopMicro, 30 janvier 2025

stopmicro@riseup.nethttps://stopmicro38.noblogs.org

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Peut-on encore débattre de la microélectronique dans le Grésivaudan ?

Pourquoi et comment luttons-nous?

Le collectif a récemment publié deux articles qui reviennent sur les deux années de mobilisation contre les extensions de STMicroelectronics et Soitec. Ces articles mettent en perspective la construction de la lutte et la stratégie de STopMicro, leur lecture pourra intéresser celles et ceux qui aimeraient en savoir plus sur l’histoire du collectif, ses angles d’analyse et d’attaque, ses perspectives…

Le premier, Ouvrir un front contre la numérisation du monde, a été publié dans la revue des écologies radicales Terrestres.

Le second, S’opposer au « cerveau de l’armement ». En lutte contre l’industrie des semi-conducteurs à Grenoble vient d’être publié dans le dernier numéro de la revue Passerelle, qui a pour thème « Violences, guerres, conflits armés : évolutions et résistances ».

Bonne lecture !

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , , , | Commentaires fermés sur Pourquoi et comment luttons-nous?

30/01 : Réunion pour aider à la préparation de la mobilisation

Envie de filer un coup de main pour le grand weekend de mobilisation de STopMicro ?

–Rendez-vous le jeudi 30 janvier à 18h30 pour un apéro/réunion d’information pour aider à la préparation du weekend–
—infos en bas—

Le grand weekend de mobilisation de STopMicro approche à grands pas : les 28, 29 et 30 mars. Au programme : un colloque sur l’impossible relocalisation de la filière microélectronique et une grande manifestation festive, massive et familiale le dimanche à Bernin (plus d’informations ici et à venir).

Cette année, c’est avec les Soulèvements de la Terre que nous organisons ces trois jours de mobilisation, l’occasion d’être encore plus nombreux et nombreuses que l’an passé et d’augmenter le rapport de force dans cette lutte que nous menons contre le déferlèment technologique et l’accaparement des ressources par les industriels de la microélectronique.

C’est par notre nombre et notre détermination que nous faisons s’accroître la pression sur les industriels de la microélectronique et tout le système politique qui gravite autour d’elles. Cette contestation populaire que nous menons depuis 2 ans est loin d’être vaine et a déjà occasionné de nombreux dommages économiques et réputationnels à STMicroelectronics et Soitec. C’est en augmentant cette pression et la rapport de force que nous pouvons mettre fin à ces projets d’extension insensés. D’importes victoires ont été arrachées par le passé : center parc de Roybon, aéroport de Notre-Dame-des-Landes, centrale nucléaire de Plogoff… Ici aussi il est possible d’empêcher des projets industriels indésirables !

Et parce que cette année on compte bien être encore plus nombreux-ses et puissant-es que l’an passé, on va mettre les bouchées doubles pour préparer ces trois jours !

Alors, si vous ou votre collectif voulez prendre part à l’organisation de ce weekend avec nous, qu’il s’agisse de construire un char, de recouvrir Grenoble ou n’importe quelle ville d’affiches, de tracter, de créer de magnifiques banderoles, de proposer vos talents et compétences, de prendre part à des cantines collectives, de photographier le weekend, de nous aider à trouver un campement, de nous filer des sous, de nous prêter ou de nous donner du matériel, de faire les petites mains lors de ces trois jours, de composer des chants ou des slogans pour la lutte, vous êtes plus que les bienvenu-es !

Pour cela, nous organisons une réunion-apéro d’information le jeudi 30 janvier à 18h30 à la salle des tickets (14 place Saint Bruno, Grenoble). On y discutera du programme du weekend, des besoins d’aide déjà identifiés et de toutes vos idées. Venez nombreux et nombreuses, n’hésitez pas à ramener votre voisine artiste, votre copain vidéaste ou votre grande-tante bricoleuse… N’importe quel coup de main, qu’il soit purement pratique, saugrenu ou créatif sera apprecié !

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas venir ou qui sont à distance mais qui voudraient aider, vous pouvez nous envoyer un petit message sur le mail dédié : filerlamain.stopmicro@proton.me

————————————————————-

Aussi, nous sommes à la RECHERCHE D’UN TERRAIN pour monter un campement pour héberger les personnes qui viendraient de loin sur la durée du weekend et pouvant accueillir quelques centaines de personnes, si possible en direction du Grésivaudan. Nous sommes ouvert.es à toute proposition.

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 30/01 : Réunion pour aider à la préparation de la mobilisation

Prochainement ici : une salle blanche de 50 mètres de hauteur

(Cet article a été publié le 12 janvier 2025 et mis à jour le 24 octobre 2025)

Le Plan local d’urbanisme de Crolles a été modifié en 2024-2025. Ce nouveau Plu a été adopté par la ville de Crolles en juillet 2024 et est entré en vigueur en juillet 2025.

Future extension de ST

Les terrains en bordure proche du Craponoz sous la rue de l’Europe (qui relie Soitec à ST) sont en « zone urbaine à vocation industrielle » (UI). Juste à côté, sur l’emprise actuelle du parking, les terrains sont par contre en « zone urbaine à vocation industrielle plus haute » (Uih) (source). Ceci constitue une modification par rapport au précédent PLU (encore en vigueur à l’heure actuelle)(source).

Voici un plan qui permet de bien situer la parcelle concernée (plan tiré du résumé non-technique de l’étude d’impact de la deuxième enquête publique de l’extension de ST, page 18) :

 

Quelle est donc cette hauteur accordée ?
En zone UI, les bâtiments peuvent faire 26 mètres (source, p.93).
En zone Uih, la hauteur des bâtiments peut monter à 50 mètres (idem).

Ce sont donc des bâtiments potentiellement presque deux fois plus haut que l’usine de Crolles existante actuellement (classée UI) que ST prévoit de construire, avec le soutien de la municipalité.

50 mètres, c’est l’équivalent d’un immeuble de 17 étages.

50 mètres, c’est aussi la hauteur maximale avant d’atteindre la réglementation IGH, les immeubles de grande hauteur, qui impose des contraintes de sécurité et des charges très onéreuses.

Voici une simulation d’un bâtiment de 50 mètres sur une partie de la parcelle concernée.

Une extension de ST encore inconnue à l’heure actuelle

La partie Ouest de cette parcelle Uih va accueillir les nouvelles stations de retraitement des eaux usées, qui auront une hauteur de 26 mètres maximum. Mais c’est sur la partie Est de la parcelle, occupée à l’heure actuelle par la parking P10 qu’on pourra construire à 50 mètres de hauteur.

Cette modification du PLU ne concerne pas l’extension en cours de ST, mais est destinée à anticiper les besoins futurs de l’entreprise. Concrètement : une fois achevée l’extension actuelle (peut-être en 2030), cette parcelle pourra accueillir l’agrandissement suivant (en 2035?).

Nos demandes de communication d’informations auprès de la mairie nous ont permis d’en obtenir confirmation (lire les propos publics tenus par le maire Philippe Lorimier en réaction à nos demandes). Cela confirme la collusion entre pouvoirs publics et industriels privés que nous avons dénoncé lors d’un rassemblement devant la réunion du Conseil communautaire en septembre 2025

La révision du PLU de Crolles de Crolles avait pour but de « permettre de construire un nouveau cadre pour mieux anticiper et maîtriser les mutations du tissu urbain, ainsi que les transformations économiques, sociales et environnementales ». À ce titre, on ne peut que constater que l’« anticipation » et la « maîtrise » des transformations environnementales est totalement ratée : la ville de Crolles poursuit son soutien sans faille à l’industrie des semi-conducteurs, malgré la surconsommation d’eau et de ressources et la pollution qu’elle engendre.

No puçaran!

Collectif STopMicro,
12 janvier 2025, modifié le 24 octobre 2025

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Prochainement ici : une salle blanche de 50 mètres de hauteur

28, 29, 30 mars 2025 : grand week-end de mobilisation

De l’eau, pas des puces !
Grand week-end de mobilisation
28, 29 et 30 mars 2025
Contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique et la « vie connectée »

/// MISE A JOUR DE CET ARTICLE : ICI ///

Vendredi 28 et samedi 29 mars, Grenoble :
colloque international « Semi-conducteurs, l’impossible relocalisation »

Dimanche 30 mars, Bernin :
manifestation « Des terres, de l’eau, pas des puces! »

Une mobilisation organisée par STopMicro et les Soulèvements de la Terre.



En 2022, le fabricant de puces électroniques STMicroelectronics annonçait l’agrandissement de son usine de Crolles et programmait un triplement de sa consommation en eau potable. Dans la foulée, sa voisine Soitec inaugurait une nouvelle usine, et rendait publics deux nouveaux projets d’agrandissement à Bernin.

En avril 2023, nous étions 1000 à manifester à Crolles, et l’année suivante 2000 à Grenoble en pour exiger l’arrêt des extensions de ST et de Soitec. En plus d’avoir retardé de nombreux mois l’extension de STMicroelectronics, de causer des préjudices réputationnels et économiques aux deux industriels, d’augmenter considérablement leur tarif sur l’eau potable, notre mobilisation a contraint ST et Soitec à des effets d’annonce sur le prétendu recyclage de l’eau à venir. Surtout, Soitec a annoncé la suspension de ses projets d’extension, pendant que le chantier de ST est à l’arrêt suite à la démission d’un de ses partenaires économiques.


Rien n’est encore gagné pour autant ! La communauté de communes poursuit sa volonté d’étendre les usines, projetant d’exproprier plusieurs agriculteurs et de bétonner 11 hectares de terres agricoles
(plus d’infos).

 

Les 28, 29 et 30 mars 2025, retrouvons-nous à Grenoble et à Bernin.

 

Vendredi et samedi, le colloque international « Semi-conducteurs, l’impossible relocalisation » portera sur l’inscription de l’industrie des puces dans la mondialisation capitaliste. L’accaparement des ressources ne se limite en effet pas à l’eau potable du Grésivaudan : de l’extraction de terres rares à l’exploitation de main-d’oeuvre à faible coût, les semi-conducteurs s’inscrivent dans un système colonial et anti-écologique. Nous attendons des invité-es d’Argentine, du Congo, du Canada, de pays européens… Programmation en cours !

Semi-conducteurs, l'impossible relocalisation. Colloque STopMicro 28 et 29 Mars 2025

 

 

Dimanche, une grande manifestation familiale et festive à Bernin pour exiger l’arrêt définitif des extensions d’usines de semi-conducteurs à Crolles et Bernin.

 

Afin de produire plus de gadgets, Soitec veut détruire des terres agricoles. Empechons-le ! Manif 30 Mars 2025.

Plus d’infos dès que possible !
Buvez de l’eau !

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 28, 29, 30 mars 2025 : grand week-end de mobilisation

Soitec : Les 5 raisons de l’échec de la concertation et nos 3 recommandations

Alors que la concertation sur l’agrandissement de Soitec s’est achevée et que le bilan en a été publié hier par la CNDP, les garants et Le Dauphiné libéré se désespèrent de la faible participation. Il y aurait donc un problème démocratique autour de ce projet ? En effet, mais ce n’est pas celui que les garants relèvent.

/// ce texte en pdf ///

Rappel (1) : l’extension de Soitec

L’entreprise de semi-conducteurs Soitec, installée à Bernin, veut s’agrandir. La Communauté de communes porte donc un projet d’extension de la zone d’activités économiques (ZAE) des Fontaines. En avril 2023, Soitec a annoncé la suspension pour un an de son agrandissement. Les raisons de cette suspension n’ont pas été indiquées mais on suppose un mix de mauvaise conjoncture économique et de peur du grabuge causé par la contestation menée par STopMicro depuis deux ans.

Malgré cette annonce, la communauté de communes poursuit son ambition de racheter et bétonner 11 hectares de terres agricoles pour les mettre au service… de qui, justement ? De toute entreprise portant des « activités liées au secteur des micro-nanotechnologies et de l’industrie des semi-conducteurs », selon le dossier de concertation.

Nous avons produit un résumé de l’affaire sur notre site.

Rappel (2) : la concertation préalable

Tirant les enseignements des difficultés rencontrées par STMicroelectronics qui n’avait pas respecté les procédures légales (lancement d’une enquête publique sans concertation préalable), la Communauté de communes s’est lancée dans une concertation garantie par la Commission nationale du débat public (CNDP), une série de réunions et une plateforme internet où les citoyens pouvaient, du 30 septembre au 11 novembre, donner leur avis sur le projet. Le 11 décembre, les garants ont rendu leurs conclusions suite à cette concertation. C’est ce bilan que nous commentons ici.

Les 5 raisons d’un échec

1. Un projet qui avance en sous-marin

Ce thème est revenu tout au long de cette concertation, les élus et les garants tâchant tant bien que mal d’affirmer que Soitec n’était plus dans le projet, et de se livrer à des circonvolutions oratoires.

Tous les efforts déployés pendant trois semaines ont été ruinés par les propos du président de la Communauté de communes à France Bleu à l’issue de la  concertation : « Le projet c’est une extension de la zone économique des Fontaines pour permettre à Soitec d’agrandir son usine et répondre au marché de la micro-électronique en fabriquant les produits qu’ils ont l’habitude de fabriquer. » Oups.

2. Information ou désinformation ?

L’an dernier, Soitec prévoyait d’occuper 8 hectares sur les 11, ce qui amenait la CNDP à affirmer que les deux projets d’extension ne formaient qu’« un seul projet global ». Si Soitec ne fait plus partie du projet, de quoi parle-t-on exactement ? Ainsi, ce point figure parmi « les interrogations ayant émergé mais n’ayant pas trouvé de réponse » listées par les garants.

Alors que le collectif STopMicro mène depuis des mois un travail d’enquête et de documentation conséquent, le dossier de concertation était désespérément creux. Très peu d’éléments factuels y figuraient. La cause de ce vide ? L’extension de la ZAE est taillée sur mesure pour Soitec, mais Soitec s’est retirée provisoirement. Il n’y avait donc rien à dire : on ne sait pas à quelle échéance des entreprises s’installeraient, et la seule chose qu’on sait d’elles c’est qu’elles évoluent dans le secteur de la microélectronique. Alors, dès que les participants évoquaient le cas de Soitec, on leur répondait qu’il ne s’agissait pas forcément de Soitec. Il fallait donc discuter « dans l’absolu ». Mais attention, comme rappelé lors de la réunion du 30 octobre, il ne fallait pas faire preuve d’« idéologie » mais être pragmatique. Or, on conviendra qu’il est difficile d’être pragmatique lorsqu’on ne peut pas parler de sujets concrets. C’est le piège dans lequel la concertation voulait nous prendre.

En outre, le cadre proposé par la concertation était largement orienté. Dans la réflexion proposée au public, aucun bénéfice n’était envisagé au cas où le projet ne se fasse pas : la phrase « Enfin, dans le cas où l’extension de la ZAE du Parc des Fontaines venait à ne pas se réaliser, il n’y aurait pas d’incidences sur la faune et la flore, les émissions atmosphériques ne seraient pas augmentées par un trafic intensifié dû à l’industrialisation. Les espaces agricoles berninois et la zone humide seraient main tenus, continuant à fournir de l’eau aux cultures et à jouer un rôle écologique majeur » est contrebalancée par trois autres paragraphes cherchant à montrer qu’en réalité il y aurait des impacts négatifs. Présenter les choses de cette façon n’est pas neutre. Idem pour l’imposition d’un cadre de réflexion restreint, où il n’était guère dans le sujet de questionner l’utilité des puces, les marchés militaires fournis par Soitec et la microélectronique grenobloise.

Plus : le dossier de concertation propageait des contre-vérités. Voir par exemple la page 57, qui affirmait que « l’activité agricole peut soumettre cette zone humide à des pressions considérables liées à l’utilisation excessive d’éléments nutritifs et de pesticides, à la dérivation ou au prélèvement non durable de l’eau, et à la surexploitation de la biodiversité. ». Quand on sait que les cultures sur ces terres ne sont pas irriguées, que le projet prévoit d’exproprier les agriculteurs et qu’in fine l’enjeu est de tout bétonner, on peut trouver un peu malhonnête – voire insultant envers les agriculteur.ices – de faire l’agri bashing pour justifier la bétonisation de terres agricoles.

3. Parler ne prête pas à conséquence

« Que penser de cette faible participation à ce débat, alors que le public met en doute la véritable efficacité de cette concertation, craint que son opinion ne soit pas prise en compte, mais ne se manifeste pas pour la donner ? » se demande le Dauphiné Libéré. Comme, en l’occurrence ce fameux « public » c’est nous, répondons-lui.

STopMicro a fait le choix de ne pas participer à cette concertation, estimant que les conditions d’un exercice réel et éclairé de la démocratie n’étaient pas réunies. Nous n’avons pas non plus pris la peine d’appeler à un boycott en règle, mais avons diffusé notre tract aux portes des réunions, échangé à plusieurs reprises avec de nombreux habitants sur les marchés, organisé une rencontre au cours de laquelle le fond du dossier a été discuté et apposé une banderole « Stop à l’artificialisation des terres. De l’eau pas des puces ! » perturbant la visite du site organisée par la concertation.

Dépité par le refus du collectif de participer aux réunions, l’un des garants nous rappelait que notre présence y était bienvenue, et que nous pourrions dire tout ce que nous avons à dire. Mais en réalité, c’est bien eux, la Communauté de communes et Soitec qui avaient intérêt à ce que nous nous exprimions lors de ces réunions, afin de donner un vernis de légitimité démocratique à leur projet. Pour notre part, nous n’attendons pas qu’on nous donne la parole pour informer et débattre sur le projet. Ce que nous avons fait en distribuant une après-midi d’information dans le Grésivaudan et en organisant une après-midi d’information sur le site prévu par l’extension.

En effet, contrairement à ce que le slogan de la CNDP « Ma parole a du pouvoir » pourrait laisser penser, ces réunions ne sont pas décisionnaires. Ce sont avant tout des moyens pour les autorités de prendre la température de l’opinion, et pour modifier à la marge les projets si elles identifient un point de blocage. En effet, quoique chronométrée, la parole est libre lors de ces réunions : on peut y dire tout ce que l’on veut, en toute liberté, sachant que de toutes façons ces paroles ne seront pas suivies d’effets1.

4. Étouffer la contestation

Dans ce cadre, la méthode des garants pour ne pas tirer les conclusions qui s’imposent laisse pantois. Elle est cependant assez simple. Il s’agit d’écouter tout le monde, de lister les arguments (repoussant les plus pertinents dans la liste des questions « n’ayant pas trouvé de réponse ») puis de conclure en saluant la qualité des échanges et d’en appeler à la continuation des discussions.

Ainsi, on apprend que les avis favorables sont « venus plutôt des acteurs du monde économique et de la sphère publique : Minalogic, Soitec, CCI… très peu venant du grand public (et la plupart du temps dans ce cas, peu argumentées). ». À contrario, les contributions opposées au projet citées par les garants sont pertinentes et argumentées. On sent que s’est nettement exprimée une défiance sur les choix économiques, sur l’artificialisation des terres dans le Grésivaudan, sur les risques Seveso, sur les pollutions, sur les transports… Pourtant, pas plus dans la conclusion des garants que dans leurs recommandations et demandes de précisons, ces éléments ne sont repris. Les garants jugent bon de faire quelques précisions sur des éléments annexes, comme faire des bilans d’avancement du projet, les méthodes de travail, le financement des équipements annexes, l’eau ça mouille et le feu ça brûle… À croire que c’est une passion de jeter à la poubelle les arguments et les inquiétudes un peu trop gênantes…

Le travail sérieux de l’opposition n’ayant semble-t-il pas suffisamment de valeur pour être repris dans la synthèse, nous avons en contrepartie la chance de servir de support de communication. Malgré le refus explicite et réitéré de STopMicro de participer à ce jeu de dupes, notre mobilisation est indiquée comme faisant partie du « plan de communication autour de la concertation préalable » (!) STopMicro aurait ainsi « contribué à l’information et à la mobilisation des publics » par ses publications. Il n’est cependant nulle part fait mention de notre perturbation de la visite du site organisée dans le cadre de la concertation. On trouve même comme illustration du bilan produit par les garants, une belle photo de notre seconde banderole (celle apposée pendant la visite ayant mystérieusement disparu quelques jours plus tard, la veille de la venue d’un ministre à Soitec).

5. La démocratie, ce n’est pas la discussion, c’est le rapport de force

En réalité, le dissensus porte peut-être sur la définition de la démocratie. On connaît la boutade : « La dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours ». Cela semble correspondre à la définition de la démocratie de Jean-François Clappaz, le vice-président de la Communauté de communes à l’économie, qui supportait assez mal lors des réunions que les intervenants parlent de sujets non prévus par son pitch. Le projet est prêt, le projet est bon, et si on a décidé de le mettre sur pied, vous vous en doutez, c’est qu’on y a bien réfléchi. Alors, causez toujours, nous on bosse.

De notre côté, nous avons une plus haute idée de la démocratie, qui ne peut se réduire à la lecture d’un dossier de 70 pages de vide et à la participation à deux réunions sans information autre que la soupe pré-digérée servie par la Communauté de communes. Pour nous, la démocratie consiste certes à exprimer son opinion, mais pas une opinion individuelle et « citoyenne ». La démocratie est une mise en mouvement, et l’affrontement dans l’arène publique de projets et d’intérêts contradictoires. Elle se manifeste physiquement, dans des gestes et des rassemblements chaleureux, et non seulement dans des prises de parole lors d’évènements organisés par ceux qui détiennent le pouvoir. La démocratie, c’est s’organiser, se réunir, agir. C’est mettre en avant les responsables, les rendre visibles.

Face au déni de démocratie généralisé qui règne dans les sociétés prétendues « démocratiques », il ne faut pas rentrer dans les jeux codifiés du pouvoir mais imposer la démocratie. Ce que nous faisons depuis deux ans avec STopMicro.

La démocratie est sauvage, et c’est sans doute pour cela qu’elle a du mal à rentrer dans des réunions de concertation.

Nos 3 recommandations

Il y a donc bien un échec, mais pas celui que les garants et le Dauphiné libéré signalent.


Leur échec c’est la faible participation (qui les empêche de se parer d’une légitimité démocratique), et le grand nombre de contributions négatives (qui viennent contredire le récit d’une population locale acquise à la hi-tech).

Mais le vrai échec de la concertation était inscrit en elle dès le début : cette concertation n’est pas démocratique, elle n’est qu’un vernis destiné à faire passer le projet, en masquant des informations, en propageant des fake news, en permettant aux mécontents de décharger leur colère et en désamorçant ce qu’il peut y avoir de subversif dans la colère.

Face à cette situation, on en conviendra, bien peu satisfaisante, nous nous en voudrions de laisser nos lecteurs dépourvus de perspectives. C’est pourquoi nous souhaitons, avec l’esprit constructif qui nous caractérise, livrer nos propres recommandations suite à l’échec de la concertation.

1. Cesser les concertations inutiles.

2. Mettre fin à tout nouveau projet de microélectronique dans le Grésivaudan.

3. Financer la reconversion de Jean-François Clappaz.

Les deux premiers points ne nécessitent pas d’éclaircissements particuliers. Mais nos lecteurs ne sont peut-être pas familiers de M. Clappaz. Le projet d’agrandissement de la ZAE a, nous semble-t-il, produit la démonstration que le vice-président de la Communauté de communes chargé de l’économie, du développement industriel ET du foncier (bravo !) n’est plus en phase avec son territoire, pas plus qu’avec son époque. Nous suggérons qu’après un bilan de compétences, M. Clappaz s’oriente vers le stand-up ou une autre activité de ce type : son don pour les prises de parole n’y serait plus contrarié par les interventions argumentées du public qui l’exaspèrent. Dans cette nouvelle activité, il ne récolterait enfin plus que des rires et des applaudissements.

Il se trouve, hélas, que nous ne disposons pas des moyens matériels de mise en œuvre immédiate de ces trois préconisations. C’est pourquoi nous nous contenterons pour l’instant de la proposition suivante : c’est en portant nos propres moyens de communication, de débats et d’action, an augmentant le niveau de conflictualité, en fournissant un travail d’information, en organisant des moments de rencontre, en nous manifestant physiquement, en montrant en toutes occasions notre opposition au projet et en massifiant cette opposition que nous aurons gain de cause.

De l’eau, des terres, pas des puces !

Collectif STopMicro,
12 décembre 2024

https://stopmicro38.noblogs.orgstopmicro@riseup.net

1Comme l’expliquait Jaime Semprun à propos des concertations liées au nucléaire dans La nucléarisation du monde, éditions Gérard Lebovici, 1986.

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Soitec : Les 5 raisons de l’échec de la concertation et nos 3 recommandations

21/01 : La transition n’aura pas lieu, avec Jean-Baptiste Fressoz

Rencontre et échanges avec Jean-Baptiste Fressoz, auteur du livre Sans transition.

En 2022, STMicroelectonics annonçait le triplement de la production de son usine de Crolles, avec la mise en route d’une « méga-fab » de puces électroniques. Selon l’industriel, l’utilisation toujours croissante de semi-conducteurs s’inscrit dans le cadre de la « transition énergétique » et de la « décarbonation ». Une rhétorique reprise par l’ensemble des forces politiques, EELV allant jusqu’à déclarer en 2023 que « ces entreprises sont indispensables aux transitions vers un monde bas-carbone ».

Les semi-conducteurs, l’informatique et les énergies renouvelables sont-il voués à remplacer le pétrole, le gaz et le charbon ? Ou bien, alors que la consommation mondiale d’énergies fossiles ne fait que croître, le discours de la « transition » ne sert-il pas d’alibi à la course à la croissance et à l’innovation technologique à tout prix ?

Pour en discuter, STopMicro et Scientifiques en Rébellion accueillent Jean-Baptiste Fressoz, auteur du livre Sans transition : une nouvelle histoire de l’énergie (éditions du Seuil, 2024).

Mardi 21 janvier 2025
Maison des associations
Rue Berthe de Boissieux, Grenoble
19h : repas à prix libre
20h : discussion

Une présentation du livre
Un entretien avec la revue Terrestres

2.15.0.0
2.15.0.0
Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 21/01 : La transition n’aura pas lieu, avec Jean-Baptiste Fressoz

13/12 : Fête d’anniversaire de STopMicro

En attendant de célébrer l’abandon des projets d’extension de STMicroelectronics et Soitec, on vous invite à venir faire la fête le vendredi 13 décembre pour les 2 ans du collectif STopMicro !

Au programme :

  • 18h : maxi-dérive gluante – Rendez-vous au Jardin de Ville (Grenoble). Prends ton pinceau, ton vélo, ta colle, tes potes.
  • 20h : super boom, macro ziflette – Rendez-vous à l’Université Autogérée (921 Rue des Résidences – Saint-Martin d’Hères). Repas, concert, dj-set et jeux.
2.15.0.0
2.15.0.0
Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 13/12 : Fête d’anniversaire de STopMicro

Contre l’agrandissement de Soitec et de la ZAE [MAJ 3/02]

L’un des axes de notre mobilisation est la lutte contre l’extension de l’usine de Bernin de Soitec, et de la la zone d’activités économiques (ZAE) des Fontaines qui la rend possible. Quelques explications sur ce projet que nous comptons empêcher.

//// Le projet de Soitec ////

En 2022, Soitec avait fait part de sa volonté d’agrandir à nouveau la taille totale de son site de 50 % dans les mois ou années à venir. Il s’agissait de la construction de deux usines, dédiées pour l’une à la production de substrats pour les puces FD-SOI, et pour l’autre à des plaquettes de piézoélectrique sur isolant, dédiés aux filtres radiofréquences des smartphones (source), pour un budget de plus de 600 millions.
Cette extension était prévue dans les abords immédiats de l’usine, sur des terres agricoles utilisés par quatre agriculteurs, majoritairement pour produire du blé, du maïs et des noix.

//// Le rôle de la Communauté de communes ////

La Communauté de communes du Grésivaudan a décidé en décembre 2022 d’accompagner l’agrandissement de Soitec dans le cadre d’une extension de la zone d’activités économiques (ZAE) des Fontaines. Ces deux projets d’extension étaient alors intimement liés : en 2023, la Commission nationale du débat public estimait que plus de la moitié de la surface de l’extension de la ZAE (8 hectares sur 11,2) était destinée à Soitec, ce qui l’amenait à dire qu’il s’agissait d’un seul et même projet global. Mais depuis, juste après un gros weekend de mobilisation contre le projet d’extension en avril 2024, Soitec a annoncé la suspension de son projet. La Communauté de communes est donc à l’heure actuelle le porteur du projet.

Continuer la lecture

Publié dans General | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur Contre l’agrandissement de Soitec et de la ZAE [MAJ 3/02]

STopMicro a rendu visite au ScoT (1ère manche)

Jeudi 21 novembre à Grenoble se tenait la réunion du Conseil syndical du SCoT, un organisme dédié à la planification du développement urbain. Une réunion plus animée que d’habitude (en règle générale, on s’y ennuie un peu), car le collectif STopMicro avait décidé de rendre visite à l’institution.

 

Nous y avons manifesté notre opposition aux décisions de la communauté de communes du Grésivaudan qui persiste à vouloir agrandir une zone d’activités économiques dédiée à l’électronique, alors que l’entreprise pour qui le projet avait été bâti avait annoncé la suspension de son extension (comme nous l’expliquons ici).

Nous sommes opposé-es à la bétonisation de 11 hectares de terres agricoles exploitées menacés de bétonisation, et nous nous mobilisons en conséquence.

Nous étions une quarantaine, dont une bonne partie équipé-es d’instrument de musique. Le hall du bâtiment où avait lieu la réunion est très agréable pour jouer du violon, pour jouer du trombone et, surtout, pour taper sur des tambours, car ça résonne très fort. Ceux et celles d’entre nous qui ne jouaient pas de musique avaient des tracts et une banderole « Touche pas à mon SCoT ». Nous sommes resté-es une heure et demi, et personne dans le bâtiment n’a pu rater notre présence!

 

Nous étions là parce que la destruction des terres agricoles nécessite plusieurs étapes administratives. Entre autres, une modification du SCoT, car à l’heure actuelle ces parcelles sont classifiées comme « zones agricoles ». Il est donc impossible d’y construire des usines. Le projet de ZAE nécessite la modification de ce document (alors que celui-ci est justement dédié à planifier ce qui se fait ou non).

Nous avons interpelé les élu-es, puis nous sommes parti-es dans le calme.

Si les projets de bétonnisation se concrétisent (et il y a des chances que ce soit le cas en janvier, comme indiqué ici, page 70), il est tout à fait possible que nous soyons de retour!

De l’eau, des terres, pas des puces!

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur STopMicro a rendu visite au ScoT (1ère manche)

Le SCoT bétonne 11 hectares de terres agricoles

(surprise : encore une fois c’est pour fabriquer des puces électroniques)

Sur ces terres agricoles situées à une quinzaine de kilomètres de Grenoble, poussent aujourd’hui des noyers et du maïs. Mais sur ces mêmes terres, on fabriquera peut-être bientôt des composants pour les missiles nucléaires et l’internet des objets. En effet, l’entreprise de puces Soitec veut agrandir son site de Bernin, un projet mené depuis 2022 en partenariat avec la Communauté de communes Le Grésivaudan. Bien qu’en 2023, Soitec ait annoncé la suspension de son extension, la Communauté de communes poursuit, elle, sa volonté de bétonner des surfaces agricoles au profit de l’industriel. Et ce, au moment-même où le monde agricole crie une nouvelle fois sa détresse et sa colère.

Alors qu’une concertation publique vient d’avoir lieu et sans même attendre les résultats ou la tenue d’une enquête publique, les élus travaillent à présent à une modification du Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) pour autoriser ce projet. Cette modification aurait lieu en janvier prochain. Mais ne les laissons pas faire ! De l’eau, pas des puces !

(ce tract a été distribué lors d’une visite au SCoT le 21/11/24)


//// ce texte en pdf ////

Le projet de Soitec : bétonner 11 hectares de terres agricoles

Fin 2022, la Communauté de communes Le Grésivaudan lançait un projet d’extension de la zone d’activités économiques (ZAE) des Fontaines à Bernin sur 11 hectares de terres agricoles. Le projet ? Agrandir l’usine de puces électroniques Soitec sur 8 hectares, et des sous-traitants sur le reste.

Voisine du géant STMicrolectronics, Soitec fabrique des semi-conducteurs particuliers à destination des smartphones, des voitures électriques, de l’internet des objets, mais aussi de l’industrie de l’armement (dissuasion nucléaire, radars de Rafale…).

Cet agrandissement n’a pour but de remplacer une usine à l’autre bout du monde, mais de s’y ajouter. Et pour preuve : en même temps que Soitec prévoit de s’étendre à Bernin, elle agrandit également son site de Singapour. C’est que la 5G, les voitures électriques et les armes du futur ont besoin de toujours plus de puces.

En 2023, la Commission nationale du débat public estimait que le projet d’extension de la ZAE et celui de Soitec ne formaient qu’un seul projet global. Or, si l’entreprise a depuis annoncé la suspension de son projet, la Communauté de communes continue le sien : rachat des terres agricoles ou expropriation des parcelles de terres agricoles, changement de leur classification administrative et, au final : bétonnisation.

Contre la modification du SCoT au profit de Soitec

Pour pouvoir construire ces usines, il est néanmoins nécessaire de modifier deux documents d’urbanisme : le Plan local d’urbanisme de la commune d’une part, et le Schéma de cohérence territoriale (SCoT) d’autre part. Ce dernier est à la fois un document et une institution qui planifie le développement de 261 communes de l’Isère à long terme. Le SCoT devrait être renouvellé en 2030. Cependant, dans le cas présent il semble y avoir une urgence : alors que Soitec a, rappelons-le, suspendu son projet, une modification du SCoT pour ces parcelles est prévue dès janvier 2025.

Le point clé de la révision prévue est le classement de 11 hectares de zone agricole en zone UI (zone urbaine à vocation industrielle). Cela même alors que le SCoT se donne pour mission de « préserver et valoriser durablement les ressources naturelles, la trame verte et bleue, les conditions de développement de l’activité agricole et sylvicole ». Justement, la zone d’extension comprend 6 hectares de zones humides, zones sur lesquelles le SCoT insiste : « les documents d’urbanisme locaux doivent prioritairement les rendre inconstructibles, y compris en zone urbaine ». Ce sont d’ailleurs ces zones humides qui inscrivent le projet de Soitec en partie sur la trame verte et bleue, un enjeu national de préservation de la biodiversité.

Enfin « le bilan intermédiaire du SCoT effectué en 2018 aboutit au constat d’un déséquilibre de l’emploi entre les secteurs et selon les pôles et de la nécessité de rééquilibrer le territoire sur ce point » (concertation de la CNDP). Ce déséquilibre vient de l’écrasante majorité des emplois dans les secteurs de l’industrie et du service aux entreprises sur le territoire, ce qui est ironique quand on réalise que les emplois créés par l’extension de la zone industrielle seront dans ces mêmes secteurs.

Dans une époque où les enjeux environnementaux sont plus que préoccupants, veut-on vraiment se priver d’un espace agricole pour construire une usine ? Le SCoT, dont la mission principale est prétendument la juste prise en compte des besoins des habitants et des ressources du territoire, va-t-il laisser s’étendre ce projet menaçant ? Hélas, c’est tout à fait possible, au vu du fonctionnement réel de cette institution.

Le choix du développement économique a tout prix, centré sur la monoculture de micro et nanotechnologies dans la course mondiale à l’innovation a été fait de longue date par les décideurs grenoblois. C’est la « liaison recherche-industrie » ou « modèle grenoblois », qui repose sur des partenariats publics-privés très forts. Dès qu’une innovation potentiellement rentable est développée par une institution publique (CEA, CNRS…), cette dernière créé une start-up pour privatiser les profits (comme ce fut le cas par ST-Efcis et Soietc, issues du CEA de Grenoble). Faisant preuve d’un humour involontaire, les élus aiment parler de l’« écosystème » grenoblois pour désigner la multiplicité d’entreprises et d’institutions travaillant dans la high-tech, avec la complicité bienveillante de l’armée et du complexe militaro-industriel. Le préfet de l’Isère rappelait récemment que « la connexion très fine entre la recherche technologique et l’industrie n’existe pas ailleurs » (Le Dauphiné libéré, 15/10/2024).

Faut-il faire remonter ce « modèle grenoblois » à la création de l’ancêtre de l’Institut polytechnique de Grenoble en 1898, qui « s’impose d’emblée une règle de conduite pour le développement tant des enseignements que des laboratoires : s’adapter aux besoins de l’industrie locale » ? A la Première Guerre mondiale, où Grenoble fabrique obus et gaz moutarde dans les usines Bouchayer-Viallet et à Pont-de-Claix ? A l’implantation du CEA en 1956, « la pièce maîtresse du complexe scientifique grenoblois » ? A l’ouverture du premier pôle européen en micro et nano-technologies Minatec en 2006 ? Au partenariat entre le CEA et la Délégation générale pour l’armement, accordant à cette dernière un regard sur le choix des thèses à Minatec en 2004 ?

Quoi qu’il en soit, à Grenoble, industriels et élus roucoulent. Comme le disait l’ancien député PS et premier adjoint au maire de Crolles François Brottes : « Ici, les élus ont été vaccinés à la high-tech. Cela permet d’avancer plus vite et d’éviter de se poser des questions métaphysiques » (Le Monde, 17 avril 2002).

Il y a vingt ans, Jean Therme, alors directeur de la recherche technologique du CEA et directeur du CEA-Grenoble résumait le projet : « Les métropoles économiques à grands potentiels de développement sont repérées de nuit par les investisseurs, grâce aux images fournies par les satellites, sinon en vue directe, depuis un avion. Plus ces villes sont lumineuses, éclairées, plus ils sont intéressés ! Lorsque le ruban technologique de l’arc alpin, entre ses barycentres constitués par Genève et Grenoble, s’illuminera d’une manière continue, lorsque les pointillés des pôles de compétence comme les biotechnologies de Lausanne, la physique et l’informatique du CERN à Genève, la mécatronique d’Annecy, l’énergie solaire de Chambéry et les nanotechnologies de Grenoble, ne formeront plus qu’une longue colonne vertébrale, nous aurons gagné. » (Le Dauphiné libéré, 25/10/2004.)

Ce modèle de développement basé sur la high-tech, les partenariats public-privé et la participation au complexe militaro-industriel est partagé par toutes les tendances politiques, de l’ancien maire UMP Alain Carigon (dont le blog se demandait, à la suite de notre dernière grande manifestation si « l’extrême-gauche veut tuer la liaison recherche-industrie », à l’ancien président PS du Conseil départemental André Valini qui affirmait que « les récentes manifestations contre l’extension de STMicroelectronics et de Soitec, tout comme les prises de position contre le projet de transport par câble entre Fontaine et Saint-Martin-le-Vinoux, devraient inquiéter ceux qui croient à l’avenir de la région grenobloise. Depuis plus de vingt ans, les acteurs du développement économique ont œuvré ici à l’essor de la filière des nouvelles technologies (…) » (Le Dauphiné libéré, 26 avril 2024) et jusqu’à Eric Piolle, le maire EELV, qui réagissait aux annonces d’agrandissement de STMicroelectronics par ces mots: « C’est réjouissant ! » (Le monde diplomatique, juillet 2023).

Le SCoT au service de la fuite en avant techno-capitaliste

Quant au SCoT, son projet d’aménagement et de développement durable (PADD), qui constitue son projet politique, formule ainsi le premier des grands enjeux identifiés pour la grande région de Grenoble : « conforter l’attractivité de la région grenobloise en jouant de ses spécificités, tout en renforçant les coopérations avec les métropoles régionales ».

Pour cela, le projet prévoit notamment de conforter les grands espaces économiques stratégiques des territoires périphériques, parmi lesquels sont cités « les grands pôles technologiques du Grésivaudan ». Le Grésivaudan est en effet reconnu dans sa fonction stratégique dans le Sillon Alpin : « cette situation lui confère une attractivité importante, en particulier pour l’habitat et l’économie, avec des pôles d’emplois très actifs, tels que Crolles, Bernin ou Montbonnot, qui doivent continuer de se développer, notamment autour des activités de haute technologie, élément essentiel du moteur économique de la région » (PADD).

En d’autres termes, le SCoT n’est pas un organisme au service de la population, ou de la défense des terres agricoles. C’est une institution aux mains des mêmes dirigeants qui planifient depuis des décennies le « modèle grenoblois », la fuite en avant technologique et l’écocide généralisé.

Les dirigeants du SCoT sont des représentants des intercommunalités. Mais ce ne seront même pas eux qui prendront la décision de bétonner les terres de Bernin. En janvier se tiendra une concertation de pure forme, au terme de laquelle tout sera acté par le préfet qui, en signant une déclaration d’utilité publique, autorisera du même geste la modification du SCoT et du plan local d’urbanisme, ainsi que l’acquisition du foncier agricole. Présenté comme institution garante de la juste orientation du développement régional, le SCoT apparaît finalement comme une énième façade de la démocratie, cristalisant l’hypocrisie des politiques territoriales locales, asservies aux caprices d’un développement industriel systématique.

Ne laissons pas faire ! Rejoignez-nous !

Le Grésivaudan a été sacrifié sur l’autel de la fuite en avant technologique depuis 1992 avec la construction de la première « méga-fab » de ST Microelectronics. Au fur et a mesure des extensions et de la venue de dizaines d’autre entreprises high-tech (Soitec,TDK, Applied Materials…) ce sont des centaines d’hectares de terres agricoles qui ont été bétonnées pour assurer la pérennité du modèle grenoblois et sa fameuse attractivité.

Mais les temps ont changé, et une opposition s’est constituée. En 2023, nous étions 1000 à manifester à Crolles, puis l’année suivante 2000 sur la Presqu’ile de Grenoble. Il y a peu encore, le 10 novembre, nous étions devant Soitec un après-midi d’information. Nous serons de plus en plus nombreux et nombreuses à mettre des bâtons dans les roues dans leur partenariats avec les industriels, les bétonneurs et autres gratins technocapitalistes grenoblois. Face au désastreux « modèle grenoblois », il faut imposer un rapport de force !

Nous nous opposons à ces usines de mort, dans le Grésivaudan, en France mais aussi partout ailleurs. Nous dénonçons les malfaiteurs, les nuiseurs industriels et agissons par des actions populaires et joviales pour une société plus vivable.

Des terres, des champs, pas des puces!

https://stopmicro38.noblogs.orgstopmicro@riseup.net

2.15.0.0
2.15.0.0
2.15.0.0
Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Le SCoT bétonne 11 hectares de terres agricoles

Reclaim, ou la nouvelle entourloupe made in ST

Reclaim, ou la nouvelle entourloupe made in ST
À propos du nouveau dossier d’enquête publique sur l’extension de la « méga-fab » de Crolles

Depuis deux ans, STMicroelectronics tente d’imposer le projet d’agrandissement de son site ultra-polluant, toxique et dangereux (Seveso seuil haut) de production de puces de Crolles, aux confins d’une métropole grenobloise qui enquille découverte sur découverte de l’état catastrophique de ses nappes phréatiques et rivières. Projet visiblement plus important que l’habitabilité de la vallée, puisque soutenu par 2,9 milliards d’euros d’aides publiques.1

S’étant pris les pieds dans le tapis des maigres règles de l’État en matière de consultation publique (en omettant de saisir la CNDP avant de lancer son enquête publique environnementale, tandis qu’une bonne partie du site de l’agrandissement était déjà construit!), ST se retrouve à l’automne 2024 contrainte de passer par une révision de son Enquête Publique Environnementale. Et surtout contrainte d’apporter des réponses aux citoyen·nes et à l’administration publique. Analyse des points-clefs du dossier.

ST annonce une baisse de sa consommation d’eau…

Le point central à relever dans le dossier de cette deuxième enquête publique, c’est que ST débarque aujourd’hui avec un nouveau procédé, Reclaim, mis en place par une troisième station de traitement des effluents liquides (STEL3), qui retraiterait une partie des eaux usées qui seraient re-ultrapurifiées pour revenir dans la chaîne de production.

Reclaim permettrait de passer d’un accaparement actuel de 13 250 m3/jour d’eau potable, non plus à 24 700 m3/jour à l’issue du projet comme auparavant, mais à 10 200 m3/jour. Soit une économie de 23 % d’eau potable extraite par rapport à la situation présente (et de 140 % par rapport au projet initial). De ces 10 200 m3/jour pompés, en tenant compte de l’évaporation d’une partie de l’eau, il resterait en bout de ligne 6 650 m3/jour (277 m3/h) rejetés dans l’Isère2.

Notons déja que l’annonce de cette STEL3 et de Reclaim dans le projet de ST est uniquement le fruit de la mobilisation qui a lieu depuis deux ans contre l’extension de cette usine. En effet, en 2022, l’industriel prévoyait une hausse de 190 % de sa consommation d’eau potable, et il n’était nulle part question de réutiliser l’eau consommée.

Cependant, notons surtout au sujet du procédé Reclaim son caractère hautement hypothétique et les nombreuses part d’ombres du projet. Ainsi, il est troublant de lire que le procédé Reclaim sera à l’arrêt (pour maintenance ou en cas de défaillance) environ 10 semaines par an, soit 20 % du temps. On peut déjà s’interroger sur la crédibilité d’une solution technique qui ne fonctionnerait pas tout le temps, alors que la production est continue. Mais, plus encore, que faire pendant ces 10 semaines alors qu’ST a promis de ne plus pomper l’eau potable de la ville ? C’est là qu’ST sort du chapeau une deuxième option de fonctionnement, basée sur le pompage dans la nappe phréatique sous le site depuis 3 nouveaux puits (nommés P3, P4 et P5) forés directement sous les stations de traitement de l’eau (STEL 1 et 2), chacun de capacité 150 m3/h.

Mais cette option interroge quand on sait que l’Enquête Publique de 2023 annonçait le forage de deux puits (P1 et P2) de même capacité, et qu’on apprend dans le nouveau dossier que le premier (P1) a été creusé mais tellement contesté par les usines avoisinantes (qui pompent aussi dans la nappe) et par les agriculteurs (qui se verraient obligés d’irriguer si la nappe venait à s’affaisser) qu’il va finalement être rebouché (!)3, tandis que le second (P2) a purement et simplement été abandonné. Que penser de ces puits P3, P4 et P5, creusés au même endroit que P1 et P2, qui au total consommeraient 450 m3/jour (ce débit n’étant à ce jour même pas assuré4) depuis la même nappe, là où les tensions induites par P1 ne concernaient que 150 m3/jour ? On a du mal à imaginer la disparition soudaine de ce problème…

… Mais, tout de même, l’usine consommera peut-être plus d’eau

On sent alors le truc gros comme une maison venir… C’est écrit en tout petit, mais c’est écrit : ST envisage un troisième scénario. Celui où Reclaim ne fonctionne pas et où, sans évoquer pour quelle raison (on imagine pourtant aisément le conflit d’usage, notamment en été), les 3 puits P3, P4 et P5 ne produiraient pas. Dans ce scénario, qualifié de « théorique » et « fourni à titre indicatif »5, la consommation d’eau serait totalement prise depuis le réseau d’eau potable. Bref, comme dans le cas du projet initial. L’extraction d’eau potable atteindrait alors 936 m3/h (soit 22 500 m3/jour) à l’issue du projet, à savoir peu ou prou le chiffre annoncé en 2023 (24 700 m3/jour).

Au vu de ce flou artistique et de ces manipulations de chiffres, comment croire ST ? Comment ne pas craindre, quand on sait par ailleurs que tout autant Reclaim que les puits P3 à P5 ne sont à ce jour que de vaporeuses promesses, qu’une fois le site autorisé à être mis en service, l’eau du site ne sera pas entièrement pompée du réseau d’eau potable ? Parce qu’il faut ajouter, et c’est important, qu’ST demande une autorisation de prélèvement d’eau potable de 800 m3/h (soit 19 200 m3/jour). Comment ne pas voir dans cette demande une anticipation de mise en place du « scénario théorique » (qui consommera « en théorie » 800 m3/h après la mise en place des Gateways 4-5-6) ? Comment ne pas y voir un nouveau pied dans la porte évident pour solliciter dans quelques années le passage des 800 m3/h aux 936 m3/h prévus « théoriquement » à l’issue de la mise en service de l’entièreté du projet, une fois qu’on aura pris conscience que, oups, personne ne veut des puits P3 à P5 et que, re-oups, Reclaim coûte trop cher ou ne fonctionne tout simplement pas ?

Trois fois trop de pollution dans l’Isère

Pour éclaircir ce grand flou, nous avons consulté le tableau des demandes d’émission de polluants par ST, deuxième volet de l’affaire.

Entre l’Enquête Publique de 2023 et celle de 2024, les concentrations et flux de polluants n’ont pas beaucoup bougé. Les concentrations (en mg/l) sont toutes alignées à l’autorisation attribuée par la DREAL en 2016, sauf pour l’azote, le phosphore et le cuivre (les trois éléments sur lesquels ST demandait une dérogation supplémentaire) où les chiffres ont légèrement baissé depuis la dernière enquête publique. Néanmoins, les concentrations demandées par ST sur ces trois éléments excèdent toujours de très loin les exigences de la directive IED européenne (directive 2010/75/UE relative aux émissions industrielles6). Par exemple, pour le cuivre, ST demande de rejeter à 0,15 mg/l là où l’IED impose une marge comprise entre 0,005 à 0,05 mg/l, soit une demande d’autorisation trois fois supérieure au seuil maximal en vigueur. De même pour l’azote, ST demande 40 mg/l là où la législation européenne limite à 25 mg/l. De plus, les concentrations mesurées entre 2020 et 2023 ne diminuent pas (voir par exemple le cas du cuivre et de l’azote ci-dessous) contrairement à l’engagement pris par ST en 2016 de réduire progressivement les concentrations de ses rejets et d’en assurer le suivi annuel.7 On peut aisément présager que ces concentrations continueront d’augmenter.

Mais c’est surtout les flux (en kg/jour) de polluants rejetés dans l’Isère qui nous intéressent. Alors qu’ST prétend, grâce à Reclaim, ne plus rejeter que 6 650 m3/jour d’eau polluée dans l’Isère, la demande de rejets de polluants se base sur une hypothèse de 21 000 m3/jour d’eau évacuée dans l’Isère, correspondant au scénario où Reclaim serait à l’arrêt (727 m3/h, soit 17 448 m3/jour). Cette étrange histoire de maintenance de Reclaim légitime donc une demande de rejets équivalente à celle de la précédente Enquête Publique. Autrement dit : tout changer pour que rien ne change !

En cas de sécheresse, arrêtez de nettoyer vos fenêtres

Rions un peu (jaune). ST, visiblement consciente de la gravité du dérèglement climatique et des risques accrus de sécheresse, propose de réagir vivement en cas d’alerte sécheresse.8 Ainsi, dans ce scénario, les mesures prises par ST sont : le « report des nettoyages de vitres des bâtiments », l’« interruption du nettoyage des sols avec les autolaveuses », l’« arrêt de l’arrosage automatique des espaces verts », l’envoi d’un « message ‘Crolles Communication’ pour inciter les salariés à réaliser des économies d’eau professionnellement et individuellement. » Rien de nouveau sous le soleil de nos étés devenus caniculaires : absolument rien sur la consommation industrielle, on se concentre sur les eaux sanitaires – qui représentent 0,7 % de la consommation du site.9

En cas de sécheresse « niveau alerte renforcée », notons la mesure supplémentaire : « Demande à Eaux de Grenoble Alpes de ne pas changer de source d’eau pendant cette période (pour ne pas impacter les rendements des stations de production d’EUP [Eau Ultra Pure]) ». Doit-on comprendre ici qu’en cas de sécheresse forte et de manque drastique d’eau, Eaux de Grenoble Alpes ne pourrait permettre aux habitant·es du Grésivaudan d’avoir accès à une autre source d’eau (potentiellement de moindre qualité) et ce dans le seul but de ne pas baisser les rendements de production d’EUP d’ST ? En clair, en cas de sécheresse sévère, le leitmotiv serait « des puces, pas de l’eau » ?

Quand on sait que durant l’été 2022, des restrictions d’eau ont été imposé·es aux habitant·es de Grenoble et ses alentours tandis qu’ST n’a pas perdu un litre de sa consommation gargantuesque, et que cette situation est vouée à se reproduire et à s’aggraver dans les années à venir, on a du mal à ne pas voir énormément de cynisme dans ce ridicule plan d’alerte sécheresse. Moralité : quand Reclaim sera en maintenance en été, les habitant·es auront l’eau coupée.

Face aux industriels : seule la lutte paye

On le voit : l’annonce centrale de STMicroelectronics est hautement hypothétique, l’industriel le sait très bien et s’arrange pour bénéficier de la « sécurité » des forages et du réseau d’eau potable public.

En réalité, tout le remue-ménage déclenché par ST autour de Reclaim est assez insignifiant : c’est avant tout de la com’. Le prétendu retraitement de l’eau accaparée n’est pas du tout à la hauteur des enjeux du monde connecté et de ses nuisances.

D’une part car les problèmes environnementaux et sociaux causés par la production d’outils numériques est loin de se limiter à la question de l’eau. D’autre part, parce que, plus qu’une question technique il s’agit d’un sujet politique. Notre critique de l’agrandissement de l’usine de ST, tout comme de celui de sa voisine Soitec, est en effet bien loin de se limiter à la quantité d’eau que ces industriels seraient en mesure de réutiliser. Pour produire des gadgets électroniques ou des armes, tout litre d’eau consommé est un litre d’eau de trop, car ces entreprises reposent sur l’exploitation coloniale des pays du Sud, la perfusion de subventions publiques, la destruction de terres agricoles, les pollutions massives, la fuite en avant et l’aliénation technologique. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Nous allons continuer à nous mobiliser contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique. Le seul moyen de les voir réduire leur impact sur nos vies et notre environnement est de leur imposer un rapport de force : par voie d’enquêtes, d’actions, de manifestations, de rassemblements, de médiatisations, d’information du public.

Amplifions la mobilisation pour empêcher les agrandissements de ST et de Soitec.

Collectif STopMicro,
19 novembre 2024

https://stopmicro38.noblogs.orgstopmicro@riseup.net

1Précisément on parle de 1 000 emplois créés pour 2,9 milliards d’euros, ce qui fait 2,9 millions d’euros « d’aide » par emploi, soit environ 80 ans de salaires chargés pour chaque emploi.

2Un chiffre bien suspect, vu qu’il induirait une évaporation cinq fois supérieure des rejets aériens. En effet, dans le scénario actuel, des 13 250 m3/jour entrants ressortent dans l’Isère 12 350 m3/jour, soit 6 % d’évaporation. Dans le scénario projeté de 10 200 m3/jour consommés pour 6 650 m3/jour rejetés, on se trouverait avec 35 % d’évaporation !!!

3Il est dit précisément que « [P1] sera abandonné en raison de cohérence industrielle et pour éviter la multiplication des points de forage. Il sera donc comblé conformément à la réglementation en vigueur. » (Étude d’Impact, p33). C’est nous qui soulignons. On a du mal à concevoir que creuser P3, P4 et P5, chacun ayant la même capacité extractive que P1 (150 m3/h) résolve le problème de la multiplication des puits de forage…

4« Ces 3 forages d’exploitation sont donc prévus dans la phase travaux. Des essais de pompage seront également réalisés pour confirmer leurs débits. » (Étude d’Impact, p33). C’est nous qui soulignons.

5On trouve ainsi dans l’Étude d’Impact (p277) un tableau prospectif de consommation d’eau « en cas d’arrêt du RECLAIM, en simultané avec une panne ou de problème de production des 3 forages, en période d’été. Cette consommation exceptionnelle est théorique. Elle est fournie à titre indicatif. » Cette information est pourtant absente (à notre connaissance) de tous les autres documents fournis par ST dans le cadre de l’Enquête. L’Autorité Environnementale (MRAE) a relevé cette même incohérence dans son Avis.

7Nous avons tenté d’obtenir ces rapports de suivi en sollicitant la DREAL : il n’en existe tout bonnement aucune trace.

8Voir le tableau p286 de l’Étude d’Impact.

98,7 m3/h pour les eaux sanitaires, à comparer aux 1 260 m3/h de consommation totale.

2.15.0.0
Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Reclaim, ou la nouvelle entourloupe made in ST

Retour sur l’après-midi d’information à Bernin

Dimanche 10 novembre, STopMicro organisait un après-midi d’information convivial sur le projet d’agrandissement de Soitec à Bernin (pour lequel nous avions déployé quelques banderoles dont l’une avait été arrachée par des inconnu-es avant la venue d’un ministre).

Sous un très beau soleil d’automne, 50 personnes étaient présentes au rendez-vous au Cube. Après une présentation des enjeux de l’après-midi, nous avons formé un petit cortège qui a pris la direction de l’usine en contrebas.

 

Nous avons fait quelques pauses, au cours desquelles ont été évoquées les extensions successives de Soitec et de ST depuis 1992 (date de l’ouverture de l’usine de ST à Crolles), l’urbanisation du Grésivaudan, l’impact sur les terres agricoles (en particulier les 11 hectares qui menacent d’être engloutis par ce projet) et les pollutions causées par ces usines.

 

Nous avons également détaillé à quels usages sont destinés les semi-conducteurs produits par ces usines (smartphones, voitures électriques, internet des objets, agriculture 4.0, dissuasion nucléaire…), esquissé un historique de l’entreprise Soitec et évoqué la provenance des milliers de matériaux utilisés par les industriels de l’électronique du Grésivaudan sous couvert de « relocalisation ».

 

Aux portes de l’usine, nous nous sommes dirigé-es vers les six hectares de zones humides menacés de destruction par le projet d’extension, puis nous avons discuté des possibilités d’action à mener contre l’extension.

 

Si, dans les semaines qui viennent, les projets d’agrandissement se précisent, il est fort possible que nous soyons amené-es à revenir sur les lieux. Il est alors probable que les promoteurs de ces projets écocidaires nous trouveront plus nombreux, et plus déterminé-es encore.

Non à l’agrandissement de Soitec!
No puçaran!

Des terres, pas des puces!

2.15.0.0
Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Retour sur l’après-midi d’information à Bernin

Soitec équipe les avions de chasse Rafale

Selon sa propre communication, Soitec, le « leader mondial des matériaux innovants » a trois domaines principaux d’activité : les smartphones, l’automobile et l’internet des objets. Dans le cas de ses puces au nitrure de gallium appliquées à la radio fréquence (RF-GaN), l’entreprise affirme qu’elles « apport[ent] l’innovation à la technologie et aux réseaux 5G »1. Comme nous allons le voir, en pratique cela signifie : fabriquer des antennes de radar pour des avions de chasse vendus dans le monde entier. Pas très reluisant.

[ce texte en pdf]

Le SOI, la technologie-phare développée par Soitec, diffère des semi-conducteurs classiques, gravés sur du silicium. En effet, les plaques fabriquées par Soitec sont composées d’une superposition de différents matériaux, qui améliore l’efficacité et la résistance aux environnements critiques de ces puces. Comme nous l’avons expliqué ailleurs, cette technologie est issue de recherches militaires de résistance des micropuces aux radiations ionisantes notamment pour les bombes et missiles nucléaires, ce qui rend l’entreprise Soitec indispensable à la stratégie française de dissuasion nucléaire2.

Mais, outre le SOI, Soitec développe une technologie différente, visant à se servir d’autres matériaux que du silicium dans la fabrication des substrats : l’épitaxie, un procédé qui consiste à chauffer les matériaux et à l’exposer à des vapeurs d’iodes pour modifier leur structure. C’est ainsi que l’entreprise fabrique des plaques d’arséniure de gallium (GaAs) et de nitrure de gallium (GaN). Il nous faut pour cela rendre visite à l’usine belge de Soitec.

Issue du rachat de l’entreprise EpiGaN en 20193, cette usine est plus petite que les deux autres sites de production de Soitec (à Bernin et à Singapour), mais très stratégique. Elle est en effet spécialisée dans les substrats épitaxiés en nitrure de gallium. Soitec a racheté cette usine car les substrats en carbure de silicium (SiC) qu’elle fabrique à Bernin sont largement utilisés pour le nitrure de gallium : c’est du « GaN on SiC ». Et cela permet à Soitec de produire des puces dites « RF-GaN » : la technologie GaN appliquée à la radiofréquence4.

Un enjeu militaire

Or, comme nous l’apprend le Ministère de la Défense, le nitrure de gallium est un enjeu stratégique pour les militaires, car « ces composants permettent notamment d’améliorer le niveau de puissance, le rendement et donc la compacité des systèmes radars, d’antennes actives ou des systèmes de guerre électronique »5, en premier lieu les radars6. La première utilisation du nitrure de gallium est bien militaire : en effet, le marché militaire représente une part extrêmement importante du marché total des puces RF-GaN7 : environ 50 % avec 1,1 milliards de dollars attendus pour 20258.

Ces applications stratégiques du nitrure de gallium ont amené en 2020 le CNRS9 et l’Agence d’innovation de défense à lancer le projet de recherche GREAT (hiGh fREquency gAn elecTronics), un projet purement militaire à 1, 6 millions d’euros10 auquel participent deux partenaires industriels : le franco-allemand UMS (United Monolithic Semiconductors), détenteur des technologies GaN de puissance11, et Soitec12.

Les radars des Rafales

En 2015-2016, EpiGaN (future Soitec Belgique) travaillait déjà sur les radars13 et la Délégation générale pour l’armement faisait figurer l’entreprise dans sa « Base industrielle européenne »14 (ce qui signifie que l’entreprise travaillait pour les marchés militaires). Fort logiquement, en 2018, la DGA et EpiGaN partageaient la tribune d’un colloque15. Y était également présente l’entreprise TAS, aussi connue sous le nom de Thales Systèmes Aéroportés, spécialisée dans les systèmes de patrouille et surveillance maritimes aéroportés et les systèmes de guerre électronique destinés aux navires et avions de combat »16. Autrement dit, l’activité de TAS est la fabrication de radars à destination du marché militaire.

Selon la DGA, c’est le nitrure de gallium qui est à présent privilégié pour les modules de l’antenne des futurs Rafale17. Or, il est connu dans le monde de l’aviation que pour les radars AESA RBE2 avec antenne réseau active à balayage électronique produits par TAS, les semi-conducteurs sont fournis par Soitec18, et EpiGaN/Soitec figure (comme Thales et STMicroelectronics) dans la liste des rares entreprises européennes travaillant dans le RF-GaN militaire19. Il n’y a donc rien d’étonnant à rencontrer TAS, Soitec et la DGA au même endroit : les puces RF-GaN de Soitec sont destinées notamment aux radars de TAS, qui eux-mêmes servent à équiper les Rafale produits par Dassault sous le patronage de la DGA20.

La France étant le deuxième exportateur mondial d’armement, on peut ici rappeler à quels pays la France vend ou a vendu des Rafale : l’Egypte, l’Inde, le Qatar, la Grèce, la Croatie, les Émirats Arabes Unis, l’Indonésie, la Serbie21.

C’est à cela que servent les puces GaN on SiC fabriquées par Soitec en Belgique. Il n’y a pas de quoi être fier…

Collectif STopMicro, 31 octobre 2024

stopmicro@riseup.nethttps://stopmicro38.noblogs.org

9Au sujet des implications militaires du CNRS, lire https://lundi.am/Au-coeur-des-tenebres

2.15.0.0
2.15.0.0
Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Soitec équipe les avions de chasse Rafale

Ce que signifie « relocaliser »

STMicroelectronics et Soitec : cas d’école du capitalisme globalisé

Connaissez-vous l’usine la plus chère de l’histoire de l’humanité, tous secteurs confondus ? Elle est à Taïwan : c’est la fonderie de semi-conducteurs TSMC1, usine similaire à celle de STMicroelectronics à Crolles ou à celle de Soitec à Bernin, mais en beaucoup plus grand. À Taïwan comme en France, les puces qui y sont produites représentent les technologies les plus avancées que l’espèce humaine ait conçues à ce jour. Ces semi-conducteurs, aussi appelés puces, contiennent des milliards de transistors, chacun de la taille de quelques atomes, et sont composés de dizaines de métaux. Les puces sont gravées par des photolithographeurs, machines de production les plus chères de l’histoire de l’humanité (plusieurs centaines de millions d’euros l’unité). En somme, une « méga-fab », c’est d’abord et avant tout un pur produit du capitalisme mondialisé.

///// Ce texte en pdf /////

Introduction : Une « méga-fab » de semi-conducteurs n’est pas une manufacture de chaussures

 

AU CŒUR DU POULPE NUMÉRIQUE

L’image d’Épinal des pionniers de l’informatique bricolant dans leur garage est un conte d’un temps bien dépassé ! En effet, une usine de semi-conducteurs ne s’installe pas n’importe où et ne se délocalise pas du jour au lendemain. Une telle usine demande des quantités gigantesques de ressources (eau, énergie, métaux, minéraux) qu’il est économiquement préférable de trouver localement. Une telle usine produit également des quantités colossales de polluants, pour certains rejetés dans l’environnement et qui y resteront probablement à jamais (tels les PFAS). Surtout, une telle usine exige des investissements publics et privés massifs que l’on chiffre en dizaines, voire en centaines de milliards d’euros, c’est-à-dire l’ordre de grandeur du budget d’un État2. Enfin une telle usine nécessite de fait, pour assurer de tels niveaux d’investissements, de vendre massivement des puces pour tout et n’importe quoi : des gadgets inutiles dont on convainc ou contraint le consommateur de l’utilité, jusqu’aux armes de guerres (le « commerce de la mort » étant un allié puissant de la relance économique3).

Bref, quand on parle de « relocalisation », on ne parle pas de la production de chaussures ou de tomates. Ce que la France prétend « relocaliser », ce sont les secteurs les plus juteux de la chaîne de production du capitalisme tardif. Et encore, cette « relocalisation » ne repose que sur un argumentaire fallacieux. On ne relocalise qu’un petit bout de la chaîne, l’un des plus profitables, et ce petit bout ne peut exister que grâce à – ou à cause de – l’exploitation du reste du monde. En effet, les semi-conducteurs reposent nécessairement sur une « chaîne de valeur » tentaculaire qui se ramifie en des dizaines, centaines, voire milliers de sous-traitants dispersés, tels autant de grains de sable, à l’échelle mondiale. La complexité du processus de production d’une puce, de la mine aux usines, puis des usines à vos poches, puis de vos poches aux décharges illégales à ciel ouvert, oblige à cet éclatement mondial.

Dans ces circonstances, parler de « produits uniques qui résolvent des problèmes concrets de notre monde4 », de « souveraineté5 », d’« autonomie6 », voire d’« écologie » et de « transition vers un monde bas-carbone »7 semble particulièrement cynique.

Autre image d’Épinal elle aussi dépassée : l’entreprise familiale qui tiendrait le détail des comptes et l’amitié de ses fournisseurs. Les multinationales des semi-conducteurs ne connaissent elles-mêmes plus leurs propres chaînes de valeur au-delà de leurs plus immédiats fournisseurs, et les reconstituer relève d’un travail titanesque. Ainsi, par exemple, depuis 2018, le fabricant de semi-conducteurs Intel (un acteur trois fois plus gros que STMicroelectronics8) cherche à reconstituer sa chaîne d’approvisionnement en cobalt. En 2023, après six ans d’efforts, l’industriel n’a réussi à retracer que 61 % du volume de minerais9. En cause : la complexité de la chaîne de valeur. Florence Palpacuer, experte des chaînes de valeur globales10, explique que le capitalisme moderne est aujourd’hui « un cœur à vif » qui sous-traite, délocalise et optimise financièrement tout ce qui peut l’être. L’industrie de la microélectronique, de par sa complexité ultime11, est paradigmatique de cette folie mondiale.

LA NÉCESSITÉ DE L’ENQUÊTE FACE AU MORCELLEMENT DE L’INFORMATION

La mondialisation, la division internationale du travail et l’hyper-spécialisation rendent extrêmement compliquée notre capacité à avoir une prise sur les objets de notre quotidien. Ils résultent en effet de processus industriels complexes et segmentés. Comprendre ce qui constitue un composant microélectronique, retracer la provenance de ses matériaux ou suivre pas à pas les étapes de sa fabrication est quasiment impossible : les informations sont morcelées, voire inaccessibles. Si vous êtes, comme nous, bénévole, autant le dire, c’est peine perdue. Si vous êtes chargé·e de mission chez Fairphone c’est mission impossible. Et même si vous bossez chez ST ou Intel, c’est déjà très compliqué, du fait du niveau très élevé de sous-traitance.

Cette fragmentation de la connaissance sert les intérêts des multinationales. D’un côté elle dilue la responsabilité des crimes sociaux et écologiques commis au nom de leur production. N’est-il pas en effet confortable de « ne pas savoir » combien d’actes immoraux ont été nécessaires à l’obtention des métaux utilisés dans les produits de l’entreprise qui nous emploie ? N’est-il pas confortable de « ne pas savoir » qu’est-ce qui vient d’où, qu’est-ce qui va où ? La société capitaliste contemporaine divise le travail en même temps qu’elle divise la connaissance. Nous vivons tous·tes dans l’ignorance des origines matérielles, dans l’ignorance des conséquences pour l’humanité et le vivant non-humain des artefacts numériques. Cette dilution de la connaissance, et donc de la responsabilité, a pris d’énormes proportions au cours des 70 dernières années.

« Divisée par mille la saleté est propre12. » Comme l’analysait dès 1956 le philosophe Günther Anders, à l’ère industrielle le travailleur devient de plus en plus « aveugle à la finalité13 » du travail. Avec la division internationale du travail, les tâches effectuées par chacun·e deviennent si fragmentées que personne ne sait plus quel est le but de sa propre production. Les employé·es sont enfermé·es dans des segments minuscules du processus d’ensemble, et ce dernier échappe à leur représentation. Nous en voulons pour preuve les difficultés que nous avons rencontrées pour obtenir des informations lorsque nous avons interrogé des salarié·es de Soitec et de STMicroelectronics pour cette enquête. Cette fragmentation de la connaissance dépossède également la population du lien tangible à ce qui nous entoure. En conséquence de quoi, la critique et la contestation sont rendues difficiles, englué·es que nous sommes dans ce sentiment d’incapacité de comprendre, de forger une analyse fine, et donc d’être équipé·es pour agir.

Or, les informations, si partielles et dissimulées soient-elles, sont tout de même pour partie accessibles. Qu’il s’agisse des sites et réseaux sociaux des entreprises sur lesquelles elles s’auto-congratulent de leurs contrats et projets, des rapports de conseils municipaux ou communautaires, des arrêtés préfectoraux, ou encore des articles de la presse spécialisée… À partir de cette masse parfois contradictoire de données, il s’agit alors de tisser des liens, de mettre en cohérence les informations, d’esquisser des tendances, d’analyser les faits, ce afin d’en tirer une vision d’ensemble. En somme, il s’agit de rendre visible ce qui de prime abord est trouble14.

Ainsi, à défaut de pouvoir remonter chaque tentacule du poulpe numérique, chaque maillon des chaînes de valeur des semi-conducteurs, des mines de silicium aux puces de ST, nous proposons dans ce texte de rapporter notre travail d’enquête, condensé et analyse de ces nombreuses publications et données publiques, permettant aux lecteur·ices de se faire une idée globale, parcellaire mais tout de même assez précise, de ce que dissimule le caractère mondialisé de la multinationale STMicroelectronics ainsi que de sa voisine Soitec.

Cette analyse permettra de peser la teneur des nombreuses incantations politiques15 portant sur la supposée nécessité (et capacité) de réindustrialisation, ou sur la supposée souveraineté nationale qu’induirait l’extension ou la création de sites de production ou d’extraction (d’eau, d’énergie, de métaux) en France.

Ce travail est le pendant « amont » de l’enquête « Life.augmented / death.augmented » que nous avions publiée en 2023. Dans ce document, nous tâchions d’éclaircir quel était l’usage réel des puces produites par ST et par Soitec : à quoi servent-elles en aval ? Aujourd’hui, nous nous sommes attelé·es à la tâche de comprendre comment elles sont produites. D’où viennent les matériaux, quelle est l’infrastructure qui permet leur production. La lecture du présent texte peut donc utilement être complétée par celle du précédent16.

Accrochez-vous, nous partons pour un voyage qui nous fera faire plusieurs fois le tour du monde !

1. Le marché des semi-conducteurs et le monopole asiatique

LE MARCHÉ MONDIAL DES PUCES ET LA PLACE DE ST ET DE SOITEC

Avant toute chose, resituons STMicro-electronics dans la production mondiale du numérique. À l’échelle globale ST n’est en rien un « géant » des semi-conducteurs.

En tête du classement des fonderies de puces, on trouve quatre entreprises asiatiques qui détiennent à elles-seules environ 90 % du marché mondial : TSMC, Samsung Electronics, UMC, GlobalFoundries et SMIC. En termes de productions nationales, Taïwan détenait en 2023 environ 46 % de la capacité mondiale de production de semi-conducteurs tous procédés confondus, suivie par la Chine (26 %), la Corée du Sud (12 %), les États-Unis (6 %) et le Japon (2 %)17.

Outre l’absence quasi-totale des pays non-asiatiques, on relève surtout que l’entreprise taïwanaise TSMC (Taïwan Semiconductor Manufacturing Company Limited)18 détient à elle seule environ la moitié des parts de marché19. Elle possède même un quasi-monopole sur les marchés des technologies les plus avancées. C’est notamment le cas des microprocesseurs les plus fins (aux transistors de taille inférieure à 5 nm) que l’on trouve dans les smartphones haut de gamme tels les iPhone, TSMC a notamment détenu un temps jusqu’à 92 % de ce marché20.

En cela, le site de production de ST à Crolles n’est en réalité qu’un Petit Poucet : plusieurs dizaines de fois plus petit que l’usine de TSMC à Taïwan (en chiffre d’affaires et en parts de marchés). On peine d’ailleurs à trouver le moindre graphique, la moindre donnée chiffrée du marché mondial dans lesquelles apparaîtrait le nom de ST. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ST, comme Soitec, s’appuient avant tout sur une spécialisation dans des marchés de niche (comme la technologie FD-SOI)21. Le marché asiatique est bien trop concurrentiel pour ST du fait des économies d’échelle réalisées par les grands acteurs du secteur depuis des années, du soutien financier massif dont ils bénéficient de la part des États22, mais aussi du faible coût de la main-d’œuvre.

MONOPOLE ET DOMINATION

Une première réaction serait de s’étonner, voire de s’inquiéter, de cet apparent déséquilibre des « forces » et de la sur-domination de l’Asie dans cette industrie-clé d’un numérique de plus en plus omniprésent. La faiblesse apparente de l’Occident face à une pénurie subie ou provoquée dans la production de ces composants semble en effet donner tout pouvoir aux dirigeants asiatiques sur nos vies23. De là, dans un réflexe angoissé bien compris (et sûrement partagé) des politiciens libéraux, on pourrait en venir à invoquer la nécessité d’une « souveraineté nationale », d’une réindustrialisation du territoire français et européen pour lutter contre l’hégémonie asiatique. Comme on le verra plus loin, l’affaire n’est en fait pas si simple, la fonderie des puces n’étant que l’un des maillons d’une chaîne globale distribuée sur la planète (extractivisme minier en Asie, Afrique et Amérique du Sud, design principalement aux États-Unis et en Corée du Sud, production des photolithographeurs aux Pays-Bas, fonte et assemblage des puces en Asie). Dans cette véritable « guerre froide des puces » qui voit les bâtiments navals de la Chine et des États-Unis jouer à ce jeu si dangereux autour de l’île de Taïwan, aucun agent n’a en réalité intérêt à bouger son pion, risquant de voir s’effondrer sa propre stabilité économique24.

De fait, l’agrandissement des fonderies françaises, n’ayant quasiment aucun poids sur le marché des composants « essentiels » au monde numérique, est une volonté avant tout économiciste25 pour les industriels. L’intérêt stratégique ne sert que de slogan propagandiste, suivant le procédé bien connu de création d’une menace extérieure pour susciter l’adhésion de la population26 : menace de déclassement mondial, menace de « perte » de souveraineté (quoi que cela veuille dire), menace de conquête (se faire « manger » par les Chinois).

On peut par contre s’étonner que la microélectronique, née dans les années 1950 dans la Silicon Valley, provienne aujourd’hui si peu d’usines étasuniennes. Rien de bien surprenant dans ce revirement de situation. Il s’agit d’un des effets de la mondialisation : la fonderie des puces (sa fabrication matérielle) repose sur une main-d’œuvre faiblement qualifiée. Cela a très vite incité les géants mondiaux tels Intel à devenir « fabless », c’est-à-dire à se concentrer uniquement sur le design des puces : un travail de bureau qui demande une qualification élevée. Les étapes de production sont quant à elles reléguées pour la plupart dans les méga-usines et sweatshops asiatiques.

Si STMicroelectronics n’est pas fabless et continue à produire ses propres puces, c’est en partie parce que l’entreprise se positionne sur des marchés dédiés à (relativement) faible concurrence. C’est également parce que les pouvoirs publics nationaux, angoissés par l’ombre de la menace militaire et galvanisés par leurs propres ventes d’armes27, souhaitent conserver sur le territoire national la croyance (illusoire) de l’autonomie productive de matériel militaire28. Ils investissent ainsi massivement dans le soutien financier (à coups de milliards d’euros) et dans la propagande publicitaire à ces « fleurons nationaux ». Les industriels, quant à eux, pressent les institutions publiques de délivrer dérogation sur dérogation de rejets de polluants, en dépit des lois européennes et des beaux discours sur l’intérêt d’installer des usines dans des pays où les lois environnementales seraient plus contraignantes.

2. Des usines et partenariats partout dans le monde

DES USINES ICI ET AILLEURS

En dépit de sa position de Petit Poucet mondial, STMicroelectronics n’en reste pas moins une multinationale qui, si elle a émergé comme une start-up du CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) dans le contexte originel de la dissuasion nucléaire29, s’est aujourd’hui dispersée sur tous les continents. Ainsi trouve-t-on à l’échelle mondiale 14 principaux sites de production de ST30 de plus de 700 salarié·es chacun, divisés en 7 fonderies (dites « front-end ») et 7 sites d’assemblage et tests (dits « back-end »). De ces sites, plusieurs sont actuellement en phase d’agrandissement. C’est le cas notamment des sites italiens de Catane (Sicile) et d’Agrate Brianza (près de Milan), de celui de Crolles (France) ou encore de celui de Singapour31. À ces usines s’ajoutent de nombreux sites de recherche et design, comme celui de la Presqu’Île grenobloise ainsi que des dizaines de bureaux de vente partout sur le globe.

Effectifs et superficie des usines de STMicroelectronics32 :

FRONT-END

Agrate Brianza

(Italie)

Catane

(Italie)

Crolles

(France)

Singapour

Rousset

(France)

Tours

(France)

Norrköping

(Suède)

Salarié·es

5 000

4 800

4 700

4 000

2 700

1 400

60

Salles blanches (m2)

35 000

20 000

30 000

51 000

23 000

11 000

200

 

BACK-END

Shenzen

(Chine)

Muar

(Malaisie)

Bouskoura

(Maroc)

Calamba

(Philippines)

Kirkop

(Malte)

Marcianise

(Italie)

Rennes

(France)

Salarié·es

4 300

4 000

3 300

3 000

1 800

250

250

Salles blanche

26 000

37 000

35 000

43 000

20 000

4 700

1 200

L’Europe regroupe une petite moitié de ses employé·es, dont environ 20 % en France et 20 % en Italie33. L’Asie compte environ un tiers34 des salarié·es, exclusivement dans des usines back-end et l’Afrique 6,9 % avec une usine back-end au Maroc (à Bouskoura). En proportion, la recherche et le design, essentiellement effectués en Europe (et un peu en Inde), comptent pour 7 % des emplois, contre 39 % pour le back-end et 54 % pour le front-end, ces deux derniers postes étant massivement délocalisés des sites originels français. En cela, ST n’échappe pas à la pression de la mondialisation, ou plutôt ne résiste pas à l’incitation au dumping social35.

Quant à Soitec, l’entreprise possède trois usines. Les deux principales sont à Bernin, l’autre à Singapour (Pasir Ris) et la troisième, plus petite mais très stratégique, se situe à Hasselt (Belgique). Celle-ci est issue du rachat de l’entreprise EpiGaN en 201936 et est spécialisée dans les substrats épitaxiés en nitrure de gallium. Or, comme le rappelle le ministère de la Défense, ce dernier est un enjeu stratégique pour la défense37 (EpiGaN travaille notamment sur les radars38). C’est sans doute grâce à cette usine et à ses recherches que Soitec participe au projet GREAT financé par le ministère de la Défense39.

L’usine asiatique de Soitec est quant à elle spécialisée dans les plaquettes de silicium sur isolant de 300 mm et a « une capacité de production supérieure à celle de Bernin40 » (données de 2022). En plus de s’agrandir à Bernin, Soitec annonçait en décembre 2022 l’extension à 420 millions d’euros de son site de Pasir Ris. Le PDG de Soitec déclarait qu’« alors que nous célébrons notre 30e anniversaire cette année, l’extension de nos sites de production, tant en France qu’à Singapour, va renforcer notre présence à l’international, attirer les talents, créer de la valeur et étendre notre contribution aux économies d’énergie grâce à une meilleure efficacité énergétique dans l’électronique. L’extension de notre usine à Singapour complète parfaitement nos investissements sur notre principal site, en France41. » Comme quoi, contrairement à l’adage selon lequel « si les entreprises ne construisent pas des usines ici, alors elles iront en construire ailleurs où les réglementations sont moindres », même quand les usines s’agrandissent ici, elles s’agrandissent aussi en Asie !

La numérisation galopante de nos sociétés conduit à une demande toujours plus forte en semi-conducteurs. Cette demande augmente de 15 % chaque année, soit un doublement tous les six ans42. C’est de cette course effrénée à la production et à « l’innovation », de cette fuite en avant technologique, que résultent les dizaines et dizaines de projets de « méga-fabs » actuellement en cours aux quatre coins du globe43. Tant que ce modèle ne sera pas radicalement remis en question, les usines françaises ne viendront pas se soustraire à des usines du Sud global, elles viendront simplement s’y ajouter.

DES PARTENARIATS INTERNATIONAUX

Au-delà de leurs propres sites, ST et Soitec participent également à un vaste jeu de partenariats et de projets internationaux.

Dans le cas de STMicroelectronics on retrouve notamment :

  • De nombreuses coentreprises notamment en Asie.

En 2023 par exemple, un partenariat était annoncé avec le Chinois Sanan Optoelectronics pour la création d’une usine à Shenzhen (Chine) dédiée à la production de composants en carbure de silicium (SiC). En vue, le marché des voitures électriques et les applications industrielles d’énergie et de puissance : « Sanan construira séparément une usine de production de substrats SiC de 200 mm pour répondre aux besoins de la coentreprise44. » Mais ST est coutumière des coentreprises : déjà en 2004, elle entrait en partenariat avec les Sud-Coréens d’Hynix pour la construction d’une usine de 2 milliards de dollars en Chine45 ; en 2007, c’était avec les Étasuniens d’Intel qu’une joint-venture était créée46 ; en 2008, avec les Néerlandais de NXP47; en 2008 toujours, ST concluait un partenariat avec le Suédois Ericsson pour une coentreprise destinée à employer plus de 4000 personnes en Suède, Allemagne, Inde et Chine jusqu’en 201348 ; et le projet d’extension actuel de l’usine de Crolles en partenariat avec l’Étasunien GlobalFoundries qui, selon l’accord initial, devrait récupérer 58 % de la production de la future usine.

  • De nombreux partenariats à travers le monde.

En Israël par exemple : « nous menons depuis plus de quinze ans des partenariats avec Mobileye ou Valens, mais nous nous sommes également stratégiquement rapprochés de Cisco, Mellanox ou autres. Nous partageons également des projets avec des centres de design49. » À noter également que la fonderie israélienne Tower Semiconductor, spécialiste des circuits analogiques et capteurs thermiques (notamment pour l’industrie de l’armement israélienne50) a signé un accord avec ST pour s’implanter dans la nouvelle usine ST d’Agrate Brianza en Italie51. Et on compte encore des centaines de partenariats, contrats et accords passés avec des entreprises pour développer des produits, comme en octobre 2024 avec l’entreprise fabless étasunienne Qualcomm pour développer l’internet des objets52, ou encore avec des fournisseurs étrangers, comme le partenariat annoncé en 2024 avec SiCrystal, filiale allemande du groupe japonais Rohm pour ses substrats de carbure de silicium53.

  • Des rachats d’entreprises étrangères.

Signalons par exemple le rachat en 2019 de l’entreprise Norstel AB, fabricant suédois de plaquettes en carbure de silicium (SiC)54 et le rachat de l’activité de puces sans contact de l’autrichien AMS en 201655.

Dans le cas de Soitec, on retrouve de manière similaire :

  • Un capital détenu en partie par des fonds d’investissement chinois et américains

C’est un fait rarement mis en avant dans la communication de cette entreprise « locale ». Pourtant, 8 % du capital de Soitec appartient à des fonds d’investissement chinois, et près de 5 % à l’Étasunien Blackrock56.

  • De nombreux contrats internationaux.

Avec le Taïwanais United Microelectronics Corporation (UMC) dans le domaine de la technologie RF-SOI, par exemple57 ou encore avec l’entreprise chinoise Simgui qui fabrique des plaques SOI de 200 mm en utilisant la technologie Smart Cut™ de Soitec58. On sait que l’entreprise travaille avec l’institut Fraunhofer (Allemagne), l’Université Technique de Vienne (Autriche), Unisoc, HiSilicon et ZTE (Chine), Qualcomm, Analog Devices et Intel (États-Unis)59. Mais cette liste est loin d’être exhaustive : plus de 90 % du chiffre d’affaire de Soitec est réalisé à l’étranger dont près de deux tiers en Asie60. L’entreprise annonçait en 2024 trois nouveaux partenariats internationaux. L’un avec le fournisseur de matériaux japonnais Tokai Carbon61 pour qu’il lui fournisse des substrats poly-SiC en 150 mm et en 200 mm. L’autre avec l’Étasunien X-FAB dans l’usine de Lubbock au Texas autour de la technologie SmartSiC™62. Un dernier avec le Japonais Resonac sur le carbure de silicium de haute performance63.

  • Des projets d’extension internationale.

C’est ainsi aux États-Unis que Soitec envisagerait de s’implanter64comme le signale un porte-parole de l’entreprise à Siècle Digital : « Dans le cadre de son plan stratégique, annoncé en juin 2023, Soitec a affirmé entendre poursuivre son développement à l’international, notamment aux États-Unis65. »

En dehors de cette liste non-exhaustive des multiples partenariats et coentreprises qui témoignent du caractère mondialisé de ST et de Soitec, il est important de souligner que même une partie des semi-conducteurs designés localement n’est pas nécessairement produite dans leurs propres usines. Dans le cas de ST, une partie est produite dans les usines taïwanaises de TSMC66. Quant à Soitec, le phénomène est encore plus marqué : sa technologie SOI est fabriquée par de nombreuses fonderies extérieures à l’entreprise67 : outre STMicroelectronics, citons entre autres TSMC (Taïwan), Magnachip (Corée du Sud), DB HiTek (Corée du Sud), UMC (Taïwan), GlobalFoundries (Émirats Arabes Unis), Tower (Israël), Smic (Chine)68

SUBVENTIONS LOCALES POUR UN BUSINESS MONDIAL

Si pour certains ST reste malgré tout un « fleuron national » (comme, dans une moindre mesure, Soitec), la multinationale n’a en réalité plus grand-chose de national. Factuellement, c’est une entreprise néerlandaise (4e paradis fiscal mondial), qui répond donc au droit néerlandais, là où elle paye ses impôts. Son siège social, et donc la rémunération de ses cadres, est quant à lui localisé en Suisse. L’État français, comme l’État italien, n’y sont actionnaires qu’à hauteur de 14 % chacun. Cette situation ambiguë lui permet notamment de pratiquer, en bonne multinationale qui se respecte, ce jeu indécent de l’évasion fiscale tout en recevant gracieusement des milliards d’euros de la poche du contribuable français pour ses projets d’agrandissement69.

En définitive, il nous paraît d’autant plus cynique d’invoquer la souveraineté nationale, l’intérêt public et la réindustrialisation du territoire quand on sait que cette entreprise n’a de français que ses origines, une partie de son implantation territoriale, et tout au plus une « image de marque ».

Mais alors, peut-être que l’entreprise « ruisselle » sur les petites entreprises françaises ? Même pas. Dans le contrat de 2,9 milliards d’euros d’argent public qui lie ST à l’État français dans le cadre de son extension crolloise, il est stipulé qu’« afin de servir des besoins prioritaires nationaux ou des besoins spécifiques aux TPE et aux PME, l’État pourra demander de prioriser certaines commandes pouvant aller jusqu’à 5 % des capacités annuelles de production dans le cadre du projet. » Jusqu’à 5 %. Pour ainsi dire, rien. D’ailleurs, en termes de parts de marché, la France n’intéresse plus vraiment ST qui se tourne bien plutôt vers l’expansion du marché asiatique, ainsi que l’affirme sans détour Jean-Marc Chéry, PDG de ST : « La Chine représente aujourd’hui 15 % de notre chiffre d’affaires. Nous savons que sur certains marchés, comme celui du carbure de silicium, la Chine sera le marché qui connaîtra la croissance la plus rapide. Notre pénétration en Chine va donc augmenter70. »

Dans le cas de Soitec, l’entreprise exporte « exporte 90 % de sa production »71.

Entendons-nous, il ne s’agit pas ici d’exiger d’une industrie nuisible qu’elle paye ses impôts en France et qu’elle fournisse les entreprises nationales. Il s’agit de montrer que comme toute multinationale du capitalisme globalisé, STMicroelectronics et Soitec profitent de la mondialisation avant tout pour maximiser ses profits72 : extractivisme dans le Sud global, pratiques de dumping social, subventions publiques locales, vaste marché international et, pour finir, évasion fiscale.

3. Une chaîne de production mondialisée

EXTRACTIVISME MONDIAL

L’ensemble de la production industrielle de ST, front-end et back-end, ainsi que son inscription dans des dispositifs techniques étendus (un smartphone ne fonctionnant pas sans ses puces, et vice-versa), dépend de la production de nombreux matériaux, notamment de métaux absolument indisponibles localement.

On trouve dans les semi-conducteurs de manière quasi systématique73 :

  • Du cuivre dans les fils, les pistes de circuit imprimé ainsi que divers autres composants, du fait de sa conductivité électrique. Les trois principaux producteurs miniers sont, dans l’ordre, le Chili (environ 1/4 de la production mondiale), la République Démocratique du Congo (RDC), le Pérou. Il n’existe actuellement aucun site d’extraction en France, nous importons tout le cuivre74.

  • De l’aluminium utilisé pour les dissipateurs thermiques et les châssis en raison de sa légèreté et de sa conductivité thermique. Les trois principaux producteurs miniers de bauxite – dont l’aluminium est principalement extrait – sont, dans l’ordre, l’Australie, la Guinée, la Chine.

  • De l’or appliqué aux contacts et connecteurs pour sa résistance à la corrosion et sa bonne conductivité. Les trois principaux producteurs miniers sont, dans l’ordre, la Chine, la Russie, l’Australie. Il n’existe aucune mine d’or en France métropolitaine.

  • De l’étain utilisé dans les soudures pour relier les composants aux cartes de circuits imprimés. Les trois principaux producteurs miniers sont, dans l’ordre, la Chine, la Birmanie, l’Indonésie. La France ne possède plus de mine d’étain depuis 1975.

  • Du germanium utilisé dans certains semi-conducteurs, principalement produit par la Chine (~95%).

  • Du gallium arsenide, sous-produit de la fabrication d’aluminium, utilisé dans certaines applications à haute fréquence ou à haute performance. La production de gallium primaire provient à près de 99 % de Chine75.

  • Du cobalt pour l’amélioration de l’électromigration, permettant la miniaturisation de certains composants. Les trois principaux producteurs miniers sont, dans l’ordre, la RDC, l’Indonésie, la Russie. Il n’existe aucune mine de cobalt en France.

  • Du mica pour son faible facteur de perte de puissance, son isolation et sa résistance à la haute tension. Les trois principaux producteurs miniers sont, dans l’ordre, la Chine, la Finlande, Madagascar.

  • Du tantale pour la stabilité thermique, la conductivité, la résistance à la corrosion, ses propriétés isolantes pour les condensateurs high-tech. Les trois principaux producteurs miniers sont, dans l’ordre, la RDC, le Brésil, le Rwanda.

  • Du tungstène pour la conductivité thermique et électrique, l’augmentation de la vitesse des transistors. Les trois principaux producteurs miniers sont, dans l’ordre, la Chine, le Vietnam, la Russie. La France n’a plus de production minière de tungstène depuis la fermeture de la mine de Salau (Ariège) en 1986.

  • De l’indium, un métal devenu très rare présent dans tous les appareils possédant un écran LCD et que Soitec utilise notamment dans ses nouvelles technologies en phosphure d’indium. La Chine et la Corée du Sud en sont les principaux producteurs.

  • Ainsi que des dizaines d’autres composants métalliques et métaux rares aux propriétés physiques spécifiques…

De cette liste largement non-exhaustive, le site de production front-end de ST à Crolles utilise a minima du cobalt, de l’or, du tantale, de l’étain et du tungstène76 et selon toute vraisemblance du mica, du gallium et du germanium. Il en utilise également des dizaines d’autres, c’est évident (mais nous ne nous appuyons dans ce document que sur des informations vérifiées).

Ces métaux proviennent de plusieurs centaines de sites et fournisseurs ainsi que l’annonce ST dans son plan de vigilance 2022 : « En 2022, nous avons déclaré 229 fonderies [de métaux] de 154 fournisseurs et sous-traitants dans notre chaîne d’approvisionnement 3TGs (étain, tungstène, tantale et or)77. », fonderies qui elles-mêmes se fournissent auprès de centaines de mines. D’où l’impossible traçabilité des minerais et métaux utilisés. En effet, comme nous le confiait Fairphone, pour beaucoup, ces éléments métalliques de diverses provenances78 sont regroupés sur des marchés (par exemple le marché de l’or à Shanghai) au-delà desquels on perd toute trace de leur origine. Dans le cas de sites de production très spécifiques (comme notamment le cobalt), la source peut être identifiée. C’est alors un problème pour les entreprises car il devient alors visible aux yeux du monde qu’elles bénéficient de l’exploitation coloniale, des guerres et des exactions commises à l’intérieur de ces États (qui sont parfois précisément en guerre à cause de la pression extractiviste du capitalisme colonial).

Dans un document promettant un contrôle strict des sources de ses matières premières, STMicroelectronics reconnaît elle-même que ses métaux peuvent « potentiellement provenir de mines où l’extraction ou la transformation de ces minéraux a un impact social ou environnemental négatif79 ». Dans un cynisme sans égal, elle se livre alors dans le même document à une énumération des impacts négatifs « potentiels » : les formes de torture, les traitements cruels, inhumains et dégradants, les formes de travail forcé ou obligatoire, les pires formes de travail des enfants, les violations flagrantes des droits humains, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide, les graves répercussions sur la santé et la sécurité au travail et/ou sur la santé et la sécurité des communautés…

Sous la pression sociétale, les entreprises se doivent en effet de justifier l’origine « éthique » de leurs matières premières. Il s’agit notamment de démontrer qu’elles ne proviennent pas de théâtres de guerre. En bon élève, ST produit ainsi un rapport annuel sur les minerais « conflictuels » suggérant que toutes ses matières premières sont « éthiques »80. ST se vante également du fait que l’intégralité de ses sites d’approvisionnement en minerais sont validés par le RMAP (Responsible Minerals Assurance Process). Seulement, comme l’explique Celia Izoard81, il est impossible de garantir une provenance « éthique » ou des mines « responsables ».82

L’instauration de telles règles « éthiques » portant sur les principales sources de minerais a surtout pour conséquence le développement de mafias transfrontalières qui déplacent les minerais dans les pays voisins, de sorte à modifier leur origine effective83.

Notons que les quantités absolues et les proportions relatives des métaux utilisés dans les semi-conducteurs sont difficiles à établir ou à sourcer. Cependant, les valeurs absolues apparaissent peu pertinentes car le caractère nocif de ces métaux dépend surtout de l’énergie déployée pour les extraire. Par exemple, les terres rares, présentes en microgrammes dans une puce, demandent bien plus d’énergie et de process extractifs que le silicium qu’on trouve en bien plus grande quantité (l’or ou l’antimoine s’extraient aujourd’hui parfois à raison de moins d’1g par tonne de roche extraite, pulvérisée et lixiviée). Il en va de même pour les impacts humains et environnementaux qui sont des co-produits de l’extraction (en amont) comme des déchets (en aval) : caractère cancérogène des métaux et process, tensions géopolitiques et alimentation de bandes armées84, pollutions des milieux, etc.

En conclusion, il apparaît que l’industrie du numérique est indissociable de l’extraction minière, elle-même puissant moteur de l’impérialisme et du colonialisme.

PRÉPARER LE SILICIUM

On vient de le voir, STMicroelectronics et Soitec n’étant pas des industries minières, elles peuvent se permettre de profiter, sans trop de scrupules, du colonialisme minier. Elles ne sont pas non plus des industries de fonte de métaux et minerais. De fait, les plaques de silicium gravées par ST ne proviennent pas directement des mines mais ont déjà effectué un long chemin à travers la planète en passant par plusieurs fonderies métallurgiques.

Voilà comment cela se passe85. Il faut tout d’abord « éventrer la terre » pour en extraire du quartz, un cristallin de silicium. C’est l’industriel américain Sibelco qui domine cette activité86. En dépit des forages exploratoires très controversés dans l’Allier, la Dordogne, le Lot, cette activité (cancérogène pour les mineurs) est peu présente sur le sol national. Pour le peu qu’on en sait, en 2014, le quartz utilisé à Crolles provenait de mines « situées dans quelques pays et notamment en Norvège et aux USA87 ».

Le quartz ne s’utilise pas tel quel. Il faut commencer par le transformer en silicium métal par addition de carbone issu de charbon ou de bois dans des hauts fourneaux très énergivores. L’industrie du silicium métal primaire est dominée par la Chine (71%, contre 3 % pour la France). Vous pensez peut-être que le silicium métal de ST vient de l’usine iséroise Ferroglobe (ex-Ferropem) ? Raté. Contrairement aux annonces des pouvoirs publics, le silicium métal produit par Ferroglobe n’est pas adapté à l’industrie microélectronique car il doit pour cela être affiné à des niveaux 1000 fois supérieurs à celui destiné au photovoltaïque (qualité « EG »)88. Or « cela nécessite d’énormes usines très capitalistiques. Pour l’instant, seul l’Allemand Wacker est capable de le faire à grande échelle en Europe »89. C’est l’étape au bilan énergétique désastreux de transformation du silicium métal en polysilicium puis, dans notre cas, recristallisé en monocristal cylindrique de très haute précision. Le polysilicium est alors fondu encore une fois à très haute température en lingots de silicium monocristallin ultra-pur. Ces lingots seront ensuite découpés en galettes très fines (wafers en anglais). Ça ne se passe toujours pas en France, mais plutôt en Asie, aux Etats-Unis et éventuellement en Allemagne (Siltronic)90.

Ce sont ces galettes de silicium, qui ont déjà fait quelques tours de la planète, qui sont ensuite envoyées sur les sites isérois de STMicroelectronics ou de Soitec. On sait par exemple que les wafers de Soitec, issus de silicium chinois, viennent en France depuis le Japon, fournis principalement par l’entreprise Shin-Etsu Handothai (SEH)91, mais aussi par la compagnie SUMCO92. ST quant à elle s’approvisionne principalement auprès de l’Étasunien Wolfspeed et de SiCrystal pour ses substrats en silicium93. Comme le précise L’Usine nouvelle, « l’offre reste restreinte en raison des difficultés d’élaboration de ce semi-conducteur et de la concentration de la production entre les mains de trois fournisseurs : Wolfspeed [USA], Coherent [USA] et SiCrystal [groupe japonais] ».

ASSEMBLAGE ET TESTS

Après l’approvisionnement en métaux et minerais, passons maintenant à d’autres étapes de la fabrication de semi-conducteurs : l’assemblage et les tests.

Contrairement à ce que le raccourci oral avance, les sites de STMicroelectronics à Crolles et de Soitec à Bernin ne produisent formellement même pas « des puces ». Concrètement, les sites de production de ST et Soitec reçoivent des galettes de silicium circulaires de 200 mm ou de 300 mm sur lesquelles sont ensuite gravées, par photolithographie (dans l’esprit d’une photo argentique mais en autrement plus complexe), des milliards de transistors et circuits miniatures divisés en rectangles de petites tailles. Ces rectangles, ce sont les puces. Mais, comme le précise un document de la CGT ST : « Si les ‘galettes’ (wafers) de processeurs sont produites en France et en Europe, elles sont ensuite pour la plupart acheminées en Asie, où elles sont découpées, packagées et adressées aux clients finaux – presque tous asiatiques (au moins leurs usines). 98 % de la production est ainsi exportée94. » Par « packagées », on entend « insérées dans des boîtiers de plastique », étape à partir de laquelle la puce isolée peut entrer dans l’assemblage du circuit électronique d’usage final.

Ce n’est pas non plus l’usine de Crolles qui s’occupe de l’étape de test qui permet de vérifier que les puces produites sont toutes fonctionnelles. En effet, « la phase de fabrication du silicium est une des étapes des puces […] les parties assemblage et test sont actuellement essentiellement faites en dehors de la France (Corée, Chine, Malaisie, Maroc, Singapour…), ou même de ST sur des plateformes de test américaines ou japonaises95 ».

DÉPENDANCE À DES PROCESS INDUSTRIELS, À DES FOURNISSEURS ET À DES SOUS-TRAITANTS

Ainsi que l’annonce fièrement ST dans son rapport de soutenabilité 2023 : « Nous nous procurons des matériaux, des biens et des services auprès d’environ 6.600 fournisseurs de niveau 1 de différents types et tailles. Nos fournisseurs vont des sous-traitants de fabrication aux fournisseurs de matériaux, d’équipements et de pièces détachées, en passant par les prestataires de services sur site et les agences de travail96. » Ainsi, outre les centaines de fournisseurs en matières premières, ST dépend d’une myriade de fournisseurs et de sous-traitants internationaux (en outils, machines97, matériaux98, structures de gestions de flux, logiciels, pré-processing des étapes de fabrication, etc.), ceux-ci provenant à 51 % d’Asie et à 42 % d’Europe99.

En outre, certaines machines (et certains process industriels) indispensables à la fabrication de semi-conducteurs sont elles-mêmes fabriquées (ou maîtrisés) par une seule et unique entreprise qui détient, de fait, un monopole total sur des technologies dont elle vend l’expertise. C’est le cas du néerlandais ASML qui fabrique des machines de photolithographie dont elle seule maîtrise la technologie (le siège français d’ASML est fort logiquement implanté à Bernin). De la même façon, on trouve sur le site de Crolles d’innombrables technicien·nes détaché·es qui s’occupent exclusivement de la maintenance et du fonctionnement de machines provenant d’autres entreprises pour lesquelles ils et elles travaillent. Citons pour l’exemple deux sous-traitants parmi tant d’autres intervenant quotidiennement à Crolles : l’entreprise étasunienne Applied Materials qui fabrique des machines de gravure et dépôt sur wafer et la multinationale française spécialiste des gaz industriels Air Liquide. Ajoutés aux plus de 100.000 clients revendiqués par ST, on conclut assez aisément au haut degré de dépendance de l’industrie de la microélectronique à un vaste tissu économique mondialisé. Mais ces ramifications internationales sont extrêmement difficiles à retracer, du fait de la multiplication des niveaux de sous-traitance, chaque sous-traitant ayant lui-même des centaines de fournisseurs.

Mentionnons néanmoins le premier niveau de cette sous-traitance pour de nombreux produits. Il se situe à Crolles, et s’appelle Ectra. Spécialisée en logistique, cette entreprise propose de la « logistique amont et aval » pour les industriels : conseil en douane, facturation, suivi des expéditions, évacuation de déchets dangereux, manutention…100 Elle intervient particulièrement dans le cas de produits classés ICPE, notamment toxiques et inflammables101. C’est en fait un « super-sous-traitant » qui travaille pour 250 clients (tels BASF, le CEA, HP, Thalès, Soitec ou STMicroelectronics102). Mais ST n’est pas pour elle un client comme un autre. On sait ainsi que plus de la moitié des 10 000 m2 dusite d’Ectra à Crolles, situé en face de STMicroelectronics, est dédiée à la sous-traitance de ST103. Ectra commande, gère, transporte et stocke « tous les fluides qui entrent dans la fabrication des composants microélectroniques de ST104 » comme par exemple le très dangereux acide fluorhydrique concentré105, ce composant-clef de la fabrication de semi-conducteurs106. En 2023, Ectra a augmenté les capacités de stockage de son site pour répondre à des besoins accrus de stockage de ce fluide, conduisant l’entreprise à déposer un dossier de classification Seveso seuil haut107 : on peut légitimement imaginer que c’est le projet d’agrandissement de ST qui en était la cause. La question s’impose : l’acide fluorhydrique de ST est fourni par Ectra. Mais qui fournit l’acide fluorhydrique à Ectra ?

UN FONCTIONNEMENT INTENABLE

En définitive, sans chercher une quelconque exhaustivité, soulignons que la complexité de fabrication d’une puce, ainsi que tout ce qui permet à cette puce de fonctionner (packaging, circuit imprimé, refroidissement, autres périphériques), requièrent des dizaines de minéraux, métaux et étapes d’affinage. Ces ressources, pour beaucoup d’entre elles, on ne les trouve pas sur le territoire français ou européen. Surtout, quand bien même elles y seraient présentes, la complexité de la chaîne de traitement ainsi que le niveau des salaires occidentaux associés au caractère rebutant du travail dans les mines font que la perspective économique d’une relocalisation est non viable, et tout aussi peu souhaitable ici qu’elle est déjà inacceptable ailleurs.

Mais, bien au-delà du caractère purement économique, la production de puces est emblématique des pratiques coloniales les plus abjectes (extraction et déchets en début et fin de chaîne).

Nous avons souhaité exposer quelques grandes étapes du process de fabrication des semi-conducteurs produits à Crolles et Bernin (et ailleurs) afin de démontrer que, contrairement à ce que les discours simplistes tendent à faire penser, il n’est pas du tout « facile » de substituer un métal par un autre, de baisser significativement la consommation en eau, de s’assurer que le cobalt est responsable… Toutes les étapes de la chaîne sont déjà optimisées et sur-optimisées (d’ailleurs, par effet rebond, toute nouvelle optimisation aggrave l’impact global de la filière). La moindre altération d’une étape affecte inévitablement les autres, de sorte qu’un défaut d’approvisionnement métallique (pour raisons physiques ou géopolitique) ou encore le refus administratif sur des rejets de polluants supplémentaires ne sont pas simplement des « défis à relever » pour l’industriel mais des contraintes sévères au fonctionnement de l’usine pouvant aller jusqu’à entraver sa production.

SERL : SOCIÉTÉS ÉCOCIDAIRES À RESPONSABILITÉ LIMITÉE

En se positionnant au beau milieu de la chaîne de valeur, STMicroelectronics et Soitec se déresponsabilisent aussi de l’étape de « fin de vie » de leurs produits. Ce qui est plutôt pratique quand on sait qu’on perd la trace de pas moins de 83 % des flux mondiaux de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE)108. Autrement dit, 83 % des DEEE atterrissent en toute illégalité dans des décharges géantes telles que celles de Guiyu en Chine ou d’Agbogbloshie au Ghana. Des lieux où la misère induite par la production d’objets numérique oblige adultes et enfants à extraire et revendre, dans une atmosphère suffocante et hautement cancérigène, des kilogrammes de cuivre pour quelques centimes d’euros.

On constate de cette analyse des chaînes de valeur que ST ou Soitec ne sont en définitive qu’un maillon, fût-il celui de plus haute valeur ajoutée, d’un vaste processus globalisé d’éventration de la terre, d’exploitation coloniale et d’amoncellement de déchets et polluants éternels. Tout cela sans scrupules tant il est facile pour chaque acteur de la chaîne de se déresponsabiliser.

Conclusion: Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation

En tentant de reconstituer le trajet des composants d’une puce électronique et des partenariats de ST et Soitec, nous venons de faire ensemble 80 fois le tour du monde en une seule journée (Jules Verne est battu à plate couture).

Nous nous sommes livré·es dans les pages qui précèdent à un état des lieux de la filière de la microélectronique et de la réalité des entreprises STMicroelectronics et Soitec (nous aurions bien sûr également pu parler de Lynred et de tant d’autres). Notre constat est sans appel : les agrandissements envisagés dans le Grésivaudan ne sont en aucun cas des « relocalisations » dans quelque sens du terme que ce soit. D’une part en cela que ces agrandissements ne se substituent pas à des investissements à l’international : ils s’y ajoutent. Soitec s’agrandit à Bernin et à Singapour, ST à Crolles et à Shenzhen (ainsi qu’à Milan, à Catane…). D’autre part parce que les activités qui ont lieu en Isère sont dépendantes des autres sites de production et de sous-traitance du groupe. Extraction de minerais, raffinage, assemblage : les produits « made in France » de ST sont en réalité de purs produits de la mondialisation capitaliste, et ne pourraient exister sans elle.

La communication des entreprises et des pouvoirs publics laisse entendre qu’il vaudrait mieux produire localement les puces que l’on consomme localement. Il faut bien sûr contester (et nous le faisons) la prétendue nécessité de ces composants. Pourquoi en consomme-t-on autant, et toujours plus ? Mais au-delà de cette question, il faut aussi avoir conscience que les puces fabriquées dans le Grésivaudan n’ont pas pour but d’être utilisées dans le Grésivaudan. Pas même en France ou en Europe. En fait, ces prétendues « relocalisations » ont pour unique but de maintenir certains « segments de valeur » et certaines « activités stratégiques » sur le sol national. C’est pourquoi ces projets d’agrandissement ne favorisent en aucun cas l’autonomie locale. Au contraire, ils enchâssent plus encore notre territoire dans la course mondiale à l’innovation et accroissent notre dépendance au reste de la chaîne capitaliste.

Avis aux anti-capitalistes qui envisageraient une autogestion des usines de semi-conducteurs, ou plus pragmatiquement un pilotage par l’État d’un grand « service public » de la microélectronique, débarrassé de la loi du profit, ne profitant pas de l’abjection impérialiste coloniale, et enfin au service des citoyen-ne-s : cela n’est pas possible. Mettre « l’humain d’abord », affirmer que « nos vies valent plus que leurs profits » exige de la cohérence et de la conséquence. On peut (on doit) rêver d’un monde débarrassé du capitalisme et de l’exploitation de l’humain (et des non-humains) par l’humain. Mais soyons clair·es : dans ce monde, il n’y aura plus d’industrie de microélectronique. Dans ce monde, il n’y aura plus d’iPhone 13. Parce que l’existence-même de la filière microélectronique et des iPhone 13 implique le plus haut degré jamais mis en place de division internationale du travail, ainsi que le pillage systématisé des richesses du sous-sol du Sud global et la mise sous tutelle (et esclavage) de sa population. Se battre pour une société qui refuse ces indignes rapports de pouvoir, cela veut dire construire une société qui n’utilisera plus les fruits de cette exploitation. C’est pourquoi les discours des Écologistes (ex-EELV)109, du PCF110 ou de la CGT Soitec appelant à « refonder le système du numérique pour le rendre soutenable111 » ne sont que des incantations, certes rassurantes, mais totalement coupées de la réalité. Une vision plus globale, telle que nous avons cherché à l’esquisser dans ce texte, nous semble déboucher sur une seule conclusion logique : s’opposer à tous les projets d’extension de la filière du numérique, ici comme ailleurs. À Bernin comme à Singapour, à Crolles comme à Shenzhen.

Maxime Le Forestier évoquait qu’« on choisit pas ses parents, [qu’]on choisit pas sa famille ». On ne choisit pas non plus les trottoirs de La Tronche, de Shenzhen ou d’Alger pour apprendre à marcher ou à faire de la trottinette électrique. Pour notre part, nous avons appris à marcher à Grenoble. Nous ne comptons pas nous mettre à la trottinette électrique, mais nous savons que « quand on ne veut de nuisances nulle part, il faut bien commencer à les refuser exemplairement là où on est112. » Quant à là où on n’est pas, que les personnes qui y sont, elles, sachent qu’elles peuvent compter sur notre entière solidarité pour les appuyer dans les luttes à mener. Nous souhaitons que le combat que nous menons ici puisse aider les luttes qui se mènent ailleurs contre l’industrie du numérique.

L’extrême complexité des chaînes d’approvisionnement a interconnecté l’ensemble des centres de production de la planète. Leur asséner des coups ici (nous qui avons accès à la tête du poulpe) peut permettre de les faire plier ailleurs (là où frappent d’autres de ses tentacules).

Nous ne sommes pas naïf·ves, nous avons conscience d’être pris dans des enjeux géopolitiques puissants, dans la course menée entre les différentes puissances pour la maîtrise des savoirs et des pouvoirs de la technoscience. Nous nous refusons à la croyance selon laquelle « si ce n’est pas nous (la France) qui le faisons, ce sera d’autres » , cela justifie toute avancée technologique, aussi nuisible soit-elle, jusqu’à la bombe nucléaire.

Ce monstre que nous combattons est gigantesque, car s’y attaquer, au fond, c’est s’attaquer à la structure matérielle du technocapitalisme. C’est d’ailleurs pour cela qu’il nous faut le faire tomber.

Nous appelons à combattre ces industries partout où elles sont, et nous nous appliquons à ce que notre combat soit utile à celles et ceux qui voudraient également les combattre, où qu’ils et elles soient.

NO PUÇARAN !

Collectif STopMicro, 30 octobre 2024

https://stopmicro38.noblogs.org – stopmicro@riseup.net

PS : cette brochure, dont la première version est achevée en octobre 2024 sera complétée les 28 et 29 mars 2025 par un colloque international organisé par STopMicro à Grenoble sur le thème « Semi-conducteurs : l’impossible relocalisation », lors duquel interviendront journalistes, universitaires, militants, syndicalistes et environnementalistes.


Vous travaillez dans le secteur de la microélectronique ?
à Crolles, Bernin, Shenzhen ou ailleurs ?

* * *

Vous avez trouvé cette enquête incomplète ?

* * *

Envoyez-nous vos informations, sourcées si possible,
pour une prochaine mise à jour du document.
—-

1Chris Miller, La Guerre des semi-conducteurs, l’enjeu stratégique mondial, L’Artilleur, 2024.

2De fait, Nicolas Framont nous informe qu’un quart du budget de l’État français (soit environ 150 milliards d’euros) est dédié annuellement à de purs « dons » aux entreprises. (Nicolas Framont, Parasites, Les Liens qui libèrent, 2023.) Ajoutons également que ces industries profitent doublement des « bulles » économiques : au gonflage de la bulle (5G, voiture électrique) elles font d’énormes bénéfices, tandis qu’à son explosion elles licencient massivement tout en étant « sauvées » de la faillite par accaparement de fonds publics.

3J. K. Galbraith, La Paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres, Calmann-Lévy, 1984.

5Alexandra Caron-Cusey, conseillère régionale Les Écologistes Région Auvergne-Rhône-Alpes, https://www.tvnetcitoyenne.com/news-details.php?page=&type=articles&idcontent=620

6Ibid.

10F. Palpacuer & C. Roussey, Entangling global chains of wealth and value through CSR-ization: A critical Polanyian perspective on Weda Bay Nickel, Environment and Planning A: Economy and Space, 2023.

11Sur la question de la complexité du monde numérique, voir par exemple Girard, V., Rio, M., & Couillet, R., Computing, Complexity and Degrowth: Systemic Considerations for Digital De-escalation, 2024.

12Ibid.

13Günther Anders, L’obsolescence de l’homme, Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, 1956 (éditions de l’Encyclopédie des nuisances, 2002).

14À ce sujet, lire Pièces et main d’œuvre, Pour l’enquête critique (2005), https://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Pour_l_enquete_critique.pdf

16« Life.augmented / death.augmented : À quoi servent les puces fabriquées par STMicroelectronics et Soitec? » : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/11/28/life-augmented-death-augmented/

18Donnée importante : TSMC ne fait que produire des semi-conducteurs, elle n’en conçoit (design) aucun. Elle est au service d’entreprises fabless (sans usine) qui conçoivent des semi-conducteurs, sans avoir les capacités de les produire, ou de concepteurs qui possèdent de « petites » fonderies et qui, comme ST, sous-traitent une partie de leur fabrication à TSMC. Voir le graphique page suivante.

21À ce propos, voir notre enquête « Life.augmented / death.augmented : À quoi servent les puces fabriquées par STMicroelectronics et Soitec? » : https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/11/28/life-augmented-death-augmented/

22La Chine compte investir des centaines de milliards de dollars dans l’expansion de son marché numérique. https://www.usine-digitale.fr/article/la-chine-investit-44-12-milliards-d-euros-dans-l-industrie-des-semi-conducteurs.N2213459

23Pour le coup, la domination mondiale de la Russie sur l’approvisionnement en pétrole et gaz, véritable « nerf de la guerre » (au sens propre !), sans lequel le numérique n’existe pas, est en réalité autrement plus inquiétante.

24Chris Miller évoque ainsi le boycott étasunien de l’entreprise chinoise Huawei, et explique comment la Chine a été impuissante pour imposer en retour des mesures de restrictions à l’encontre des États-Unis car ses menaces d’embargo auraient été intenables pour sa propre économie. (Chris Miller, La Guerre des semi-conducteurs, l’enjeu stratégique mondial, L’Artilleur, 2024.)

25On utilise ici le terme « économiciste » pour indiquer que l’accumulation financière est la finalité, au contraire de « économique » qui réfère étymologiquement à la façon « d’organiser (nomos) la maison commune (oikos) ». En cela, notre mobilisation a une visée « économique » au sens de redessiner les contours de notre organisation sociale, et nous luttons ainsi contre les logiques économicistes actuelles.

26Dans leur « rapport sur l’utilité des guerres », les chercheurs de l’Iron Mountain signalent en effet l’impériosité sociale pour le maintien d’une nation capitaliste de créer une menace permanente. (J. K. Galbraith, La Paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres, Calmann-Lévy, 1984).

27La France étant en 2024, on le rappelle, le deuxième exportateur mondial d’armement après les États-Unis.

28Notamment en termes de dissuasion nucléaire, ainsi que le rappelait encore la Commission de la défense nationale et des forces armées en 2016 : « S’agissant d’abord de la sécurité d’approvisionnement, elle concerne avant tout les matériaux de la dissuasion [comprenez ‘dissuasion nucléaire’]. […] La sécurité d’approvisionnement concerne également les composants, notamment électroniques, à l’heure où l’électronique embarquée est encore plus nécessaire pour améliorer la précision, et la pénétration des défenses. Il est légitime de craindre la disparition de la filière d’approvisionnement nationale en cas d’abandon par une entreprise comme STMicroelectronics ou Soitec de leur activité défense par exemple. C’est précisément ce type de menace qui nous amène au second enjeu : la vigilance à exercer sur les entreprises de la dissuasion, et en particulier la chaîne de sous-traitance. » Commission de la défense nationale et des forces armées (14 décembre 2016, Compte rendu n° 20). https://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cdef/16-17/c1617020.asp. On fait difficilement plus clair.

29Fabrice Lamarck, Des treillis dans les labos. La recherche scientifique au service de l’armée, Le monde à l’envers, 2024.

32Ces chiffres sont amenés à évoluer du fait des nombreuses extensions en cours. Ils permettent néanmoins de donner une idée de la présence internationale des sites de production de STMicroelectronics. https://www.st.com/content/st_com/en/about/manufacturing-at-st/our-facilities.html

34Chine 7,9 %, Malaisie 9,1 %, Singapour 9,5 %, Philippines 5,5 % et Inde 1,9 % (ibid.).

35Le dumping social est la mise en concurrence par les employeurs, dans le cadre de la mondialisation, de travailleur·euses des pays occidentaux avec la main-d’œuvre moins chère des pays du Sud global.

40« Elle dispose aujourd’hui d’une capacité annuelle d’environ 1 million de plaquettes, plus importante que celle de l’usine Bernin 2 sur le principal site français de l’entreprise, près de Grenoble (700 000 plaquettes) » / décembre 2022 (https://www.usinenouvelle.com/article/soitec-donne-le-coup-d-envoi-de-l-extension-de-son-usine-a-singapour.N2075871 )

50Pour plus d’informations, lire Groupe Grothendieck, « De Grenoble à TelAviv », https://lundi.am/De-Grenoble-a-Tel-Aviv

59https://www.soitec.com/media/files/soitec_5g_march_2020.pdf page 24, avec de nombreux autres noms de partenaires.

66Source interne.

69C’est notamment le cas du dernier projet d’agrandissement du site de Crolles subventionné à hauteur de 2,9 milliards d’euros par l’État français (c’est-à-dire environ 160 € par foyer fiscal à l’échelle nationale). https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/semi-conducteurs-pres-de-3-milliards-deuros-daide-detat-pour-lusine-de-crolles-1949097

72Rappelons à ce titre que STMicroelectronics a fait 1,77 milliards d’euros de profit sur l’année 2021 et que son PDG Jean-Marc Chéry avait la même année une rente annuelle (salaire fixe, bonus et titres compris) à 6.309.606 euros, le plaçant au 28e rang des PDG du CAC 40. Source : https://combatlemedia.com/2023/12/07/stmicroelectronics-lentreprise-qui-nous-vole-de-leau-mais-pas-que/ et https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/CAC40-qui-sont-les-patrons-les-mieux-payes–40149596/

73Pour l’origine de chaque métal, les informations proviennent de https://lelementarium.fr/ (production minière pour l’année 2023) ou de https://fr.statista.com/ (principaux pays producteurs en 2023).

78Principalement issus de mines africaines, asiatiques ou sud-américaines.

81Celia Izoard, La ruée minière au XXIe siècle : enquête sur les métaux à l’ère de la transition, Seuil, 2024.

82À ce sujet, voir également les travaux de l’association SysText (https://www.systext.org/publications).

84David Maenda Kithoko, réfugié politique congolais, en fait l’effroyable témoignage: « la guerre au Congo est directement liée à l’économie électronique. […] On viole une fillette, qui peut avoir 3 mois, comme une vieille dame. Il n’y a pas de distinction. […] Comme à l’époque coloniale, le but est de marquer le corps des Congolais, pour qu’ils aient peur, qu’ils quittent leur territoire, pour laisser le champ libre aux bandes armées, pour exploiter tranquillement les ressources. […] Il y a encore la guerre à l’Est du Congo et la demande de minerais ne cesse d’augmenter. » (D. M. Kithoko, « Pour une écologie décoloniale du numérique », Journée de l’écoconception numérique, 2024)

85Pour cette partie, nous nous basons en bonne partie sur le travail d’enquête effectué en 2021 par le groupe Pièces et main d’œuvre dans lequel ils tentent de remonter une partie du chemin parcouru par le silicium, de la mine à son usage dans la production d’une puce électronique moderne. Pièces et main d’œuvre, Le cycle du silicium, Des carrières aux dépotoirs en passant par nos smartphones, 2021. https://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/le_cycle_du_silicium.pdf

86Ibid.

92Source interne.

97Dans le cas de ST, on peut par exemple citer les machines du Japonais Tokyo Electron Limited (TEL) ou encore celles de JST Manufacturing. (sources internes)

98Citons par exemple : résines photosensibles, gaz de gravure, plaquettes de silicium, etc.

109Europe Écologie Les Verts 38, déjà cité.

111CGT Soitec: « La sobriété numérique : du local au global », août 2024.

112Encyclopédie des nuisances, Adresse à tous ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer, 1990. (Le monde à l’envers, 2011)

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Ce que signifie « relocaliser »

Des banderoles contre l’agrandissement de Soitec

Lundi 21 octobre, nous étions présent-es lors de la « visite de terrain » organisée par la Communauté de communes dans le cadre de la concertation sur l’agrandissement de la zone d’activités économiques de Bernin.
Nous en avons profité pour déployer une banderole, que nous avons laissé accrochée sur place par la suite.

 

La banderole ayant malencontreusement disparu quelques jours plus tard -le jour justement où le ministre délégué à l’Europe, Benjamin Haddad, venait rendre visite à Soitec– nous en avons apposé une nouvelle, appelant à l’après-midi d’information sur le projet que nous organisons le 10 novembre.

 

Nous imaginons bien qu’il est possible que ces banderoles indisposent un industriel dont les locaux sont situés à proximité. Peut-être est-ce grâce à lui que deux véhicules de la gendarmerie sont venus très prestement nous assister lors du placement de cette seconde banderole ?

En attendant la troisième banderole…

No puçaran!

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Des banderoles contre l’agrandissement de Soitec

26/11 : soirée avec Stop Mines 03

Face au projet d’ouverture d’une mine de lithium dans l’Allier, le collectif Stop mines 03 lutte contre l’implantation d’activités minières dans le département et les départements limitrophes. Il cherche à informer la population sur les risques générés par la recherche et l’exploitation minière. L’un de ses slogans est « Lithium : ni ici ni ailleurs ».

Il nous a semblé logique de les inviter à présenter leur lutte. En effet, la relance d’exploitation de lithium en France relève de la même logique (de prétendue « relocalisation ») que les agrandissements de STMicroelectronics à Crolles et Soitec à Bernin. En outre, le lithium est indispensable au développement des batteries et des voitures électriques. Il s’agit donc, dans un cas comme dans l’autre, de détruire l’environnement au nom de la « transition énergétique » – en réalité une fuite en avant technologique et économique.

Cette soirée fait partie d’une tournée de Stop Mines 03 dans la région pour expliquer les enjeux de la critique de l’extractivisme et de la « relocalisation » minière en France mais aussi pourra permettre de ce relier avec différents collectifs qui luttent sur les mêmes thématiques : pollution, exploitation, fuite en avant technologique, etc.

Venez les rencontrer et discuter
MARDI 26 NOVEMBRE
à ANTIGONE (22 rue des violettes à Grenoble)
ouverture des portes à 19h avec un repas, conférence 20h
prix libre

Soirée organisé par STop Micro et la Coordination Régionale Anti-Armement et Militarisme (CRAAM)

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur 26/11 : soirée avec Stop Mines 03

Les étudiant-es de l’INPG contre l’industrie de l’armement

STopMicro soutient la dynamique impulsée par l’Organisation des Étudiant·es Ingénieur·es de l’INP (Oeil) qui réclame la fin des partenariats entre leur école et l’industrie de l’armement.
Pour cela, l’Oeil a lancé le 15 septembre une pétition, signée au moment où nous écrivons par plus de 200 élèves.
Nous en relayons ici le texte.

Complices de génocide, Hors de nos écoles

Grenoble INP et l’industrie de l’armement

Depuis bientôt un an, les habitant.e.s de Gaza vivent de nouveau sous le feu permanent de l’armée israélienne. D’après une publication parue dans The Lancet [1], près de 186 000 Palestinien.ne.s ont été tué.e.s par Israël, sans parler des blessé.e.s, des traumatisé.e.s par la perte de leurs proches, des déplacé.e.s de force, victimes du gouvernement Israëlien. Rien ne justifie ce massacre : ce n’est pas une guerre Israël-Hamas, c’est un génocide. Un mandat d’arrêt a été réclamé par le procureur de la CPI (Cour Pénale Internationale) contre Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien, et Yoav Gallant, ministre israélien de la défense, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Nous, étudiant.e.s, Alumnis et membres du personnel de Grenoble INP – UGA, souhaitons être à la hauteur de la gravité de la situation. Les partenaires industriels de Grenoble INP façonnent nos formations, orientent notre recherche et nous sont présentés dès la première année de notre cursus ingénieur comme nos futurs employeurs. Les activités de certaines de ces entreprises dans le domaine de l’armement sont souvent passées sous le radar lors des présentations et des forums au profit d’autres secteurs comme l’aérospatial ou le médical. Aucune ONG, association ou collectif ne nous présente les violations des droits humains ou du droit international auxquelles participent les entreprises. Nous ne pouvons plus tolérer ce manque de transparence. Conserver des liens si étroits avec ces entreprises, sous prétexte que les projets que nous avons en commun n’ont à priori pas de lien avec l’armement, n’est pas une solution satisfaisante. A chaque nouvelle atrocité, il semblerait que nous redécouvrions l’implication de ces entreprises dans des conflits meurtriers. Or, nous estimons que collaborer avec ces entreprises revient à soutenir leurs actions à l’international.

Voici quelques-unes des nombreuses entreprises impliquées dans le génocide du peuple palestinien avec lesquels l’INP ou des composantes de l’INP nouent un partenariat :

  • ST Microelectronics[2][3]
  • Thales[4]
  • Le CEA[5]
  • MBDA[5]
  • Airbus[5]

Nous pouvons également citer Lynred, (partenaire privilégiée de Phelma à l’occasion de la création récente de la chaire industrielle “Deep Red”) qui a fourni des capteurs pour l’armée russe de Vladimir Poutine [6] ou encore de Thalès par sa coopération avec l’Arabie Saoudite. Les liens entre nos écoles et ces entreprises sont multiples malgré un manque de transparence apparent.

Le cas du génocide du peuple palestinien n’est pas la première occasion de soulever la question des partenariats. En 2022, lors de l’agression russe contre le peuple ukrainien, la question des partenariats avec le complexe militaro-industriel a déjà été portée aux oreilles de notre administration. A l’époque, les prises de contacts à ce sujet sont restées sans réponse, malgré une majorité relative d’étudiant.e.s en faveur de l’arrêt de ces partenariats.[7]

De plus, Grenoble INP, ainsi que toutes ses écoles, a signé l’Accord de Grenoble [8] en 2021 et s’est engagé à “privilégier des structures variées et respectueuses des enjeux socio-écologiques dans ses partenariats”. Plus de trois ans plus tard, nous constatons que ce n’est toujours pas le cas.

Nous exigeons que Grenoble INP – UGA prennent au sérieux la question des partenariats et cessent immédiatement tout partenariat avec les entreprises impliquées dans des actes de génocides, notamment celui du peuple palestinien. En France [9] et partout en Europe, des universités ont déjà pris de telles mesures, qui les honorent : en Norvège (3 universités) [10], au Danemark (1) [11], en Italie (3)[12], en Espagne (78)[13],  en Irlande (1)[14], en Belgique (4)[15], en Finlande (1)[16], aux Pays-Bas (1)[17]

Nous exigeons une complète transparence de l’établissement sur ces sujets, ainsi qu’un communiqué officiel établissant de manière claire la position de l’établissement vis-à-vis de ces partenaires.

Nous exigeons une communication claire de la part des entreprises sur leur implication dans les secteurs de l’armement, par exemple que les entreprises qui se présentent sur nos forums exposent la part de leur chiffre d’affaires reposant sur l’armement. Grenoble INP pourrait bénéficier de partenariats avec des nombreuses entreprises, collectivités, associations, diverses par leur taille (TPE, PME…), leurs statuts juridiques (entreprises, SCOP, COOP, associations, ONG…) et leur mode de fonctionnement, qui ne tirent pas profit des conflits armés mais répondent par exemple à l’urgence socio-écologique actuelle.

Dans un monde où les tensions et conflits se multiplient, s’armer tout en armant des Etats impérialistes nous mène à une multiplication des atrocités.

Tout silence face à un génocide est complice. Nous sommes dans l’attente d’une réponse de votre part.

[1] Rasha Khatib, Martin McKee, Salim Yusuf. Juillet 2024. Counting the dead in Gaza: difficult but essential. The Lancet. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(24)01169-3/fulltext

[2] 17 juin 2024. ST alimente en puces les guerres en cours. StopMicro. https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/06/17/st-alimente-en-puces-les-guerres-en-cours/

[3] 16 juin 2024. Guerre en Ukraine : des centaines de composants électroniques occidentaux retrouvés dans les armes russes. Le Monde. https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/06/16/guerre-en-ukraine-des-centaines-de-composants-electroniques-occidentaux-retrouves-dans-les-armes-russes_6177928_3234.html

[4] Ariane Lavrilleux, Mathias Destal. 25 juillet 2024. En pleine guerre à Gaza, la France équipe des drones armés israéliens, DISCLOSE.NGO.  https://disclose.ngo/fr/article/en-pleine-guerre-a-gaza-la-france-equipe-des-drones-armes-israeliens

[5] Mars 2024. Guide des entreprises françaises d’armement complices d’Israël, Stop Arming Israël. https://padlet.com/stoparmingisraelfrance/stop-arming-israel-france-smlj5i3burhikad3/wish/2921793288

[6] Elie Guckert, Ariane Lavrilleux, Geoffrey Livolsi & Mathias Destal. Ukraine : la France a livré des armes à la Russie jusqu’en 2020. DISCLOSE.NGO. https://disclose.ngo/fr/article/ukraine-france-a-livre-armes-russie

[7] Selon vous, comment devrait se positionner l’INP vis-à-vis des partenariats avec le secteur de l’armement ? 2022 StrawPoll. https://strawpoll.com/polls/ajnENvN8MgW/results

[8] 2021. Accord de Grenoble. CTES. https://la-ctes.org/wp-content/uploads/2022/01/CTES_Accord_de_Grenoble.pdf

[9] Université de Rennes, l’ENS Lyon, Université de Bourgogne, Université de Lille, Université Lyon 2, Université de Nanterre

[10] Université d’Oslo Met, Université de Bergen et l’Université du Sud-Est

[11] Université de Copenhague

[12] Université de Turin, Université de Milan, l’école normale supérieure de Pise

[13] Université de Grenade, Université Autonome de Barcelone et les 76 universités gérées par la Conférence des recteurs d’université en Espagne (CRUE)

[14] Trinity College de Dublin

[15] Université d’Anvers, Université de Gand, Vrije Universiteit Brussel (VUB), Université Catholique de Louvain

[16] Université d’Helsinki

[17] Dutch Royal Academy of Art (KABK)

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Les étudiant-es de l’INPG contre l’industrie de l’armement

Questions-réponses

Pour s’opposer de façon conséquente à des projets industriels, il faut connaître son ennemi. Depuis le début, le collectif produit une abondante documentation sur les projets d’extension de STMicroelectronics et de Soitec.
Afin d’aider celles et ceux qui veulent avoir une information claire sur le sujet, nous avons synthétisé les informations les plus importantes dans la rubrique « questions/réponses ».

– Qu’est-ce que STMicroelectronics ?
– Quels sont les risques associés à l’augmentation de la consommation d’eau des usines ?
– D’où viennent les matériaux utilisés pour la fabrication des puces ?
– L’usine de ST est-elle vouée à remplacer une usine en Asie du Sud-Est ? Ne vaut-il pas mieux produire ici nos puces plutôt que les sous-traiter à l’autre bout du monde ?
– Pourquoi Soitec a-t-elle annoncé la suspension de son projet d’extension au printemps 2023 ? Ce projet est-il encore d’actualité ?

Toutes les réponses à ces questions (et à bien d’autres) se trouvent dans cette rubrique, que nous venons de mettre à jour avec tout ce que nous avons produit ces derniers mois et les dernières actualités, en l’occurrence, le lancement de la 2ème enquête publique de l’extension de ST (ici). Sachez d’ailleurs que si vous êtes perdu-e dans la complexité administrative du dossier, nous tâchons d’expliquer clairement et simplement cela aussi sur cette même page.

Bonne lecture!

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , , | Commentaires fermés sur Questions-réponses

Retour sur la Traversée des luttes de l’eau

Retour sur la Traversée des luttes de l’eau

Le 3 septembre dernier, le collectif STopMicro faisait sa rentrée en accueillant le convoi des luttes pour l’eau, à l’Université Autogérée. Le convoi, initié par les Soulèvements de la Terre et le collectif Bassines Non Merci (BNM), était parti du Poitou la veille et avait fait étape dans la plaine de la Limagne, où un chantier de méga-bassine est prévu. Le but de cette traversée était d’aller du Poitou (la « Venise verte ») à Venise en Italie, en reliant différentes luttes pour l’eau locales situées sur le chemin.

Le passage du convoi à Grenoble s’est déroulé sur le temps de midi, autour d’un repas cuisiné avec des légumes récoltés la veille au Champ Co (un terrain cultivé par un collectif autogéré, qui sert notamment les cantines de luttes locales), et avec l’aide précieuse de la communauté de l’Arche. Le convoi est arrivé vers 13h, mené par la voiture ouvreuse tirant la barque de la traversée : barque qui par la suite fut mise à l’eau dans la lagune de Venise.

Une centaine de personnes étaient présentes au repas, qui fut suivi d’une prise de parole commune de STopMicro et de BNM. A l’issue de celle-ci fut transmis un gilet de sauvetage au collectif. Ce gilet de sauvetage jaune, avec un point levé tagué dessus, est porteur d’une triple signification : à travers le symbole de la noyade, il rappelle l’urgence climatique et la montée des eaux qui menace les côtes, et particulièrement la ville de Venise ; par sa couleur jaune, il fait écho au mouvement des gilets jaunes, soulèvement populaire qui a fait trembler le pouvoir ; enfin, le point levé est le symbole intemporel des luttes, entre lesquelles il est nécessaire de tisser des liens.

Après le repas, tout le monde s’est déplacé jusqu’à la place du Torrent (un lieu emblématique du campus universitaire) pour assister à une pièce de théâtre qui mettait en scène le Maître du Progrès et son disciple. La pièce dénonçait la fuite en avant technologique et le mythe du progrès auxquels participent activement les industries de la micro-électronique, ainsi que le monde de la recherche scientifique particulièrement implanté à Grenoble.
Elle visait notamment le bâtiment IMAG (Informatique et Mathématiques Appliquées), qui consacre les liens entre la recherche publique et les industries privées : le bâtiment est présenté comme « un accélérateur d’innovations capable de faciliter le transfert des recherches en laboratoire vers l’industrie ».
Enfin, la pièce tournait en ridicule l’aménagement de la place du Torrent, qui est aujourd’hui traversée par un « torrent » de béton. Ce torrent est sensé représenter l’ancien torrent du Saunan, qui a disparu suite à l’artificialisation du campus de St Martin d’Hères. Pour la modique somme de 1,3 millions d’euros, cette « œuvre » a en plus le cynisme d’être présentée comme écologique, car des interstices ont été laissées entre les dalles de béton pour laisser la possibilité à des herbes folles de pousser. Un cynisme que l’on retrouve très bien dans le greenwashing des entreprises ST et Soitec, lorsqu’elles présentent leurs produits comme participant à la transition écologique, en invisibilisant les impacts matériels bien réels des objets connectés et du numérique (mines, rejets, déchets, consommation d’énergie et de ressources, etc.)
Encore aujourd’hui, l’artificialisation des terres fertiles du Grésivaudan se poursuit au profit de l’industrie et au détriment de l’agriculture locale, avec de nouvelles extension d’usines.

Des membres de STopMicro se sont ensuite joints au convoi, pour représenter le collectif en Italie.

La première étape était au bord du lac de Serre-Ponçon, où le convoi était accueilli par le collectif NOJO, qui s’oppose à la tenue des Jeux Olympiques de 2030 dans les Alpes. Le lendemain avait lieu le passage de la frontière, à Montgenèvre, où des collectifs de soutien aux exilé-es ont pris la parole. Le lieu cristallisait différentes luttes : contre les frontières, mais aussi contre les bassines pour alimenter les pistes de ski, et contre le tunnel du Lyon Turin. Un groupe d’italien-nes était venu en soutien aux français-es pour permettre le passage de la frontière italienne.

Le convoi est ensuite resté deux jours au Presidio de Venaus, dans le Val di Susa, lieu central de la lutte contre le Lyon-Turin (NoTav). Les « presidio » sont des maisons ou des villages occupés par des militant-es NoTav sur le tracé du Lyon-Turin. Ils sont des lieux d’observation et d’organisation contre l’avancement des travaux. À Venaus avait également lieu un camp du mouvement « Ecologia Politica » où nous avons pu rencontrer et échanger avec nombre de camarades italien-nes de la multinationale franco-italienne honnie.

————————————————–La lutte contre le Lyon-Turin———————————————

Le projet de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin est un de ces grands projets inutiles porté par des intérêts privés. Outre la destruction et la bétonisation liées à la construction de la ligne, ainsi que le coût économique du projet (côté français c’est 30 milliards de subventions publiques), la question de l’eau est très importante dans cette lutte.

En effet le percement des tunnels entraîne l’assèchement des montagnes et des vallées. En Maurienne, les sources de villages se tarissent à mesure que le chantier avance. Dernièrement, l’entreprise TELT qui s’occupe des travaux et qui jure ne pas impacter l’eau de la vallée, a lancé un appel d’offre pour s’occuper de mettre en place des structures d’approvisionnement en eau en prévision des percements. Dans leur programme, on trouve notamment la construction de parkings permettant d’accueillir des camions citernes.

—————————————————————————————————————————————

La dernière étape de la traversée fut la ville de Vicenza, où des travaux liés à la poursuite du Lyon-Turin (via des lignes à grande vitesse jusqu’à Venise), sont en train de détruire des quartiers populaires. Deux bois au milieu de la ville sont occupés pour bloquer les travaux. La venue du convoi français coïncidait avec le Camp climat de Vicenza, où eu lieu une conférence sur pendant laquelle STopMicro présenta la lutte aux italien-nes.

Cette semaine nous aura permis de renforcer nos liens avec divers collectifs, d’apporter notre soutien à des luttes qui s’inscrivent dans une même opposition à des projets techno-capitalistes insensés et mortifères (JO, TAV, méga-bassines). Ce temps nous aura également permis de distribuer des centaines de tracts en italien pour diffuser notre critique du monde connecté et notre opposition aux extensions de STMicroelectronics, qu’elles soient en Italie (Catane, Agrate Brianza) ou en France.

Et parce que toutes ces luttes sont liées et nous lient, nous savons qu’ensemble nous sommes plus fort-es.

Sarà dura !

Crédits photos : les Soulèvements de la Terre https://lessoulevementsdelaterre.org/en-eu/blog/traversee-des-luttes-pour-leau-le-recit-jour-par-jour.

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Retour sur la Traversée des luttes de l’eau

Retour sur le SIDO 2024

Du vernis écolo pour masquer le désastre écologique et social de l’industrie numérique

 

 

 

 

Mercredi 18 septembre, nous avons participé à un rassemblement pour protester contre le SIDO de Lyon (salon de l’internet des objets). Rassemblement organisé par la Coordination Régionale Anti-Armement et Militarisme (CRAAM), Écran Total, Stop5G Lyon et StopMicro.

Vous trouverez ci-dessous le tract distribué à cette occasion.

SIDO 2024 : les 10 ans du salon du totalitarisme numérique

le tract en pdf

Beau programme pour les 10 ans du Salon de l’Internet Des Objets (SIDO) : privatisation des réseaux 5G, industrialisation de la santé et numérisation forcée, des véhicules électriques nucléaires partout, surveillance généralisée par la cybersécurité, organisation du travail & « Intelligence Artificielle » avec des « salariés-es augmenté-es »…Au SIDO, le tout numérique est présenté comme LA solution incontournable pour augmenter la productivité au travail avec l’IA comme « collaborateur infatigable » et des solutions pour « tracer » les « collaborateurs » en permanence.

« Impact by SIDO » une mascarade cynique et manipulatrice

Pour sa 10ème édition, le SIDO sort le grand jeu de « l’industrie verte » et du numérique « responsable », « frugal » et « sobre» en matière d’impact environnemental.

La Métropole de Lyon, dirigée par les écologistes et l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) cautionnent par leur présence et leurs conférences cet espace soit-disant dédié à la « convergence entre les transitions technologiques et écologiques. » pour « des business plus vertueux ».

Comment la Métropole et l’ADEME, peuvent-elles cautionner le pseudo discours de sobriété du SIDO quand on sait combien la croissance du numérique est exponentielle et énergivore ?

D’ici 2030, 125 milliards (estimation maximale) d’objets connectés (smartphone, montres, compteurs communicants, voitures…) seront en circulation. Cette politique imposée du tout numérique partout et en continu a déjà conduit au doublement de la consommation électrique du numérique entre 2013 et 2017 (1). Et, selon l’ADEME elle pourrait atteindre jusqu’à 51% de l’électricité mondiale (2).

Comment la Métropole et l’ADEME ignorent-elles que les entreprises du SIDO se développent sur le dos des populations victimes de l’extraction des minerais rares indispensables à cette industrie. Les conséquences en Afrique et ailleurs sont déjà catastrophiques : dégradation des sols, de l’eau et du vivant, confiscation des terres, travail des enfants dans les mines et les usines, guerres et massacres. En Europe, les dégâts seront considérables avec les projets d’ouverture de mines au nom de de la « réindustrialisation » et du « patriotisme économique ».Et, pourtant l’ADEME l’a écrit : « plus on dématérialise, plus on utilise de matières ».

Comment la Métropole et l’ADEME peuvent-elles croire au blabla de la sobriété du SIDO alors que toute cette industrie ravage la planète et le climat et que leurs projets techno-solutionnistes pour résoudre la crise climatique sont des leurres qui conduiront prochainement à de plus grandes catastrophes ?

STMicroelectronics  : « sponsor premium » du SIDO et voleur d’eau

Comment la Métropole et le SIDO peuvent-ils ignorer le rôle nocif de STM à Crolles, près de Grenoble ?

Pour doubler la production de son usine de puces, STM veut accaparer toujours plus les ressources en eau potable du Grésivaudan dans un contexte de pénurie au détriment des besoins de la population et des paysans locaux.

Comment la Métropole et le SIDO peuvent-ils ignorer que STM a systématiquement violé toutes les lois et réglementations environnementales préalables à ce projet : saisine de la Commission Nationale du Débat Public, réponses à l’Autorité environnementale et enquête publique. Résultat : grâce à l’action du collectif STopMicro et des associations, le hors-la-loi de la « Silicon Valley à la française » doit tout reprendre à zéro. Et, son partenaire industriel, Global Foundries lassé, s’est retiré du projet. Quand les luttes paient le cours de la bourse est en berne !

Comment la Métropole et le SIDO peuvent-ils ignorer que STM pollue massivement l’eau de l’Isère avec des rejets chimiques hautement toxiques : azote, phosphore, cuivre, acides variés et PFAS (polluants éternels) ?

Comment la Métropole et les écologistes peuvent-ils donc faire l’impasse sur cette pollution aux PFAS à Grenoble alors qu’ils se sont juridiquement engagés à demander des comptes à Arkema responsable de la contamination des sols, de l’air et de l’eau à Pierre-Bénite en banlieue lyonnaise ?

Comment la Métropole et le SIDO peuvent-ils donc ignorer les liens entre polluants éternels (PFAS) et développement de l’industrie électronique ? Le site d’Arkema de Pierre Bénite fabrique des PFAS vitaux pour l’industrie du numérique et du tout-électrique : écrans, smartphones, puces électroniques, connectique, câbles, gigafactories. Ils participent tous au désastre écologique en cours.

Le SIDO : un salon camouflé du militaire sponsorisé par STMicroelectronics, spécialiste des violations d’embargo !

Comment la Métropole et le SIDO peuvent-ils ignorer que STM a systématiquement contourné – de 2014 à nos jours – l’embargo militaire contre la Russie pour continuer à y vendre clandestinement ses puces ? Ses matériels équipent toujours les missiles et drones russes qui tuent au quotidien la population ukrainienne. STM collabore aussi activement avec la machine de répression israélienne envers les Palestiniens.

Plus de 50 % des entreprises exposant au SIDO ont des liens avec la défense ( quelques exemples : Algosecure, Commissariat à l’Énergie Atomique, Coboteam, Grenoble INP Entreprises, Innodura, Minalogic…). Et, la Région AURA y sponsorise la présence du cluster EDEN – lobby régional de l’industrie de l’armement – sur le Lyon Cyber Expo du SIDO.

Cette connivence entre l’industrie du numérique et l’industrie de l’armement démontre bien que le SIDO est un salon de l’armement déguisé, mouillé jusqu’au cou dans les guerres actuelles !

La transition numérique et technologique n’est pas une transition écologique !

Elle ne peut se réduire à une checklist des « bonnes pratiques »

C’est un choix politique insoutenable d’un point de vue écologique et social.

Plus que jamais intrusif la numérisation de nos vies rend difficile l’accès aux services publics et notamment aux soins ; précarise de plus en plus nos vies, accapare notre temps de cerveau disponible et augmente la cadence de travail ; capte nos données au nom du profit, contrôle et trace nos faits et gestes, porte atteinte à nos libertés et déshumanise la société dans son ensemble.

L’organisation des JO basés sur un système de pass par QR code et sur la Vidéo Surveillance Algorithmique (VSA) montre que le numérique est avant tout un moyen de surveillance, de contrôle et de gestion de la population.

Stop au pognon de dingue versé à l’industrie du numérique et du techno-sécuritaire

Stop à la société du tout numérique qui alimente la guerre, le contrôle social et détruit la planète !

Sortons du techno-solutionnisme en éteignant les 10 bougies du SIDO !

Un moment convivial est organisé pour discuter et s’organiser autour de ces enjeux,

Mercredi 18 septembre 2024 à partir de 19 h, à la Luttine (91 rue Montesquieu, Lyon 7)

1 Communiqué de presse du 22/10/2020 stratégie.gouv.fr « Maîtriser la consommation du numérique : le progrès technologique n’y suffira pas »

2 Rapport ADEME 2019, L’IMPACT SPATIAL ET ENERGETIQUE DES DATA CENTERS SUR LES TERRITOIRES. Cécile Diguet et Fanny Lopez

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Retour sur le SIDO 2024

06/10 : Rassemblement contre les rejets industriels

DES POISSONS PAS DU POISON !

Rendez-vous dimanche 6 octobre à 14h45 devant la fontaine au lion de St-Laurent (Grenoble) pour un rassemblement pour dénoncer et alerter sur les rejets de polluants des industries de la microélectronique : PFAS, cuivre, phosphore, azote, etc. et la complicité des pouvoirs publics qui mettent en danger notre santé en les laissant faire et en leur accordant des dérogations.

Pour plus d’informations sur les rejets de STMicroelectronics et ses conséquences sanitaires : notre tract.

De nos corps aux milieux aquatiques, l’industrie de la tech ravage tout.

No pfasaran !

Publié dans General | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur 06/10 : Rassemblement contre les rejets industriels

C’est la rentrée!

Pas mal d’actualité et plusieurs dates pour le collectif. A vos agendas!

– VENDREDI 4 OCTOBRE, au Bocal (8 boulevard de l’Esplanade à Grenoble), dès 19h le collectif STopMicro organise le vernissage de la bande dessinée de Maud et Elsa Lecarpentier « Toujours puce. Les macrodégâts de la microélectronique« , l’histoire d’une usine du Grésivaudan qui consomme trop d’eau, aux éditons Le monde à l’envers. Dédicaces, vente de BD et de brochures, exposition et apéro.

– DIMANCHE 6 OCTOBRE, rendez-vous devant la fontaine du lion de Saint-Laurent de Grenoble à 14h45 pour un rassemblement contre les pollutions éternelles de ST. En effet, ST est l’une des plus gros émetteurs rhône-alpins de PFAS, les « polluants éternels », comme nous l’expliquions ici. Cette action a pour but de visibiliser ce scandale sanitaire.

– MERCREDI 9 OCTOBRE, nous participerons dès 19h à une autre soirée de sortie de la bande dessinée « Toujours puce. Les macrodégâts de la microélectronique » en compagnie des autrices, mais cette fois à la
librairie La main gauche à Saint-Bernard-du-Touvet.

– DIMANCHE 10 NOVEMBRE, rendez-vous à 14h Bernin (devant Le Cube) pour un après-midi d’information sur le projet de Soitec (que nous avons détaillé ici)

No puçaran!.

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur C’est la rentrée!

10/11 : Après-midi convivial d’information sur le projet de Soitec

Que fabrique l’entreprise Soitec ? Que sait-on de ses projets d’agrandissement ? Comment s’opposer à la bétonnisation du Grésivaudan et à l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique ?

Rendez-vous à 14h dimanche 10 novembre
devant le Cube (170 Le Clôt à Bernin)

—-départ en convoi-vélo à 12h15 devant la mairie de Grenoble.—-

Vous pouvez aussi lire notre tract : Contre l’agrandissement de Soitec
Et notre enquête : Soitec, 30 ans de nuisances sans merci

2.15.0.0
Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur 10/11 : Après-midi convivial d’information sur le projet de Soitec

4/10 : sortie de la bande dessinée « Toujours Puce » au Bocal

STopMicro vous invite à la sortie de la bande dessinée de Maud et Elsa Lecarpentier Toujours puce. Les macrodégâts de la microélectronique, qui sera disponible dans toutes les librairies dans les prochains jours!

Présentation du livre : Exercice de mathématiques : En pleine alerte sécheresse niveau 4, l’usine STMicroelectronics consomme 156 litres d’eau par seconde. Pour produire deux fois plus de puces indispensables à la vie connectée, l’Etat lui donne 2,9 milliards d’euros, soit la possibilité de consommer 347 litres par seconde. A l’aide des informations que contiennent ces pages, estimez le temps qu’il faudra aux élus locaux pour s’apercevoir que les intérêts de STMicroelectronics s’opposent à ceux des citoyens.
Une bande dessinée docu-fiction sur l’impact environnemental d’une usine de semi-conducteurs et les clivages politiques qu’elle suscite.

Le collectif STopMicro organise une soirée à l’occasion de la sortie du livre, en présence des autrices.

Rendez-vous
VENDREDI 4 OCTOBRE à 19h
AU BOCAL D’ALTERNATIBA
(8 boulevard de l’Esplanade à Grenoble).
Séance de dédicaces, vente de bd et brochures, exposition et apéro convivial.

(Une seconde soirée de présentation aura lieu à la librairie La main gauche de Saint-Bernard-du-Touvet mercredi 9 octobre à 19h)

 

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 4/10 : sortie de la bande dessinée « Toujours Puce » au Bocal

Les vieilles recettes anti-syndicales de la « Silicon Valley » française

Le média indépendant et sans publicité Basta! vient de publier un article sur la répression syndicale chez STMicroelectronics et Soitec. Entre autres informations accablantes, on y apprend que l’actuelle responsable des relations sociales et juridiques est une ancienne candidate du Front nationale, proche des libertariens.

A lire sur le site de Basta! : Les vieilles recettes anti-syndicales de la « Silicon Valley » française (et à retrouver dans la rubrique Revue de presse de notre site comme bien d’autres articles).

Publié dans General | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur Les vieilles recettes anti-syndicales de la « Silicon Valley » française

Réunion de rentrée du collectif

Mercredi 11 septembre, 18h30
à la Salle des Tickets (14 place Saint Bruno à Grenoble)
Réunion de rentrée du collectif STopMicro

Cette réunion sera en particulier dédiée à l’accueil des nouvelles personnes qui veulent rejoindre le collectif!

STopMicro est un collectif qui lutte contre l’accaparement des ressources et les nuisances causées par les industries locales, en particulier celles de la microélectronique (Soitec et STMicroelectronics).
Le collectif est né d’une volonté de recentrer le débat public sur l’impact environnemental de l’industrie et du numérique. Par nos actions, nous voulons rappeler que derrière le dérèglement climatique et les injustices socio-environnementales, il y a des décisions politiques, des entreprises et des intérêts économiques qui conditionnent nos choix de société. Nous voulons également rappeler que la cuvette de la « capitale verte européenne », ce sont aussi des entreprises hautement énergivores et polluantes (pas moins de 19 usines classées Seveso) ainsi que le premier pôle européen de nano-technologies, un secteur extrêmement énergivore qui pose de nombreux enjeux environnementaux et sociétaux.

https://stopmicro38.noblogs.org
stopmicro@riseup.net

 

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur Réunion de rentrée du collectif

ST nous empoisonne éternellement

☠️ ST nous empoisonne éternellement ☠️

[tract en pdf]

A Pierre-Bénite (banlieue de Lyon), les riverains des usines chimiques ne peuvent plus consommer les légumes de leurs potagers. En cause : les rejets de PFAS, des substances toxiques. qui provoquent cancers, infertilité, dérèglements hormonaux et baisse de l’immunité. Rejetés dans l’environnement par les industriels depuis des décennies sans aucun contrôle ni mesure, les PFAS ne se dégradent jamais, c’est pourquoi on les appelle « polluants éternels ». En Isère, les plus gros pollueurs sont les usines Vencorex (Pont-de-Claix), STMicroelectronics (Crolles) et Framatome (Jarrie). Cette « pollution éternelle » doit cesser immédiatement !

Les PFAS, un scandale sanitaire

Les « per-et-polyfluoalkylées » ou PFAS sont une famille de quatre mille composés chimiques dont les propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes aux fortes chaleurs font qu’ils sont largement utilisés dans de nombreux domaines industriels. Rejetés dans l’environnement par les usines qui les utilisent, on les retrouve de partout : dans les eaux de surface, les eaux souterraines, les eaux potables, les effluents et les boues de stations d’épuration, dans les déchets solides, dans l’air, les terres maraîchères, l’alimentation, les animaux sauvages et d’élevage… jusqu’aux œufs des poules ! 100 % des Français sont contaminés aux PFAS et – suprise ! – les concentrations sont plus élevées aux abords des usines qu’ailleurs1.

Suite au scandale de la découverte de ces substances l’an passé2, l’Agence régionale de santé (ARS) affirme « qu’il n’est pas naturel de trouver des PFAS dans l’eau, leur présence est indésirable3 ». Les concentrations légales pour les eaux de consommation sont de 0,1 microgramme/litre pour la somme des 20 PFAS sélectionnées par l’U.E. Mais, selon le « principe de réciprocité »4, les eaux aux concentrations plus élevées (comme à Saint-Quentin-Falavier, Satolas ou à La Verpillère) ne sont pas interdites à la population !5 Rappelons qu’il n’y a pas de « seuil sanitaire » mais juste des « seuils de gestions », c’est-à-dire arbitraires.

ST pollueur

L’ARS a commandé un rapport sur l’état de la pollution aux PFAS en Rhône-Alpes Auvergne. On vient donc de mesurer des concentrations de polluants anormalement élevées dans les eaux de l’Isère, dans celles du Drac et dans les nappes phréatiques sous Grenoble. Ce qu’on apprend dans le rapport de l’ARS du 1er juillet 20246, c’est que les usines Vencorex (Pont-de-Claix), STMicroelectronics (Crolles) et Framatome (Jarrie) forment le podium des usines qui rejettent le plus de PFAS dans nos cours d’eau, avec des concentrations avoisinant les rejets d’Arkema Lyon et dépassant largement l’usine Tefal de Rumilly7.

Nous ne reviendrons pas ici sur la pollution de la plateforme chimique de Jariie et Pont-de-Claix, car il est bien connu que l’industrie chimique est nuisible à l’environnement. Nous relèverons plutôt qu’encore une fois dans le collimateur, il y a la méga-usine STMicroelectronics et ses procédés très polluants de gravures de microcircuits, qui comportent plus de 300 étapes. ST utilise largement les PFAS. En effet, de l’aveu même du lobby mondial de l’industrie des semi-conducteurs dont ST fait partie8 :

« les PFAS occupent un créneau technique tout à fait unique (et actuellement essentiel), et leur utilisation est omniprésente dans la production de semi-conducteurs (…). À l’heure actuelle, les puces semi-conductrices et les dispositifs associés ne peuvent pas être produits sans que les PFAS soient disponibles à plusieurs points de la chaîne d’approvisionnement et pour de multiples cas d’utilisation dans la chaîne d’approvisionnement. »

Depuis deux ans, notre collectif alerte sur la consommation d’eau démesurée de l’usine STMicroelectronics de Crolles. Nous avions également pointé les autorisations de rejets dans l’Isère très importantes dont bénéficie l’usine en azote, phosphore et cuivre. Des niveaux de rejets qu’elle voudrait encore augmenter avec son extension prévue9. Cette pollution aux PFAS est un nouveau scandale sanitaire qui vient s’ajouter aux précédents.

NOUS REVENDIQUONS :

  • Le fait de vivre dans un environnement dénué de polluants éternels.
  • L’arrêt immédiat des rejets de ces substances.
  • La dépollution aux frais des industriels des sols et cours d’eau contaminés.
  • La mise en procès de ces industriels pour mise en danger de la vie d’autrui.

Loin du mythe de la « dématérialisation », l’industrie de la microélectronique est porteuses de cancers et de pollution !

Collectif STopMicro, août 2024

 

1Enquête de Santé publique France, Esteban, menée de 2014 à 2016., https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/exposition-a-des-substances-chimiques/perturbateurs-endocriniens/documents/rapport-synthese/impregnation-de-la-population-francaise-par-les-composes-perfluores-programme-national-de-biosurveillance-esteban-2014-2016

2Voir la page Wikipedia « PFAS »

3Voir le site de l’ARS « PFAS : surveillance dans l’eau de consommation. »

4« Restreindre l’usage de l’eau distribuée ne garantirait plus aux personnes desservies un accès à une eau dont la qualité est contrôlée. » nous dit l’ARS.

5Voir le site de l’ARS « PFAS : surveillance dans l’eau de consommation. », https://www.auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr/pfas-surveillance-dans-leau-de-consommation#reglementation

6 « Tableau de synthèse – rejets aqueux (juillet 2024) – DREAL Auvergne-Rhône-Alpes » disponible sur https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/ods/20240701_resultats_publication_juillet-vf.ods

7 Nous nous basons sur le tableau Excel des données brutes de l’ARS : « Tableau des rejets aqueux – données brutes (juillet 2024) – DREAL Auvergne-Rhône-Alpes » disponible ici : https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/xlsx/20240701_exportbrut_juillet-vf.xlsx

8 https://www.semi.org/en/ehs_PFAS/PFAS_in_Semiconductor_Mfg

9 Voir notre texte sur https://stopmicro38.noblogs.org/post/2023/12/15/st-ecocidaire-prefecture-complice/

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur ST nous empoisonne éternellement

Contre l’agrandissement de Soitec [MAJ : 28/9/24]

L’entreprise de puces électroniques Soitec veut agrandir son site de Bernin (Isère). Ce projet, qui menace d’expropriation plusieurs agriculteurs et agricultrices de la commune, est mené en partenariat avec la Communauté de communes Le Grésivaudan et Isère Aménagement. Si, en mars 2024, Soitec a annoncé la suspension de son projet, la Comcom poursuit sa volonté de bétonnage. Nous nous opposons à cet agrandissement et vous proposons de nous rejoindre pour le mettre en échec. Rendez-vous le 10 novembre! (version 2 du texte diffusé depuis le 18 août)

ce texte en pdf

Leur projet : bétonner 11 hectares de terres agricoles

Le 16 décembre 2022, la Communauté de communes Le Grésivaudan a approuvé un projet d’extension de la zone d’activités économiques (ZAE) des Fontaines à Bernin. Ce projet de 11,2 hectares est destiné principalement (8 hectares) à l’agrandissement de Soitec. Son coût est de 8 à 10 millions d’euros hors taxes. Pour les unités de production de Soitec, aux dernières nouvelles l’investissement total envisagé est de plus de 600 millions avec la construction de deux usines (Bernin 5 et 6) en deux phases successives d’ici cinq à dix ans. Les terrains impactés sont des terres agricoles utilisées majoritairement à l’heure actuelle pour produire des céréales et appartenant à différents propriétaires privés.

Du 30 septembre au 11 novembre, une concertation a lieu pour « valider démocratiquement » le projet. Mais quel projet au juste ? L’an dernier, il était officiel que la concertation serait portée conjointement par la Communauté de communes et par Soitec. Depuis, Soitec s’est retirée, en annonçant la suspension de ses projets d’extension. Mais la Communauté de communes poursuit, elle, ses projets d’extension de la ZAE (travaux prévus en 2026). Nous réclamons l’abandon du projet d’extension de la ZAE, qui se cache à peine d’être celle de Soitec (elle est destinée à accueillir «des implantations et/ou extensions d’entreprises issues de la filière nanotechnologie, semi-conducteurs »). Cela signifierait-il que la Comcom travaille en douce pour Soitec, qui reviendra dans le projet après que les embûches démocratiques auront été franchies ?

Soitec : des puces pour les gadgets électroniques… et pour la guerre

Que fabrique-t-on à Soitec ? Des semi-conducteurs spécifiques, basés sur la technologie SOI, à destination principalement des smartphones et des voitures électriques. L’activité de l’entreprise repose sur la communication mobile (64 % du chiffre d’affaires), l’automobile & l’industrie (19 %) et les objets intelligents (17 %). Les deux usines en projet ont vocation à produire des plaquettes de FD-SOI pour l’une et des plaquettes de piezoélectrique sur isolant pour smartphones pour l’autre.

Mais avons-nous besoin de produire toujours plus de voitures, de smartphones et de gadgets connectés ? Nous pensons qu’il ne s’agit pas d’un besoin, mais d’une fuite en avant portée par les géants de l’économie. Le « marché des semi-conducteurs » ne répond pas aux besoins de la population, mais à celui de la croissance économique : il double de taille tous les six ans. Mais sommes-nous deux fois plus heureux qu’il y a six ans ?

Comme l’indique la page Wikipedia de l’entreprise, Soitec fabrique également des composants pour la bombe atomique. Rien d’étonnant : la technologie SOI a en effet été développée à partir de 1974 par le CEA-Leti et la Direction des applications militaires du CEA pour répondre aux besoins de défense, en particulier de dissuasion nucléaire.

Par la suite, en 1992, le CEA créé Soitec pour développer les usages industriels de cette technologie. Et aujourd’hui encore, l’entreprise continue de travailler pour les militaires : ainsi, par exemple, en 2016 un rapport parlementaire affirmait que la capacité de dissuasion nucléaire française serait affectée « si STMicroelectronics ou Soitec arrêtaient leur activité défense ». Est-ce pour cette raison qu’en 2015 l’État était intervenu pour sauver l’entreprise au bord de la faillite après ses investissements ratés dans le solaire depuis 2008 ?

Une entreprise qui se croit au-dessus des lois

Aujourd’hui tout va bien pour Soitec. Les soucis de 2015 sont loin : elle a réalisé un chiffre d’affaire de 1,1 milliard d’euros en 2022-2023 et ambitionne d’atteindre les 2,1 milliards d’ici 2026-2027. Rappelons que c’est bien l’objectif de l’entreprise : son but n’est pas de créer de l’emploi ou de répondre à un besoin social, mais avant tout… de gagner de l’argent ! Et pour cela, tous les moyens sont bons : consommer « près de 1,2 millions de mètres cubes d’eau [potable] par an »), exploiter ses salarié-es sans leur laisser de pause pour aller aux toilettes ou bétonner de nombreux hectares de terres pourtant fertiles et riches en biodiversité.

En effet, installée à Bernin depuis 1998, l’entreprise n’a eu de cesse de s’étendre. Le nouveau projet d’agrandissement contrevient d’ailleurs aux dispositions ZAN (zéro artificialisation nette) de la loi « Climat et résilience » de 2021, qui limite l’artificialisation des sols. Aucun problème pour l’entreprise : en 2024, le gouvernement Macron a travaillé sur un arrêté exonérant 464 projets (usines, mines, prisons, TGV…) de respecter la loi ZAN. Ils pourront bétonner sans souci. Or… le projet d’agrandissement de Soitec fait partie de ces projets. Nous ne sommes pas tous égaux devant la loi : quand elle dérange les puissants ils la modifient. Pratique !

Nous nous battons contre les industriels, pas contre les salariés

Nous qui nous opposons à ce projet, nous savons bien que l’entreprise compte 1600 salarié-e-s à Bernin. Sans doute avez-vous de la famille ou des ami-es qui y travaillent, ou bien êtes-vous vous-même salarié-e de Soitec. Mais doit-on accepter n’importe quoi au nom de l’emploi ? Il faut bien gagner sa vie, mais cette société dirigée par la course au profit ne favorise pas les emplois utiles, simplement les jobs rentables. Nous passons tous et toutes une large partie de notre temps à travailler, mais bien souvent nous faisons des choses absurdes. Les patrons nous font fabriquer des objets inutiles et nous les vendent ensuite : nous sommes exploités deux fois, comme producteurs et comme consommateurs. Championnes à ce jeu, les entreprises de la Tech reçoivent en plus des milliards d’euros d’argent public. Non parce qu’elles seraient utiles à l’humanité, mais plutôt en raison de leur importance militaire ou parce qu’elles correspondent au mythe du Progrès sans limite. Nous pensons que cet argent serait mieux investi dans des hôpitaux, des installations agricoles, des services publics humains et de proximité, que dans des usines où toute l’intelligence humaine est mise au service de la gadgeterie électronique. Contre l’intelligence « artificielle », nous en appelons à remettre les pieds sur terre et à arrêter les productions écocides.

En bref : même si vous vous travaillez à Soitec, vous avez le droit de vous opposer à l’agrandissement de l’usine. Les intérêts des patrons ne sont pas souvent ceux des salarié-e-s !

Contre la loi du profit et le tout-technologique : empêcher l’agrandissement

Si Soitec est une entreprise puissante, disposant d’appuis hauts placés, son projet d’agrandissement est loin d’être ficelé, et il est possible de s’y opposer. Ainsi, à l’heure actuelle, le plan local d’urbanisme (PLU) de la commune n’est pas en compatibilité avec le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) : la commune doit donc organiser une enquête publique. En outre, Isère Aménagement a commencé les études préliminaires aux travaux, mais la structure n’est pas encore propriétaire des terres : elle doit donc en faire l’acquisition, viabiliser les lots… Suivra une demande de permis de construire pour les bâtiments. Suite à quoi, les services de l’Etat devront mener une enquête publique pour la mise en service des nouveaux bâtiments. Et alors, alors seulement, l’usine pourra entrer en service.

Que vous soyez riverain-e ou bien salarié-e, propriétaire de terres impactées, ou bien si tout simplement les arguments que nous défendons ici vous touchent : rejoignez-nous ! Si vous travaillez à la mairie, à la CCLG, à Isère Aménagement : nous avons aussi besoin de vous pour mettre en échec l’agrandissement de Soitec. Nous avons besoin d’informations, d’énergie, d’idées et de bonnes volontés. Pour faire circuler l’information ; pour mettre du sable dans l’engrenage bien huilé de la destruction ; pour lancer des recours juridiques ; pour empêcher les bulldozers d’entrer en action. Quel que soit votre mode d’action, que vous souhaitiez vous mette en avant ou rester anonyme, contactez-nous, demandez-nous des tracts, faites-en des copies. Nous vous invitons à un après-midi d’information le 10 novembre à partir de 14h : ne restez pas seul-e !

Collectif STopMicro, 26 septembre 2024
(version 2 du tract diffusé depuis le 18 août 2024)
https://stopmicro38.noblogs.org – stopmicro@riseup.net

PS : Lisez notre enquête approfondie sur l’utilisation des puces de Soitec : la brochure « Soitec : un siècle de progrès sans merci ».

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Contre l’agrandissement de Soitec [MAJ : 28/9/24]

Le greenwashing de ST et Soitec

Le Président-Directeur-Général de notre entreprise de microprocesseurs préférée, Jean-Marc Chéry, a déclaré : «Nous créons des technologies pour un monde durable. Nous donnons la priorité à l’humain et à la planète»1. De quoi mettre en déroute tout les arguments du collectif StopMicro ou presque: économies d’eau, d’énergie, protection de la biodiversité … Tout y est ! C’est que les industries de la microélectronique sont passées maîtres dans l’art de tout repeindre en vert, aussi vert que leurs pelouses garanties sans pesticides.

Nous vous proposons une plongée dans le monde du Greenwashing, « où les entreprises internationales préservent et étendent leurs marchés en se présentant comme des amies de l’environnement et des ennemies de la pauvreté »2. Attention à ne pas vous laisser avoir ! C’est tellement bien fait qu’on aurait presque envie de s’acheter une bouteille d’eau connectée. Après tout, pour l’organisation CorpWatch3 le Greenwashing est même une « tentative d’endoctrinement de clients ou de décideurs qui leur ferait voir les méga-corporations pollueuses comme essentielles à un développement durable et environnementalement sensé »4.

Voici donc les dix meilleures initiatives de greenwashing de STMicro, Soitec et du CEA, à partir de la présentation qui a été faite lors du week-end de mobilisation des 5-6-7-8 avril 2024.


La bouteille d’eau connectée de ST5

STMicro est fière de vous présenter la bouteille d’eau connectée water.io, qui fonctionne grâce à ses puces. La plateforme water.io comprend une bouteille d’eau connectée réutilisable, une application mobile et un tableau de bord qui nous aide à nous hydrater correctement. Cette bouteille d’eau est connectée à une application, qui calcule quelle quantité d’eau nous devrions boire par jour, fait clignoter le bouchon de la bouteille pour que l’on pense à s’hydrater, et nous indique en temps réel où nous en sommes des « objectifs d’hydratation ».

Oui mais…

Grâce à votre bouteille Water.io, n’ayez plus peur de vous dessécher – du moins tant qu’il y aura de l’eau. Car ce n’est plus un secret, la fabrique de puces électroniques est extrêmement gourmande en eau. On parle de 156 litres d’eau par seconde pour ST et 29 litres par seconde pour Soitec6. Lors de la sécheresse de 2022, les agriculteur-ices et les habitant-es du bassin Grenoblois ont subit des restrictions d’eau, mais pas les industries… Un petit aperçu de l’avenir ? A Taïwan, où est implantée le leader mondial des puces TMSC, ce fut bien pire : l’eau potable a été coupée deux jours par semaine à 1 million d’habitant-es, pour permettre l’approvisionnement en eau de l’usine. 8000 camions citernes furent également acheminés par jour vers l’usine pour continuer la production7.

Pas plus à Taiwan que dans le Grésivaudan, nous n’avons besoin de bouteilles intelligentes pour nous dire quand boire. Nous avons besoin d’eau !

—-
ST sensibilise à la protection des milieux aquatiques

ST est fière de soutenir « Adopt-a-float »8, un projet dirigé par une équipe d’universitaires et de chercheurs qui collectent des données de terrain expliquant l’impact du dérèglement climatique sur la vie aquatique et les rendent accessible aux écoles primaires pour des projets pédagogiques. « Adopt-a-float » contribue ainsi à former les futures générations d’innovateurs qui relèveront les défis environnementaux. Les «flotteurs-profileurs» sont des robots équipés de capteurs miniaturisés et reliés à une base de données alimentée en temps réel, ils mesurent et fournissent diverses informations scientifiques.

Oui mais…

Que ferions nous sans STMicro pour sensibiliser les enfants à la protection des océans ? On espère que ST leur fournit des explications sur pourquoi l’usine crolloise est autorisée par la préfecture à rejeter dans l’Isère les quantités quotidiennes suivantes : 75kg de phosphore, 300kg d’azote ammoniacal, 150kg de fluorures, 1,5kg de cuivre, 4kg d’aluminium, 75kg d’hydrocarbures et 750kg d’azote9. D’après la DREAL, « le milieu le supporte », donc pas besoin de s’inquiéter

—-
Grâce à Soitec, moins de gaz à effet de serre10

A Soitec, la planète, on respecte ! Les produits développés dans l’entreprise « permettent d’éviter l’équivalent des émission de gaz à effet de serre correspondant à la consommation énergétique domestique d’une ville d’1 million d’habitants ».

Oui, mais…

Selon l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), le numérique représente aujourd’hui 2,5 % des émissions de gaz à effet de serre françaises et ses émissions risquent d’augmenter de 60% d’ici 204011. Moins consommer… pour consommer plus !

De plus, c’est passer sous silence toutes les destructions et pollutions cachées que la production de tous ces gagdets connectés implique : les mines de terres rares, ou encore les déchets toxiques qui subsistent. Comme l’écrit à propos de cette invisibilisation Celia Izoard : « On est en train d’enfouir la crise climatique au fond des mines »12.

—-
ST fabrique des «enviromètres»13

Le bassin grenoblois est extrêmement pollué, mais grâce à ST, vous pouvez le vérifier vous même : les puces fabriquées à Crolles permettent de faire fonctionner un « enviromètre » qui couplé à une application, permet de mesurer la qualité de l’air et de détecter la fumée avec son smartphone. On attend avec impatience la même chose pour la pollution de l’eau ! De cette façon tout un chacun pourra faire des auto-contrôles citoyens à la sortie des tuyaux de l’usine, afin « de mieux contrôler sa santé et sa sécurité ».

Oui, mais…

Hmmm, notre enviromètre connecté nous signale quelque chose de fumeux. En effet, lors du processus de fabrication des puces, une grande quantité de produits chimiques est utilisée. Les eaux usées sont ensuite traitées, et rejetées dans l’Isère. ST produit annuellement 3000 tonnes de déchets officiellement catégorisés comme dangereux, en plus des 2800 tonnes de déchets « non dangereux »14. Mais ce qui est trop toxique pour être rejeté (ce qu’on appelle des « boues toxiques ») est évacué par camion : on parle de 12 tonnes par jour, ça en fait de la circulation par camion ! En plus, STMicro n’a pas de plan de vigilance en cas d’incident sur leur site (Seveso seuil haut) : dans le Grésivaudan, on se sent en sécurité.

—-
Les 5 ruches de Soitec15

« Redonnons sa place à l’abeille, nécessaire à la biodiversité ! » L’entreprise Soitec s’engage pour sensibiliser ses employé-es à la préservation de leur environnement, grâce à une ruche pédagogique sur le site de Bernin. Quatre autres ruches sont présentes sur le site, permettant de récolter 130kg de miel.

Dans sa vidéo « Qui miel me suive », disponible sur YouTube, Soitec nous montre à quel point cette usine est vraiment chouette, au lieu des pauses clopes, on peut aller récolter du miel !

Oui, mais…

Comme dit le proverbe « le miel n’est jamais loin du dard » : quatre ruches, est-ce suffisant pour compenser les 8 hectares de terres agricoles qui seront bétonnées avec l’agrandissement prévu pour 2024 ?

—-
Les orchidées de ST16

Dans son rapport environnemental, STMicro se vante d’avoir planté des orchidées sur les belles pelouses qui entourent l’usine : en 2021, 380 plants d’ophrys abeille et près de 1 310 plants d’orchis pyramidal ont été recensés dans différentes zones, ainsi qu’un plant d’orchis bouc. Or, depuis la mise en place de ce suivi en 2012, le nombre de plants augmente d’année en année : preuve que les orchidées se plaisent dans leur environnement et que les modifications dans la gestion des tontes des espaces verts ont été bénéfiques ! C’est sûrement grâce aux belles abeilles de Soitec que les fleurs se portent si bien ! Quoique, ST aussi possède des ruches sur son site : décidemment, il est difficile de les départager …

Oui, mais…

Dans le cadre de son agrandissement, STMicro a bétonné et imperméabilisé 2,6 hectares de terres pour un parking pouvant recevoir 800 voitures. Ce parking est annoncé comme provisoire… Sera-t-il transformé en champ d’orchidées à l’issue des travaux ? Nenni : avec un peu de chance ce sera seulement l’agrandissement de la station de retraitement des eaux usées. Et avec un peu de malchance, ça restera un parking. Se vanter de planter des fleurs quand on bétonne autant : certains n’ont vraiment aucun scrupule !

—-
ST consomme… de moins en moins d’eau!

ST travaille à diminuer sa consommation d’eau : l’entreprise annonce une baisse de la consommation d’eau par unité de production. Par exemple, entre 2020 et 2021, baisse de 15% de la quantité d’eau pour produire une puce ! Bel effort. Si chacun faisait un petit effort comme ça, on irait loin, vous savez. Au lieu de critiquer, vous pourriez au moins faire pipi sous la douche.

Oui, mais…

Seul petit problème : en valeur absolue, puisqu’on fabrique de plus en plus de puces, la consommation réelle augmente. Sur la même période 2020-2021, malgré la baisse annoncée, la consommation totale d’eau a augmenté de 11,6%. Rappelons qu’il s’agit d’eau potable… Mais bravo au responsable éco-marketing, on est presque tombé dans le panneau17.

—-
Soitec, entreprise responsable

Là, c’est vraiment trop fort : Soitec remplit 12 objectifs du développement durable sur 17 ! Le développement durable, mais si, vous savez, ce concept comme quoi on peut continuer exactement pareil, mais quand même en faisant un peu attention : par exemple en mettant un label «propre» sur une usine «sale», ben ça la rend vachement mieux. Tous ces objectifs, c’est comme plein de petits labels. Vous vous demandez lesquels Soitec peut bien cocher ? Les voilà : bonne santé et bien être, égalité des sexes, eau propre et assainissement, travail décent et croissance, industrie et innovation, inégalités réduites, villes et communautés durables, consommation et production responsable, mesures relatives à la lutte contre le changement climatique, vie terrestre, paix, justice et institutions efficaces, partenariats pour la réalisation des objectifs.

Oui, mais…

On va prendre le premier au hasard : bonne santé et bien être ! Dans les salles blanches de Soitec, il faut être tout bien équipé-e dans une combinaison spéciale pour travailler. La retirer, ça prend un peu trop de temps, c’est mauvais pour le chiffre d’affaires : du coup, pas le droit d’aller aux toilettes. Les ouvrier-es pouvaient bien se retenir un peu pour la croissance ! Mais à force de ne pas pouvoir aller aux toilettes à cause de ce management toxique, des employées ont développé des cystites (une infection urinaire). Ce n’est que grâce aux interpellations de la CGT et d’un article dans le célèbre journal Le Postillon que cette consigne a été modifiée le 21 mars denier. C’est ça, être entreprise responsable ?

—-
Les pommeaux de douche connectés18

Un pommeau de douche connecté qui économise l’eau, commercialisé par une entreprise grenobloise ! Grâce à votre pommeau de douche Hydrao, vous pouvez suivre en temps réel votre consommation d’eau. Finies les douches trop longues ! Avec son système lumineux, le pommeau de douche Hydrao est LE produit pour faire de vous un écocitoyen exemplaire. Il passe au rouge quand vous devenez trop gourmand-e en eau.

Oui, mais…

Et voilà, même plus besoin d’expliquer ce que c’est le Greenwashing, STMicro le matérialise, il devient possible de se «laver en vert». Sur le site d’Hydrao, un directeur de camping déclare : « j’ai choisi Hydrao pour l’astuce de la couleur qui change, mes clients comprennent vite, ça sensibilise à l’écologie et aux économies ». Aaah l’astuce de la couleur qui change pour rendre un produit vert, on y aurait pas pensé ! Faire de l’écologie, c’est pas si compliqué. On a quand même une petite question : l’eau qui serait économisée lors d’une douche permet-elle de compenser l’eau gaspillée pour la production de la puce présente dans le pommeau Hydrao ?

—-
Le CEA devient alternatif

Créé en 1945, le Commissariat à l’Energie Atomique intervient dans trois grands domaines d’activité : défense et sécurité globale, technologies innovantes pour l’information et la santé et énergies décarbonées – nucléaire et énergies renouvelables.

En 2009, Nicolas Sakozy annonce que le CEA change de nom, pour devenir Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives. Selon le CEA, la nouvelle dénomination permet de mieux « refléter les domaines de recherches menées par le CEA depuis plusieurs années dans le domaine des énergies bas carbone : nucléaire mais aussi solaire, production d’hydrogène, piles à combustible, stockage de l’électricité pour l’habitat et le transport, transformation de la biomasse en biocarburants ».

Oui, mais…

Le CEA Grenoble, c’est le papa de ST et de Soitec : les deux entreprises sont issues de start‑up créées par des chercheurs du CEA et utilisent des brevets développés au sein de cette institution. Les deux entreprises viennent même du même labo : le LETI, un centre de recherches en micro-électronique qui inspire beaucoup le CEA et qui est à l’initiative du changement de nom de l’institution. Eh oui, les «énergies alternatives », c’est comme la « transition énergétique » : avant tout un slogan et une manière de tout continuer comme avant en changeant juste de carburant.

Notes :

1Déclaration environnementale 2021 du site de Crolles, p.11
2https://www.corpwatch.org/article/world-greenwash, d’après le livre « Greenwash: The Reality Behind Corporate Environmentalism » (Greer, Bruno, 1997)
3 Groupe de recherche faisant de la veille sur les exactions commises par les multinationales
4https://www.corpwatch.org/article/greenwash-fact-sheet
5https://us.water.io/
6Déclaration environnementale 2021 du site de Crolles
7https://gauthierroussilhe.com/articles/eau-et-puces-electroniques-l-avenir-climatique-et-industriel-de-taiwan
8https://adoptafloat.com/
9https://lepostillon.org/Comment-STMicro-pollue-l-eau.html
10Vidéo de promotion « Soitec contribue à 12 des 17 objectifs du développement durable » : https://www.youtube.com/watch?v=7Q8spj8EdSM
11https://www.arcep.fr/la-regulation/grands-dossiers-thematiques-transverses/lempreinte-environnementale-du-numerique.html
12Interview de Célia Izoard, sur Blast : https://www.youtube.com › watch?v=PrjdUNS-p4s
13https://newsroom.st.com/fr/media-center/press-item.html/t4603.html
14 Source préfecture de l’Isère
15Vidéo de promotion « Qi miel me suive »: https://www.youtube.com/watch?v=C6hKziEUHhA
16Déclaration environnementale 2021 du site de Crolles, p.39
17https://stopmicro38.noblogs.org/files/2023/05/Eau-il-ny-a-pas-de-recyclage-chez-ST-Microelectronics-1-2.pdf
18https://www.hydrao.com/fr/

Publié dans General | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Le greenwashing de ST et Soitec

03/09 : Étape grenobloise de la traversée des luttes de l’eau

Du 2 au 8 septembre aura lieu la Caravane Vénitienne, qui reliera le marais poitevin à Venise, en Italie, afin de défendre l’eau par-delà les frontières. A l’initiative des Soulèvements de la terre, ce périple automobile sera ponctué de diverses étapes où se cristallisent des luttes pour l’eau. Autant de moments pour se rencontrer, approfondir nos liens et rejoindre le convoi, direction le Camp climat de Venise à partir du samedi 6 septembre.

Vous l’aurez compris, STopMicro est de la partie. Après une étape le lundi soir dans le Puy-de-Dôme avec Bassines Non Merci 63, nous accueillerons la caravane le mardi 3 septembre midi, sur le campus universitaire. Autour d’un bon repas, ce sera l’occasion de d’échanger autour des différents accaparements de l’eau en France, de ce qui s’organise pour y faire face. On en profitera pour (encore) parler du modèle grenoblois recherche-industrie-armée, dans lequel baignent nos chères usines STMicro et Soitec, et qui n’a malheureusement pas fini de faire parler de lui…

Bien souvent cloisonnées par les frontières nationales, toutes ces luttes s’attaquent pourtant à des projets qui, eux, sont internationaux (le TAV relie la France à l’Italie, STMicro est une entreprise franco-italienne, etc). Par-delà les frontières, renforcer nos liens est une nécessitée, afin de construire un réseau de résistance internationale pour l’eau.

Nous vous invitons donc chaleureusement à venir à l’Université Autogérée – 921 rue des résidences 38400 St Martin d’Hères – le mardi 3 Septembre à partir de 12h, pour casser la croûte avec nos amis du Poitevin, de Limagne et d’ailleurs. Puis si le cœur vous en dit, nous vous invitons à remplir une voiture et à rejoindre la délégation direction l’Italie, jusqu’au Camp climat de Venise.

On vous laisse lire l’invitation ici :
https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/du-2-au-8-septembre-2024–de-la-venise-verte-a-la-

Celle du camp climat italien ici : https://www.veniceclimatecamp.com/

A très vite,

STopMicro

Publié dans General | Marqué avec | Commentaires fermés sur 03/09 : Étape grenobloise de la traversée des luttes de l’eau

STMicroelectronics : atterrissage forcé !

STMicroelectronics : atterrissage forcé !

Rebondissement dans le projet d’agrandissement de l’usine de Crolles de STMicroelectronics. On se souvient1 que tout le processus administratif avait été mené à l’envers par l’industriel et les services de l’État : d’abord l’enquête publique, puis la concertation préalable. Jusqu’à maintenant, le flou était savamment entretenu sur le tenue ou non d’une nouvelle enquête publique, l’info vient de tomber : il y aura bien une nouvelle enquête publique. Et cela retardera de plusieurs mois l’ouverture de la « méga-usine » de Crolles.

Un petit rappel des étapes administratives précédentes s’impose :

Tout d’abord, l’autorité environnementale (MRAE) avait déposé en février 2023 un rapport très sévère et inquiet quant au projet d’extension de Crolles, sommant ST de répondre sous deux mois à une longue liste de questions. Il aura fallu moins de quatre jours, week-end inclus, à ST pour s’exécuter, à savoir : balayer toutes les questions d’un revers de la main2 et conclure « STMicroelectronics ne sollicite pas une seconde consultation de l’Autorité Environnementale ».

L’enquête publique pour l’extension du site de Crolles s’est ensuite tenue du 28 août au 9 octobre 2023 avec un rapport3 publié le 16 novembre 2023. Dans ce dernier les commissaires enquêteurs s’étaient émus qu’aucune concertation préalable n’avait été effectuée, alors qu’il s’agit d’un obligation pour des projets de cette ampleur.

En février 2024, la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), a donc missionné4 trois garants pour mettre en place une consultation publique préalable sur le projet d’extension du site de Crolles, consultation qui devrait être suivie d’une nouvelle enquête publique. Au cours de la concertation, ST a pourtant tout fait pour glisser sous le tapis la nécessité de relancer une enquête publique environnementale. Ainsi, dans le dossier de concertation, le planning ne comprenait pas d’autre étape avant la « mise en service du site ». On pouvait lire en guise de justification que « le délai d’exécution est une composante essentielle du projet »5. Nous avions alors dénoncé publiquement cette manipulation6.

Enfin, la concertation publique s’est déroulée du 22 mars au 19 avril, suite à quoi les garants ont publié leur « bilan de la concertation préalable7 » le 13 mai. ST disposait alors de 2 mois pour publier ses réponses aux interrogations et recommandations de ce bilan.

Le 10 juillet, ST a publié sa réponse au bilan8. Cette réponse était attendue, car l’industriel est connu pour le peu de cas qu’il fait des règles démocratiques. Pour mémoire, les rapporteurs de l’enquête publique dénonçaient « un mépris de [la MRAE], un mépris de l’enquête publique et un mépris du public » de la part de ST. Voici donc ce qu’il faut retenir de la réponse de ST.

Ce qu’on apprend de neuf…

1. Sur la consommation et la réutilisation de l’eau, ST annonce avoir « revu ses besoins en termes d’usage et de volume et n’aurait recours au prélèvement dans la nappe alluviale de l’Isère que de manière ponctuelle uniquement, et seulement en cas de dysfonctionnement de son installation de réutilisation de ses effluents liquides après traitement. […] la demande du nombre de forages et leurs débits seront donc réduits. » Ce point nécessitera clarification pendant la prochaine enquête publique, car sans solution alternative cela reviendrait à utiliser de nouveau de l’eau potable pour refroidir les circuits d’air conditionné des salles blanches. ST évoque le REUT (Réutilisation des eaux traitées, c’est-à-dire issues des stations d’épuration), un procédé différent de la REUSE, mais cette source n’est à ce jour pas disponible. Dans un exercice de langue de bois, ST s’engage à « continuer à augmenter le recyclage avec pour ambition de doubler le volume d’eau recyclée en 2030 », façon de laisser croire que sa consommation d’eau va baisser. En fait, c’est le contraire ! D’une part car c’est le volume d’eau recyclée qui augmente, et non le taux : et il augmente justement parce que la consommation augmente. Au final, ST reconnaît que la quantité d’eau potable consommée passera de 4,5 à « maximum » 7 millions de m3 par an, à cause de l’augmentation de la production.

2. Sur la pollution de l’eau, on sait que ST pollue l’Isère avec notamment de grandes quantités d’azote, de phosphore, de cuivre et de PFAS9. Sur ce point, ST veut « poursuivre l’engagement d’amélioration de la qualité des eaux rejetées dans le milieu naturel conformément à la réglementation avec la création d’infrastructures dédiées. » Mais complète quelques lignes plus bas : « Des études d’impacts ont été menées par STMicroelectronics, qui confirment que les émissions prévues et attribuables au site ST avec le projet d’extension respectent les critères d’acceptabilité de la circulaire du 9 août 2013 des ministères en charge de l’Environnement et de la Santé. » On vous traduit : tant qu’on reste en deçà des seuils, c’est tout bon. Et comme le recyclage de l’eau s’accompagne d’une augmentation de la concentration en polluants… Il y a fort à parier que ST va maintenir sa demande de dérogation pour doubler les concentrations de certains polluants.

3. Sur une nouvelle enquête publique, difficile retour sur Terre pour ST. C’est officiel : ST va devoir se plier à « poursuivre le processus administratif avec le dépôt d’une Demande d’Autorisation Environnementale. », c’est à dire une nouvelle enquête publique qui prendra nécessairement plusieurs mois. La mise en route de l’extension est donc retardée d’autant.

Et ce qu’on n’apprend pas

1. Dans la réponse de ST, toujours aucun commentaire sur le fait que le partenaire économique principal (GlobalFoundries) de l’extension du site de Crolles a visiblement plié bagage10,. C’est tout de même 58 % de la production de l’extension qui devait revenir à GlobalFoundries, de sorte qu’on ne parle plus du tout du même projet.

2. La convention entre ST et l’État reste secrète. L’État subventionne l’extension à hauteur de 2,9 milliards d’euros (l’équivalent de 160€ par foyer fiscal français). Depuis plus d’un an, STopMicro, d’autres collectifs et journalistes réclament l’accès à la convention liant l’État à ST. Un document public, théoriquement accessible à tous, mais qui dans les faits demeure confidentiel. Dans sa réponse, ST ne fournit toujours pas le document mais annonce que « l’État pourra demander de prioriser certaines commandes pouvant aller jusqu’à 5 % des capacités annuelles de production dans le cadre du projet. » C’est tout. ST annonce donc publiquement que l’État lui a fait un chèque en blanc.

3. L’utilité sociale des puces produites par ST est – devrait être – le sujet central d’une véritable concertation. C’est-à-dire la question du productivisme et de la croissance démesurée d’un numérique catalyseur du désastre planétaire. Sur ce point, ST se livre à un exercice de style et contourne la question au lieu de la traiter. L’approche la plus raisonnable serait selon nous de ne pas demander de nouvelle enquête publique mais d’engager un vrai dialogue avec les citoyen·es sur l’usage des puces. On se rendrait alors probablement compte collectivement que la plupart des puces ne servent vraiment pas à grand-chose11 et même qu’au contraire, de nombreux usages ont de quoi nous révolter. Mais ce point n’est, hélas, pas abordé par l’industriel -on le comprend-. Mais nous comptons bien imposer ce débat essentiel.

Et maintenant ?

C’est donc reparti pour une deuxième enquête publique. Pour rappel, ce dispositif administratif ne concernera aucunement le « bien fondé » ou « l’utilité » du projet, c’est pourquoi nous avions appelé au boycott de la première enquête publique. Nous nous félicitons néanmoins de la perte de temps que cela représente pour l’industriel : en effet, chaque mois d’activité perdu représente autant d’eau non consommée et non polluée. Nous nous réjouissons également du retour aux réalités que cela représente pour l’industriel, qui a pour habitude de faire sa loi. Mais nous avons bien conscience que l’obligation de se plier aux obligations légales ne réglera pas le problème, puisque ST a également pour habitude de faire modifier les lois lorsqu’elles s’avèrent trop contraignantes. En témoignent l’exemption de la loi ZAN dont bénéficient les agrandissements de ST et Soitec12, ou les dérogations sur les rejets de polluants dans l’Isère par les services préfectoraux13. Faire édicter des règles sur mesure est en effet un procédé plus « élégant » que la désobéissance.

L’atterrissage n’est donc que partiel. Notre première vraie victoire, ce sera lorsque ST renoncera à son extension. Nous comptons sur vous pour y arriver !

NO PUÇARAN !

Le collectif STopMicro, 15 juillet 2024

stopmicro@riseup.net https://stopmicro38.noblogs.org

2 Nous avions effectué le travail de reprise et d’analyse de chaque question ici: https://stopmicro38.noblogs.org/files/2023/10/02-Analyse-Memoire-Reponse-MRAE.pdf

12Décret ministériel de février 2024 concernant 230 projets industriels

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur STMicroelectronics : atterrissage forcé !

Quand les puces de ST s’abattent sur un hôpital pour enfants

Quand les puces de ST s’abattent sur un hôpital pour enfants

[texte en PDF]

« Les puces, ce n’est ni bon ni mauvais, ça dépend de ce qu’on en fait »1. Ainsi va le slogan devenu insupportable derrière lequel se cachent les élites intellectuelles (chercheurs, ingénieurs, politiciens). Slogan douloureux de naïveté devant l’histoire et témoin de notre terrible inconséquence.

Lundi 8 juillet 2024. Un missile KH101 russe s’écrase sur un hôpital pédiatrique de Kiev faisant quarante morts et soulevant, encore une fois, le cœur horrifié de l’humanité. Grande marche du progrès oblige, ce missile KH101 contient une quinzaine de composants électroniques. Rien de bien choquant, le domaine de la microélectronique s’étant développé précisément pour améliorer la précision des missiles américains pendant la guerre du Vietnam.2 Deux de ces puces proviennent de STMicroelectronics. Possiblement produites à Crolles, tout près de nous, dans l’indifférence.

Au-delà de l’horreur, on apprend que Moscou a multiplié par huit sa production de missiles KH101 entre 2022 et 2023, et qu’il en va donc d’autant du nombre de puces fournies par ST3. D’autre part, ces puces auraient été acquises sans difficulté sur le marché ouvert chinois4. Double-ironie morbide de la vente des biens « à double-usage »5, ces produits qui, sous couvert d’économies d’échelle, peuvent servir à la fois des intérêts civils et militaires. Dit autrement, en vendant un seul produit (d’usage civil comme militaire) au lieu de deux, on est à la fois plus rentable et, surtout, on est plus discret. N’importe qui peut dès lors librement acheter des puces d’ST pour ouvrir un business d’électroménager. Ou s’en servir d’arrière-boutique de la mort.

C’est ainsi qu’au contraire de sa voisine Lynred, société de technologies infrarouges dédiées à 80 % à l’armement et également coupable de contournement d’embargo sur la Russie, qui s’est pour cela récemment fait mettre à l’amende par l’État et a perdu – ironie du sort – un de ses principaux clients civils (Philips), STMicroelectronics fait jusque-là profil bas en se dissimulant derrière le double-usage de ses produits. Seulement, les frasques russes et israéliennes commencent à peser un peu lourd dans la balance de déresponsabilisation du « ni bon ni mauvais » ! Et surtout, ST est juridiquement responsable de l’usage de ses produits6.

Les puces participent de manière indiscriminée à cet état permanent de contrôle policier et de guerre. On leur doit l’ampleur des horreurs qui nous parviennent depuis les champs de batailles. Peu importe qu’elles contournent ou non un embargo, qu’elles équipent un pays décrété ami ou ennemi, le soutien à cette industrie nous rend complices. Parce que c’est bien ici, à Grenoble, que « commence la mort »7 et que c’est aussi localement qu’on subventionne ces industries, en témoignent les conseillers métropolitains qui ont renouvelé leur soutien au plan Nano en finançant des PME liés au militaire8.

Ne nous y trompons pas, la production des puces ne participe en rien à la construction d’un monde meilleur. Qu’on le veuille ou non, elle demeure ancrée au service de la guerre généralisée contre le vivant.

NO PUÇARAN !

Collectif STopMicro, 14 juillet 2024
stopmicro@riseup.net https://stopmicro38.noblogs.org

1 Ici remplacez à votre guise « puces » par « numérique », « intelligence artificielle » ou toute autre joyeuseté.

2 Chris Miller, Chip war: The fight for the world’s most critical technology. Simon and Schuster, 2022.

6 Loi n°2017-399 portant sur le devoir de vigilance : www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000034290626/

7 Voir l’article du Postillon n°73 « Ici commence la mort », Fabrice Lamarck, Des treillis dans les labos, Le monde à l’envers, 2024, et les références citées.

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Quand les puces de ST s’abattent sur un hôpital pour enfants