Le collectif STopMicro se bat contre les agrandissements de deux usines de puces électroniques dans la région grenobloise. Ces deux entreprises consomment 185 litres d’eau potable par seconde pour fabriquer la dystopie numérique (6G, IA, etc.). Elles bénéficient pour cela d’autorisations taillées sur mesure par la DREAL, un service de la Préfecture. Ainsi, elles ne sont tenues, ni de rendre publique leur consommation, ni de réduire leurs prélèvements.
Vendredi 17 juillet, nous nous sommes rendu-es devant les locaux de la DREAL en présence de journalistes et lui avons coupé l’eau en signe de protestation.
Sécheresse et canicule
Alors que nous affrontons la troisième vague de canicule de l’année, avec des températures inédites, les communes de Crolles et Bernin (comme celles de la moitié de l’Isère) ont été placées par arrêté préfectoral le 10 juillet en « Alerte renforcée » sécheresse (niveau 3/4). Une autre partie de l’Isère est en « Alerte » (2/4). Seule la région de Grenoble n’est encore qu’en « Vigilance » (1/4) mais tout le monde sait que le relèvement des seuils et le passage pour tout le monde en « Crise » (4/4) n’est qu’une question de jours.
STMicroelectronics consomme 160 litres par seconde
Pendant ce temps, les industriels du numérique du Grésivaudan consomment sans limite l’eau potable pour la fabrication de puces électroniques pour les voitures autonomes, la 6G, l’intelligence artificielle et les smartphones. À Crolles, STMicroelectronics consomme 160 litres par seconde, sa voisine de Bernin, Soitec en consomme elle 25 litres par seconde, pour rincer les plaques de silicium sur lesquelles sont gravées les puces, avec des produits chimiques, des acides et des métaux (chiffres 2023, en hausse depuis). Ainsi, STMicroelectronics n’est pas un gros consommateur d’eau, mais le gros consommateur, qui accapare à lui seul 20 % de toute l’eau captée dans la nappe de la Romanche, l’équivalent d’une ville de 100 000 habitants.
Deux poids, deux mesures : l’industriel n’envisage que des mesures ridicules
Particuliers et agriculteurs sont obligés de limiter leur consommation. ST, de son côté, envisage des mesures ridicules qui ne concernent que ses eaux sanitaires (0,7 % de sa consommation d’eau) : « report des nettoyages de vitres des bâtiments », « interruption du nettoyage des sols avec les autolaveuses », « planification des tests des poteaux incendie au printemps », envoi d’un « message ‘Crolles Communication’ pour inciter les salariés à réaliser des économies d’eau professionnellement et individuellement ». Concernant son usage industriel de l’eau potable, ST n’évoque qu’une vague « réduction des débits de rinçage de qualification des installations de production d’eau extra-pure », sans annoncer aucun objectif concret.
extrait de l’étude d’impact (p. 286) de l’enquête publique de STMicroelectronics (2024).
Aucun contrôle des autorités : les promesses de ST valent de l’or
Et encore ne s’agit-il que de promesses ! Personne ne sait quelles mesures ST met réellement en place ni combien l’entreprise consomme en 2026. ST refuse de rendre public son niveau de prélèvement depuis deux ans, contrairement à l’engagement pris par l’entreprise en 2023, au moment où l’État français lui versait une subvention de 1 milliard d’euros. Aucune nouvelle donc de ses déclarations environnementales 2024 et 2025.
Pouvoirs publics complices
La Préfecture a demandé à l’industriel d’élaborer un « Plan de sobriété hydrique » (PSH) mesurant son niveau de prélèvement et listant les mesures en cas de sécheresse. Ce Plan de sobriété hydrique existe-t-il ? On en doute : la Préfecture n’a jamais demandé à l’industriel de lui communiquer ce document important. Un jour, dixit la DREAL « en cas de contrôle sur ce thème », elle vérifiera peut-être son existence. Et pendant ce temps, c’est open bar !
Mail reçu de la Préfecture en réponse à une demande de communication du PSH.
Un plan taillé sur mesure
Notons la manipulation : en période de sécheresse « Alerte renforcée », les entreprises doivent réduire leur consommation de 25 %. Une exception s’applique : les industries ayant élaboré des mesures spécifiques sécheresse. C’est le cas de STMicroelectronics, avec son Plan de sobriété hydrique… dont nul ne sait s’il existe ni ce qu’il prévoit. Ainsi, dans les faits, l’entreprise est exonérée de faire le moindre effort.

Source : Préfecture de l’Isère.
Les canicules sont politiques
Ce que nous vivons cet été : canicules à répétition, sécheresse, incendies, restrictions, n’a plus rien d’exceptionnel. Ce n’est que la conséquence de choix politiques tournés vers la fuite en avant technologique, la course à l’innovation et à l’augmentation des capitaux. Les analyses sont unanimes : si rien n’est entrepris, cet été 2026 deviendra la norme et le moins pire des étés à venir. Avons-nous envie de subir ça ?
Durant l’été 2022, Emmanuel Macron s’était rendu à Crolles pour annoncer en grande pompe le projet d’agrandissement de ST, porté par 3 milliards d’argent public, alors qu’au même moment la France subissait une importante sécheresse. Le collectif STopMicro s’est créé à ce moment pour dénoncer ce choix politique de fuite en avant, refuser tout projet d’extension, contre l’accaparement des ressources par les industriels de la dystopie numérique. En quatre ans, notre mobilisation porte ses fruits: changement dans le projet d’extension de ST, grandes manifestations, colloque international, publication de livres et brochures, retrait du parking illégal de Soitec, retrait de Soitec dans son projet d’agrandissement. Tout reste encore à faire, rejoignez-nous pour contrer ces choix politiques !
De l’eau, pas des puces !
No puçaran !
Collectif STopMicro, 17 juillet 2026
https://stopmicro38.noblogs.org
suivi du traitement médiatique de notre action dans notre revue de presse







