Retour sur la Traversée des luttes de l’eau
Le 3 septembre dernier, le collectif STopMicro faisait sa rentrée en accueillant le convoi des luttes pour l’eau, à l’Université Autogérée. Le convoi, initié par les Soulèvements de la Terre et le collectif Bassines Non Merci (BNM), était parti du Poitou la veille et avait fait étape dans la plaine de la Limagne, où un chantier de méga-bassine est prévu. Le but de cette traversée était d’aller du Poitou (la « Venise verte ») à Venise en Italie, en reliant différentes luttes pour l’eau locales situées sur le chemin.
Le passage du convoi à Grenoble s’est déroulé sur le temps de midi, autour d’un repas cuisiné avec des légumes récoltés la veille au Champ Co (un terrain cultivé par un collectif autogéré, qui sert notamment les cantines de luttes locales), et avec l’aide précieuse de la communauté de l’Arche. Le convoi est arrivé vers 13h, mené par la voiture ouvreuse tirant la barque de la traversée : barque qui par la suite fut mise à l’eau dans la lagune de Venise.
Une centaine de personnes étaient présentes au repas, qui fut suivi d’une prise de parole commune de STopMicro et de BNM. A l’issue de celle-ci fut transmis un gilet de sauvetage au collectif. Ce gilet de sauvetage jaune, avec un point levé tagué dessus, est porteur d’une triple signification : à travers le symbole de la noyade, il rappelle l’urgence climatique et la montée des eaux qui menace les côtes, et particulièrement la ville de Venise ; par sa couleur jaune, il fait écho au mouvement des gilets jaunes, soulèvement populaire qui a fait trembler le pouvoir ; enfin, le point levé est le symbole intemporel des luttes, entre lesquelles il est nécessaire de tisser des liens.
Après le repas, tout le monde s’est déplacé jusqu’à la place du Torrent (un lieu emblématique du campus universitaire) pour assister à une pièce de théâtre qui mettait en scène le Maître du Progrès et son disciple. La pièce dénonçait la fuite en avant technologique et le mythe du progrès auxquels participent activement les industries de la micro-électronique, ainsi que le monde de la recherche scientifique particulièrement implanté à Grenoble.
Elle visait notamment le bâtiment IMAG (Informatique et Mathématiques Appliquées), qui consacre les liens entre la recherche publique et les industries privées : le bâtiment est présenté comme « un accélérateur d’innovations capable de faciliter le transfert des recherches en laboratoire vers l’industrie ».
Enfin, la pièce tournait en ridicule l’aménagement de la place du Torrent, qui est aujourd’hui traversée par un « torrent » de béton. Ce torrent est sensé représenter l’ancien torrent du Saunan, qui a disparu suite à l’artificialisation du campus de St Martin d’Hères. Pour la modique somme de 1,3 millions d’euros, cette « œuvre » a en plus le cynisme d’être présentée comme écologique, car des interstices ont été laissées entre les dalles de béton pour laisser la possibilité à des herbes folles de pousser. Un cynisme que l’on retrouve très bien dans le greenwashing des entreprises ST et Soitec, lorsqu’elles présentent leurs produits comme participant à la transition écologique, en invisibilisant les impacts matériels bien réels des objets connectés et du numérique (mines, rejets, déchets, consommation d’énergie et de ressources, etc.)
Encore aujourd’hui, l’artificialisation des terres fertiles du Grésivaudan se poursuit au profit de l’industrie et au détriment de l’agriculture locale, avec de nouvelles extension d’usines.
Des membres de STopMicro se sont ensuite joints au convoi, pour représenter le collectif en Italie.
La première étape était au bord du lac de Serre-Ponçon, où le convoi était accueilli par le collectif NOJO, qui s’oppose à la tenue des Jeux Olympiques de 2030 dans les Alpes. Le lendemain avait lieu le passage de la frontière, à Montgenèvre, où des collectifs de soutien aux exilé-es ont pris la parole. Le lieu cristallisait différentes luttes : contre les frontières, mais aussi contre les bassines pour alimenter les pistes de ski, et contre le tunnel du Lyon Turin. Un groupe d’italien-nes était venu en soutien aux français-es pour permettre le passage de la frontière italienne.
Le convoi est ensuite resté deux jours au Presidio de Venaus, dans le Val di Susa, lieu central de la lutte contre le Lyon-Turin (NoTav). Les « presidio » sont des maisons ou des villages occupés par des militant-es NoTav sur le tracé du Lyon-Turin. Ils sont des lieux d’observation et d’organisation contre l’avancement des travaux. À Venaus avait également lieu un camp du mouvement « Ecologia Politica » où nous avons pu rencontrer et échanger avec nombre de camarades italien-nes de la multinationale franco-italienne honnie.
————————————————–La lutte contre le Lyon-Turin———————————————
Le projet de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin est un de ces grands projets inutiles porté par des intérêts privés. Outre la destruction et la bétonisation liées à la construction de la ligne, ainsi que le coût économique du projet (côté français c’est 30 milliards de subventions publiques), la question de l’eau est très importante dans cette lutte.
En effet le percement des tunnels entraîne l’assèchement des montagnes et des vallées. En Maurienne, les sources de villages se tarissent à mesure que le chantier avance. Dernièrement, l’entreprise TELT qui s’occupe des travaux et qui jure ne pas impacter l’eau de la vallée, a lancé un appel d’offre pour s’occuper de mettre en place des structures d’approvisionnement en eau en prévision des percements. Dans leur programme, on trouve notamment la construction de parkings permettant d’accueillir des camions citernes.
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La dernière étape de la traversée fut la ville de Vicenza, où des travaux liés à la poursuite du Lyon-Turin (via des lignes à grande vitesse jusqu’à Venise), sont en train de détruire des quartiers populaires. Deux bois au milieu de la ville sont occupés pour bloquer les travaux. La venue du convoi français coïncidait avec le Camp climat de Vicenza, où eu lieu une conférence sur pendant laquelle STopMicro présenta la lutte aux italien-nes.
Cette semaine nous aura permis de renforcer nos liens avec divers collectifs, d’apporter notre soutien à des luttes qui s’inscrivent dans une même opposition à des projets techno-capitalistes insensés et mortifères (JO, TAV, méga-bassines). Ce temps nous aura également permis de distribuer des centaines de tracts en italien pour diffuser notre critique du monde connecté et notre opposition aux extensions de STMicroelectronics, qu’elles soient en Italie (Catane, Agrate Brianza) ou en France.
Et parce que toutes ces luttes sont liées et nous lient, nous savons qu’ensemble nous sommes plus fort-es.
Sarà dura !
Crédits photos : les Soulèvements de la Terre https://lessoulevementsdelaterre.org/en-eu/blog/traversee-des-luttes-pour-leau-le-recit-jour-par-jour.



