Imaginez ! Imaginez des usines polluantes et énergivores, travaillant en partenariat avec l’armée pour la dissuasion nucléaire, reposant sur l’exploitation des ressources pour fabriquer des gadgets électroniques. Imaginez maintenant que ces multinationales, STMicroelectronics et Soitec, veuillent s’agrandir, et qu’elles réclament à l’État des milliards d’euros de subventions. Et maintenant, devinez quelles forces politiques apporteraient leur soutien à un tel projet ? L’extrême-droite bien sûr, qui adore l’armée et les usines. Les macronistes, évidemment, qui adorent les usines et l’armée. Mais aussi… Les Écologistes, au nom de la “souveraineté”, de la ‘‘relocalisation’’, des emplois et, comble, de la ‘‘transition énergétique’’ (Cyrielle Chatelain, Eric Piolle, Alexandra Caron-Cusey…) !
Mais est-il possible de séparer l’industrie de l’électronique de ses désastres écologiques, de ses destinées répressives et aliénantes, de l’exploitation internationalisée qu’elle génère ? Est-il possible d’imaginer une industrie numérique qui serait “propre”, “durable”, “éthique” ? Le collectif STopMicro, en lutte depuis 3 ans contre les extensions des usines STMicroelectronics et Soitec dans le Grésivaudan, affirme que non, que cette fuite en avant technologique est une impasse pour nos conditions de vie et notre autonomie.
Les semi-conducteurs accélèrent la catastrophe environnementale
L’été 2026 est le témoin de trop, de l’ampleur de la catastrophe environnementale : feux de forêts, sécheresses, canicules, restrictions d’eau… L’influence majeure des activités humaines sur ce réchauffement et ce dérèglement n’est plus à prouver : les rapports du GIEC en démontrent les liens avec les activités économiques. À chaque nouveau rapport, le constat se dégrade…
Tous les partis politiques vantent le numérique comme un moyen de lutte efficace contre la crise climatique. Le raisonnement est simple : le dérèglement climatique étant la conséquence de la Révolution industrielle du XIXème siècle basée sur les énergies fossiles (pétrole et charbon), il faudrait, pour la combattre, une autre Révolution industrielle. Cette « Quatrième Révolution industrielle » reposerait sur les énergies renouvelables, l’automatisation des processus de production et une utilisation accrue du numérique, des capteurs et de l’intelligence artificielle pour adapter en temps réel la production et les consommations. Ce sont les compteurs Linky, les objets connectés et boostés à l’IA, le modèle de la smart city… La connexion permanente de tout et de tous.
Mais le numérique ne remplace pas les énergies fossiles, il s’y additionne. Pire : il accélère le développement du capitalisme fossile. En 2012, on annonçait -15 % d’émissions mondiales de CO2 d’ici à 2020 grâce au numérique. Ce sera en fait +18 %! On n’a jamais consommé autant de gaz ou de pétrole qu’en 2026. La « transition numérique » n’est en réalité qu’un slogan publicitaire qui perpétue l’illusion d’un monde aux ressources infinies. La « dématérialisation » annoncée n’existe pas. Le numérique est une activité profondément matérielle, en termes de consommation d’eau, d’électricité ou de minerais.
En Isère, les Verts soutiennent la méga-usine et ses méga-nuisances !
En Isère, nous avons un cas d’école de la matérialité du numérique. C’est l’usine de puces électroniques de la multinationale STMicroelectronics qui consomme 160 litres d’eau potable par seconde, 64 tonnes de produits chimiques quotidiennement et l’équivalent en électricité d’une ville de 290 000 habitants. Le tout, en produisant chaque jour 32 tonnes de déchets dangereux et en rejetant dans la rivière Isère des concentrations pharaoniques de phosphore, d’azote, de cuivre et de PFAS. (sources)
C’est pourtant cette usine et son projet d’agrandissement (visant à tripler sa production) que soutiennent la majorité des élu-es Écologistes locaux au motif de « la relocalisation des productions dont nos sociétés ont besoin » (position d’EELV38, 2023). Mais la vraie question ne serait-elle pas plutôt de savoir de quoi nous avons justement « besoin » ? Les puces produites par ST servent principalement aux smartphones, aux objets connectés, à l’automobile, à l’IA, à la robotique et à l’armement. Ses principaux clients sont Tesla, Apple, Starlink ou Huawei… (sources) La production de semi-conducteurs n’est ni une nécessité ni une fatalité mais un choix politiques dessinant certains modes de vie – des modes de vie connectés, c’est à dire industriels et impérialistes.
L’industrie microélectronique est indissociable du capitalisme mondialisé et ses violences. Elle nécessite une concentration de capitaux très élevée, des ressources indisponibles sur les territoires français et européen (métaux, minerais, technologies) et une division internationale du travail extrême. La chaîne de production électronique s’étend aux quatre coins du globe : extraction des minerais et métaux dans des pays en guerre, procédés industriels polluants, assemblage dans des villes-usines d’Asie de l’Est… Rappelons qu’au cours de sa production, une puce électronique fait en moyenne 2,5 fois le tour du monde et franchit 80 frontières. Agrandir ici revient inévitablement à agrandir ailleurs aussi (mines, sous-traitants, clients…). Nous l’expliquons dans le livre Anatomie d’une puce, paru en 2026. L’argument fallacieux de la « relocalisation » invoqué par EELV ne sert qu’aux industriels de l’électronique !
On ne peut pas soutenir l’agrandissement d’une usine qui consomme 14000 m³ d’eau potable par jour et affirmer en même temps que « l’heure est grave ». A moins de n’avoir aucune honte à soutenir des positions si contradictoires sur un sujet aussi préoccupant.
Ne pas s’opposer explicitement à l’agrandissement de STMicroelectronics à notre époque revient à réclamer « des puces, pas de l’eau ! ». Une approche écologiste cohérente et conséquente impose de sortir des postures idéologiques d’adhésion automatique aux « impératifs » capitalistes, y compris ceux déguisés en choix éthiques ; donc de refuser la participation à la fuite en avant numérique imposée par la mondialisation. Par conséquent : s’opposer aux projets d’agrandissement des usines de microélectronique du Grésivaudan.
Le temps d’une écologie molle et de compromission est révolu.
L’urgence du moment nécessite une toute autre trajectoire.
DE L’EAU, PAS DES PUCES
Collectif STopMicro – Août 2026
https://stopmicro38.noblogs.org/
stopmicro@riseup.net
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– Ce que nous voulons, c’est l’autonomie
– Se battre contre le capitalisme, c’est s’opposer à l’industrie électronique

