STopMicro
De l'eau, pas des puces !
Contre l’escroquerie organisée et la casse sociale, désertons la compétition économique !
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L’année dernière, un groupe chinois licenciait 400 salariés de Vencorex sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix. Aujourd’hui, pendant que Carlsberg licencie 200 salarié-es de l’usine Teisseire pour de pures raisons financières, sa voisine STMicroelectronics profite de l’argent public au mépris de ses promesses d’embauches faites il y a trois ans, et en annonçant même des licenciements ; en réponse, l’État lui octroie un nouveau financement.

Entreprise géante et « stratégique », STMicroelectronics a pour seules lignes directrices le profit et la promotion de la « life.augmented ». Ses intérêts sont contradictoires avec ceux de ses salarié-es. Alors, notre colère ne doit pas se cantonner à contester les choix économiques les plus scandaleux de ces entreprises, comme les licenciements. Pour être conséquent-es, il faut s’opposer à leur projet politique. Contre la compétition économique et la fuite en avant technologique, construisons l’autonomie !

Trois ans d’une grotesque entourloupe

Rappelez-vous. En 2022, Emmanuel Macron accordait la plus importante aide publique à un projet industriel (hors centrales nucléaires) : 2,9 milliards d’euros pour tripler la production de puces électroniques de l’usine de Crolles 300 de STMicroelectronics. À la clef, la création de 1000 emplois. Une promesse très officielle : « Cet investissement de plus de 7,5 milliards d’euros, soutenu par l’État, permettra notamment de créer 1 000 emplois nouveaux et d’ancrer durablement sur notre territoire les technologies d’avenir. » (Frédérique Le Grevès, présidente de ST France, dossier de concertation préalable, 2024).

Cette annonce de création d’emplois sera ensuite régulièrement reprise par les élus nationaux et locaux. Ainsi, le maire de Crolles, Philippe Lorimier, se livrait en ouverture du conseil municipal de mars 2025 à une leçon d’arithmétique : selon lui, à surface égale, les salles blanches de ST ou Soitec ramènent bien plus d’emplois que si les terres étaient laissées à des agriculteurs. Conclusion : il faut agrandir encore les usines de puces électronique, les soutenir financièrement et politiquement.

Heureusement que Philippe Lorimier n’est pas prof de maths, car il raconte des âneries. C’est en effet un drôle de calcul, quand on sait que 2,9 milliards d’euros, cela équivaut aux salaires et aux cotisations sociales de 1000 salariés pendant 80 ans. L’industrie de la microélectronique vit sous perfusion de l’argent public, qui n’est pas seulement celui de l’État, mais aussi celui de la Communauté de communes : 38 millions d’euros pour les deux derniers « plans nanos », 13 millions pour les conduites d’eau de ST…

STMensonges

Non seulement ces 1000 emplois coûtent très cher à la collectivité, mais il n’est même pas dit qu’ils existent réellement un jour. La « promesse » de création de 1000 emplois par ST a commencé à prendre une drôle de tournure quand ST a annoncé un plan de suppression d’emplois : 2800 dans le monde dont 1000 en France, avec la fermeture de l’autre usine de ST à Crolles, Crolles 200. Comme le relève la CGT, d’un côté l’entreprise supprime 1000 emplois, de l’autre elle touche 2,9 milliards pour en créer le même nombre. En 2024, ST, qualifié par la presse de « roi de l’optimisation fiscale » a fait 66 millions de bénéfices et a divisé la participation des salariés par 5. La seule gagnante de ce jeu est l’entreprise et en aucun cas les salarié-es.

La manipulation va plus loin. L’entreprise menace même de ne pas créer les emplois à Crolles 300. Ainsi, interpellé par une association lors de son Assemblée Générale du 28 mai 2025, le PDG de STMicroelecronics affirme : « Nous n’avions jamais promis que des emplois seraient créés à Crolles ».

Ne s’agissait-il que d’une promesse en l’air, ou l’entreprise est-elle en train de s’assoir sur un engagement formel ? Depuis trois ans, journalistes, associations, syndicalistes et élus cherchent à obtenir la convention qui lie l’État et la multinationale et conditionne le versement des 2,9 milliards d’euros. Une exigence démocratique minimum, pour un projet soutenu par l’État dans ces proportions. Mais depuis trois ans, les services de l’État refusent de communiquer le document, malgré les avis donnés par la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada). Cette opacité administrativement entretenue vise à couvrir les mensonges et les magouilles des industriels. En effet, comme l’apprend la lettre d’engagement, l’industriel s’est contractuellement engagé à créer des emplois.

Ce reniement va -t-il coûter cher à ST ? Pas du tout. C’est même exactement l’inverse qui vient de se produire : la Banque Européenne d’Investissement vient d’annoncer le 11 décembre dernier qu’elle accorde un financement supplémentaire de 1 milliard d’euros à ST, sous forme de prêt.

Malgré le goût amer de déjà-vu, rien n’arrête la détermination de l’État qui continue à verser nos deniers pour l’un de ses projets privés, soi-disant d’intérêt général. En psychologie sociale, on appelle ça un « piège abscons » : continuer à respecter un engagement en dépit de tout bon sens. Il faut dire que l’entreprise, comme tout le secteur de la microélectronique, est intriqué avec les pouvoirs publics. À l’échelle nationale : ST (comme Soitec) est une entreprise issue du CEA-Leti, un centre de recherche public qui créée des start-up pour industrialiser ses brevets ; les deux premiers actionnaires de ST sont l’État français et l’État italien, ce qui explique que depuis 1994 l’entreprise ait déjà touché 4,2 milliards d’euros. À l’échelle locale, le PDG de l’entreprise Ectra (l’un des principaux sous-traitants de ST et de Soitec) est conseiller communautaire à la CCLG, l’organisme public qui pilote le futur agrandissement de Soitec, met à disposition des terrains à ST, finance ses travaux d’infrastructure et subventionne à hauteur de plusieurs millions le secteur de la microélectronique… En réalité, les pouvoirs publics et les entreprises de la microélectronique ont depuis le début des relations incestueuses malsaines, qui expliquent le soutien sans faille des autorités à ce gouffre à argent public.

Sortir de la spirale infernale

Quelle est la leçon à retenir des épisodes Vencorex à Pont-De-Claix et Teisseire à Crolles ? Que lorsqu’un grand nombre d’emplois sont concentrés dans des entreprises multinationales qui dépendent structurellement d’un marché mondialisé et qui prennent leurs décisions essentiellement sur des motifs financiers, la résilience du territoire est en danger. Une entreprise qui peut supprimer d’un coup 200, 500, voire 5000 emplois n’est pas une manne providentielle. C’est une menace.

Dans le Grésivaudan, la microélectronique représente 19 % des emplois ; 15 % pour les seules entreprises ST et Soitec. Est-il bien raisonnable de se reposer à tel point sur un secteur qui est fortement dépendant d’approvisionnements mondialisés, et plus largement de logiques économiques exogènes ? Lasservissement à des logiques qui nous dépassent produit des fluctuations imprévisibles qui peuvent impacter le territoire de façon impromptue. Plus le secteur de la microélectronique sera hégémonique, moins le territoire saura faire face à ces fluctuations, qui pourront avoir des répercussions extrêmement importantes.

Mais cela, les élus « vaccinés à la high-tech » (selon l’expression de l’ancien député François Brottes) s’en fichent. L’important pour eux, c’est d’innover, de créer de l’emploi et de soutenir nos fleurons nationaux ! Autrement dit, de ne pas passer pour des ploucs ou des crétins des Alpes.

Unissons-nous face à l’inconséquence de ST

Que fait ST avec tout cet argent public ? La promotion de la « life.augmented » (slogan de l’entreprise). Dernière innovation idiote en date, représentative de l’ensemble : l’« épicerie intelligente » dans laquelle des caméras épient chacun de nos gestes pour prélever le ticket de caisse directement sur la feuille de paye. Cette dystopie électronique, nous la leur laissons bien volontiers, et nous appelons chacun à résister. Pas besoin pour cela d’actes héroïques. Cela commence très simplement. On peut demander l’arrêt des subventions publiques destinées à développer ou à sauver le secteur du numérique. On peut défendre le financement des réels besoins sociaux, des vrais projets d’intérêt général à soutenir : crèches, hôpitaux, centres d’hébergement d’urgence, décontamination de sites industriels, installation de paysan-nes, promotion de l’autonomie territoriale

Agrandir les usines de puces du Grésivaudan est un projet à courte vue, qui nous enferme dans une dépendance à des logiques qui nous dépasse. Au passage, on hérite de trois sites dangereux classés Seveso (ST, Soitec, Ectra) ; de pollution au cuivre, au zinc, à l’azote, aux PFAS ; et d’une consommation en ressources naturelles pharaonique, avec les déchets associés (34 000 tonnes par an pour ST, dont 18 000 tonnes de déchets dangereux).

Les élus locaux et les syndicalistes semblent pour l’instant enfermés dans la défense d’un modèle qui ruine notre avenir. De leur part, ce serait faire preuve de courage politique en s’opposant aux extensions. Ce serait aussi faire preuve de lucidité : c’est un devoir des maires d’assurer la subsistance alimentaire et la sécurité hydrique et sanitaire de leur territoire ; c’est un devoir des syndicalistes de défendre les intérêts des travailleurs, et non de les enfermer dans le développement « hyper-capitaliste » de l’industrie des semi-conducteurs (Le Monde, 22/12/2025).

Contre le détournement d’argent public par la « vie augmentée ».
Pour l’autonomie territoriale et une vie digne d’être vécue.

No puçaran!

Collectif STopMicro

https://stopmicro38.noblogs.org

stopmicro@riseup.net

PS : Nous avions déjà évoqué le sujet dans notre texte « Plan social chez ST : nommer les responsables, s’organiser ensemble ».

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