STopMicro
De l'eau, pas des puces !
Votez pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner
Categories: General

Les affiches de Monsieur Puce fleurissent à Grenoble et dans le Grésivaudan.
Ce candidat fictif à tête de puce affirme « Peu importe le candidat, c’est Monsieur Puce qui gagnera ». En effet, tous les candidats aspirent à une foisonnante industrie des puces.

Nous vous proposons un tour d’horizon des principaux/ales candidat-es à Grenoble, Crolles et Bernin.

A Grenoble


Si les usines de ST et Soitec ne sont pas situées sur le territoire de Grenoble, le ou la maire de Grenoble doit se positionner sur le sujet. Et ce à plusieurs titres :

– en tant que maire de la commune principale de l’agglomération ;

– en tant que co-dirigeant de la structure qui vend l’eau à la communauté de communes du Gresivaudan et aux industriels (via Grenoble Alpes Métropole) ;

– en tant que maire de la commune où ST a un centre de recherche et développement qui emploie 1000 personnes (sur la Presqu’Ile) ;

– et parce que la « maison-mère » de ST et Soitec est le Commissariat à l’Energie Atomique de Grenoble, situé lui aussi sur la Presqu’Ile, avec 4500 salariés.

Un silence de la part des candidat-es grenoblois-es sur le sujet de la « vie augmentée » et de l’accaparement des ressources par le numérique équivaut donc à un soutien implicite !

Laurence Ruffin (liste Oui Grenoble)
Dans le programme de la l’héritière d’Eric Piolle, rien ne traite de STMicroelectronics ou des nouvelles technologies. Le Commissariat à l’Energie Atomique n’existe pas, il n’est nulle part question du rôle de la capitale des Alpes dans la conception et la fabrication de puces qui alimentent l’internet des objets, les voitures intelligentes, les satellites d’Elon Musk ou les armes du monde entier.
Est-ce parce qu’Eric Piolle trouvait « réjouissant » l’agrandissement de STMicroelectronics (source) ? Ou parce que Laurence Ruffin est co-fondatrice de French Tech in the Alps, la « start-up nation » à la Grenobloise, « pour le développement des startup et le rayonnement de l’économie du numérique, des nouvelles technologies et de l’innovation sur le sillon alpin » ?

Alain Carignon (liste Réconcilier Grenoble)
Le programme d’Alain Carignon veut « recréer le ’triptyque’ ville-recherche-industrie » et « identifier les futurs projets industriels et de recherche internationaux » (engagement n°173). Autrement dit : accroître le pouvoir du CEA sur la ville et encourager le développement de la high-tech dans l’agglomération, ainsi que les transferts de brevets déposés par le public en direction du secteur privé. Avec Carignon, la liaison recherche-industrie sera à l’honneur avec le soutien affirmé des pouvoirs publics.

Allan Brunon (Liste Faire mieux pour Grenoble)
Pour le candidat LFI, l’eau est « un bien commun de première nécessité ». Il affirme dans son programme que « des grandes entreprises comme STMicroelectronics ou Soitec consomment à elles seules 20 % de l’eau de la métropole. En période de sécheresse, le partage de l’eau doit privilégier la consommation humaine et les activités agricoles qui nous nourrissent ». En dehors des périodes de sécheresse, le candidat insoumis ne semble rien avoir à redire aux productions des industriels de la Tech, se positionnant même « pour l’innovation scientifique », ce qui à Grenoble signifie soutenir le CEA. La « charte locale de la recherche responsable » prônée par Alan Brunon, qui veut « conditionner l’octroi d’aides économiques au respect d’engagements précis sur les conditions salariales, la prise en compte de l’environnement et le partage des données » ressemble surtout à une belle intention plus qu’à un dispositif contraignant.
Rappelons qu’au niveau national, LFI souhaitait dans son programme de 2016 « créer une fonderie française pour les microprocesseurs », c’est-à-dire développer les activités de STMicroelectronics.

Valentin Gabriac (liste Grenoble capitale des Alpes)
Le candidat du Rassemblement national vante la « Silicon Valley à la française » et affirme que « Grenoble était reconnue pour sa technologie, aujourd’hui pour le burkini ». Le soutien aux industriels de l’électronique sera donc au programme du maire Gabriac.

Romain Gentil (Grenoble capitale citoyenne)
Le candidat divers gauche veut lui aussi « faire de la justice sociale et écologique » le fil conducteur de son action. Et lui aussi a oublié que des entreprises de taille mondiale et des centres de recherche internationaux sont situés sur la commune, plaçant notre ville dans la course mondiale à l’innovation, la fabrication d’armement et la mise en place d’une « vie augmentée » dystopique. Enfin, oublié… d’en parler ! Car Romain Gentil a été président de la French Tech in the Alps de 2021 à 2025 (c’est indiqué dans sa profession de foi – en lire plus ici). Circulez, y’a rien à voir : le business doit continuer.

Hervé Gerbi (Liste Nous Grenoble)
La liste divers droite souhaite « réindustrialiser proprement en accompagnant la création d’usines-laboratoires » et « soutenir les technologies propres et pilotables (innovations issues des recherches sur la fusion, technologies de chaleur bas-carbone, petits réacteurs modulaires nouvelle génération…) ». Retenez bien le mot « propre », il nous montre qu’avec Hervé Gerbi, tout va continuer comme avant, en plus propre… peut-être !

Grenoble Alpes Collectif
Cette liste citoyenne axée sur la démocratie directe, la justice sociale et l’écologie populaire a elle aussi… oublié que nous sommes à Grenoble, une métropole positionnée en pointe dans la course mondiale à l’innovation. C’est le running gag des listes de gauche ! Dans le programme du GAC, rien sur l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique, rien sur l’hégémonie de la high tech dans l’économie grenobloise. Le CEA n’existe pas. On trouve tout juste un timide positionnement contre « les data centers à destination d’intérêts privés » (pas un mot sur l’inflation de données, l’IA…). Avec Grenoble Alpes collectif, les industriels de la Tech peuvent bosser tranquilles, on mangera bio à la cantine !

Les trois listes anticapitalistes
Citons enfin les trois listes anticapitalistes : Grenoble ouvrière & révolutionnaire du NPA-R, la liste de Lutte ouvrière et celle du Parti des travailleurs. Toutes dénoncent la course à la guerre et à l’armement, réclament une production sous le contrôle des travailleurs/ses et des citoyen-nes. Mais là encore, pas un mot sur la Silicon Valley française. Changer la propriété des entreprises comme ST ou ST, les placer sous le contrôle public plutôt qu’au service d’intérêts privés changerait-il la donne ? Sans doute non, puisque le CEA est bel et bien un centre de recherche public. Avec les nouvelles technologies, le problème n’est pas celui de la propriété des moyens de production, mais de la nature de cette production, intrinsèquement anti-écologique et mondialisée.
Nous avons déjà traité de la nécessité, pour qui se revendique d’écologie, de justice sociale ou d’anticapitalisme, de contester le monde connecté et les agrandissements d’usines de puces. Lire par exemple cet article ou celui-ci.

En résumé, à Grenoble vous pouvez voter pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner !

A Bernin

La situation est-elle la même à Bernin, la commune où se situe Soitec et donc concernée par l’extension de la ZAE des Fontaines ?

Anne-Françoise Besson (Liste Avançons ensemble pour Bernin)
La maire sortante proclame dans son programme au sujet de l’extension de la ZAE pour Soitec la nécessité d’« être vigilants quant à l’extension de la ZAE des Fontaines, optimiser et négocier sa taille en fonction des besoins réels et ne pas artificialiser pour artificialiser, sans nécessité pour les entreprises ; garder à l’esprit, d’une part l’intérêt de la ZAE pour Bernin. Tel est notre engagement, car elle reste un atout pour la vitalité et le dynamisme de la commune et du territoire ».
Soitec ayant été jugée d’utilité publique par le gouvernement et par l’Europe (projet PENE), nul doute que les promoteurs de la ZAE n’auront pas de mal à affirmer sa « nécessité »… Mais avouons que poser comme cadre les besoins est salutaire. Prochaine étape, la politique de l’offre ou la demande ?

Laurence Bellicard (Coeur et action pour Bernin)
Ici au moins on y va tout schuss : « Aider l’installation de nouvelles entreprises de haute technologie, dynamisant l’emploi local ». Par ailleurs, la liste proclame son « engagement écologique pragmatique ». Comprenez bien l’expression : le terme « pragmatique » ne sert qu’à dévaloriser le mot « écologique » et à affirmer que ce n’est pas avec Laurence Bellicard que Soitec se mettra à respecter la loi et l’environnement.

En résumé, à Bernin vous pouvez voter pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner !

A Crolles

C’est la commune où se situe STMicroelectronics. Elle est donc concernée par son extension en cours visant à tripler la production.

Phillipe Lorimier (Vivre Crolles)
Le maire sortant qui souhaite que notre collectif STopMicro déménage dans l’Aveyron n’a jamais caché son attachement pour l’industrie de la tech. Avec son adjoint Serge Pommelet (PDG de l’entreprise Ectra, un fournisseur très stratégique de ST), ils ont été au front pour défendre le projet d’extension de ST. C’est tout naturellement qu’il fait la promotion dans son programme de « la veille foncière pour le développement de l’activité économique ». Mais attention M. Lorimier surveille car il souhaite « une politique des ZAE (Zones d’Activité Économique) plus vertueuse (perméabilité des sols, production d’énergie décarbonée, couvert végétal, économie foncière, parking silo, etc.) ». Allons bon ! Philippe Lorimier : le candidat de l’artificialisation des sols et de la vie augmentée.

Laure Fayolle (La parole aux Crollois)
La liste citoyenne de droite ne mentionne pas une seconde ST dans son programme. Il est fascinant de constater comment une entreprise de 6 000 employés.es avec un impact environnemental important peut disparaître. La vie est-elle meilleure les yeux fermés ? La seule mention qu’on a est un commentaire de Laure Fayolle sur le site de la liste proposant la transparence sur le risque Seveso de ST (seuil haut), « Cela fait 21 ans que j’habite sur Crolles, et je ne sais pas encore à quoi me tenir ».

Adelin Javet (Agir pour demain)
La liste d’opposition de gauche et écologiste souhaite, elle, mettre en action la transition écologique et renforcer la démocratie à Crolles. Mais là aussi on ne trouve aucune mention du géant de l’électronique son programme ! La liste de gauche aurait-elle pris des cours de cécité auprès des listes grenobloises ?
L’élève se révèle presque meilleure que ses maîtres. En témoigne cette carte de Crolles 2032, sur laquelle ST n’existe pas (l’usine a la même taille qu’un… lapin!). Il fallait oser, quand on sait que l’agrandissement en cours de ST est le plus grand projet industriel français hors centrales nucléaires, et que les méfaits des productions de l’entreprise sont désormais de notoriété publique.
Ci-dessous, la carte du pays des Bisounours :

Rappelons que l’opposition a été favorable au projet d’agrandissement de ST (pour la création d’emploi et la prise en compte de la consommation en eau grâce au recyclage). Aujourd’hui l’agrandissement a bien commencé, mais ST licencie et n’a financé aucun projet de recyclage d’eau…
On constate que les maires sortants de Bernin et Crolles évoquent les problématiques liées aux usines dans leur programme, alors que c’est le néant dans la liste de « gauche et écologiste »…

En résumé, à Crolles aussi vous pouvez voter pour qui vous voulez, c’est Monsieur Puce qui va gagner !

De notre côté, nous allons continuer à nous mobiliser contre l’accaparement des ressources et la vie augmentée.

Prochain temps fort : du 4 au 7 juin 2026 : Rando, pas des puces !

Collectif STopMicro,
13 mars 2026

Comments are closed.