STopMicro
De l'eau, pas des puces !
Retour sur la rando pas des puces
Categories: General

La Rando Pas des Puces, partie des champs captants de Varces le jeudi 4 juin, s’est terminée dimanche 7 juin devant les usines de microélectronique de ST et Soitec. Bilan de ces quatre jours de marche à travers la région grenobloise pour s’opposer à l’accaparement des ressources par les industries de la «vie-connectée» (dont l’appel est lisible ici).

Pause du premier panneau-balise de la Rando pas des puces au départ de la marche.

—————-
Jeudi 4 juin

La première journée de marche a commencé par une prise de parole sur les champs captants de Varces, là où 185 litres d’eau potable sont pompés chaque seconde avec pour destination les usines de STMicroelectronics et de Soitec. De l’eau, il n’en manque d’ailleurs pas dans le ciel noir qui nous tombe très vite sur la tête, réduisant le cortège à quelques unités. C’est donc ici que débute notre aventure à la fois épique et… hippique, car à notre arrivée à Varces nous découvrons 6 chevaux – et leurs cavaliers gendarmes – de la Garde Républicaine, venus spécialement de Vincennes pour surveiller le « bon déroulement » de la marche. Contraste saisissant entre ce prestige d’État et notre humble assemblée d’une vingtaine de valeureux marcheurs équipés de cirés et de sacs à dos.

Bâton de marche en main, sous une pluie battante, rien n’a pu nous arrêter : nous avons chanté, écouté un conte, assisté à une présentation sur le projet d’aménagement du Drac et mangé en bord de Drac.

La soirée s’acheva aux Vouillants, sous les taules du ball trap, où nous avons été rejoints par la cantine et ses plats réchauffés au « rocket stove », dont la chaleur était bienvenue, ainsi que par la Chorale « Archet Cassé » qui a fermé cette première journée joyeusement mouillée en beauté avec un concert.

Pause de banderole au départ des Champs Captants.

La garde républicaine venue expressément de Vincennes pour nous tenir compagnie.

—————-
Vendredi 5 juin

Affaires plus ou moins sèches, c’est au parc Karl Marx que nous descendons prendre le petit déjeuner. Bien plus de monde que la veille en cette journée nuageuse mais pas pluvieuse.

Direction la Presqu’Île scientifique, où sont élaborées les technologies par les labos et les start-ups de la vie connectée. Les grilles du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA), d’où sont issues ST et Soitec, étaient bien gardées, mais pas assez pour empêcher les incursions d’avions-drones en papier fabriqués à partir des tracts « de l’eau pas des puces ».

À midi, la cantine débarque pour un repas sous les yeux ébahis des chercheur·euses venu·es manger à la cafétéria du CEA. Au moment du départ, alors qu’il faut remplir nos gourdes, on constate que le centre de R&D de STMicroelectronics est à deux pas et qu’ils ont un bon réseau d’eau. Arrivés devant leurs grilles, malgré nos demandes répétées, personne ne vient pour nous hydrater, et on se dit qu’on aurait dû se déguiser en puces… Il n’y a que pour elles qu’ils donnent de l’eau ! Nous tentons d’accrocher une banderole sur les grilles de ST mais c’est sans compter sur les très très territoriaux et corporatistes vigiles de l’entreprise qui déboulent en trombe sur la foule, ciseaux brandis, pour venir couper la banderole.

Sous quelques huées taxant les vigiles de « gros bébés cadum », nous repartons pour prendre la Bastille ! Sur le chemin une animation botanique est suivie par une partie du groupe. Arrivé·es en haut, Vincent Peyret nous présenta son nouveau livre Le refroidissement technologique, qui fait état de la glaciation des liens humains due au numérique et ce parallèlement, mais non sans lien, avec le réchauffement climatique. Faisant fi de cette glaciation annoncée, nous avons pu profiter d’un repas bien chaud. La chorale « La Cagette » nous a quant à elle réchauffé le cœur au coucher du soleil en reprenant de célèbres chants remaniés en airs de lutte contre ST, Soitec et le déferlement numérique. 

Nous ne l’avons appris que la semaine suivante, mais c’est également ce vendredi 5 juin qu’a été publié un communiqué anonyme sur le site Indymedia Nantes, qui salue « les marcheurs et marcheuses de la randonnée à Grenoble« , et qui revendique une tentative de sabotage visant des pylônes électriques à Froges desservant l’alimentation des sites d’ST et Soitec, avec pour motif « De l’eau, des étoiles, pas des puces et du nucléaire. »

Vol d’avions-tracts en papier à travers les grilles du CEA.

Concert de la chorale La Cagette en haut de la Bastille.

[Sur l’air de Remembrement :]

J’étais un pays humble et beau,

j’étais une terre nourricière
J’étais un pays humble et beau,
de l’Isère j’étais le berceau
J’étais un riche pays facile,
on n’avait pas b’soin d’arroser.
Les nappes phréatiques étaient là,
pour irriguer ce qui poussait.
C’est la faute à St Micro si dans l’Isère
y’a des métaux
C’est la faute à St Micro si dans l’Isère
on pollue l’eau.
En été tout est rationné,
les litres d’eau sont décomptés
Les paysans des alentours,
leur sifflaient des chansons d’amour
Avec des pompes et des labos les ingés
prenaient toute l’eau
Existe-t-il un seul ruisseau, qui-n’-s’est-
pas-fait-pomper toute son eau.
Refrain
Les ingénieurs sont arrivés les ingénieurs
ont ordonnée
Aux politiques manipulables toutes les
nappes ont acheté
Aux paysans ils ont racheté Et toute l’eau
ils ont pompé
Et dans l’Isère ils ont rejeté Tous les
métaux empoisonnés

————–
Samedi 6 juin

Descendu·es de notre Bastille-bivouac, le petit-déjeuner nous attend à la Casemate pour reprendre des forces avant de traverser la ville au son immanquable de la Combatucada qui nous accompagnera jusqu’au Campus universitaire de Saint Martin d’Hères.

Sous le soleil matinal (enfin!), on traverse la ville en percussions, distribuant des tracts de-ci de-là sous le regard amusé et curieux des passant·es. Avant notre passage devant la mairie, nous écoutons une présentation sur les soutiens inconditionnels des pouvoirs publics au développement de la microélectronique locale.

Un petit groupe d’une vingtaine de personnes se sépare ensuite des autres pour prendre le Tramway avec pour objectif de jouer une scènette sur la lobotomisation causée par les smartphones. L’action dans le tram se conclue par la déclamation d’un poème invitant à se libérer des écrans pour retrouver le regard. Des sources non fiables nous ont indiqué que des usagers et usagères on jeté leur smartphone suite à notre prestation !

La marche continue jusqu’au campus universitaire, où tout est fermé, où tout est désert : nous sommes un samedi du mois de juin. Nous passons devant le bâtiment IMAG, ensemble de laboratoires d’informatique et de mathématiques appliquées dont certaines recherches sont menées avec les industries de l’électronique et de l’armement. Les stores électriques sont fermés mais la Brigade Anti-Criminalité est là et nous surveille : vraiment pas accueillant ce « machin »…

Heureusement, l’Université Autogérée, elle, est toujours ouverte. Il y a du monde et une cantine pour nous accueillir ! Pendant la sieste digestive, un membre du collectif StopDataOne nous présenta la lutte contre le projet d’implantation d’un supercalculateur pour l’intelligence artificielle à Eybens. D’autres iront tester le « trébuchet » (catapulte médiévale) de l’Université Autogérée, projetant en direction de l’IMAG dans une logique de « retour à l’envoyeur » quelques vieux déchets numériques.

Nous repartons, direction les usines ! En chemin sur les berges de l’Isère, on croise des Guêpiers d’Europe, des oiseaux migrateurs, ainsi que la garde républicaine à cheval qui est de retour pour veiller sur nous (ou plutôt « nous sur veiller »). La traversée le long des berges est encore l’occasion de riches échanges entre les participant·es, certaines et certains parlent du numérique, d’autres de luttes, de chants d’oiseaux ou de fonctionnement des caméras argentiques du groupe MTK. On avait pensé cette rando pour se laisser le temps de divaguer dans nos réflexions, et ça fonctionne !

Après la chaleur et le soleil des sentiers bitumés, la baignade au Bois français est un régal ! La journée se clôture par une discussion en grand groupe pour trouver un point d’ancrage et des perspectives de lutte face à la numérisation du monde et aux projets d’extension de ST et Soitec.

Traversée de la ville samedi matin.Campement au Bois Français.

——————-
Dimanche 7 jui
n

C’est le dernier jour, celui où s’achève « le chemin de l’accaparement de l’eau et les voies de la numérisation du monde », celui où l’on rejoint les usines. Mais avant de partir, les plus motivés·es se lèvent très tôt pour écouter les oiseaux chanter et s’aimer dans leur monde pas connecté. Après le petit-déjeuner, nous reprenons la route sous un soleil qui donne soif.

Le soleil cogne dur. Plus on s’approche des usines, plus on se dessèche ! Tout un symbole. On s’arrête pour observer sur notre chemin les tuyaux qui passent sous le Pont de la Bâtie et qui approvisionnent une partie du Grésivaudan, et dont 80 % de l’eau est destinée à ST et à Soitec.

On arrive à midi à Bernin, via de petits chemins à travers les champs menacés par le projet d’extension de la ZAE des Fontaines censé accueillir l’agrandissement de Soitec. En voyant toutes ces terres que des technocrates veulent destiner à la monoculture de puces, c’est tous et toutes ensemble que nous entonnons « des terres, de l’eau, pas des puces ! ».

On file ensuite vers le deuxième ogre de la zone : STMicroelectronics ! Une fois devant les grilles, la cantine nous accueille pour prendre un dernier repas collectif face aux barbelés, aux caméras et au ballet des camions de produits chimiques ECTRA du site d’ST.

Nous sommes une soixantaine pour manger et discuter, mais la police est elle encore plus nombreuse : en plus des chevaux, toujours là, une rangée de camions chargés de gendarmes patiente vainement sous la canicule. Certains de Grenoble, d’autres de Lyon. Malgré le ridicule de la situation, la gendarmerie, dans son rôle de milice des intérêts privés et étatiques, n’hésite pas à fouiller et prendre l’identité de ceux et celles qui s’éloignent du groupe pour accueillir un parapentiste descendu de la Chartreuse avec une banderole « De l’eau pas des Puces ». Pire : un petit groupe qui venait nous rejoindre pour le pique-nique s’est fait embarqué au poste pour avoir refusé de donner son identité. Gardé·es à vue, ils et elles n’ont pu ressortir des commissariats que le lendemain matin.

Nous terminons le repas avec des chants et une invitation à continuer la lutte. Nous nous séparons, mais le collectif et tous ceux et celles qui le souhaitent sont invités à se retrouver le soir-même pour un apéritif de célébration à Grenoble.

Nous l’avons fait ! Quatre jours d’arpentage des infrastructures grenobloises de la tech, et une arrivée au bout du tuyau face aux usines. Quatre jours passés loin de leur « vie connectée », mais bien accrochée au moment présent, aux rires, aux échanges, aux divagations, à la construction, à la contestation. Cette année nous avions envie de proposer autre chose qu’une manifestation, de parier sur l’échange, la construction de liens et le temps long plutôt que sur la masse. Le pari est réussi, STopMicro remercie chaleureusement les participants et participantes et toutes les équipes qui nous ont aidé à préparer cet évènement.

De l’eau pas des puces
No puçaran !

Notre parapentiste avec sa banderole « De l’eau pas des puces » entortillée.

Planté d’étendard STopMicro sur les terres agricoles menacées par l’extension de Soitec (visible en arrière-plan).

La couverture médiatique de l’évènement est consultable dans notre revue de presse.

Comments are closed.