STopMicro
De l'eau, pas des puces !
Trois ans après, STMicroelectronics exporte toujours des composants à usage militaire vers la Russie
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(Photo : Ivan SAMOILOV / AFP)

Lors d’une conférence de presse, le 10 avril 2026, les autorités ukrainiennes ont affirmé avoir trouvé des composants fabriqués par STMicroelectronics et par d’autres entreprises occidentales dans les drones-suicides de l’armée russe. Il est donc attesté que les puces électroniques de l’entreprise STMicroelectronics étaient utilisés jusque dans les derniers mois de 2025, malgré le fait qu’elle soit connue et dénoncée depuis 2023. Une illustration de l’immoralité du « modèle grenoblois ».

Rappel

On se souvient qu’à plusieurs reprises en 2023 (mars, avril, juin) l’Observatoire de l’armement avait révélé que malgré l’embargo de 2014, de grandes entreprises françaises continuaient d’exporter des composants liés à la défense vers la Russie, et ce jusque après le début de la guerre avec l’Ukraine.

Le cas de STMicroelectronics était symptomatique : les puces électroniques du fabricant de semi-conducteurs (en particulier les microcontrôleurs STM32) étaient retrouvées dans des drones russes utilisés en Ukraine (Orlan-10, E95M, Eleron-35V, Koub-B1A) (source) ainsi que dans les drones tueurs Lancet (source) et drones kamikazes KUB-BLA (source), et des puces dans les systèmes de guidage des missiles Kh-101 utilisés contre les civils et les infrastructures en Ukraine. (source). Le média Blast avait également documenté la participation française à l’armement russe (1, 2, 3, 4). Ces informations avaient été reprises par Le Monde et France Culture. Nous avions à l’époque également relayé ces informations (ici).

Par la suite, en novembre 2023 et en janvier 2024, les commentateurs s’étaient étonnés de la poursuite des exportations. On a par exemple retrouvé en 2023 sur les champs de bataille ukrainiens l’équivalent de 94 millions de dollars (!) de puces STMicroelectronics. Ces exportations constituent pourtant un contournement des sanctions appuyé sur les exceptions contenues dans l’embargo (transfert de technologies spatiales, réseaux civils de télécommunication), le développement civil en Russie ou bien en passant par des pays tiers.

Aujourd’hui

Lors d’une conférence de presse tenue le 10 avril, les autorités ukrainiennes ont affirmé avoir retrouvé de nombreux composants européens dans les drones de combats russes. C’est le cas en particulier de puces électroniques STMicroelectronics, qu’on retrouve jusque dans les derniers mois de 2025 sur le champ de bataille. La participation de STMicroelectronics est à présent qualifiée de « traditionnelle ». Le fabricant de semi-conducteurs équipe en particulier les drones Герань-2 , également utilisés en Iran sous le nom Shahed 136. Il s’agit là encore de drones suicides, des mini-missiles destinés à exploser sur leurs cibles.

Concernant les responsabilités de STMicroelectronics, les autorités ukrainiennes dénoncent un « ping pong sans fin » entre les gouvernements italien et suisse. Pour rappel, les Etats français et italien figurent au capital de l’entreprise, qui dispose de son siège opérationnel en Suisse. Pour se dédouaner, les dirigeants européens affirment qu’il s’agit de composants fabriqués non en Europe, mais en Chine. Rien d’étonnant, quand on connaît la complexité de la chaîne de fabrication de semi-conducteurs, que nous avons documenté dans un ouvrage à paraître le mois prochain.

L’information a retenir est donc que malgré les multiples alertes fournies par les autorités ukrainiennes, STMicroelectronics poursuit ses exportations illégales de composants à usage militaire vers la Russie.

Immoralité des entreprises grenobloises

Cette situation nous choque mais ne nous étonne pas. Nous savons que la prospérité des entreprises de high-tech grenobloise est bâtie sur des champs de bataille. C’est ce qui a conduit Grenoble a hériter du surnom de « cerveau de l’armement » : les semi-conducteurs et autres équipements électroniques produits à Grenoble trouvent de nombreuses applications militaires, de l’IA à la dissuasion nucléaire, des radars des avions Rafale aux capteurs infrarouges. Cette situation est bien documentée, et concerne en premier lieu d’importantes entreprises locales : STMicroelectronics, Soitec, Lynred.

Au delà de l’échelle grenobloise, la France est connue pour être le deuxième pays exportateur d’armes au monde. Il ne s’agit pas d’une dérive : le modèle économique de l’industrie de l’armement française repose sur ce principe. Il faut exporter 40 à 60 % de la production française pour atteindre la rentabilité. Pour assurer notre « souveraineté technologique » il faut vendre la mort aux quatre coins du monde. C’est une situation que nous avons déjà dénoncée.

En outre, cette situation profondément immorale se pare des atours de la vertu. Les industriels se cachent derrière la complexité des chaînes d’approvisionnement, qui atteint des niveaux inimaginables dans le domaine des semi-conducteurs. Les puces électroniques représentent en effet un secteur où la division internationale du travail est poussée à l’extrême, en amont comme en aval des fonderies. Sans doute les dirigeants de STMicroelectronics s’imaginent-ils que « divisée par mille, la saleté est propre » (selon le mot du philosophe Günther Anders). De notre côté, nous combattons cette insouciance meurtrière. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous mobiliserons du 4 au 7 juin prochains en marchant de Varces à Bernin.

Collectif STopMicro
26 avril 2026

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